LÉSIONS ÉLÉMENTAIRES DE LA PEAU
Les taches hémaliqiies ou taches de purpura sont dues à Tinfiltration du sang dans le derme ou dans les papilles; à l'inverse des taches congestives et des taches vasculaires, elles ne s'effacent pas sous la pression du doigt ; elles ont une couleur rouge bleu, qui tire ensuite sur le vert, et enfin sur le jaune, par suite des modifications du sang épanché dans les tissus. Quelquefois les taches hématiques ne sont pas dues à une extravasation du sang par rupture vasculaire, mais à une dilatation exagérée des petits vaisseaux (télangiectasies), ainsi que Hillairet l'a montré et Cornil après lui ; celte lésion s'observe surtout autour des follicules pilo-sébacés.
Taches hijperchromiques. — Taches achromiques. — Les taches hyperchromiques, dues le plus souvent à l'accumulation du pigment siégeant à l'état normal dans les cellules perpendiculaires de la profondeur de l'épiderme, constituent alors les taches pigmentaires, les tacites mélanodermiques. Mais une autre matière colorante peut les produire, telles les taches observées chez les malades ayant absorbé du nilrate d'argent, telles les taches bleuesdues à la pénétration sous la peau du produit de sécrétion des pediculi pubis, etc. Toutes ces taches n'occasionnent ni douleur ni démangeaisons, ce sont plutôt des din'ormités que des maladies véritables.
Les taches achromiques résultent de l'atrophie du pigment, ce sont des surfaces sur lesquelles le pigment cutané naturel fait défaut (taches de l'albinisme partiel, taches du vitiligo, etc.).
Squames. — Ce sont des lamelles épidermiques plus ou moins larges; quand elles sont très fines, on les appelle squames furfuracées. Elles adhèrent plus ou moins à la surface sous-jacente, tantôt blanche, tantôt rouge, suivant qu'il y a des phénomènes inflanuiialoires ou non. Les squames sont primitives ou secondaires. Primitives, elles résultent de la prolifération exagérée des cellules de l'épiderme, accompagnée d'un trouble de lakératinisation qui fait que les cellules sont continuellement soulevées, sans pouvoir se slralifier et constituer la couche cornée. Secondaires, elles sont consécutives à d'autres lésions élémentaires de la peau, aux érylhèmes, aux vésicules, aux bulbes, aux pustules, aux papules, aux tubercules.
Les dermatoses squameuses primitives comprennent le pityriasis simplex, le pityriasis rosé, le pityriasis pilaire, le psoriasis, la dermatile exfoliatrice, la syphilide squameuse primitive, le pityriasis alba trichophytique, le pityriasis versicolor, l'ichtyose.
Vésicules. — Élevures transparentes, de forme hémisphérique ou acuminée, de volume variable, depuis un grain de millet jusqu'à un grain de chènevis ; renfermant un liquide le plus souvent clair, alcalin, parfois hémorragique, qui provient de l'exsudation des capillaires, sauf pour les sudamina et la dijshidrose, qui sont des lésions vésiculeuses formées i)ar la sécrétion sudoripare,avec contenu acide. Les vésicules se développent de la façon suivante : d'abord se montre
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C';4 K. GAUCHER ET C. iiX\y]ÏE. — MALADIES DE LA PEAU.
unulaclic rouge, rôsullant de la congestion papillaiie cl accompagnée d'un pou d exsudation. Celte exsudation devient déplus en plus abondante et s'accumuledans la coucliedeMalpighipourfornier la vésicule. Les cellules de la couche de Malpighi présentent en même temps une lésion décrite sous le nom de dégénérescence uésiciileuse. Les cellules ainsi altérées deviennent globuleuses, puis finissent par se rompre, par s'ouvrir les unes dans les autres; de leur destruction partielle résulte une cavité qui s'accroît, se remplit de liquide et soulève Tépiderme. Au bout de quelque temps, ou bien le contenu des vésicules se résorbe, ou bien celles-ci se rompent pour donner lieu à une ulcération qui se recouvre d'une croûte. Celle-ci finit par tomber et toute trace de la lésion disparaît.
