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CAILLOT

expérimentales, dans l'urémie, l'ostéo-périostite consécutive à la fièvre typhoïde, enfin dans la sarcomatose.

Le caillot non rétractile, en dehors de son volume et de sa forme exactement moulée sur celle du vase, de sa coloration souvent inégale et irrégulière, est tantôt sec et fragile, s effritant avec facilité, tantôt mou, diffluent, « infiltré de liquide à la façon d'une éponge humide non exprimée (1) ».

Volume. — Le caillot est constitué par une trame de fibrine « dessinant une dentelle irrégulière » (Renaut), emprisonnant dans ses mailles les éléments figurés du sang. Son volume dépend donc d'une part de la rétractilité de la fibrine, d'autre part de la proportion des cléments figurés. 11 sera d'autant plus petit que ceux-ci seront moins nombreux. Mais il ne faut pas oublier qu'il peut être plus ou moins rétractile et que par conséquent un caillot volumineux ne correspond pas toujours à une grande richesse en éléments : d'où la nécessité de faire leur numération pour avoir une appréciation exacte.

Forme. — La forme dépend du vase. Mais lorsqu'on recueille le sang dans un même vase cylindrique (éprouvette), cette forme est cependant susceptible de varier suivant la plus ou moins grande rapidité de la coagulation; lorsqu'elle se fait lentement, les globules rouges tombent au fond, surmontés de la couche plus rétractile des globules blancs et des hématoblastes, et le caillot devient conique à sommet supérieur cupuliforme. La paroi supérieure est blanchâtre, {crusta phlogislica) dans la pneumonie. Dans un cas d'hémophilie avec anémie et retard de dix heures dans la coagulation, la couche cruorique inférieure non rétractée était surmontée d'un long cyhndre en gorge de poulie, complètement incolore. Celte variété de caillot est absolument caractéristique d'après M. Hayem.

Coloration. — Elle est rosée à la partie supérieure en contact avec l'oxygène de l'air, foncée à la partie intérieure, et brun chocolat dans la méthémoglobinémie.

Consistance. — Le caillot est élastique et résistant ; mais il peut manquer de consistance, se fragmenter, s'eifriter, et, phénomène plus curieux, se redissoudre.

Redissolution du caillot. — La redissolution du caillot, décrite par M. Hayem, peut s'observer alors même que la coagulation s'est effectuée normalement.

Elle est plus ou moins tardive (quatre à vingt-quatre heures quarante-huit heures et davantage), plus ou moins complète. Lorsqu'elle est absolue et précoce et qu'on n'a pas suivi les phénomènes dès le début, on peut croire que le sang est resté liquide; si elle est incomplète, le caillot est cependant tellement friable qu'il se réduit en grumeaux par l'agitation. Parfois, la redissolution du caillot e.'^t

dj G. Hayem, Comptes rendus de l'Académie des sciences, 13 novembre 1893. Traité de médecine. VI. — 53

précédée de la résorption du sérum préalablement formé. Elle a été observée dans l'hémoglobinurie, la cachexie palustre avec purpura, l'ictère grave.

SÉRUM. — Parmi les caractères sémiologiques du sérum, il en est un grand nombre qu'un examen simple, rapide, facile en clinique, permet d'apprécier d'une manière suffisante ; d'autres exigent un examen plus laborieux, des recherches chimiques plus complètes et plus exactes ; les résultats en seront exposés sommairement.

Étude physique. — Le sérum doit être examiné dans l'éprouvette qui a servi à recueillir le sang et à part. On appréciera ainsi son abondance par rapport au caillot, sa couleur, sa transparence, sans qu'aucun élément étranger ne s'y soit môle. A l'état normal, son volume égale environ le tiers de la masse du caillot, sa coloration est « d'un vert tendre, comparable à celle d'une pomme non mûre » (Hayem). Sa transparence est complète. On a signalé toutefois une légère fluorescence physiologique, appréciable à contrejour et toute différente du dichroïsme normal, ainsi qu'un faible degré d'opalescence.

Abondance. — Elle est d'autant plus grande que le caillot est plus petit. C'est donc dans les cas d'aglobulie intense et extrême qu'à quantité égale de sang, le sérum sera le plus abondant.

