‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 2)Chapitre 8 sur 173 · E. DESCHAMPS. — LADRERIE · texte numérisé non relu

E. DESCHAMPS. — LADRERIE

de la ladrerie de l'homme comme le scolex du taenia solium. Leur opinion est basée sur les données suivantes (Pellot) : 1" l'analogie de forme et de constitution du taenia solium avec celle du cysticerque de l'homme; 2° l'analogie (pie présentent dans leur forme et leur organisation les cyslicerques ladriques de l'homme et du porc ; 3° une série d'expériences qui montrent que les individus auxquels on fait prendre des cysticerques cellulosse contractent le taenia, et qu'on donne aux porcs la ladrerie en leur faisant avaler les œufs du même ver; A° l'expérience de Redon qui, ayant ingéré des kystes à cysticerques recueillis sur un cadavre, expulsa trois mois après un strobile complet du taenia solium ; 5° la coïncidence plusieurs fois observée du ver solitaire et du cysticerque cellulosse. Cette coïncidence peut avoir lieu sur le même individu (un certain nombre de faits indiquent la présence du taenia solium et la ladrerie chez le même sujet) ; d'autres fois ce seront les personnes de son entourage, l'épouse dans un cas de Millard, qui seront atteintes du taenia. En un mot, pour que l'homme devienne ladre, il est nécessaire qu'il ingère les œufs de taenia solium, ou que, porteur d'un ver solitaire, il s'infecte lui-même avec les œufs de son propre taenia. Dans ce cas, on suppose que les proglottis, probablement grâce aux mouvements antipéristalliques de l'intestin, proviennent jusque dans l'estomac, car l'action du suc gastrique est nécessaire pour que les embryons hexacanthes soient mis en liberté et pénètrent dans les tissus.

Le cysticerque inerme du bœuf peut-il produire la ladrerie chez l'homme? le fait n'est pas impossible (Laboulbène), mais on n'en connaît encore aucun exemple.

ANATOPillE PATHOLOGIQUE. — La ladrerie est constituée essentiellement par la présence dans les différentes parties du corps de petits kystes contenant dans leur intérieur le cysticerque cellulosae. Ces kystes siègent de préférence dans le tissu conjonctif sous-cutané ou interniusculaire;on les trouve encore dans la plupart des viscères, mais tandis que les hydalides sont plus communes dans le poumon, le foie et les organes abdominaux, les cysticerques sont au contraire plus fréquents dans les parois du tronc, les membres, le cerveau et l'œil.

Ils se présentent sous la forme de petites vésicules d'un gris blanciiâtre, adhérant au tissu conjonctif dans lequel elles sont plongées par de lâches tractus celluleux, plus ou moins transparentes et remplies d'un liquide limpide au milieu duquel flotte une vésicule blanchâtre qui n'est autre que le cysticerque.

Les cysticerques sont ordinairement pourvus d'une double enveloppe, l'une extérieure, dite adventice, n'appartenant pas en propre à riuMininthe et due au travail prolifératif suscité dans le tissu cellulaire par la pi'ésence de l'embryon hexacanthe en voie d'évolution ; l'autre,

interne, transparente et qui, conlrairement à la première, ne contient ni vaisseaux ni fibres conjonctives, elle se continue avec le scolex dont elle n'est que la dilatation servant à l'envelopper par le fait de son invagination ; cette membrane adventice peut manquer. Les enveloppes présentent une ouverture, une sorte de hile ou de pertuis entouré d'un cercle blanchâtre, par où sort l'animal quand il projette au dehors sa tête et son cou sous forme d'un très petit tubercule blanc. (Laboulbène.)

Les tissus au milieu desquels se développe le cysticerque réagissent peu et peuvent ne présenter aucune espèce d'altération.

Le volume des cysticerques est peu considérable ; il varie de celui d'un pois à celui d'une noisette; ceux du cerveau sont en général moins gros que ceux des muscles.

Leur forme est en général sphérique, mais ils peuvent être ovalaires, elliptiques, en bissac, pédicules et semblables à des grains de raisin (arachnoïde), ou aplatis et en amande (base du cerveau), etc.

Ils siègent de préférence à la racine des membres, plus souvent encore dans les pectoraux, les fessiers et le psoas, rarement au pied et à la main. On en a trouvé dans les muscles du cou, de la face, le diaphragme, le cœur, la langue. Dans la peau ils peuvent être sus ou sous-aponévroliques. On peut les observer dans la substance cérébrale, mais on les rencontre surtout dans les méninges, les plexus choroïdes, les ventricules.

Le cysticerque s'observe souvent à l'état solitaire, dans les yeux, le cerveau ; mais dans les cas de ladrerie, c'est-à-dire de généralisation, on peut en observer un nombre variable, de quelques-uns à plusieurs centaines et parfois plusieurs milliers. (Delore et Bonhomme.)

SYMPTOMES. — Les cysticerques peuvent n'accuser leur présence par aucun symptôme appréciable, et présentent un aspect variable suivant leur siège. Sous la peau ils forment une légère saillie, dont la nature n'est souvent reconnue qu'après une incision. La peau n'est nullement modifiée et conserve son aspect normal. Par la palpalion on sent une petite tumeur dure, lisse, et pouvant se déplacer dans tous les sens ; plusieurs kystes peuvent être reliés entre eux par des prolongements cellulo-fibreux, ils sont alors disposés suivant les interstices intermusculaires et sous-aponévrotiques. Généralement indolores, les cysticerques peuvent cependant, dans des cas rares, provoquer des troubles de la sensibilité : douleurs musculaires, crampes du mollet, douleurs rhumaloïdes disparaissant avec l'extirpation de la tumeur, névralgies du membre inférieur dans un cas de cysticerque situé sur le trajet du saphène externe, etc.

Quand le cysticerque occupe la cavité du globe oculaire on peut le reconnaître par l'inspection directe, ou mieux à l'aide de l'ophtalmoscope ; il existe parfois des troubles de la vue (alîaiblissement,

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