‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 3)Chapitre 100 sur 133 · GLOBULES ROUGES A NOYAU · texte numérisé non relu

GLOBULES ROUGES A NOYAU

Aglobulie extrême (4<= degré). — A ce dernier degré, l'aglobulie peut entraîner par elle-même la mort des malades.

Les globules rouges sont très inégaux. Habituellement le sang renferme des globules géants pouvant atteindre jusqu'à 16 [x, mais ne mesurant en général que 11 à 13 pi. II en résulte que les dimensions moyennes des globules dépassent parfois sensiblement la normale. C'est à ce degré d'anémie qu'on voit apparaître dans certains cas quelques rares globules à noyau. Les pseudo-parasites peuvent s'observer dans les troisième et quatrième degrés. N varie de 1 million à 300000; R de 800 000 à 300 000; G de 1,70 à 0,88.

Comme on le voit, la valeur globulaire dépasse sensiblement Vunilé, en raison de l'augmentation du diamètre moyen des hématies. C'est là un caractère diagnostique important, mais nullement spécial à l'anémie pernicieuse progressive. Il se retrouve dans toutes les anémies extrêmes, qu'elles soient primitives ou symptomatiques.

L'anémie chlorotique appartient en général au deuxième ou troisième degré. Il est exceptionnel qu'elle atteigne le quatrième degré.

GLOBULES ROUGES A NOYAU. — Les globules rouges à noyau, appelés encore éryihroblastes, cellules rouges (Kôlliker), ne se rencontrent dans le sang de l'adulte que dans des états pathologiques d'une incontestable gravité.

Ils ressemblent à l'une des variétés de globules rouges nucléés de l'embryon et à certains éléments de la moelle fœtale et de la pulpe splénique. Invisibles dans le sang pur et humide, il est indispensable, pour les reconnaître, de les fixer par dessiccation ou par tout autre procédé, et de les colorer par l'eau iodo-ioduréeou l'un des procédés indiqués (bleu de méthylène, etc.).

Ce sont des éléments arrondis ou ovoïdes, de 7|x,5 à 16 [a de diamètre, par conséquent d'un volume inférieur (microblastes), égal (normoblastes), ou supérieur (mégaloblastes) aux hématies, moins riches qu'elles cependant en hémoglobine. Avec l'eau iodo-iodurée, leur protoplasma est toujours moins coloré que celui des hématies. Le noyau des normoblastes, unique ou multiple (2-4), ordinairement concentrique, remplissant la plus grande partie de la cellule, se fait remarquer par l'intensité de sa coloration avec les réactifs habituels. Les mégaloblastes, dont le volume est deux à quatre fois aussi grand que celui des globules rouges, possèdent un noyau plus gros que celui des normoblastes et peu colorable.

On observe à peu près régulièrement les normoblastes dans toutes les anémies graves secondaires, symptomatiques, et les mégaloblastes dans l'anémie essentielle progressive. Ceux-ci se rencontrent parfois dans la leucémie, mais on les cherche presque toujours en vain dans les anémies chroniques extrêmes, syphilis ancienne, cancer de l'estomac, etc. (Erlich).

Tn.tlTÉ DE MKHECIKE. VI. î)0

A la suite d'une splénectomie et pendant que se développait une broncho-pneumonie tuberculeuse, Dominici a vu apparaître des hématies nucléécs (9800 par millimètre cube), à noyau simple, double ou tréflé, et simultanément des Mast et des Markzellen. Les globules rouges étaient au nombre de 1850000. Grédé a également observé des globules rouges à noyau dans le sang après la splénectomie.

Au moyen d'intoxications (Ehrlich, Timofeiewsky, etc.) et de septicémies expérimentales (Trambusti, Dominici) on peut provoquer chez le lapin la migration d'hématies nucléées dans les vaisseaux périphériques, sans anémie concomitante. Ces poussées d'hématies nucléées coïncident avec la polynucléose, consécutive à Thyponucléose du début (1).

Chez les enfants anémiques du premier âge, les cellules rouges ?3 rencontrent beaucoup plus facilement. M. Luzet a fort exactement précisé les conditions de leur apparition.

La présence de cellules rouges, dit M. Luzet, est fonction de deux facteurs : le jeune âge de l'enfant et l'intensité de l'anémie. Plus l'enfant est jeune, moins il est nécessaire que l'anémie soit intense, pour que s'effectue le passage des cellules rouges dans le sang. Elles sont toujours plus petites et surtout à petit noyau, c'est-à-dire vieilles, bien différentes de celles qu'on trouve dans les cas d'anémie pseudo-leucémique. Dans tous les cas, avec une anémie simplement grave et non extrême, on ne peut trouver de cellules rouges dans le sang que si l'enfant est âgé de moins de cinq mois. Il semble donc que la facilité du fœtus à faire des cellules rouges s'amoindrisse et même disparaisse très rapidement chez l'enfant nouveau-né, dans les conditions normales.

Chez les enfants atteints d'anémie pseudo-leucémique, les noyaux, en général plus pâles et plus volumineux, présentent un grand nombre de divisions nucléaires (Luzet) (2).

HÉMATOBLASTES. — Les hématoblastes, germes des globules rouges d'après M. Hayem, sont des éléments normaux et constants du sang des vertébrés. Ils se présentent sous la forme de petits corpuscules arrondis, homogènes, à surface lisse, d'aspect colloïde ou légèrement vitreux, incolores ou à peine teintés de jaune, dépourvus de noyau, et mesurant de 2 p, à 5[i,,75, soit en moyenne 3 ji. Leur vulnérabilité est extrême.

Dans l'examen du sang pur préparé dans la cellule à rigole, ils sont isolés ou disposés par petits groupes de deux, trois, quatre, cinq (plaquettes), englués dans une sorte de substance visqueuse, d'où

(1) H. Dominici. Hématies nucléées et réactions de la moelle osseuse {Soc. da biologie, 26 nov. 1898, et Soc. anatomique, l*' nov. 1806).

(2) LuzBT, Étude sur les anémies de la premièie enfance et sur l'anémie infantile pseudo-leucémique. Th. Paris, 1891.

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rayonnent de minces fibrilles de fibrine. Sur une préparation de sang, obtenue par dessiccation rapide, c'est au point où la goutte de sang a été déposée avant d'être étalée qu'il faut les chercher. Ils sont alors arrondis ou ovalaires, en forme de poire, ou d'apparence crénelée Ils peuvent être fixés rapidement par l'acide osmique à 1 p. 100, mais ils se colorent lentement et très difficilement.

Plongés dans le liquide A (1 p. de sang avec 150 à 200 p. du véhicule), ils se montrent sous l'aspect de petits corpuscules brillants, rétractés, réfringents, réunis en amas, entourés d'une atmosphère granuleuse et visqueuse.

Pour faire la numération, M. Hayem recommande le sérum iodé on le liquide amniotique bien conservé.

Morphologie. — Diamètre. — A l'état normal, l'hématoblaste atteint rarement une certaine taille sans se transformer en globule nain. A l'état pathologique, il est fréquent d'observer des hématoblastes volumineux, ayant juqu'à Q^,5 de diamètre, incolores et vulnérables comme les petits, et montrant parfois, dans leur partie centrale, quelques granulations brillantes ou de petites vacuoles. Ces grands cléments se rencontrent dans les anémies anciennes, les états cachectiques, les maladies aiguës et subaiguës prolongées, à la suite de production surabondante d'hématoblasles nouveaux attendant leur transfoi'mation en globules rouges (Mayem).

Forme. — Dans ces cas, la forme est encore plus variable qu'à l'état normal.

GiusTAUx. — Dans l'anémie, on voit parfois apparaître autour des hématoblastes, i.solés ou en amas, des productions cristallines, formées à leurs dépens et analogues à celles qu'on trouve autour des globules rouges.

Plaques fhlegmasioues et CAcnECTiouES. — Dans certains états pathologiques, la matière exsudée par les hématoblastes est plus abondante. Elle englobe un plus grand nombre d'éléments et forme ainsi des amas hématoblastiijues entourés d'un réticulum fibrineux, qu'on aperçoit facilement dans le sang pur.

Lorsqu'on examine un pareil sang dans le liquide A (1 p. de sang pour 250 à 500 de réactif), on voit apparaître de petits grumeaux rougeâtres, parfois même visibles à l'œil nu. Au microscope, ils ont l'apparence d'amas incguliers, formés d'une matière finement granuleuse, parfois en partie fibrillaire, très vis(jucuse, dans laquelle sont englués de nombreux hématoblastes plus ou moins rétractés et quelques globules rouges et blancs. M. Hayem leur a donné le nom de plaques phlegmasiqiies. C'est en effet dans les phlogmasies, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, etc., qu'on les observe.

Les plaques cachecliques, visibles dans le sang des cachectiques, se ditTérencienl des précédentes par leurs moindres dimensions, par le petit nombre et le grand volume des hématoblastes, par le défaut

(l'aspect fibrillaire, et enfin par la faible tendance à retenir les globules rouges et blancs.

Numération. — Le nombre des hématoblastes est de 200 000 à 300000 par millimètre cube, soit 250 000 en moyenne. Il peut varier de 50000 à 850000 dans les maladies. Or, contrairement à ce qui se passe pour les hématies, les fluctuations numériques sont ici souvent brusques. D'un jour à l'autre le nombre des hématoblastes peut doubler et tripler (Hayem).

Oligohématoblastie. — Anhématoblastie. — On observe la diminution des hématoblastes dans de nombreux états morbides présentant

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Fig. 42. —Crise hcnialoblaslique à la suite d'une métrorragie abondante. Le 10, à la fin de riicmon-agic, le chid're des globules rouges N était de 1 750 000. Le chilTre des hématoblastes II monta de 200 000 à 925 000 en douze jours (d'après M. Hayeni).

tous un caractère de haute gravité : jeûne, inanition, fièvre typhoïde de longue durée et états fébriles prolongés, anémie progressive, cachexies très avancées, particulièrement la cachexie cancéreuse vulgaire.