Transparence. — L'état limpide du sérum peut être modifié passagèrement par le mélange des globules rouges qui donnent une coloration rosée ; le repos suffit à le faire redevenir clair. Dans d'autres cas, le sérum garde son aspect trouble ; il est opalescent ou lactescent.

Skrum lactescent et opalescent. — L'aspect laiteux du sérum, signalé autrefois par Ilaller chez l'homme et les animaux, a été observé dans les maladies des reins par Rayer (1827), Briglit, Gregory, Frerichs, etc. Une récente communication (1896) de MM. Widal et Sicard à la Société des hôpitaux sur « l'opalescence et la lactcscence du sérum de certains albuminuriques » a remis la question à l'ordre du jour(IIayem, Variot, Achard, Chenu (1), Castaigne (2), Lcnoble).

L'a.ç/;ec/du sérum varie depuis la simple opalescence, qui demande a être recherchée, jusqu'à la lactescence. Quand l'opalescence est peu marquée, il est parfois nécessaire d'examiner le tube à la lumière rélléchie ou sur un fond noir.

La cause de cet aspect spécial est due tantôt à des globules blancs, tantôt et le plus souvent à des granulations de nature albuminoïde en suspension, ou à des granulations graisseuses.

(1) Chenu, Qiiclc(iics considcrulions sur les sérums lactescents. TIi. Paris, 1807.

(2) (mstaione, Cuiitribulion i l'cLudc du sérum lactescent {Arcli. (jén. de méd.t 1897, p. 666,

La présence des globules blancs en suspension dans le sérum sanguin a été signalée autrefois par Frerichs, et récemment par Lenoble dans un cas de mal de Bright, en dehors donc de la leucémie.

Les granulations albuminoïdes, déjà reconnues par Caventou, Becquerel et Rodier, Frerichs (fibrine moléculaire de Zimmermann), se présentent sous la forme de petits corpuscules ronds dépourvus de noyau, réfringents, immobiles, formant parfois de véritables constellations sous le champ du microscope, mesurant le quart ou le cinquième d'un globule rouge, analogues parfois à des hématoblastes. Ces corpuscules ne se laissent colorer ni parl'éosine, ni par le bleu de méthylène, ni par la fuchsine, ni par l'acide osmique ; enfin ils sont insolubles dans l'éther (Widal et Papillon).

Les granidations graisseuses se colorent, au contraire, en noir par l'acide osmique et se dissolvent dans l'éther.

La lactescence a été observée chez l'homme et les animaux h l'état physiologique et pathologique.

La\aclescence physiologique est surtout manifeste chez les animaux allaités (Laborde, Hayem), chez les nourrissons, les nourrices (Lenoble), et pendant la période digestive où elle est maxima vers la huitième heure (Buchanan). Elle est alors constituée par des granulations graisseuses. M. Hayem a cependant constaté des granulations albuminoïdes, peu abondantes il est vrai, chez des individus sains.

La laclescence pat/wlogique reconnaît le plus souvent pour cause des granulations albuminoïdes en suspension dans le sérum. Surtout fréquente, mais non constante, dans le cours des néphrites aiguës ou subaiguës avec albuminurie abondante, elle est exceptionnelle dans les néphrites chroniques. On peut la voir également au cours des maladies aiguës avec ou sans albuminurie (1) (fièvre typhoïde, pneumonie).

L'aspect laiteux chez les brightiques peut tenir à l'usage du lait; s'il en était ainsi, on aurait affaire à des granulations graisseuses.

Rappelons enfin que, dans la leucocytémie, le sérum peut avoir toutes les apparences du lait.

En traitant un sérum lactescent par l'éther, il est arrivé deux fois à M. Lenoble de voir le sérum se prendre en gelée (diphtérie sans albuminurie, néphrite parenchymateuse). La raison de cette particularité est encore insuffisamment expliquée.

Sérum fluorescent. — En examinant à contre-jour et sur fond noir l'éprouvette contenant le sérum, on constate fréquemment un léger degré de fluorescence. Cette fluorescence physiologique, surtout manifeste quand le liquide a été abandonné à l'air pendant quelque temps, est rosée dans le cas de mélange de quelques hématies au

(1) J. Castaigne, loc. cit.

