PIGMENTS. — GRANULATIONS. — CELLULES LIBRES
des phagocytes (Melchnikoff), et par conséquent des globules blancs. Ainsi la leucocytose se trouve être un des actes, le premier, de la phagocytose. C'est un appel, une levée en masse parfois contre l'envahisseur, quel qu'il soit, qu'il va falloir combattre et vaincre. Quand le cycle de la phagocytose se sera déroulé tout entier, l'ennemi sera vaincu et l'organisme victorieux : la maladie sera détruite dans son germe.
« La leucocytose doit donc être considérée comme un moyen de défense dans la conception la plus large du mot; c'est un phénomène biologique général qui s'étend sur toutes les influences nocives de l'économie, sous quelque forme qu'elles se présentent, solide ou liquide (1). »
RÉTICULUM FIBRINEUX. — Lorsqu'on examine une préparation de sang frais normal, on voit, apparaître, après quelques minutes, de rares fibrilles rayonnant autour des hématoblastes et des globules blancs pris pour centre et dessinant un réseau incomplet à larges mailles : c'est le réticulum fibrineux.
Dans certaines circonstances pathologiques, le réseau s'épaissit, les mailles se serrent davantage. Cette modification du processus de coagulation s'accompagne d'une augmentation du nombre des leucocytes et de la viscosité des hématies, mais d'une diminution de la coagulabilité du sang. Il en est ainsi dans les phlegmasies, c'està-dire dans les inflammations à forme exsudative. Plus l'exsudat est riche en fibrine et en pus, plus cette lésion est prononcée : maxima dans la pneumonie, la pleurésie suppurée, le phlegmon, manifeste encore dans les inflammations catarrhales, elle est au minimum dans les inflammations dites parenchymateuses et néoplasiques. M. Hayem distingue trois variétés de réticulum.
Le réticulum le plus épais et le plus serré, fibrineux franc, dont le type est fourni par le sang pneumonique, s'observe encore dans le rhumatisme articulaire aigu, la goutte aiguë, les inflammations suppuratives, etc.
Le réticulum fibrineux atténué, à fibrilles épaisses, mais moins nombreuses et moins serrées, apparaît à la fin des maladies précédentes et dans les phlegmasies symptomatiques ou secondaires.
Enfin il existe un troisième type, fibrineux à fibrilles grêles, très nombreuses, qu'on peut voir dans les phlegmasies moins accusées. (Voir Hémo-diagnostic par l'examen de sang frais.)
PIGMENTS. — GRANULATIONS. — CELLULES LIBRES. — CRIS- TAUX. — Granulations pigmentaires. — Dans la mélanose et Vimpaludisme, des granulations pigmentaires peuvent circuler librement
(1) BiiSREDKA, loco cilalo.
814 fi. PARMENTIER. — MALADIES DU SANG.
à l'inlérieur des vaisseaux, ou former de véritables thrombus dans le réseau capillaire.
Mélanémie. — Elles sont môme si abondantes dans l'impaludisme, que l'aspect graphitique, ardoisé, brun chocolat, du sang, des organes, des tissus, est une des principales caractéristiques anatomiques de cette maladie : d'où le nom de mélanémie. Frerichs en a donné une bonne description (1854). Les granulations pigmentaires sont particulièrement abondantes, et par conséquent la mélanémie est surtout manifeste au cours des accès fébriles graves, des accès pernicieux. Dans l'impaludisme chronique elles n'apparaissent qu'à l'occasion de recrudescences aiguës; elles sont en effet remplacées par des granulations d'une autre nature, par le pigment ocre (1).
Le pigment noir ou mélanémique esl composé de granulations noires, d'à peine \ (t, arrondies ou polyédriques, groupées irrégulièrement, libres ou incluses dans les globules blancs ou dans les hématozoaires, plus rarement dans les cellules allongées d'apparence endothéliale, ou encore réunies sous forme de caillots. On les rencontre dans le sang pendant et peu après les accès, dans le sang veineux et surtout dans la rate, alors qu'on ne les trouve plus dans le sang périphérique.
La composition chimique est inconnue : le fer ne peut être décelé par les réactifs ordinaires. Il résiste
„. ,„ „ , aux acides forts, il se décolore iuscru'à prendre la Fig. 49. — Cel- . . ' . 1,- n, 1
Iules mclani- temte jaune chamois sous Imlluence des alcalis
fèi'es. (potasse et ammoniaque); il est dissous par le suif-
hydrate d'ammoniaque (Kieiier).
Il se différencie nettement du pigment ocre qu'on observe dans l'impaludisme chronique et dans la cirrhose pigmentaire(*i). La teinte spéciale du pigment ocre, sa résistance aux acides forts et à la potasse, sa coloration noire parle sulfhydrate d'ammoniaque et bleue parle ferricyanure de potassium, permettent aisément de le distinguer du pigment noir.
Pour ma part, je n'ai jamais constaté de granulations pignien-
(1) D'après M. Letulle, troi? sortes de pigments sont dôcelables dans dilTércntcs régions de l'organisme : 1" le pigment ocre (ferrugineux), le plus abondant, ([ui donne aux organes l'apparence de minerais de fer (Lapicquc) ; 2" un pigment jaune brun, caractéristique de la lésion décrite sous le non» d'atrophie brune ou granulo-pigmcntaire (fibres lisses, cellules nerveuses, croissants de Gianu/.zi), dont la nature ferrugineuse ne peut être déterminée par les réactifs chimiipics actuels ; 3° le pigment mélanique de la peau, nornmlement élaboré dans rinlimito des cellules profondes du corps muriueux de Malpighi ; lequel, produit en excès dans les cirrhoses pigmentaires, contrilme souvent, avec le pigment ocre logé dans le derme, à déterminer la teinte bronzée ou ardoisée des téguments.
(2) Voir sur la cirrhose hypertrophique pigmentaire la leçon clinitiue de M. Marie (Semain'î médicale, mai 18!>5) et les communications de MM. Rendu et Massary, Letulle, Jcansclme, à la Société médicale des h'ipilaux, 5 février 1897.