L'arrêt de la formation hémaloblastique, anliémalopoièse, est un signe de mort prochaine et sérail en rapport avec le phénomène singulier de la non-rétractililé du caillot. L'anhémalopoièse constitue le processus essentiel de l'anémie pernicieuse progressive.

Lorsque la diminution est passagère et qu'elle coïncide avec une augmentation des hématies, elle est, au contraire, de bon augure.

Hyperhématoblastie. — L'augmentation du nombre des hématoblastes est transitoire ou durable.

Durable, elle indic^ue une entrave à leur évolution, à leur transfor-

LEUCOCYTES. 789

mation en globules rouges, comme dans la chlorose et les anémies symptomaliques de légère ou moyenne intensité. C'est alors qu'on voit apparaître les modifications morphologiques déjà signalées.

Transitoire, elle constitue la poussée hémaloblaslique, caractéristique principale de la crise hématique.

Crise hématique ou iiématoblastioue (Hayem). — On l'observe après les hémorragies et les maladies aiguës (fièvre intermittente, pneumonie, scarlatine, etc.). Elle est favorable, car elle est toujours accompagnée ou suivie à bref délai d'une augmentation des globules rouges, comme le montrent les tracés ci-contre empruntés à M. Hayem (fig. 42 et 45).

LEUCOCYTES. — On compte en moyenne 6000 globules blancs par millimètre cube de sang. Leurs caractères morphologiques (Max Schultze, Hayem), leurs réactions histochimiques (Ehrlich), la forme des noyaux (Lowit), ont servi de base à des distinctions variées, qui toutes dérivent plus ou moins de la division fondamentale de Max Schultze.

Cet auteur décrit : 1° des formes petites de diamètre inférieur aux globules rouges à gros noyau sphérique; 2° des formes plus grosses, à protoplasma plus riche, à noyau arrondi; 3» des formes du dia- ,.. ,, -.r •',• j , i i

•^ ' rig. 43. — variétés de globules

mètre des globules blancs habituels, à blancs (d'après M. Hayem;. protoi)lasma très finement granuleux, à ^ variété i; 6, variété internoyau unique ou multiple; 4° des formes médialre, avec noyau échancré

à granulations réfringentes. °" ®" bissac; «, variété 2, à

nr TT '-Il ... noyau polymorphe; rfjvariété 3,

M. Hayem réunit dans une description à grosses granulations. commune les éléments formant les variétés 2 et 3 de Max Schultze. Il dislingue trois variétés et deux sous-variétés, dont la première correspond aux lymphocytes :1a première comprend de petits éléments de 6 à 7ix,5, formés d'un noyau unique, arrondi ou légèrement échancré, entouré d'une mince couche de proloplasma finement granuleux (fig. 43, variétés a et 6). La seconde, qui englobe la grande majorité des globules blancs, est composée d'éléments plus volumineux, de 7 jjl, 5 à 10 (x, à noyau unique, plus ou moins singulièrement découpé, ou à noyaux multiples, ou mieux à noyau polymorphe (en bissac, en sablier, en boudin), entouré d'une masse protoplasmique plus grande, finement granuleuse (variété c). Les globules de la troisième variété se distinguent immédiatement des autres par leur aspect iortement granuleux. De 8 à 9[ji.,5 de diamètre, ils possèdent unnoyau unique, ou deux noyaux distincts, ou un double noyau en bissac, et de grosses granulations réfringentes, ayant une affinité particulière pour l'éosine (variété d).

Les leucocytes les plus nombreux sont ceux de la deuxième variété.

qui représentent 70 p. 100 du chilTre total ; ceux de la première forment "23 p. 100 et ceux delà troisième 7 p. 100 (Ilayem).

Enfin la deuxième et la troisième variété renferment des globules doués de conlraclililé amœboïde ; les éléments de la première en sont généralement privés.

« Les cellules lymphatiques sont des glandes unicellulaircs mobiles, » dit Ranvier. Partant de celte idée que les granulations doivent

être considérées comme des produits de l'activité cellulaire, Ehrlich chercha à préciser leurs caractères à l'aide des réactions histochimiques. Il put ainsi s'assurer que, dans le sang de l'homme, la plupart des leucocytes et spécialement les polynucléaires contiennent des granulations très fines se colorant par les réactifs neutres (granulations e), qu'ils sont neutrophiles ; que certaines cellules possèdent de grosses granulations réfringentes se colorant par les couleurs acides (éosine, acide picrique et ses sels, etc.), que ces cellules sont ainsi éosinophiles (a d'Ehrlich), acidophiles (Biondi), oxijphiles (Schwarze); que d'autres cellules renferment des granulations très fines (B) ou grossières et peu brillantes (y), se colorant par les couleurs basiques (violet de gentiane, dahlia, etc.), qu'elles sont en un mot basophiles. Les leucocytes présentant les granulations basophiles y sont désignées sous le nom de Maslzellen. Enfin certains leucocytes de la moelle osseuse présentent de fines granulations prenant les couleurs acides et basiques et sont dites amphophiles (1).

Les recherches d'Ehrlich n'ont fait du reste que compléter la

Fig. 44. — DilTércntcs variétés de globules blancs (sang normal).

a, petits mononucléaires, lymphocytes; à droite deux cléments à noyau incurvé; h, moyens mononucléaires; c, grands mononucléaires à noyau arrondi et incurvé; d, leucocytes à noyau polymorphe, polynucléaires, avec filaments chromatiques réunissant les masses nucléaires ; le premier élément à gauche montre le passage du noyau incurvé au noyau annulaire ; e, forme intermédiaire aux petits mononucléaires et aux globules à noyau polymorphe (leucémie) ; f, leucocytes à granulations éosinophiles. Leur noyau est formé par deux masses nucléaires de môme taille réunies ou non par un mince filament, 545/1 (d'après M. JoUy).

(1) Dans une étude récente, P. Borissoff s'est proposé de contrôler à quel point la cliimie autorise les dénominations de « gianulations am])hophyles ou ncutiophiles ». La matière colorante neutre d'Ehrlich est en réalité acide, les granulations qui la fixentsontdoncacic/o/)/iiies. D'autre part, les granulations amphophyles fixent toutes les couleurs acides, mais point toutes les couleurs alcalines. On voit donc que toutes les granulations sont d'après cet auteur exclusivement amphophyles {Soc. palli. de Londres, 19 octobre 1897).

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classification de Max Schultze. La voici avec la synonymie des différentes désignations :

1" Lymphocytes, petits lymphocytes, petits mononucléaires, première sousvariété d'Hayem, du volume des globules rouges. Noyau volumineux, se colorant vivement par les couleurs basiques d'aniline, ne laisFant voir qu'un très mince espace protoplasmique.

2" Grands mononucléaires, deux ou trois fois plus volumineux que les globules rouges, possédant un gros noyau, moins colorable que celui des petits lymphocytes, entouré d'un large espace protoplasmique.

3» Éléments mononucléaires de transitiok , se distinguant- des grands leucocytes par la coudure de leur noyau.

Comme on trouve, à l'état normal, toutes les formes intermédiaires entre la plupart des mononucléaires, certains auteurs distinguent seulement les LYMPHOCYTES et les mononucléaires (petits lymphocytes et mononucléaires).

4" Leucocytes a noyau polymorphe, polynucléaires, leucocytes à noyau polylobé très colorable, deuxième variété d'Hayem, leucocytes à granulations neutrophiles (1) du sang de l'homme (Ehrlich), leucocytes vieux (Ouskofl).

D'après Jolly, les formes intermédiaires aux grands mononucléaires et aux leucocytes à noyaux bourgeonnants sont peu nettes et peu nombreuses ; il existe cependant un certain nombre de formes qu'on pourrait rattacher à une série progressive, allant des petits mononucléaires aux leucocytes à noyau polymorphe, mais dont tous les éléments ne se trouvent nombreux et nets que dans des cas pathologiques.

5» Leucocytes éosinophiles, à noyau moins vivement coloré que les précédents, formés à l'état normal de deux masses nucléaires, de dimensions à peu près égales, arrondies ou ovalaires, réunies ou non par un filament chromatique ordinairement mince (Jolly).

Développement et formation des globules blancs. — Au point de vue embryologique, la plus grande obscurité règne sur la formation des premiers éléments du sang et, en particulier, des globules blancs : si quelques auteurs s'accordent à dire que les vaisseaux et les corpuscules sanguins ont la même origine, ces derniers procédant des cellules non employées pour la formation de la paroi vasculaire, « en revanche l'on ne trouve aucun renseignement sur l'origine des premiers globules blancs ni sur l'époque d'apparition et le mode de formation des hématoblastes » (Hayem). Ils apparaîtraient quelques jours après les globules rouges, st c'est tout. Quoi qu'il en soit cl très rapidement, trois appareils vont concourir à reproduire et à régler la distribution des globules blancs; ce sont : la rate, les ganglions lymphatiques et la moelle des os. Les ganglions lymphatiques semblent être des centres de néoformation très actifs de leucocytes et surtout de lymphocytes : témoin la ieucocytose abondante qui accompagne la lymphadénie ganglionnaire. Quant à la moelle osseuse, il suffit d'en examiner une coupe, pour voir que l'on y retrouve toutes les variétés de leucocytes en grande abondance, ou bien, comme l'a fait Neumann, de compter les globules blancs du sang de la veine du fémur de la grenouille pour voir que ce sang contient un grand nombre de globules blancs.

fl) A. Chaxtemesse. Le çloliule blanc (Presst méd'.caU. n» 100, 7 déc. 1898i

Mais si ces organes contribuent à former et à régler l'évolution des leucocytes, il semble que chacun ait dans cette tâche un rôle spécial. Ehrlich pensait autrefois (1884) que les organes hématopoiéliques ne livraient au sang que de petits mononucléaires ; par leur évolution progressive dans le sang, ces éléments formaient les grands mononucléaires et les leucocytes à noyau polymorphe. Aujourd'hui (1898) cet auteir admet que chaque variété de globule blanc dérive d'un organe distinct : les lymphocytes proviendraient des ganglions lymphatiques et formeraient un groupe bien spécial; les leucocytes à noyau polymorphe naîtraient pou/ une petite part de la transformation dans le sang des grands mononucléaires à noyau incurvé, et pour la plupart proviendraient de la moelle osseuse; quant aux éosinophiles, ils constituent un groupe distinct, ayant pour origine la moelle des os.