836 E. PARMl-NTIER. — MALADIES DU SANG.

sérum, verle ordinairemenl. Dans les circonstances pathologiques, les plus belles fluorescences vertes sont obtenues quand le sang renferme à la fois une forte proportion d'urobiline et de pigment biliaire ; mais la présence de l'urobiline seule peut suffire à provoquer le phénomène (Lenoble).

Coloration. — La coloration du sérum peut être augmentée, diminuée, modifiée. Elle est diminuée dans l'anémie chlorotique, anémie pernicieuse progressive, et les anémies symptomati(iues chroniques (Hayem). Elle est modifiée soit par la présence de l'hémoglobine ou de la méthémoglobine, soit par la présence de la bile.

Sérum LAQUi-:(hémoglobinémie, méthémoglobinémie). — On ditque le sérum est larjaé lorsqu'il prend une coloration allant du rose au rouge cerise foncé. C'est une conséquence de la dissolution de l'hémoglobine dans le plasma et de son passage dans le sérum (Landois). A l'état normal, le sérum n'en renferme qu'une très faible quantité, appréciable au spectroscope. A l'état pathologique, l'hémoglobine dissoute est à l'état d'hémoglobine ou de méthémoglobine.

M. Hayem dislingue deux variétés de sérum laqué, l'une par dissolution d'emblée, l'autre par dissolalion secondaire. Dans le premier cas, le sérum apparaît laqué au fur et à mesure de .sa production. Dans le second, le sérum primilivcment normal devient laqué plus ou moins rapidement pendant l'achèvement de la rétraction du caillot ou môme plus tard.

L'hémoglobinémie et la méthémoglobinémie, dont le sérum laqué est la traduction, s'observent dans certains cas d'hémoglobinuric paroxystique ou symptomatique, d'origine infectieuse ou toxique : fièvre ntermittente ou cachexie palustre, pneumonie, ictère grave, ictère sanguin, intoxications diverses (quinine, chloroforme, etc.) par des substances qui, presque toutes, transforment l'hémoglobine et la méthémoglobine. Il faut savoir que la méthémoglobine peut existcMdans l'urine et manquer dans le sérum ; il en est ainsi dans l'hémoglobinurie paroxystique.

On a voulu faire de l'hémoglobinémie la condition nécessaire de l'hémoglobinurie paroxystique ou symptomatique. Cette hypothèse a soulevé quelques objections. D'après M. Hayem, l'altération (hi sang est incontestable : la redissolution du caillot, qui se produit avec ie sang recueilli pendant la crise d'hémoglobinuric a frigore, alors qu'elle manque avec le sang recueilli dans l'intervalle des crises, en est la preuve ; mais ce n'est pas une raison pour admettre l'hémoglobinéinie. Le sérum laqué n'est probabhMnent qu'un phénomène secondaire; l'hémoglobine ne se dissolverait dans le plasma qu'après la sortie du sang des vaisseaux. De plus, ce sérum huiué peut s'observer en dehors des crises, alors que l'urine a sa coloration normale. Ce sont là, il faut l'avouiM-. des raisons d'une certaine

valeur. Dans l'hémoglobinurie symplomatique (rhumatisme, affection rénale, etc.) le sérum peut d'ailleurs garder sa coloration normale.

Le rapport de l'hémoglobinurie toxique et expérimentale avec l'hémoglobinémie est plus évident. Nombre de substances sont capables de provoquer l'hémoglobinémie. Les unes (acide pyrogallique, champignons, chlorate de potasse, naphtol, iode, éther, etc.) provoquent la désagrégation des globules rouges et le passage de leur matière colorante dans le plasma : elles sont cy thé moly tiques (Ponfîck). Les autres (aniline, etc.) provoquent seulement la dissolution de la matière colorante. Uictère sanguin peut être la conséquence de l'hémoglobinémie ; la teinte des téguments est jaune brun, chocolat, à reflets bronzés, quand il y a méthémoglobinémie(Hayem).

L'emploi du spectroscope à main (à vision directe) permet de faire l'examen de l'urine et du sérum au lit du malade.

Sérum des icTÉmQUES. — Chez les ictériques, le sérum présente une coloration jaune verdâtre. Elle est plus accusée dans l'ictère vrai que dans l'ictère hémaphéique. L'étude des pigments dissous dans le sérum, entreprise par M. Hayem, peut se résumer dans cette formule générale :

Dans tous les cas où il y a coloration ictérique des téguments, même très faible (à l'exception des faux ictères hémoglobiques ou méthémoglobiques), on trouve des pigments biliaires dans le sérum.

