Bactéridie charbonneuse. Sang de cobaye
On peut l'observer dans la sérosité de la pustule maligne, qui n'est qu'un accident local, grave, mais curable; dans le sang, quand l'infection est générale et fatalement mortelle. En attendant les résultats de la culture et de l'inoculation, l'examen immédiat d'une goutte de sang, préparé par dessiccation et coloré, permet le diagnostic.
Les bacilles, isolés ou réunis par deux ou par trois, ont 5 à 20 |x de long, 1 à 2(x,5de large. Ils sont rectilignes, disposés bout à bout, coupés carrément à leurs extrémités toujours séparées des articles voisins par un petit espace clair. Gratia leur a décrit une capsule d'enveloppe.
Jamais on ne constate dans le sang ces longs filaments et les spores qu'on observe dans les cultures. La reproduction a lieu par scissiparité. Quand l'autopsie a été faite tardivement, on peut observer des formes filamenteuses.
Bacille de la tuberculose. — Le mécanisme de l'invasion du sang
fl) GAiiniTsr.iiKwsKY, Les bases de la sérothérapie de la fièvre récurrente {Ann, de l'Inslilul l'asleur, 1896, t. X, p. 630).
par le virus tuberculeux (bacillémie) n'est pas univoque. L'irruption des bacilles dans le sang se fait à la faveur d'une tuberculose qui siège primitivement soit dans le canal thoracique (Ponfick), soit à la face interne des veines (Weigert, Miiggel, Hanau), soit au niveau des artérioles (Koch). Elle provoque la dissémination ou la généralisation des accidents.
Weichselbaum avait constaté des bacilles dans le sang de trois individus morts de tuberculose miliaire aiguë. Cette trouvaille fut confirmée par Meisels et Lustig dans huit cas semblables, et deux fois l'observation fut faite pendant la vie des malades.
L'examen du sang obtenu par ponction de la rate permit également à Rûtimeycr d'écarter le diagnostic de fièvre typhoïde et de conclure à la tuberculose aiguë.
La découverte par Liebmann (de Trieste) de bacilles dans le sang des tuberculeux consécutivement à l'injection de lymphe de Koch, n'a pas été confirmée (Guttmann, Ehrlich, Cantani, Kossel).
A l'autopsie de la plupart des phtisiques, Petruschky trouva presque constamment (8 fois sur 14) des streptocoques dans le sang et dans le suc de tous les organes. De son côté, Jakovvski, chez des phtisiques arrivés à la période d'hecticité, trouva également soit des staphylocoques blancs ou dorés, soit des streptocoques, dans le sang recueilli par piqûre du doigt. Aussi, pour ces auteurs, la fièvre hectique, avec ses ascensions vespérales brusques et ses défervescences matinales, n'est-elle qu'une septicémie secondaire. Les expériences de contrôle, pratiquées par Straus avec le sang prélevé directement dans la veine du pli du coude, restèrent constamment négatives (13 cas) : le sang des tuberculeux en pleine fièvre hectique se révéla constamment stérile {l).
Pour rechercher les bacilles tuberculeux, on aura recours à la méthode de Ziehl.
Bacille de la morve. — Le bacille de la morve, qu'on trouve dans le jotage nasal, dans le pus morveux, dans les ganglions, peut se rencontrer dans le sang, alors que l'infection est en voie de généralisation. Gouttchakoff a pu l'isoler dans le sang d'individus morveux. Toutefois, chez les animaux, le sang n'est pas virulent (Nocard).
On se servira de préférence de la méthode de Lôfflcr.
Bacille d'Eberth. — Il est exceptionnel de trouver lebacille d'Eberth dans le sang veineux, au doigt ou à l'avant-bras. Il n'a été observé qu'une fois sur 10 cas par M. Eltlinger et deux fois seulement par H. Kohn. Les autres expérimentateurs ont échoué. Il a été rencontré assez souvent dans le sang des taches rosées (Neuhauss), plus souvent encore, et d'aucuns disent toujours, dans le sang obtenu par ponction delà rate.