Morpholog-îe et réactions hislocliîiniques. — Diamètre. — Dans la leucémie, le diamètre des globules blancs peut être doul)lé et atteindre jusqu'à 20 [x. Ces leucocytes « géants » ont un noyau unique, ou un noyau incisé, en boudin, ou des noyaux multiples.

Les leucocytes hypertrophiés se rencontrent exceptionnellement dans l'anémie extrême (Hayem).

Mouvements amiboïdes. — Neumann et Lôwit ont signalé la perle de la contraclilité amiboïde des leucocytes du sang leucémique. Mais, à l'état normal, les éléments de la première variété en sont généralement dépourvus. Dans un cas de leucémie splénique, M. Gilbert a constaté que les globules géants, ainsi que ceux de la première variété, en étaient privés, alors que les éléments de la deuxième et de la troisième variété en jouissaient comme à l'état normal; les cellules éosinophiles possèdent donc des mouvements amiboïdes (Jolly).

IjÉsions dégénératives. — Dans les cachexies, la leucocythémie, on peut observer des globules blancs à protoplasma pâle, creusé de vacuoles ou atteint de dégénérescence hyaline. La présence de granulalions graisseuses dans la leucémie indiquerait une origine myélogène (Mosler).

Surcharge en hémoglobine. — Elle s'observe dans les anémies intenses, dans la chlorose (Hayem), surtout dans la leucocythémie (1).

Infiltration pigmentaire. — Nous avons vu que dans la mélanémie et la mélanose généralisée, les granulations pigmcntaires siégeaient de préférence dans les globules blancs. Il ne faut pas oublier qu'en dehors de leur action phagocytaire, les globules blancs sont encore

(1) La surcharge hémoglobique des globules blancs peut être produite par une erreur de technique, quand le sang est mélangé à un li(iuide mauvais fixateur, qui dissout un peu de l'hémogloljinc des globules rouges. Certains auteurs admettent une surcharge hémoglobique des globules blancs, quand leur protoplasma se colore plus vivement que de coutume par l'éosine ; cet aspect peut apparaître, en dehors de toute surcharge hémoglobique, dans le prolopl;isnia des globules blancs à granulations £, lorsque ces granulations n'y sont plus distinctes (Jolly, Soc. de biologie, 25 fév, li>99J.

LEUCOCYTES. 793

« les balayeurs de l'économie », et qu'ils forment ce qu'on a appelé les « cellules à poussières ».

Modifications nucléaires. — Les figures karyokinétiques des leucocytes seraient, pourTroje, caractéristiques du sang leucémique. Elles ont une valeur indiscutable. Spronck ne les a observées à l'état normal que dans une proportion infime (2 éléments pour 100).

Numération. — Le nombre des leucocytes varie à l'état physiologique et pathologique dans une proportion beaucoup plus considérable que celui des autres éléments. On peut s'en faire une idée au moyen de l'examen rapide d'une goutte de sang déposée dans la cellule à rigole. Pour apprécier exactement le chiffre qu'ils atteignent, la numération est indispensable. Autrefois, on se contentait du dénombrement total; aujourd'hui, l'on recherche avec raison le pourcentage des difterentes variétés de globules blancs.

La diminution des leucocytes tombe au-dessous de la movenne dans les anémies extrêmes et dans les pyrexies de longue durée, non compliquées de lésions intlammatoires. Le type de ces pyrexies, dit M. Ilayem, est la fièvre typhoïde dans ses formes complexes et traînantes. On peut alors voir progressivement le nombre des leucocytes tomber jusqu'à 2000. En étudiant la leucocytose, nous verrons, en outre, qu'elle est souvent précédée d'une phase d'hypoleucocylose.

Bien plus fréquente est Vaiigmentalion des leucocytes, la leucocytose.

Avant d'étudier la leucocytose, voyons d'abord quelles sont les variations proportionnelles des dilïérentes formes de globules blancs.

Équilibre leucocytaire. — A Vélal normal, il existe entre les différentes formes de globules blancs des rapports constants. Cet équilibre leucocytaire (1), pour employer l'expression suggestive de M. Leredde, subit des variations physiologiques peu importantes.

Chez Vadulle, le chiffre des polynucléaires atteint 60 (Jolly), 66 p. 100 (Leredde et Bezançon); il est donc moins élevé que ne l'indique Ehrlich(75 p. 100). Les éosinophiles ne dépassent pas 1 à 2 p. 100 (2). Quant aux mononucléaires, y compris les lymphocytes, leur nombre total est de 38,5 (Jolly), 32 à 33 p. 100 (Leredde et Bezançon).

Chez Venfanl, les polynucléaires ne s'élèvent pas au delà de 40 à 50 p. 100, les éosinophiles au delà de 2 à 3 p. 100.

Enfin, chez le vieillard, les polynucléaires sont un peu plus nombreux, 70 p. 100 (Jolly).

On peut ainsi considérer comme anormale, chez l'adulte, toute variation des polynucléaires au-dessus de 70 p. 100 et au-dessous de 60, des mononucléaires au-dessus de 40 p. 100 et au-dessous de 30. D'autre part, l'absence d'éosinophiles en circulation, un nombre

(1) E. Lehedde et M. Lceper, L'équilibre leucocytaire [Presse médicale, 25 mars 1889).

(2) Ehilich indique la proportion de 2 à 4 p. 100.

inférieur à 1 p. 200 ou une éosinophilie dépassant 3 ou 4 p. 100, indiquent encore un étal pathologique (Leredde et Lœper).

Après le repas on a signalé une légère polynucléose (70 p. 100, deux heures après le repas). Il est bon d'en être prévenu.

Étudions maintenant rapidement l'équilibre leucocytaire à Vëlal pathologique.

L'augmentation des leucocytes peut porter soit sur les mononucléaires grands et petits (lymphocytes), soit sur les polynucléaires, soit sur les éosinophiles. On a ainsi affaire tantôt à une mononucléose, tantôt à une polynucléose, tantôt à V éosinophilie. Enfin la valeur sémiologique des Mastzellen et des Markzellen doit être également indiquée.

Mononucléose. — Lymphocytes et mononucléaires. — La lymphocytose se rencontre dans la lymphadénie ganglionnaire ou cutanée (mycosis fongoïde), dans la coqueluche (Meunier), chez certains malades atteints d'affections des voies digestives ou soumis à une forte transpiration par l'effet de la pilocarpine (1). Le nombre des lymphocytes augmente également dans certaines infections, spécialement dans l'accès de fièvre intermittente au début (54 p. 100), où ils participent alors activement à la phagocytose (Vincent).

La leucémie est essentiellement caractérisée par une mononucléose (grands lymphocytes), contrairement aux leucocytoses infectieuses où domine la polynucléose. Dans la forme commune, les polynucléaires tombent à 50 p. 100 (sauf complication), et, dans la leucémie aiguë, parfois à 1 ou 2 p. 100.

On conçoit tout le parti qu'on peut tirer de ce fait au point de vue du diagnostic de l'adénie et de l'adénopathie tuberculeuse, qui toutes deux peuvent, à un moment donné, s'accompagner de leucocytose. Dans le premier cas, on trouvera une mononucléose, dans le second une polynucléose.

Polynucléose. — Cellules neutrophiles. — Elles sont les plus nombreuses, à l'état sain comme dans la plupart des états pathologiques. Elles sont en grande majorité dans les liquides d'exsudation, dans le pus. C'est également sur cette variété de cellules que porte l'augmentation des globules blancs dans les leucocytoses inflammatoires, infectieuses (blennorragie, pneumonie, diphtérie curable, etc.). On sait du reste que les polynucléaires prennent la part la plus active à la phagocytose.

La polynucléose a été observée dans quelques maladies cutanées, dans le purpura de Werlhof (90 p. 100), dans un cas d'urticaire géante (77 p. 100).

Éosinophilie. — Cellules éosinophiles. — Les cellules éosinophiles ont été l'objet de nombreux travaux qui se trouvent pour la plupart

(1) D'a])i^s Notta Gocco, l'infection pncumonique expérimentale s'accompagnerait de mononucléose.

LEUCOCYTES. 795

résumés dans l'important mémoire de Zapperl (1) et dans la thèse de M. Ligouzat (2). Chez les enfants, jusqu'à treize ou quatorze ans, elles sont relativement a' ondantes. Elles ne paraissent pas influencée» par la grossesse ou la menstruation.

Elles sont rares dans les leucocytoses aiguës et subaiguës, ou h la suite des hémorragies. Dans les infections aiguës (fièvre typhoïde, érysipèle, pneumonie, rhumatisme articulaire aigu, malaria (Zappert, etc.), elles réapparaissent seulement à la période post-fébrile, après la chute de la température. Elles augmentent de nombre dans le cours de la sarcomatose, de certaines intoxications (camphre, tuberculine, iodure de potassium), de certaines chloroses et anémies graves, de l'asthme, de l'helminthiase (oxyure, ankylostome), de la trichinose, de quelques maladies de la peau (maladie de Dûhring, prurigo, érylhème polymorphe vésico-bulleux, psoriasis, lichen plan, dermalite scarlatiforme récidivante). On sait du reste qu'elles sont très abondantes dans l'expectoration des asthmatiques, à la fin de l'accès; qu'elles constituent les seuls éléments leucocytaires qu'on observe dans les bulles de pemphigus (Neusser) et dans la maladie de Dûhring (Leredde et Perrin).

