CAILLOT ET SÉRUM
Avant d'entreprendre la description sémiologique du caillot et du sérum (2), il convient d'indiquer rapidement les variations présentées par le mode d'écoulement du sang et les caractères du sang qui s'écoule à la piqûre du doigt.
Mode d'écoulement du sang. — L'écoulement du sang, qu'on ne peut apprécier que par ce moyen, est facile ou difficile.
Écoulement facile. — Il cbt facile : 1" lorsqu'il existe une congestion périphérique, soit passagère, soit permanente, comme par exemple dans les maladies du cœur, la cyanose, les affections pulmonaires avec gêne circulatoire; 2° lorsque la fluidité du sang est exagérée et qu'il n'y a pas tendance à la coagulation, ainsi que cela se présente dans l'anémie chronique et dans les états hémophiliques (avec ou sans anémie).
(1) SiTTMANN, La bactériologie dans les septicémies {Deutsches Archiv fur klin. Med., 1894, Bd. II, p. 322).
(2) Consulter la clinique de M. le pro-csseur Hayem sur l'examen du sérum et du caillot et la thèse de M. Lenoble (Th. de Paris. 1889).
Écoulement difficile. — Indépendamment des causes mécaniques (épaisseur de la couche cornée, insuffisance de la plaie), M. liayem reconnaît trois causes à l'écoulemenl difficile : 1° la vacuité des vaisseaux, telle qu'elle se produit à la suite de pertes sanguines énormes, dans l'anémie chronique intense avec émaciation, à la période ultime du cancer; 2° le coUapsus algide, la cyanose froide des extrémilcs, qu'il s'agisse d'un état local dû à un spasme des vaso-constricteurs comme dans la maladie de Raynaud, ou à un état général, comme dans le choléra et certaines formes d'urémie avec collapsus ; 3° l'épaississement du sang et la coagulabilité exagérée, qui reconnaissent diverses causes.
Caractères du sang à l'écoulement. — Pendant que le sang s'écoule, on peut noter son aspect. Sa coloration est d'une pâleur comparable à un sirop de groseille, chez les grandes anémiques, noirâtre dans la cyanose et l'asphyxie, violacée dans la leucémie, brun d'épice dans les empoisonnements par les substances méthémoglobinisantes, telles que les chlorates, le nilrite d'amyle, la kaïrine; rose vif, rutilante dans l'intoxication par l'oxyde de carbone.
Difficulté de Vhémostase. — La difficulté d'arrêter le sang, qui n'est jamais bien grande par le procédé de la piqûre du doigt, ne s'observe que chez les hémophiles.
CAILLOT. — Coagulabilité. — La faculté de coagulation du sang s'apprécie par le temps que met le sang à se coaguler, c'est-à-dire par le temps qui s'écoule entre la sortie de la première goutte de sang et la prise en masse (Hayem). Elle est indépendante de la facilité de l'écoulement. Diverses causes sont susceptibles de faire varier la coagulabilité, même à l'état physiologique, et la température ambiante n'y est pas indifférente. Elle est moindre par les temps froids. D'après Vierordt (1), elle diminue depuis le lever jusqu'au premier repas, augmente après le premier déjeuner pour s'abaisser de nouveau à l'heure du repas du soir.
Normalement la coagulation a lieu en dix à vingt minutes (Ilayem).
Elle est accélérée à la suite des hémorragies, de l'inanition, de troubles graves de la nutrition ; retardée, quand la nutrition se relève (phtisie, diabète, anémie splénique, ictère catarrhal, pneu-
(1) Vierordt reçoit le sang dans un tube capillaire où se trouve un poil blanc bien dégraissé dans l'alcool et l'éther. Tant que le sang du tube reste liquide, le poil ne se charge pas de matière colorante. La coagulation s'annonce par de petits grumeaux qui se déposent à sa surface. (H. Vierordt, Arch. der lleilkunde, Bd. XIX, 1878, p. 193).
D'après Nassa, de une à six minutes après la sortie du sang chez l'homme, une pellicule se forme à sa surface. Au bout de deux à sept minutes, il se produit en général une couche gélatineuse contre les parois du vase. (Vest de quatre ;i douze minutes après son issue de l'organisme que la masse sanguine tout entière se pretid en gelée, cl de sept i\ seize minutes que la coagulation devient délînitive. Voir Th. de Lenoble, p. 23