Voyons maintenant les résultats donnés par la recherche de l'urobiline, de la bilirubine et des pigments modifiés.

Urobiline. — Le sérum peut donner au spectroscope une bande nette (entre le bleu et le vert) d'urobiline, alors que cette réaction manque dans l'urine. En tout cas, l'urobiline est toujours plus abondante dans le sérum que dans l'urine. Quand il existe en même temps de la bilirubine, il faut employer un artifice pour démasquer l'urobiline; comme elle est plus did'usible, il suftil de verser un peu d'eau distillée à la surface du sérum, pour la voir apparaître dans la couche supérieure de l'éprouvette au bout d'une heure ou deux au minimum. On constate l'urobiline dans le sérum dans les processus fébriles et, d'une manière générale, toutes les fois qu'il y a une modification fonctionnelle de la glande biliaire.

Bilirubine. — On peut constater la présence de la bilirubine dans le sérum, alors que l'urine n'en contient pas ou renferme seulement de l'urobiline.

La coloration jaune du sérum en est le signe le plus manifeste, quand elle existe en proportion suffisante. Mais il est toujours utile de contrôler cette première impression par l'examen spectroscopique (absorption de la partie droite du S[)cctrc) et par la recherche de la réaction de Gmelin, recherche très facile, même avec quelques gouttes de sérum, quand on emploie le procédé décrit par M. Ilaycm.

838 E. PAIiMENTIER. — MALADIES DU SANG.

La bilirubine peut être associée à Turobiline et à des pigments biliaires modifiés. On l'observe dans le sérum, dans les cas d'ictère pléiochromique et par rétention relative ou absolue.

Pigments modifiés. — Tout en donnant la même réaction spectrale que la bilirubiline, ils ne présentent pas la réaction de Gmelin. Il est certain que les pigments modifiés, en particulier le pigment rouge brun, prennent part à la coloration ictérique des téguments ; il est possible qu'à eux seuls ils puissent la provoquer (ictère hémaphéique). Riais dans bien des cas d'ictère dit hémaphéique, la réaction de Gmelin, qui manque dans l'urine, existe dans le sérum.

Acide urique. — Le procédé du fil, décrit par Garrod, est un moyen commode déjuger approximativement l'excès d'acide urique dans le sérum des goutteux. En suivant les indications données plus haut (p. 764), on peut voir souvent, mais non toujours, apparaître des cristaux d'acide le long du fil. Ils font défaut chez les rhumatisants et même, dans certaines conditions, chez les goutteux.

Étude chimique. — A l'état normal, la densité moyenne du sérum est de 1028 environ, alors que celle de la masse sanguine est de 1066. Elle atteint son maximum aux deux extrêmes de la vie, après la naissance jusqu'à deux ans (1048 à 1050) et chez le vieillard. Pendant la grossesse, elle est relativement abaissée (Lloyd Jones). Son alcalinité, un peu moindre que celle du plasma, s'explique par la mise en liberté au moment de la coagulation d'une petite quantité de phosphates acides primitivement unis à la matière fibrinogène.

L'eau s'y trouve dans la proportion de 91 p. 100. Les substances dissoutes sont : 1° une série de corps albuminoïdes; 2° des ferments; 3° des matières azotées non albumineuses (urée, créaline, acide hippurique, lécithine, etc.) ; 4° des matières non azotées (glucose, acide lactique, acides gras, cholestérine, etc.) ; 5° des sels inorganiques; 6° des gaz (1).

RÉACTION (2). — L'alcalinité du sang est une des conditions élémentaires de la vie (Walter). Mais elle est plus ou moins accusée suivant les individus, môme chez les fébricitants. Dans l'urémie, Limbeck l'a trouvée deux fois abaissée. Dans le choléra, la réaction est neutre ou acide. Quant au coma diabétique, bien des auteurs le considèrent comme la conséquence d'une intoxication acide (Stadelmann, Kïdz, Lépine, Hugounenq, etc.).

Densité. — La densité est diminuée chez les biiglitiques, augmentée dans le cas de stase sanguine.

Eau. — L'eau augmente dans les anémies (hydrémie) ; elle est minima dans le choléra, les diarrhées ou les sueurs profuses.