Voici quelques chiffres empruntés à la revue de MM. Leredde et Lœper :

Maximum des éosinopiiiles.

Syphilis 6 à 9 p. 100.

Lèpre 60 p. 100 (Gaucher et Bensautle, Darier).

Ankylostome 72 — (Lciclitensternj.

Ascaride 26 — (Bucklei-s).

Taenia mediocanellala 34 - (Leiclitenstern).

Trichinose 68 — (Brown) .

Asthme 20 — (Gollasch).

Tuberculine (44G00 gi. bl.). 90 — (Grawitz).

Camphre 9 — (Von Noordan).

Hématodermite toxique (IK). li — (Leredde).

Urticaire 60 — (Lazarus).

Fréquentes également dans le sang des mégalospléniques, elles sont très abondantes dans la leucémie, alors qu'elles sont rares dans les leucocytoses symptomatiques. On a voulu faire de ce caractère un signe pathognomonique. Mais elles peuvent manquer dans la leucémie chronique (Dreschfeld, Kanthack, Troje, etc.) ; enfin, elles font défaut dans la grande majorité des cas de leucémie aiguë.

Quoi qu'il en soit, dans la leucémie le noyau de ces cellules peut être grand et arrondi, et non plus seulement double ou triple comme dans les éosinophiles du sang normal (Ligouzat (2), Jolly). De 750 par

(1) Zappert, Centralblatt fur klin. Medicin, 1892, n» 19, et Zeitschr. fur hlin. Medicin, Ed. XXIII, p. 227.

(2) Ligouzat, Les cellules éosinophiles, leur signification, leur valeur diagnostique. Th. de Lyon, 1894.

millimètre cube, chinVe maximum normal, le nombre des cellules éosinoi)hiles peut atteindre 29000 et davantage. Elles peuvent du reste diminuer et môme disparaître rapidement au cours de processus fébriles intercurrents. Leur disparition peut alors coïncider tantôt avec une diminution en masse de globules blancs (leucolyse), tantôt avec une leucocytose considérable.

Cellules basophiles. — Petites cellules ne dépassant pas le diamètre d'un globule rouge, n'ayant qu'un seul noyau rond, possédant des granulations relativement grosses, toujours plus petites cependant que les granulations éosinophiles. Cannon les considère comme constantes dans le sang, surtout chez les enfants, sains ou malades; il est plus que douteux cependant qu'on puisse les voir chez l'adulte à l'état normal (Ehrlich et Limbeck).

A l'état pathologique, on les rencontre chez les leucémiques ; mais elles sont très clairsemées.

Maslzellen. — Ces cellules (granulations basophiles) appartiennent, pour la plupart, à une forme de transition ou au type polynucléaire, et se trouvent de temps en temps dans la leucémie.

Markzellen. — Ces cellules géantes, à gros noyau remplissant presque tout le corps cellulaire et très pauvre en chromatine, proviennent de la moelle des os (Cornil, Midler). Elles sont en partie éosinophiles et caractéristiques de la leucémie myélogène.

Leucocytose. — « Toute augmentation du nombre des leucocytes qui ne dépend pas de la leucémie ou leucocytcmie, prend l'appellation de leucocytose. » (Gilbert.) Mais où cesse la leucocytose, où commence la leucocytémie ? Quel est le caractère distinctif, ou mieux, quels sont les caractères distinctifs de ces deux états morbides?

Pour résoudre cette question, on a successivement fait intervenir la durée de chacun d'eux, le nombre et la variété des leucocytes, le rapport de ces éléments avec les hématies; enfin on a même demandé aux cellules rouges du sang les éléments de la réponse.

Au début, les choses avaient paru d'une extrême simplicité. A l'augmentation passagère des leucocytes on donnait, avec Virchow, le nom de leucocytose, à l'augmentation permanente le nom de leucémie. A cette dernière appartenaient les chiffres élevés; à la première les chiiïres modérés. Au besoin, le rapport 1/15 des globules blancs aux globules rouges, fixé par Virchow, levait toute hésitation en faveur de la leucémie, s'il était atteint.

Tout importants que soient ces caractères, ils ne sont pas toujours suffisants dans les cas limites.

Dans un cas de cancer primitif du corps thyroïde, observé dans le service de mon maître M. Ilayem, j'ai pu compter 70000 globules blancs par millimètre cube. Dans un cas de cirrhose hypertrophique

(1) A. Chantiîmussi:, loc. cit. — A. Ciiantumesse cl E. Rey, De la leucocytose

I un.sl'(;rysi|)clc [Soc. de hioL, Icvr. 1899^.

LEUCOCYTES. 797

du foie à marche rapide compliquée de pneumonie, j'ai noté également 71300. Certaines leucocytoses infectieuses ont pu s'élever jusqu'à 60000. D'autre part, on a vu, dans la leucémie, le chiffre des globules blancs tomber de 500000 à 21 000 et au-dessous (Ligouzat), à l'occasion d'une complication inflammatoire, et, dans l'anémie infantile pseudo-leucémique, ce chiffre monter à 130000. On admettra, je l'accorde, qu'il s'agit ici d'une forme intermédiaire (y. Jaksch), d'un avant-stade de la leucémie (Luzet) ; mais il faut bien avouer que, dans certains cas, la valeur numérique n'est pas un véritable critérium.

On a cherché un élément d'appréciation dans la morphologie et les réactions histochimiques. Il est certain que, dans la leucocytose, les cellules du sang normal sont à peu près seules observées et que les formes polynucléaires neutrophiles sont en grande majorité. Par contre, dans la leucémie, les cellules éosinophiles sont généralement abondantes; on y trouve des cellules « atypiques », de grands éléments, des cellules dites médullaires, chargées de granulations graisseuses, des Mavkzellen. Il est donc juste de tenir compte de ces caractères.

M. Hayem attache avec raison une grande importance aux globules rouges à noyau, qui ne sont nulle part si abondants que dans la leucémie. Mais, chez l'enfant du premier âge, ils apparaissent dans le sang avec une facilité relative, et dans la leucocytose cancéreuse on peut les rencontrer. Si toutefois à l'abondance des cellules rouges se joint un second caractère sur lequel insiste à juste titre M. Luzet la karyokinèse de bon nombre de ces cellules, alors le diagnostic de leucémie s'impose.

Une dernière question reste à poser : Où commence la leucocytose? Ici la réponse est facile : La constatation plusieurs fois renouvelée du nombre de 10000 globules blancs peut être considérée comme un fait anormal (Hayem) ; mais le chiffre normal ne dépasse guère 5000 à 6000. Rien n'est plus simple, quand on connaît la moyenne habituelle ; elle est, on le sait, plus élevée chez les individus forts et puissants que chez les débiles.

La leucocytose peut apparaître sous les influences les plus variées. On peut distinguer trois groupes dilférenls et étudier des leucocytoses physiologiques, pathologiques, médicamenleuses ou d'origine variée.

Leucocytoses puysiologiques. — Leucocylose des nouveau-nés.

Elle a été bien étudiée par M. Hayem. Pendant les deux ou trois premiers jours de la vie, le nombre des globules blancs est trois ou quatre fois plus grand que chez l'adulte ; soit en moyenne 18 000 par millimètre cube. Il reste stationnaire ou augmente lé"^èrement dans une première période correspondant à la diminution du poids du nouveau-né; puis au moment où l'enfant arrive è son minimum de poids, en général le troisième jour, le chiffre descend à 6000

OU môme 4000, alors que le nombre des rouges alleint en général son maximum.

Celle leucocytose serait due en parlie à l'épaississemenl du sang (Cohnstein el Zuntz), en parlie à l'influence de l'alimenlalion.

Elle esl formée surloul d'éléments appartenant à la première variété de lymphocytes.

Leucocytose alimenlaire. — Pendant la période digestive et surtout pendant la phase intestinale, le nombre des globules blancs peut s'élever de 18 à 20 p. 100, el même à 40 p. 100 (Limbeck). Le régime n'est pas indifférent. D'après M. Duperie, le régime azoté développe peu de globules blancs, tandis que les végétaux et les aliments gras, le lait, augmentent notablement leur nombre. Pohl, Reinert el Rieder mettent au premier rang les matières albuminoides.

D'après Schiif, v. Jaksch et Rieder, la leucocytose alimentaire esl plus marquée chez les enfants que chez les adultes ; elle est également plus accusée chez les sujets vigoureux, bien nourris (Limbeck).

Par contre, l'abstinence fait baisser le chiffre des leucocytes. Luciani ( I ) l'a vu tomber en sept jours, chez le fameux jeûneur Succi, de 14530 à 861 par millimètre cube.

La leucocytose alimenlaire n'offre pas qu'un simple intérêt de curiosité physiologique. Si elle n'est en rien modifiée par les troubles circulatoires des organes abdominaux, elle est absente dans le cancer de lesiomac (MuUcr).

Dans une élude récente, Schneyer a examiné 17 cas de cancer de l'estomac, 3 cas de sténose non cancéreuse du pylore el 8 cas d'ulcère rond. Or, chez tous les cancéreux de l'estomac, la leucocylose alimenlaire a fait régulièrement défaut, et cela indépendamment du degré de développement du cancer, de la présence ou de l'absence de la cachexie cancéreuse ou de la sténose pylorique.

Chez les malades atteints de rétrécissements non cancéreux du pylore et dans 7 cas sur les 8 d'ulcère rond, la leucocytose alimenlaire était déjà manifeste deux heures après le repas (2).

On voit le parti qu'on pourrait tirer de ce signe dans les cas de cancer douteux, si, à l'état normal, d'une numération à l'autre on

(1) Luciani, Bas Hun^^ern, dculsch von O. Frankcl. Hambur;^ und Leipzif,', 1890.