Les vésicules s'observent dans l'éry thème vésico-bulleux, l'hydroa, l'eczéma, l'herpès, les éruptions produites par les applications irritantes, certaines éruptions d'origine toxique, la syphilide vésiculeuse, l'herpès circiné trichophytique, les miliaires, la dyshidrose.
Bulles. — Élevures hémisphériques, transparentes ou opaques par la présence de pus, quelquefois sanguinolentes ; ce sont de grosses vésicules. On en distingue deux sortes : les unes profondes, les autres superficielles. Les premières, plus rares, se forment, comme les vésicules, dans la couche muqueuse de Malpighi. Les secondes résultent d'un soulèvement de la couche cornée de l'épiderme; ce sont les bulles que l'on fait naître par l'application d'un vésicatoire, ce sont les phlyctènes de la brCdure au deuxième degré. Le liquide des bulles est alcalin ou neutre, comme celui des vésicules ; il est albumineux et renferme des cellules épithéliales, des leucocytes et des granulations.
La bulle a la même évolution que la vésicule. 11 y a d'abord une rougeur congestive avec exsudation séreuse qui produit un soulèvement de l'épiderme ; tantôt le soulèvement épidermique se rompt et fait place à une exulcération, tantôt le liquide se concrète sous forme de croûte; parfois le liquide se résorbe et la paroi de la bulle affaissée forme une squame mince et légère qui finit par tomber.
Les dermatoses caractérisées par la production de bulles sont : le pemphigus avec toutes ses variétés, les érythèmes bulleux, la syphilide huileuse ou pemphigus syphilitique. L'application de poudre de cantharides sur la peau détermine aussi la production de bulles.
Pustules. — Les pustules ne sont autre chose que des vésicules purulentes. Comme la vésicule, la pustule débute par une tache érythémateuse ; puis, au niveau de celle-ci, il se produit dans les papilles une infiltration séi"euse qui les gonfle et transforme la tache en une élevure appelée papule. Cette infiltration dépasse même le derme, pénètre l'épiderme, disjoint les cellules pour y former une cavité qui n'est autre que la vésicule. Quelques-unes des cellules subissent aussi la dégénérescence vésiouleuse ou cavitaire. Dans
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chaque vésicule ainsi formée, on trouve, à côlé des cellules altérées, des granulations, des microbes, des leucocytes qui augmentent de nombre, remplissent la cavité et transforment la vésicule en pustule. Les pustules en se desséchant forment une croûte. Après la chute de celle-ci, ou bien il se produit une cicatrice insignifiante, la lésion étant surtout épidermique et les papilles à peu près intactes, ou bien il reste à sa place une cicatrice indélébile, le derme ayant été en partie détruit, les vaisseaux papillaires ayant été étouffés par les amas de leucocytes formés autour d'eux. De là la distinction établie par Virchow et Rindfleisch en pustules parenchymateuses et pustules catan-hales, distinction faite il y a déjà longtemps par Willan qui sépara les pustules en deux groupes : les piislules phlysaciées eiles pustules psydraciées. Les pustules phlysaciées {(fXuil^ti^, brûler) sont volumineuses, à base dure, entourées d'une rougeur périphérique; sous la croûte, le derme est ulcéré ; ces pustules laissent des cicatrices. Les pustules psydraciées ('}u8pay.ta, pustule), superficielles, ne présentent aucune rougeur périphérique et ne donnent naissance à aucune cicatrice.
Dans la variole, la vaccine, la syphilide pustuleuse, l'ecthyma, on observe des pustules phlysaciées ; dans l'impétigo et les éruptions pustuleuses consécutives à des applications irritantes, les pustules sont psydraciées.