(1) D'après A. Gautier, Leçons de cliimie biologique normale pathologique.

(2) Avec le procède indiqué pur M. Drouin, il est possible de la mesurer avec 3 Ci:iitiiucl.rcs cubes de sani; sculoniont.

Matières albuminoïdes (80 p. 100). — Dans ce dernier cas, la proportion de serine et de séro-globiiline est relativement augmentée. Elle est diminuée dans le mal de Briglit, certaines maladies du cœur avec hydropisie, la fièvre puerpérale, la chlorose (Becquerel et Rodier). Les matières albuminoïdes pourraient également subir des modifications qualitatives. D'après Semmola, leur difï'usibilité serait plus grande chez les brightiques. Cette hypothèse a été combattue par M. Hayem et par Dochmann. Freuud, dont les recherches semblent favorables à l'opinion de Semmola, a montré, d'autre part, que le sérum des brightiques peut être porté à la température de 78 à 82° sans se coaguler, tandis que le sérum normal ou les liquides séreux obtenus par ponction se prennent en relée entre 70 et 74°. Chez ces malades, la globuline est également très diminuée.

La présence des peptones a été signalée dans certains états pathologiques (suppurations abondantes, néoplasies), celle des matières collagènes seulement dans le cas de leucémie.

Matières minérales. — De tous les sels le chlorure de sodium est le plus abondant, 5 à 6 p. 1 000. Sa proportion est un peu moindre dans la plupart des maladies (pneumonie, chlorose, phtisie, etc.).

Matières extractives. — L'arée, qui, à l'état normal, varie entre 0^'',32 à l^'jSp. 1000, diminue pendant l'inanition, augmente pendant la fièvre et peut même s'élever dans le mal de Bright à ls'",4 p. 100.

h' acide uriqiie est à peine à l'état de traces, si tant est qu'il existe. Il est très abondant dans la goutte aiguë, où Garrod l'a \u s'élever à 0,25 à 0,175 p. 100. Salomon l'a constaté dans le sang chez les malades atteints de pneumonie, d'anémie grave, et von Jacksch chez des malades atteints de néphrite, d'aiïection cardiaque ou dyspnéique. On l'a encore signale dans la leucémie et l'urémie (Klemperer et Weintraud).

h' ammoniaque n'existe également qu'à l'état de traces.

Toutes les substances à base de xanlhine ont été constatées dans différents états pathologiques, en même temps que des doses variables d'acide urique. L'hypoxantine a été signalée avec la glutine dans la leucémie.

Les carbamates apparaîtraient dans le sang chez les animaux qui ont subi l'opération de Eck (abouchement de la veine porte dans la veine rénale). L'intoxication qu'ils provoquent rappelle l'urémie (Nencki).

Vacélone a été signalée dans les fièvres. L'acétonémie a été considérée comme la cause du coma diabétique.

Le glucose, dont la quantité moyenne est de 1 à 1,5 p. 1000 chez l'homme sain, augmente sous l'influence de certaines lésions du système nerveux central, d'altérations pancréatiques et hépatiques. Dès qu'il dépasse 3 à 4 p. 1 000, il apparaît dans l'urine. Chez les diabétiques, il peut atteindre jusqu'à 9 grammes par litre (Moppe

Seylcr). Trinkler a constaté son augmentation (maximum 3 p. 1000) dans le cancer. Toutefois Freund n'en a pas observé dans le sarcome. La glijcolyse, signalée par M. Lépine, serait pour M. Arthus un phénomène cadavérique.

Le glycogène, qui existe souvent à l'état de traces, augmente chez les diabétiques. D'après Livierato, la teneur en glycogène augmente dans tous les cas où il y a un processus local avec fièvre, exsudât riche en peptone, leucocytose inflammatoire, comme par exemple dans la pneumonie.

Les acides biliaires s'observent dans le sérum des ictériques. Quant aux pigments normaux et modifiés, il en a déjà été question précédemment.