(2) Le liuiticme malade atteint d'ulcère de l'estomac, chez lequel la leucocylose alimentaire a fait défaut, était complètement épuisé par les hématémèses et les épislaxis, de sorte que l'absence de la leucocytose pouvait s'expliquer chez lui par une diminution du pouvoir digestif et des sécrétions gastro-intestinales.

Comme ni l'absence de IICl libre, ni la cachexie ulcéreuse, ni le rétrécissement du pylore ne jouaient un rôle décisif dans l'absence de la leucocytose alimentaire, puisque celle ci a fait défaut. également chez les cancéreux non cachecticpies, dont je pylore n'était pas rétréci et dont le suc gastrique renfermait de l'IICl libre, l'auteur attribue l'absence de la leucocytose alimentaire aux modillcations anatoniiques, ])li> siologitpu's et fonctionnelles du tube dij<estif et à la participation précoce du système lymphatique chez les cancéreux (Schneyer)

LEUCOCYTES. 799

n'obtenait déjà des variations assez considérables. D'ailleurs, Chadbourne (1), après avoir cherché à vérifier l'opinion de Schneyer, a pu s'assurer que la leucocytose de digestion peut exister quelquefois dans le cancer et manquer dans d'autres alTections stomacales.

Leucocytose de la menstruation, de la grossesse, de Vaccouchement, de la lactation. — Les modifications du sang qui accompagnent et suivent la menstruation sont en rapport avec la plus ou moins grande abondance des hémorragies ; l'augmentation des leucocytes est de 1 à 2 000 (Hayem).

Pendant la grossesse, le nombre des leucocytes augmente (Moleschott et Nasse, Maurel), si bien que Rieder a pu compter 13000 éléments chez 21 femmes enceintes, après le sixième mois, sur 31 examinées ; mais il n'a pas constaté de leucocytose chez 8 multipares sur 18, sans qu'on puisse en donner la raison.

Pendant Y accouchement normal, Kosina et Eckert ont observé, 14 fois sur 16, une augmentation des leucocytes variant de 10 540 à 18600. Au moment de la délivrance, M. Malassez a vu le chift're des leucocytes s'élever rapidement (jusqu'à 18900 dans un cas) pour retomber ensuite lentement à la normale.

Wild (2), qui a examiné 30 femmes enceintes, admet également qu'il atteint le maximu n immédiatement après l'accouchement.

L'influence de la lactation n'a pas été déterminée d'une manière précise (3).

La leucocytose de la grossesse, comme les leucocytoses pathologiques, est caractérisée par une multiplication des polynucléaires. Exemple. Nombre total : 13000; 19 éosinophiles, 916 poly-, 245 mononucléaires, soit 20,8 p. 100 de mononucléaires (Rieder).

Leucocytoses pathologiques. — Leucocytose post-hémorragique. — On sait depuis longtemps que les hémorragies sont suivies d'une augmentation des cellules blanches du sang (Nasse, Remak, Henle, Moleschott, Virchow, Immermann, etc.). Son étude expérimentale a été entreprise par de nombreux auteurs (Samson, Himmelstjerna, Hoiïmann, Lesser, Morel (4), etc.).

Elle apparaît déjà au bout d'un quart d'heure et persiste pendant quelques jours. Elle atteint le maximum le troisième, le quatrième jour après la saignée (Rieder, Morel).

(1) Chadbournie, Beitragzur Verdauunjii^sleucocytose bei Magenkranken {Berlin, lilin. Woch., 1898, n» 1, p. 31),

(2) Wild, Teneur du sanp: en hémoglobine, en globules rouges et en leucocytes pendant la t,'rossesse et après l'accouchement {Arch. fur Gynakol., t. LUI, 2, 1898).

(3) D'après Michaelis, lorsqu'on enlève une mamelle du cobaye quelques jours après qu'on a supprimé la lactation, on peut voir à la périphérie des canaux gaiactophorcs une accumulation anormale d'éosinophiles.

(4) Morel, Note sur les diverses leucocytoses postphlébotomiques et postrévulsives (^cacf. de méd., 1896J,

Hn l'absence de trauma, comme, par exemple, dans l'hémalémèse consécutive à l'ulcère de l'estomac, la leucocytose serait moins durable. Limbeck a vu le chiffre des leucocytes s'élever à 19000 et descendre trois jours après à 8300.

Les hémorragies et la grande dilution du sang qui s'ensuit auraient pour elïet de provoquer un appel leucocytaire, auquel répondraient les cellules blanches de la lymphe et des tissus.

Leucocytose agonique. — Cette leucocytose, qui a été signalée en 1883 par Litten et admise ensuite par Rieder, n'est rien moins que discutable. Elle peut faire défaut, et, dans les cas où il l'a observée, Limbeck n'a jamais manqué de trouver à l'autopsie soit des foyers de broncho-pneumonie lobulaire, soit une pneumonie hypostatique, soit un catarrhe bronchique purulent.

Leucocytose cancéreuse. — Les premiers auteurs qui soupçonnèrent ou décrivirent une altération du sangdans le cancer (Velpeau, Bérard, Bouillaud, Broca, FoUin, Gruveilhier), crurent à la présence de la matière cancéreuse dans les vaisseaux.

\ndral signala dans le sang des cancéreux, après la mort, des éléments qu'il considéra comme des globules de pus, et que Ollier reconnut pour des globules blancs. Liickc paraît être le premier qui ait constaté leur augmentation pendant la vie. Sappey n'a sans doute vu que des cellules cancéreuses en migration dans le sang. Nepveu, après avoir indiqué la présence du pigment noir dans les leucocytes au cours du cancer mélanique, insista sur l'augmentation des globules blancs qu'il regarda même comme une contre-indication opératoire.

C'est à M. Hayem et à son élève, M. Alexandre (1), qu'on doit nos connaissances actuelles sur la leucocytose dans les cancers.

Des observations nouvelles ont été publiées par v. Jaksch, Schreider, Pée et Reinbach, etc.

D'après M. Hayem, les globules blancs subissent dans le cancer des modifications qualitatives et numériques.

Les premières ne s'observent qu'à une phase avancée de la cachexie. Les globules blancs deviennent plus translucides, creusés d'espaces vacuolaires et chargés d'hémoglobine comme dans toutes les anémies considérables.

Les modifications numériques peuvent manquer ou rester insignifiantes, comme par exemple dans certains cancers de l'eslomac (Hayem, Rieder).

Quand la leucocytose existe, dit M. Hayem, elle peut, par son apparition précoce, constituer le premier signe de la cachexie néoplasique. D'une intensité variable, elle paraît plus accusée dans certaines variétés de sarcomes que dans les épilhéliomes, mais elle n'atteint pas habituellement un degré très prononcé.

(1) G. Ai.KXANi»i\R, De la leucocytose dans les cancers. Applications au diagnostic, ïh. de l'aris, 18S7.

LEUCOCYTES. 801

Dans certains faits cependant, remarquables par l'évolution rapide de la maladie, elle prend des proportions considérables : tels sonpar exemple, un cas de sarcome multiple des os (5"2 700) et le cas de cancer primitif du corps thyroïde (71 000) déjà signalé.

Voici quelques exemples empruntés à MM. Hayem et Alexandre :

Moyenne. Maxim.

Épithélioma du sein 11400 21 "ÎOO

Épithélioma de l'ulérus 7 800 9500

Épithélioma du rectum 9500

Épithélioma de l'estomac 17 600

Épithélioma du pancréas 9 500

Ostéosarcomes 16 000

Lymphosarcomes 21000 55 000 (Limbeck).

Mélanosarconies 30 000 41 600 (Rieder).

Cancer du foie ' 12 000 19 000

La meilleure preuve que la leucocylose est bien d'origine cancéreuse, c'est qu'elle disparaît après l'opération. Aussi sa réapparition permet-elle de prévoir la récidive.

En somme, ces données peuvent être d'une certaine utilité pour le diagnostic. « Toute tumeur qui, indépendamment des complications inflammatoires ou suppuratives, s'accompagne d'une augmentation du nombre des globules blancs, est une tumeur cancéreuse. » (Hayem.) Mais l'absence de leucocytose ne permet pas de repousser d'emblée l'hypothèse d'un cancer.

Leucocytose inflammatoire infectieuse. — On sait, depuis longtemps que le sang est altéré (sang dissous) dans certaines fièvres graves, qu'il est altéré également, mais d'une autre façon, dans les phlegmasies. Au temps de la saignée, l'épaisseur de la couenne fibrineuse servait de mesure à l'étendue et à la violence de l'inflaramation. Aujourd'hui, deux procédés plus simples sont à notre disposition : 1° l'examen d'une goutte de sang dans la cellule à rigole, qui permet d'apprécier d'un coup d'œil rapide l'importance du réticulum fibrineux et la proportion des globules blancs; 2° la numération de ces éléments, qui indique le degré de la leucocytose. Or, les phlegmasies se distinguent précisément des pyrexies par l'épaisseur du réticulum et par l'importance de la leucocytose.

Quels sont les caractères cliniques de cette leucocytose ? Quel est le mécanisme qui préside à son développement?

Bien qu'aujourd'hui l'attention des observateurs se trouve concentrée sur le problème pathogénique, il n'est pas besoin, ce nous semble, d'insister sur l'intérêt qui s'attache à la connaissance des causes et des signes évolutifs de cet état du sang et de montrer tout le parti que le diagnostic et le pronostic peuvent en tirer. A leur description bien des travaux ont été consacrés. 11 est juste de citer en première ligne ceux de M. Hayem, qui, l'un des premiers, a envisagé la question dans son ensemble, ensuite ceux de Virchow, Traité de mkdecinb. VI. — 51

lîalla, Tumas, G. Pick, Pée, v. Jaksch, Rieder, Limbeck, etc.

Dans quels cas voit-oa la leucocylose inflammatoire, quelles on sont les causes ?

