ERUPTIONS DE CAUSE NERVEUSE. — TROPHO- NÉVROSES CUTANÉES
Ces éruptions présentent des aspects divers, depuis le simple trouble vaso-moteur qu'on a appelé érythème fugace ou roséole pac//g«e jusqu'aux troubles trophiques de la peau.
On peut distinguer trois sortes d'érythèmes de cause nerveuse : 1° les érythèmes fugaces ; 2° les érythèmes réflexes, d'origine viscérale; 3° les érythèmes trophiques.
Les érythèmes fugaces sont ceux que l'on observe sur la poitrine, et sur le cou des personnes, des femmes surtout, que l'on découvre pour les examiner ; ils disparaissent sans laisser de traces.
Les érythèmes réflexes, signalés par quelques auteurs comme symptomatiques de lésions urétrales ou utérines, sont plus durables que les précédents et parfois d'aspect polymorphe.
Les érythèmes trophiques sont observés à la suite des plaies des nerfs, des névrites, et aussi dans les affections du système postérieur de la moelle épinière, dans le tabès dorsalis, dans la syringomyélie (panaris de Morvan). Ils sont caractérisés par une rougeur uniforme, luisante {glossy skin de Weir Mitchell), tantôt d'un rouge vif, tantôt d'un rouge pâle, qui devient quelquefois violacée. L'éruption, accompagnée de douleurs cuisantes, siège surtout aux extrémités ; elle est suivie de desquamation avec amincissement de la peau, ou bien elle se complique de crevasses et d'ulcérations.
Dans d'autres cas, il y a formation de bulles ou de vésicules; c'est ce qu'on observe quelquefois dans l'ataxie locomotrice et les affections médullaires qui intéressent le système postérieur ou sensitif de la moelle épinière. Ces vésicules peuvent affecter la forme de zona ; les bulles ressemblent aux bulles du pemphigus. — Pour leur étude, nous renvoyons à l'article Zona et aux articles Pemphigus et Éruptions pemphigoïdes.
Dans certains faits, à la suite d'altérations nerveuses périphériques, on a vu survenir des lésions érythémato-pustuleuses avec escarres superficielles, siégeant uniquement dans les régions anesthésiées. Ces lésions se modifiaient en mal ou en bien suivant la cessation ou la n'applicalion du pansement par occlusion de Guérin (Quinquaud); ce qui semblerait prouver que les altérations
nerveuses produisent simplement dans les téguments des modifications qui constituent un terrain préparé pour l'envahissement microbien (1).
Consécutivement à des lésions nerveuses, on a encore vu apparaître spontanément des ulcérations à marche serpigineuse, évoluant lentement, s'accompagnant presque toujours de douleurs névralgiques intenses, d'anesthésie, et en rapport avec la sphère de distribution de certains nerfs. Le mal perforant est le plus souvent symptomatique du tabès; d'après Duplay et Morat, il est dû à des lésions de névrite dégénéra tive.
La gangrène a été signalée à la suite des lésions nerveuses ; elle se montre parfois spontanément, parfois à l'occasion d'un traumatisme léger, surtout chez des hystériques. Cette gangrène est précédée de phénomènes vaso-moteurs ; tantôt c'est un simple érylhème, tantôt un érythème ortie [urticaire gangreneuse de Renaut). La gangrène est superficielle ou profonde, intéressant presque tout le derme; la plaie qui résulte de la chute de l'escarre se cicatrise fort lentement. La maladie est assez longue et se fait par poussées successives.
La gangrène symétrique des extrémités ou maladie de Raynaud, de même que la gangrène d'origine nerveuse centrale, sont du ressort des maladies du système nerveux.
Dans la sclérodermie, dans la lèpre nerveuse, dans la kératose palmaire et plantaire, comme dans le zona, le système nerveux ne joue que le rôle d'intermédiaire, aussi ces maladies ne doivent-elles pas être considérées à proprement parler comme des affections nerveuses. Pour le vitiligo, au contraire, l'origine nerveuse de l'altération cutanée paraît être bien établie. (Leloir.)
Les ongles tombent souvent à la suite des lésions du système nerveux périphérique ou central (tabès). Il en est de môme des poils, des cheveux. Mais on ne doit pas confondre cette chute partielle (peladoïde) des cheveux avec la pelade, maladie contagieuse.
En présence d'érythèmes réflexes, on s'occupera surtout de traiter les maladies qui sont la cause de ces réflexes. Dans les éruptions trophiques, on combattra la lésion du système nerveux périphérique ou central à l'aide des pointes de feu ou des autres révulsifs ; les éruptions seront recouvertes de pansements occlusifs et antiseptiques.