(1) J, Stuaus, La tuberculose et son bacille, p. 69&,
Colibacille. — Le colibacille a été observé pour la première fois dans le sang chez un individu mort du choléra noslras, par MM. Gilbert et Girode. Il a été rencontré dans le sang du foie par Hanot dans un cas d'ictère grave, et dans le sang périphérique au cours de diverses infections, notamment dans l'infection urinaire (Sillmann et Barlow).
Sur le cadavre on le trouve presque constamment dans le sang. L'envahissement du sang commence à la période agonique, plus ou moins tôt suivant les cas.
Pneumocoque. — Dans une communication (1) à la Société de médecine interne de Berlin, H. Kohn a montré l'intérêt qu'il y avait à pratiquer l'examen bactériologique du sang, particulièrement dans la pneumonie, au point de vue du pronostic.
Voici le résultat de ses recherches :
18 fois, pas de bactéries dans le sang : guérison du malade.
7 fois, pneumocoque dans le sang : mort.
2 fois, pneumocoque dans le sang : guérison après production d'abcès métastaliques.
3 fois, pas de bactéries dans le sang : mort du malade (un cas par collapsus cardiaque, un autre probablement par pneumonie grippale).
2 fois, pas de pneumocoque dans le sang : mort du malade par empyème slaphylococcique.
Ces chiffres montrent que la plupart des pneumoniques dans le sang desquels on a trouvé des pneumocoques, succombent, tandis que les autres guérissent en général.
Les bactéries ont été trouvées dans le sang vingt-quatre et quarante-huit heures avant la mort. Une fois, le quatrième jour de la maladie, l'examen avait été négatif, et le sixième jour, six heures avant la mort, le sang contenait de nombreux pneumocoques. Dans ce cas, on peut se demander si la pénétration des microbes dans le sang ne s'est pas faite seulement à la phase agonique, ce qui lui ôtorai toute importance. Quoi qu'il en soit, l'indication pronostique n'en est pas moins nette : que les bactéries envahissent le sang parce que le malade va mourir, ou que le malade meure parce qu'elles ont pénétré dans le sang, il n'en est pas moins vrai que la constaialion des pneumocoques dans le sang doit faire porter un pronostic grave, presque toujours mortel.
Un exemple récent de A. Frœnkel vient à l'appui des conclusions de Kohn. La pneumonie était au quatrième jour, et, d'après l'état général de la malade, on pouvait porter un pronostic favorable. L'ensemencement du sang, au lieu de rester stérile, donna naissance à trois cenls colonies environ. La malade succomba.
Chez un malade atteint d'infection urinaire consécutive à une rup-
(1) H. Kohn, l'x.imcn bactériologique du snnp dans les maludies infectieuses ISoc. de inéd. inl. de Uerlin, 7 décembre 1S96).
lure de l'urètre et en convalescence de pneumonie, j'ai pu avec mon interne, M. Ravaut, découvrir la nature d'une endocardite qui s'était développée, en constatant des pneumocoques dans le sang d'une veine du bras.
MM. Gilbert et Grenet n'ont rencontré qu'une fois le microbe de Talamon dans le sang du foie, sur quatorze malades, dont six ont succombé.
En résumé, on ne trouve guère de pneumocoques dans le sang des pneumoniques que dans les cas de mort prochaine ou de métastases.
Streptocoques. — La streptococémie peut s'observer dans l'érysipèle, dans les angines à streptocoques (Frœnkel), la scarlatine (M, Raskin), au cours de certaines endocardites ulcéreuses (Kohn), chez les tuberculeux ayant de la fièvre hectique (Pelruchsky et Jaworski). Elle représente le processus fondamental de la pyoémie chirurgicale (Arloing et Chantre), de l'infection puerpérale (Doléris, Widal).
Staphylocoques. — A la suite de diverses infections à staphylocoques, furoncle, anthrax, ostéomyélite, d'infection utérine puerpérale, de plaie chirurgicale, dans le cours de certaines endocardites ulcéreuses (Kohn), on rencontre quelquefois des staphylocoques dans le sang.
Cette constatation serait, au dire de Sittmann(l), d'un pronostic moins sévère que celle du pneumocoque ou du streptocoque. La pneumococémie et la streptococémie, si graves qu'elles soient, ne sont cependant pas toujours mortelles.