Le terme de phlegmasie éveille l'idée de lésion anatomiquc, d'inflammation. Or, presque toutes les maladies infectieuses, toxiques ou dyscrasiques sont capables de réaliser cette inflammation dans des conditions déterminées. Mais, quand rien n'entrave ni ne modifie sa germination dans le corps humain, chaque espèce morbide garde pour ainsi dire ses caractères naturels et se comporte toujours de même, soit comme une maladie phlegmasique, soit comme une maladie pyrétique, éveillant ou non le processus leucocytaire.

La goutte, par exemple, a tous les caractères d'une phlegmasie. Il en est de même de certaines intoxications.

Parmi les infections, les espèces microbiennes qui d'habitude réalisent le plus facilement des inflammations exsudatives ou suppuratives, sont également celles qui provoquent la leucocytose la plus élevée. Le pneumocoque, les microbes pyogènes (streptocoque, staphylocoque), le gonocoque, le colibacille, le bacille de Lôffler en sont les agents les plus actifs. Aussi la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, les inflammations des séreuses et des muqueuses (les pleurésies non bacillaires, péricardites, méningites, cystites, vaginites, angines, embarras gastrique fébrile), du derme et du tissu cellulaire (érysipèle, phlegmon, abcès, vésicatoire), des muqueuses et des ganglions (coqueluche), les inflammations des viscères enfin (hépatites interstitielles ou suppurées, angiocholites, etc.), s'accompagnent-elles d'une augmentation plus ou moins considérable des globules blancs.

Certaines infections, comme la fièvre typhoïde, le typhus exanthématique, la fièvre intermittente, la granulie, la rougeole, la variole légère n'élèvent que d'une manière toute passagère le cliiflVe des leucocytes; peu après le début, il peut même paraître abaissé. Mais, dans la variole intense ou grave, la leucocytose apparaît au moment de la formation des pustules; dans la rougeole avec catarrhe intense, dans la scarlatine, elle est constante, et même, dans celte dernièi*e maladie, elle persiste longtemps après la chute de la fièvre.

L'augmentation des leucocytes, qui fait défaut dans la granulie, est variable dans les autres formes de tuberculose. Conformément à la loi générale, elle est d'autant plus accusée que les exsudais sont plus riches et la suppuration plus abondanlc. De 10 000 à 20001) dans la phtisie chroniciue, elle peut mouler à ."HiOOO dans la pneumonie caséeusc double avec cavernes et expccloralion purulonlo (Ilayeni).

Dans le choléra asiati(jue, le nombre des globules blancs peut s'élever à 40000-00 000 à la période algide. Va\[\v\ dans le lélanos Schwarz a compté de 10 000 à 18 000 leucocytes cluv. un malade traité avec Tant toxine de Tizzoni. Les recherches expérimentales de

LEUCOCYTES. 803

Cliatcnay (1) sur la leucocytose par injection de toxine tétanique plaident dans le même sens.

L'augmentation du chilTre des globules blancs n'appartient pas exclusivement aux phlegmasies à évolution rapide. Si, dans ces conditions, elle atteint son plus haut développement, particulièrement dans les cas où la suppuration est active et étendue, elle n'en reste pas moins très accusée dans les phlegmasies subaigiiës ou même chroniques, que celles-ci soient suppuratives ou même simplement parenchymateuses (Hayem). La cirrhose hypertrophiqne avec ictère chronique, par exemple, s'accompagne d'une leucocytose variant de 9 300 à 51 800, soit 15 500 en moyenne (Hayem, Hanot et Meunier, Lukachevitch). Elle est constante dans les anémies infantiles avec mégalosplénie syphilitique et rachitique, variable dans la mégalospîénie de l'adulte, fréquente à la période terminale de l'adénie.

Considéré en soi, l'accroissement du nombre des globules blancs s'exprime par des chiffres très variables qui paraissent dépendre, en général, non seulement de l'étendue et de l'intensité de la lésion, mais encore de la nature même de la lésion (Hayem). II est en moyenne de 15000 à 20 000; mais il peut être inférieur à ce chiffre ou atteindre le double, le triple et même 71000.

L'augmentation des globules blancs suit en général une marche parallèle à celle du processus inflammatoire. « A cet égard, dit M. Hayem, on peut poser les conclusions suivantes :

« a. L'élévation du nombre des globules blancs se produit dès le début de la maladie et atteint régulièrement ou par oscillations un maximum qui coïncide habituellement avec la période de maturité de la lésion, c'est-à-dire, par exemple, avec la suppuration, en cas d'inflammation suppurative.

« p. Dans les phlegmasies en voie de décroissance, le nombre des globules blancs diminue progressivement ou par sauts assez brusquement, en suivant plus ou moins étroitement la marche de la maladie.

«y. Dans les inflammations suppuratives (15000à 25 000), ainsi que l'ont vu déjà divers observateurs, entre autres M. Malassez, le nombre des globules blancs s'abaisse tout à coup au moment où le pus se fait jour au dehors, pour augmenter de nouveau lorsque cette issue est suivie d'une suppuration secondaire.

« B. Au commencement de la convalescence des formes franche ment aiguës, on voit assez souvent, pendant un temps variable, mais court (un, deux, trois jours), le nombre des globules blancs s'abaisser sensiblement au-dessous du chiflre normal, avant d'atteindre déOnitivement la moyenne physiologique. »

Telle est Yévolulion générale de la leucocytose inflammatoire d'origine infectieuse.

(1) Chatenay, Les réactions leucocytaires vis-à-vis de certaines toxines végétales et animales. Thèse de Paris, 1894.

Parfois la leucocylose est tellement fugitive, qu'elle peut ôlre méconnue. La malaria offre un exemple de cette variété de leucocytose.

Dans la fièvre quotidienne régulière, dans la fièvre tierce et dans la fièvre quarte, les examens fréquents du sang ont permis à M. Vincent de constater le plus souvent, au début même de l'accès, une leucocytose évidente (10600, 10 800). Celle-ci s'évanouit rapidement et peut même, tant elle est brève, passer inaperçue. Elle fait place alors à une hypoleucocytose telle que le chiffre des globules blancs peut devenir, dans certains cas, deux ou trois fois moins élevé qu'avant l'accès et s'abaisser encore le lendemain si le malade n'a pas pris de quinine. La multiplication initiale des leucocytes et leur diminution ultérieure sont si caractéristiques qu'il est parfois possible, au simple examen du sang, de déterminer la période à laquelle le sang a été prélevé (1). L'hypoleucocytose consécutive à l'accès avait déjà été signalée par M. Kelsch et par Dionin.

Mais d'une leucocytose fugitive ou même nulle en apparence, il ne faut pas conclure à V absence de réaction leucocytaire, comme le prouvent encore les recherches faites par Stiénon dans la fièvre typhoïde, par Besredka dans la diphtérie.

Les maladies infectieuses ont-elles chacune une réaction leucocytaire déterminée ?

Cette question doit être entendue au point de vue de Vintensité de la réaction et de la variété des éléments qui y participent.

a) Il n'est pas douteux, et ce qui vient d'être dit le prouve, qu'il existe des relations étroites entre les germes pathogènes et les cellules amiboïdes de l'organisme.

En général, l'augmentation des leucocytes atteint le maximum lorsque la maladie est à son apogée ; la diminution de ces éléments coïncide avec la guérison et la convalescence (fig. 45).

Toutefois l'intensité de la réaction varie suivant la maladie et le sujet en cause. Ce fait d'observation que la clinique seule est impuissante à expliquer, a été le sujet de nombreuses recherches expérimentales de la part de M. MetchnikofT et de ses élèves.

Au point de vue de la cause, il y a une question de dose et de nature. Mais en graduant les doses dans une certaine proportion, on peut, avec des substances différentes, obtenir des elïcts analogues. Quant à l'état du sujet, il est loin d'être indilTérent. Entre autres expériences, celles de M. Chatenay, faites sous la direction de M. Metchnikolf, sont intéressantes, parce qu'elles nous offrent comme une vue synthéti(iue de la question.

Avec des substances de trois ordres, des toxines végétales supérieures (abrine et ricme), ôac/^/v'e/i/jes (diphtérie et tétanos) et animales

(1) II. VmcKNT, Contribution A l'ctude du processus leucocytaire dans la malaria Annales de l'Institut Paslcur, t. XI, p. 897).

LEUCOCYTES.

(venin de cobra de capello), M. Chalcnay a obtenu, malgré des troubles généraux divers et opposés, variant avec chaque subslance, des phénomènes réaclionnels identiques au point de vue qui nous occupe. Et ces réactions diffèrent suivant qu'on a affaire à un animal témoin, vacciné ou en vaccination.

1° L'animal témoin subissant une intoxication mortelle présente une hypoleucocytose constante ; cette réaction est progressive jusqu'à

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Fig. 45. — Crise hëmatique dans la pneumonie. Chute rapide de la leucocytose et crise hcmatoblastique pendant la dcfervesccncc. Commencement de la dcfervescence. Fin de la défervescence. Les chiffres de la colonne H et B représentent des milliers (d'après M. Hayem).

ia mort; si celle-ci a lieu en moins de vingt heures après l'injection, elle est soumise à des oscillations très étendues, pour se terminer en hyperleucocytose à la mort (au bout de un à quatre jours).

2* L'animal en vaccination subit pendant toute la durée de la vaccination une hyperleucocytose progressive qui s'atténue lentement.

3° L'animal vacciné, subissant une intoxication mortelle, réagit moins ou plus, suivant qu'il a été plus ou moins éprouvé ; il réagit ionjouTS en hyperleucocytose, quelque légère soit-elle; souvent il reste au môme chiffre et ne s'abaisse jamais à des proportions notables.

b) Dans ces derniers temps, on s'est efforcé de préciser davantage la formule hémo-leucocytaire en numérant toutes les variétés de leucocytes et en établissant leur proportion relative.

D'ordinaire, dans les maladies infectieuses, la multiplication des polynucléaires marche de pair avec l'augmentation de nombre des leucocytes, et même c'est presque toujours à leurs dépens que se fait

la leucocytose. Le chiffre des lymphocytes tombe au-dessous de la normale.

