‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 3)Chapitre 108 sur 133 · CAILLOT · texte numérisé non relu

CAILLOT

monie, fièvre typhoïde). En somme, les variations sont peu sensibles à l'état pathologique et elles diffèrent d'un moment à l'autre. Il suffit de retenir seulement que les relards peu marqués sont un des caractères du sang franchement phlegmasique et que les grands re/arc/s caractérisent l'état hémophiliqueets'observent également dans la maladie de Werlhof (Krilitchevsky).

Dans plusieurs cas de purpura hémorragique examinés par M. Hayem,la coagulabilité était normale; mais dans un cas d'hémophilie, la coagulation a été retardée jusqu'à la dixième heure, bien que le sang fût normalement constitué au point de vue anatomique.

En pareil cas, il y avait donc dans le sang un corps ou des corps exerçant sur la formation de la fibrine une action empêchante.

On connaît dès maintenant de nombreuses substances organiques ou anorganiques qui hâtent ou entravent la coagulation.

MM. Arthus et Pages ont bien établi le rôle prépondérant des sels de chaux, en montrant : 1° que le sang décalcifié par les oxalales alcalins ou les fluorures solubles ne coagule pas; 2° que le sang recalcifié coagule. Ainsi se trouve légitimé l'emploi thérapeutique du chlorure de calcium comme coagulant. Il en est de môme de la gélatine (Dastre), de certains extraits organiques, des nucléo-albumines d'origine thymique testiculaire obtenues par le procédé de Wooldridge (Wright), de l'opothérapie (Gilbert et Carnot), etc.

Par contre, d'autres substances empêchent la coagulation : injections intra-veineuses de peptones (Gley), addition d'extrait de sangsue au sang, extraits organiques divers, etc. Certains auteurs ont du reste constaté des résultats différents suivant qu'ils opéraient in vitro ou in vivo (1).

Formation du caillot et du sérum. — A l'état normal, le sang se prend en gelée au bout de dix à vingt minutes, si bien qu'on peut alors renverser l'éprouvette sans crainte. Bientôt le caillot se creuse en cupule à la surface qui s'humidifie légèrement; puis, quand il est contenu dans une éprouvette cylindrique, sa partie moyenne se décolle de la paroi en même temps que quelques gouttes de liquide ambré viennent sourdre de la masse. La séparation, qui commence en général vingt-cinq minutes après la prise en gelée, marche plus ou moins rapidement; déjà très avancée au bout de quatre à six heures, elle n'est complète qu'au bout de douze à dix-huit heures. Ainsi la

(1) Dastre, Action coagulante de la gélatine {Soc. de biologie, 1896, 1897, 1898.

— Di :LÉzL^Nl;, Communications à la Société de biologie (1895, 1896, 1897, 1898).

GiLBFRT et Carnot, Opothérapie hépatique dans les hémorragies {Soc. de biologie, mai 1897. — Gley, Action anticoagulante de la peptone [Soc. de biologie, 1897, et Archives de physiologie, 1896 et 1897. — Garnot, Emploi de la gélatine comme hémostatique {Soc. de biologie, 1896, Presse médicale, 1897. — Arthus, Archives de plif/siologie, 1896. — Trkmoi.ières, Des coagulants du sang (chlorure de calcium et gélatine) au point de vue thérapeutique, Th. Paris, 1898.

masse du sang, comme une éponge imbibée de liquide et comprimée, se divise en deux parties : une partie cruorique solide, le caillot proprement dit, et une partie liquide, le sérum.

Chacune des parties peut être modifiée à l'état pathologique.

NoN-RÉTRAGTiLiTÉ DU CAILLOT. — La uon-rétractilité du caillot, sur laquelle M. Rayera a appelé Taltention, est relative ou incomplète, absolue ou complète. Dans ce dernier cas, les caillots restent adhérents à la paroi du vase sur toute la hauteur.

On a observé ce phénomène d'une manière constante dans l'anémie pernicieuse protopathique, le purpura hémorragique, les étals cachectiques très avancés avec anémie extrême.

La signification pronostique est particulièrement importante dans l'anémie pernicieuse progressive à forme protopathique. M. Hayom a toujours vu la mort survenir quand le caillot était non rétractile, alors qu'elle n'est point fatale dans le cas contraire.

La non-rétractilité du caillot existe chez tous les sujets atteints de purpura hémorragique, quelle qu'en soit la variété, tandis qu'elle fait défaut dans le purpura simplex (Bensaude).

Dans ces deux maladies, comme dans les anémies extrêmes très avancées, l'absence ou la diminution de rétractilité du caillot coïncide a\ec une particularité anatomique : la grande rareté des hématoblastes. Denys, en 1887, avait signalé déjà la diminution considérable des plaquettes (1).

« Le phénomène, dit M. Hayem, peut s'observer dans certains états infectieux, sans diminution des hématoblastes. Il doit exister, dans certaines toxémies, des substances dont la présence donne lieu à une fibrine anormale ayant perdu la propriété de se rétracter. » A la suite d'injections de propeptones dans le sang, M. Gley a obtenu des résultats analogues.

Le caillot non rétractile, sans altération des hématoblastes, est un fait banal, observé, par exemple, dans la pneumonie, la pleuro-pneumonie, la pleurésie tuberculeuse, l'endocardite infectieuse avec gros foie, la variole, la diphtérie, les intoxications diphtérique et tétanique

(1) Une intéressante expérience de M. Hayem démontre le rôle des hématoblastes dans la rétractilité du caillot. « Si on isole entre deux lif^atures un segment jugulaire du cheval, plein de sang, et qu'on suspende verticalement ce segment dans une atmosphère Iroide pour retarder la putréfaction, le sang ne se coagule pas. Les globules rouges, entraînés par leur poids, tombent dans le segment inférieur de la veine, les globules blancs plus légers forment une couche immédiatement susacente. Dans le segment sui)crieur, il ne reste que le plasma dans lequel flottent les hématoblastes et quelques globules blancs. Par une nouvelle ligature, on sépare ces deux segments l'un de l'autre. On vide celui qui ne contient que le plasma et on en fait deux parts: l'une est mise directe mi'nt dans une petite éprouvctte; l'autre est d'abord filtrée à 0° jjour la débarrasser des héinatoblaslcs et recueillie dans une autre éprouvctte. La partie non filtrée ne tarde pas A se coaguler, puis, au bout d'un certain temps, le caillot se rétracte et laisse transsudei' du sérum. La partie filtrée se coagule également, ({uoique plus lentement; mais Is caillot ne sa rétracte pas, il ne donne i)as de sérum . »

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