Papules. — Élevures solides, rouges, d'un volume Avariant d'une tête d'épingle à une lentille, localisées ou généralisées, isolées ou agglomérés; ce sont les lésions élémentaires de la peau qui occasionnent les démangeaisons les plus vives, et qui poussent le plus au grattage; d'où des excoriations se recouvrant de croûtes rougeâtres, formées par du sang desséché. Il faut toutefois faire exception pour la syphilis dont les éruptions papuleuses sont presque toujours, pour ne pas dire toujours, non prurigineuses.
Au point de vue anatomique, la papule n'est qu'une papille accrue dans ses différentes dimensions, ou une agglomération de papilles hypertrophiées. Il y a d'abord congestion d'un certain nombre de papilles, puis exsudation de sérosité, qui gonfle les papilles, et en même temps prolifération conjonctive ; la couche cornée de l'épiderme est intacte ou n'est modifiée que secondairement. Ce siège do la papule dans le corps papillaire donne, dans une certaine mesure, la raison des violentes démangeaisons qui caractérisent les aifections papuleuses ; on sait que c'est dans les papilles que se trouvent les terminaisons nerveuses. Les papules se terminent le plus souvent par simple affaissement des saillies.
Les principales dermatoses dans lesquelles on rencontre des papules sont les lichens, le strophulus, le prurigo, la syphilide papuleuse, la gale, la phtiriase, etc.
Parmi les dermatoses papuleuses, il existe un genre spécial, ce sont les papules qui se déveloj)pent au niveau des follicules sébacés
[folliculiles]^ dont le type est l'acné avec toutes ses variétés, ou au niveau des glandes sudoripares [liydrosadénifes). Dans les folliculites, on voit d'abord, au niveau du conduit excréteur du follicule, se former une papule conoïde; souvent sous l'influence des agents de la suppuration qui pénètrent dans cette papule, cette dernière devient une pustule. Au niveau du menton et du maxillaire inférieur, rinflamma tion des follicules pilo-sébacés produit l'éruption pustuleuse nommée sycosis.
Tubercules. — Tumeurs. — Comme nous l'avons déjà fait remarquer, le mot tubercule ne s'applique pas seulement à la tuberculose bacillaire ; il est synonyme de tubérosité, de nodosité. Les tubercules sont d'un volume variable, de sorte qu'il est difficile de dire où finit le tubercule et où commence la tumeur; ordinairement on appelle tumeurs les tubercules qui dépassent le volume d'une noisette. La structure des tubercules est différente suivant la maladie à laquelle ils appartiennent ; mais, d'une façon générale, ils sont formés par une prolifération embryonnaire, une néoplasie conjonctive, développée dans la partie superficielle et même la profondeur du derme. La terminaison spontanée des tubercules est variable suivant la cause dont ils relèvent.
Les principales dermatoses dans lesquelles on rencontre des tubercules sont : le lupus tuberculeux, la tuberculose verruqueuse, la tubercule anatomique, les gommes tuberculeuses, la syphilide tuberculeuse, les gommes syphilitiques, la lèpre tuberculeuse, le bouton de Biskra. Dans les tumeurs il faut comprendre le fibroma molluscum, la kéloïde, le xanthélasma, le mycosis fongoïde, le sarcome, l'épithélioma.
Hypertrophies et atrophies. — La peau peut être encore atteinte d'' hypertrophies et d'atrophies.
Les hypertrophies intéressent soit l'épiderme, soit le corps papillaire, soit le derme, soit toutes les parties de la peau ensemble. Les hypertrophies de l'épiderme comprennent l'ichtyose, les cors, les cornes, les kératoses; l'hypertrophie papillaire forme les papillomes, les verrues, les condylomes ou végétations. Le derme est hypertrophié dans l'éléphantiasis des Arabes, dans le myxœdème, dans la sclérodermie, du moins au début de cette maladie.
Les atrophies de la peau sont, soit générales comme dans l'atrophie sénile cutanée, soit partielles comme dans les atrophies idiopathiques; tantôt primitives, tantôt secondaires.