Les éosinophiles diminuent, puis disparaissent pour revenir au moment de la gucrison (Ehrlich, Zapper) (1).

Quelques exemples suffiront à montrer l'intérêt qui s'attache à cette élude.

Dans un cas de pneumonie étudiée par M. Leredde,il existait avant la crise une polynucléose de 80 p. 100 (leucocytose 18 500). La veille de la crise, la polynucléose s'éleva à 86,6 p. 100 (leucocytose 15 400). Le jour de la crise, après la chute thermique, le chiffre des polynucléaires tomba à 70,9 p. 100 (leucocytose 10 500). Les jours suivants, il n'y avait plus que 57 p. 100 de polynucléaires, avec un chiffre normal de leucocytes.

Stiénon (2) d'un coté, MM. Chantemesse (3) et Rey (4) sont arrivés au même résultat en ce qui concerne Yénjsipèle.

D'après M.M. Chantemesse et Rey, chez les adultes qui guérissent, \qs poli] nucléaires sont tout d'abord plus nombreux; puis ils subissent, jusqu'à la guérison confirmée, une diminution de nombre constante ; le nombre des grands mononucléaires, peu modifié pendant la période fébrile, s'accroît à la veille ou au début de la défervescence; la couche des lymphocytes marche en sens inverse de celle des polynucléaires ; les éosinophiles, absents en général pendant la période fébrile, reparaissent au moment de la défervescence et parfois en assez grand nombre. Chez le vieillard, la formule hémo-leucocytaire se fait remarquer par l'élévation du chiffre de la proportion des polynucléaires ; chez l'enfant, par l'abondance des lymphocytes, surtout au moment de la défervescence. Les cas se terminant par la mort présentent une hypcrleucocytose qui dépasse toujours le chiffre de 12 000, et une hyperpolynucléose qui atteint et dépasse la proportion de 92 p. 100. La persistance à un clîiffre élevé ou le retour brusque d'une polynucléose annonce l'imminence d'une rechute. D'après ces auteurs, on peut conclure de l'examen des courbes que le chiffre de la leucocytose et surtout celui de la polynucléose est, dans

(1) Et ce qui montre bien rimpoi-lance des modifications patholofçiques de l'équilihie leucocytaire, c'est que, dans la fièvre typhoïde, maladie réputée pour son hypo- Icucocytose, Stiénon est arrivé à constater une évolution ré,^uliè^c ainsi disposée : l'" phase : prédominance notable des formes à noyau polymorphe, dépassant le cliid're de 80 p. 100 et atteignant parfois celui de 90 p. 100; 2" phase : diminution progressive des formes à noyau polymorphe ; la chute n'est pas régulière, elle oITre des sursauts dans un certain nombre de cas ; 3" pluise : les formes à noyau polymorphe ne dépassent plus guère en nombre les formes ù noyau simple ; 4* phase : les diverses formes tendent A reprendre une valeur normale.

(2) Stihnon, Leucocytose dans les maladies infectieuses {Ann, de la Soc. roi/ale des sciences mcd. de Bruxelles, t. IV, 1S9S).

(3) CnA^T^:MI•;ssE et 10. Hr.v, Note sur la formule hémo-leucocy taire dans l'érysipèle {Soc. d" hiol.y 18 janvier 1899).

(4) RiîY, Etude clinique et expérimentale de la leucocytose dans l'érysipèle. Th. de l'aris, 1S99.

LEUCOCYTES. 807

l'érysipèle, en rapport étroit avec l'état de gravité de la maladie.

La leucocytose diphtérique a été étudiée par bien des auteurs (Bouclîut et Dubrisay, Lécorché et Talamon, Binaut, Gilbert, Schlesinger, Gabritschewshy, Nicolas et Courmont, Besredka).

De 58 examens portant sur des cas simples et complexes, M. Gilbert conclut que, dans la diphtérie simple, la leucocytose est fréquente, sans être constante; qu'elle est légère, puisque le chitîre le plus élevé a été de 17 000 ; qu'elle n'est pas en rapport avec la gravité de la maladie et qu'elle peut manquer dans des cas mortels (6 000); que, dans les cas complexes, des causes diverses intercurrentes peuvent porter le chiiïre des leucocytes au delà de 30000, en tout cas, le modifier d'une manière sensible.

D'après Schlesinger, l'hyperleucocytose, très prononcée le premier et le deuxième jour de la maladie, l'est déjà moins le troisième jour et disparaît le cinquième, sixième ou septième jour, sauf exception. Elle n'est, pour lui, influencée ni par l'âge, ni par la température, ni par la gravité de la maladie, contrairement à l'opinion de Gabritschewsky.

En somme, ses résultats concordent avec ceux de M. Gilbert, mais on ne voit pas quel parti la clinique peut tirer de ces renseignements, en contradiction apparente avec la doctrine de la phagocytose.

Dans un mémoire récent, M. Besredka (1) nous a donné la clef de l'énigme, en numérant toutes les variétés de leucocytes. Se basant sur des faits expérimentaux et cliniques, cet auteur a montré que les polynucléaires, les vrais phagocytes en réalité, se comportaient dans la diphtérie comme dans les autres maladies infectieuses, et que la qualité des leucocytes importait au moins autant que la quantité.

Avant toute injection de sérum et dans les cas graves, le chifTre des polynucléaires oscille autour de 50 p. 100 (chifTre normal chez l'enfant de trois ans) ou tombe au-dessous. Dans les cas spontané, ment favorables ou rendus curables par les injections de sérum, leur nombre va jusqu'à 70, 80 et même 85 p. 100. El la polynucléose (Besredka) ne cesse qu'au bout de dix à douze jours, alors que la convalescence est manifeste. Le degré de la polynucléose traduirait donc le degré de gravité de la maladie, conformément à la loi générale.

Après M. Bastianelli, M. Vincent a étudié la formule leucocytaire de l'accès de fièure intermittente. Au début de l'accès et au moment où se produit la crise leucocytaire précédemment signalée, il y a une augmentation notabledu chiffredes lymphocytes, et, à un degré moindre, de celui des cellules éosinophiles et des grandes cellules uninucléaires (macrophages). Un peu plus tard, quinze à soixante minutes après,

(1) BiîsnEDKA, Leucocytose dans la diphtérie (Ann. de i Institut Pasteur, mai 1898).

en raoyeii/ie, les lymphocytes demeurent encore beaucoup plus nombreux que normalement; les grandes cellules uninucléaires sont devenues très rares. Ce dernier phénomène est vraisemblablement en rapport avec les fonctions phagocytaires spéciales de ces cellules dans la malaria, car ce sont principalement ces cellules que l'on rencontre au

début de l'accès, contenant des amibes ou truffées de pigment mé- 'anique (fig. 46). Les glandes lymphatiques, le foie et la rate les arrêtent alors au passage et en débarrassent le sang. Quant aux cellules multinucléaires, leur nombre paraît varier faiblement dans l'accès palustre, bien qu'il diminue un peu. Elles ne jouent du reste qu'un rôle restreint dans l'impaludisme (Metchnikoff).

Quelle est la valeur diagnostique et pronostique de cette variété de leucocvtose?

La valeur diagnostique est considérable, puisqu'elle permet d'apprécier dans une certaine mesure l'intensité de l'inflammalion.

Elle peut, mieux que la fièvre, être le signe révélateur d'une suppuration méconnue, elle peut encore, en présence de deux maladies fébriles, indiquer s'il s'agit d'une phlegmasie ou d'une pyrexie, d'une pneumonie latente par exemple ou d'une fièvre typhoïde. Elle permet de dire enfin, lorsqu'on suit son évolution, qu'à la période exsudative a succédé la période suppurati^'e. On conçoit tout le parti qu'on peut tirer de ce signe au point de vue chirurgical (1).

La valeur p/'onostique nesl pas moins grande. Nous savons déjà que la leucocytose est Findice d'une complication, lorsqu'on l'observe au cours d'une maladie où elle fait généralement défaut. Inversement, l'absence de leucocytose dans les cas où on la constate d'habitude, par exemple dans la pneumonie typhoïde (Hayein et Gilbert), la pneumonie grave (v. Jaksch, Bieganski), est un indice fâcheux, qui doit faire réserver le pronostic (2). On s'est mcmc demandé s'il n'y avait pas intérêt, dans ces cas, à administrer aux malades des médicaments

Fig. 46. — Leucocytes mélanifères et inclusions parasitaires.

a, leucocytes ayant englobé cinq hématozoaires dont il ne reste que le pigment entouré d'une auréole claire. Le noyau de la cellule est détruit, sa chromatine s'est diffusée dans le protoplasma cellulaire ; b, macrophage de la rate ayant englobé un croissant; c, macropliage amibifèrc; d et c, microcyte et cellule polynucléaire ayant exceptionnellement englobé un parasite. Désir de M. Vincent.

(1) Dans un cas récent d'abcès sous-diaphragmatiquc, elle m'a permis d'affirmer la présence du pus et la nécessité de l'inlcrvenlion chiiurgicale, malgré la présence d'une pleurésie séro-librincuse du côté correspondant. V.

(2J Castcllino a coustulé une augnicnlalion des ieurocylos chez les pucunioniqucs agonisants.

LEUCOCYTES. 809

capables de provoquer la leucocytose. Ces tentatives n'ont eu, je dois lé dire, aucun succès (Tchistovitch).

Au point de vue des indications, on a voulu opposer les courbes leucocytaires de la pneumonie et de la diphtérie. Tandis que la leucocytose va progressant depuis le début jusqu'à la crise dans les cas de pneumonie qui tendent naturellement à la guérison, dans la diphtérie, au contraire, la leucocytose progressive annonce une issue défavorable (Gabritschewsky (1), Nicolas et Gourmonl).

Mais les intéressantes recherches de M. Besredka nous ont appris que cette hyperleucocytose in extremis n*est qu'apparente et qu en réalité elle cache une hypoleucocytose poli/nucléaire.

Mieux que la température, le pouls et l'état général, la recherche de la polynucléose peut renseigner sur le pronostic. M. Besredka formule ainsi l'hémo-pronostic.

« Lorsque le lendemain et le surlendemain de l'injection du sérum, l'enfant présente plus de 60 p. 100 de polynucléaires, le pronostic est favorable, quels que soient la température, le pouls et l'état général.

« Si au contraire, chez un enfant de trois ans ou plus, la température est élevée, et si, malgré le sérum, le chiffre des polynucléaires se maintient à 50 p. 100, le pronostic est mauvais; si ce chiffre est inférieur à 50 p. 100, si la température reste élevée et si on aperçoit dans le sang des « formes intermédiaires », l'enfant peut être considéré comme perdu, même si l'état général paraît s'améliorer.

« Cette formule s'applique à la diphtérie pure, non compliquée d'autres maladies (rougeole, scarlatine, etc.). »

Leucocytoses thérapeutiques par substances chimiques organiques ou ANORGANiQUES. — Eu 1856, Hirt avait signalé l'augmentation du nombre des leucocytes sous l'influence des Ioniques et des amers (myrrhe, quinine). Ce résultat avait été confirmé par H. Meyer, qui avait essayé toute une série d'huiles éthérées (térébenthine, fenouil, menthe poivrée). Tout récemment, Pohl a complété celte étude. Ce sont les essences à odeur forte de fruits et de racines qui provoquent le mieux la leucocytose (essences de fenouil, de menthe poivrée, d'anis), les amers (absinthe, extrait de gentiane), ainsi que des corps volatils de la série grasse (éther acétique, pipérine), tandis que l'acide chlorhydrique, le bicarbonate de soude, le fer, l'alcool éthylique, la caféine, la quinine, restent sans elïét. D'après Limbeck, l'action de l'essence poivrée et d'anis est manifeste aussi chez l'homme.

.j'hémialbumose, la peptone, la pepsine, l'acide nucléique, la nucléine, l'extrait de sang, la pyocyanine, la tuberculine, le curare, l'urée, l'acide urique, l'urate de soude, provoquent d'abord une diminution des leucocytes, bientôt suivie d'une augmentation (Lôwit).

(1) Gabritschewsky, De la leucocytose dans ladiphtcrio [Ann. de l'Institut Pasteiir^ 25 oct. 1894)

Les extraits d'organe (extraits de rate, de moelle osseuse, de thymus) agissent de môme ; par contre, les extraits de corps thyroïde, de foie, de reins, de pancréas, sont inaclifs (Goldscheidcr et Jacob).

Certains purgatifs, tels que riiuile de ricin, le podophyllin, la scammonée, etc., produisent également une légère augmentation des leucocytes (De Renzi).

D'après M. Leredde, l'iodure de potassium est capable de provoquer une hématodermite avec leucocytose et éosinophilie.

En somme, à la suite de l'administration de presque toutes les substances précédentes, on observe, comme l'ont montré Holtzmann, Lôwit, etc., une première phase d'hypoleucocytose, coïncidant, pour certains auteurs, avec l'alcalinité exagérée du sang, puis une seconde phase Aliyperleucocytose. Et les mêmes phénomènes se produisent après injection de cultures de charbon et de bien d'autres microbes, ou encore de toxines microbiennes.

Mais Garo, après avoir étudié la leucocytose consécutive à l'injection sous-cutanée de spermine, ou de pilocarpine, ou de luberculine, et examiné simultanément l'alcalescencedu sang, n'a constaté chez l'homme aucun rapport entre cette alcalescence et le nombre des leucocytes (1).

Winternitz, qui a étudié les rapports de la leucocytose avec les irritations locales, distingue deux groupes de substances, suivant qu'elles provoquent ou non une irritation locale des tissus. Les matières salines, les acides libres, les alcalis, ne déterminent qu'une faible irritation locale avec leucocytose légère et fièvre passagère. Au contraire, les vraies substances irritantes, telles que la térébenthine, a moutarde, l'huile de croton, la sapotoxine, la digitoxine, le nitrate d'argent, le sulfate de cuivre, les combinaisons de mercure et d'antimoine, déterminent, en même temps qu'une suppuration aseptique, une leucocytose abondante et une fièvre de plusieurs jours de durée. Nous sommes ainsi amenés à rapprocher les substances chimiques et les maladies infectieuses, toxiques, dyscrasiques, au point de vue de leurs effets : ici encore la leucocytose suit (Vordinaire une marche parallèle au travail d'exsudation et de suppuration, et traduit l'intensité de la phlegmasie.

Quant à l'augmentation des leucocytes observée après les bains froids (Winternitz, Rovighi, Knopfelmacher et Thayer), elle est sans doute un effet de l'épaississement du sang provoqué par la contraction des vaisseaux périphériques. Le phénomène inverse se produit quand on élève artificiellement la température.

Tui-JOIUES ET CONCEPTION GÉNÉHALE DE LA, LEUCOCYTOSE. — La IcU-

cocylose, nous venons de le voir, s'observe dans les états les plus divers, dans les néoplasmes, les infections, les intoxications, etc.

(1) Caro, Uel)cr Leukocytose uncl Blutalkulascenz (Zci7s(/ir. fur Id'in. 3/e<f.,1806, vol. XXX, p. ;}39J.

LEUCOCYTES. 811

Processus banal en apparence, d'une importance énorme en réalité, elle joue un rôle capital dans la défense de l'organisme et touche ainsi aux problèmes les plus élevés de la pathologie.

Nous n'insisterons pas sur la théorie de Bieganski, pour qui la leucocytose est un eftet de longévité pathologique des cellules polynucléaires.

Pour Schultz, le nombre des leucocytes reste invariable. La leucocytose n'est qu'une apparence due à la mobilisation des leucocytes des vaisseaux profonds, où ils sont toujours plus abondants, et à leur transport dans les vaisseaux périphériques. Cette théorie a été démontrée fausse par Jacob. Le seul fait intéressant à retenir est l'inégale répartition des leucocytes dans les vaisseaux.

D'après Rôhmer et Buchner, l'hyperleucocytose consécutive à l'injection des protéines microbiennes est le résultat d'une prolifération intense des leucocytes. Mais les éléments nouvellement formés ne représentent sans doute que la minorité, et la plus grande partie des polynucléaires viennent directement des organes hématopoiétiques.

La théorie de Lôwit repose sur ce fait, que V hyperleucocytose est toujours précédée d'un stade d'hypoleucocylose ; elle est une suite, une conséquence forcée de la destruction des globules blancs {leucotyse)^ de nouveaux éléments venant remplacer les leucocytes disparus.

Lalhéorie chiniiotactique, adoptée par M. Metchnikoff, est celle qui répond le mieux à la totalité des faits connus et acquis par des expériences irréprochables. On sait en quoi consiste le phénomène que Pfeifîer a remarqué sur les cellules végétales, et qu'il a désigné sous le nom de chimiotaxie. Appliquons-le donc àlaleucocytose. Lorsqu'on injecte à un animal une substance capable de provoquer la leucocytose, il s'établit d'abord une chimiotaxie négative; elle se traduit par la fuite des leucocytes, qui vont se cacher dans les capillaires de dilTérents organes, notamment des poumons et du foie. A côté de ces leucocytes, il y en a peut-être d'autres qui subissent une leucolyse. Dès que la chimiotaxie devient positive, les leucocytes accourent en grand nombre, surtout des organes hématopoiétiques, où ils préexistaient à l'état adulte et n'attendaient que le signal du départ pour se précipiter dans le torrent circulatoire (1) (fîg. 47).

Or cette théorie est aussi bien applicable aux substances solubles et insolubles qu'aux microbes, comme le prouvent les expériences faites dans le laboratoire de Korber à Dorpat, à l'aide d'une préparation de fer soluble; celles de M. Chatenay avec des toxines végétales et animales, etc.

La chimiotaxie des leucocytes n'est donc pas seulement provoquée

(1) Besredka, Etat actuel de la question de la leucocytose {Ann. de l'insiilut Pasleur, 1897, p. 'SI).

l>;ir dos l)actéries mortes, don! le contenu serait dissous dans le milieu ambiant, et par des substances protéiques, toujours né-

r n ~ P"">^'^^^^'e. Formation d'un tubercule dans répiploon (infection de baolles). Amas de bacilles central. Leucocytes polynucléaires détruits (3e jour) sous forme de gouttes batav.ques (b). Eléments mononucléaires (m) venant de la périphérie. Au voisinage, gros noyaux de cellules endothéliales normales (d aorès un dessin communiqué par M. Eorrcl). ^ ^

cessaires à l'apparition de l'hyperleucocytose, ainsi que le veut "^-^ Biichner. Les curieuses expé-

riences de M. MetchnikofTavec l'acide arsénieux, de M. Besredka (1) avec le trisulfure d'arsenic, le démontrent péremptoirement.

Elle n'est pas davantage, comme le soutient Jacob, un moyen commode pour certaines substances, siégeant dans les organes hématopoiétiques, de se faire transporter par les leucocytes, là où elles peuvent avoir besoin pour engager la lutte avec les bactéries ou leurs produits.

La c/iimiotaxie ou sensibilité chimique représente, avec l'aôiorplion et la digestion inlra-celliilaire, les trois fonctions principales

u.llInSrT"^' ""m'"'"''',"^'' !'"'°'^^'' ''""^ rinl.-xication p,.r une combinaison uilfuiee d arsenic [Anuiilcs de Vlmliiul l'nsteur, 25 janv. 1899). - Du rôle des

Fig. /ifs. — Phagocytose. Spores du bacille tétanique contenues dans des vacuoles du protoplasma des leucocytes (expérience de Vaillard) (d'après une préparation de M. Borrelj.

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