Propriétés globulicidcs, coagulatrices, toxiques, bactéricides du sérum. — Pouvoir globulicide. — Propriétés coagulatrices et toxiques. — Dès 1890, Maragliaiio a signalé le pouvoir globulicide ou hémalicide (Gilbert) du sérum pathologique. Voici en quoi consiste cette singulière propriété : les globules rouges de sujets sains ne sont pas altérés par le sérum d'autres sujets sains, mais ils sont modifiés ou détruits par le sérum de certains malades. Ce sérum ne prend pas la teinte de l'hémoglobine, mais une teinte jaune verdâtre, qui donne la réaction spectrale de l'hématoïdine.

L'augmentation du pouvoir globulicide du sérum sur les hématies normales a été observée par Maragliano dans la chlorose, les leucémies ganglionnaire et splénique, le purpura, le cancer, le saturnisme le diabète, l'ictère, la cirrhose du foie, la néphrite, la pneumonie, la malaria, la fièvre typhoïde, l'érysipèle, la tuberculose.

Des objections se sont élevées sur l'interprétation du phénomène. De ce que le sérum est globulicide pour les hématies étrangères, il n'en résulte pas qu'il soit globulicide pour les hématies du sujet qui l'a fourni ; en outre, le sérum n'est pas le plasma, et il peut avoir des propriétés nocives que n'a pas le plasma (Ilayem, Luzet). Mais le fait, considéré en soi, n'en est pas moins intéressant.

On sait du reste, depuis les travaux de Creite, Landois, Panum, Ilayem, que \q sérum du sang d'une espèce animale a le pouvoir de détruire les globules rouges d'un animal d'une autre espèce. M. Daremberg (1) a observé le phénomène sous le microscope : en mélangeant à du sérum de chien une trace de sang do pigeon, on voit ces globules perdre leur matière colorante et être, en vingt-cinq à trente minutes, réduits à leur noyau qui reste coloré par l'hématoxyline et les couleurs basiques d'aniline. D'autre part, M. Hayem ("2) a montré qu'en introduisant dans le sang d'un animal une certaine quantité de sérum étranger, on peut observer trois espèces de coagulation :

(1) Daremiiuug, Sur le pouvoir globulicide du sérum sanguin (Soc. de biologie^ 19 octobre 1891).

^'Z) IIavem, Du sang, p. 246, et communication à la Société de biologie, 10 mars 189 .

1° une coagulation par stase : elle survient quand le sérum injecté est emprunté à l'animal lui-même ou à un animal de même espèce ; 2" une coagulation par précipitation granuleuse : c'est celle que Ton observe quand on injecte du sérum de bœuf, par exemple, à un chien; 3° une coagulation massive, qui se produit quand on injecte du sérum de chien au lapin.

Le sérum d'individus sains exerce également une action altérante (toxique pour certains auteurs) sur le sang de certaines espèces animales : 15 centimètres cubes de sérum humain suffisent à tuer 1 kilo de lapin (Mairet et Bosc) (1).

Or, les propriétés globulicides (Daremberg), coagulatrices (Hayem et Winter), toxiques (Mairet et Bosc) disparaissent par le chauffage à 55, 56, 58°, exactement comme les propriétés bactéricides (Bûchner).

L'addition d'une faible quantité de sels (chlorure de sodium, sulfate de soude) supprime les propriétés coagulatrices du sérum, mais non les propriétés toxiques, comme le prouvent les injections intrapéritonéales de Leclainché et Reymond (2). Pour M. Hayem, en dehors de la fibrine-ferment, il existe dans le sérum des substances albuminoïdes qui, en agissant sur les éléments figurés du sang, produiraient la mise en liberté des matières coagulatrices. Pour Castellino, toutes ces propriétés dépendraient de la teneur en nucléine. De plus, le sérum sanguin exercerait sur les hématies, soit une action conservatrice, soit une action altérante, suivant la quantité plus ou moins grande de chlorure de sodium qu'il contient.

Pouvom BACTÉRICIDE. — Dcpuis quelques années on se préoccupe du pouvoir bactéricide des humeurs (sang, sérum, lymphe), qui, d'après la conception primitive des auteurs allemands, agiraient à la façon de véritables solutions antiseptiques, et serviraient ainsi à la défense de l'organisme.

Cette question a passé par différentes phases que nous ne pouvons qu'énumérer ici, renvoyant à la revue de M. Besredka (3) sur ce sujet.

Dans une première phase, on attribua la propriété bactéricide du sang au sérum. Elle fut tour à tour regardée comme une réaction chimique dépendant de l'état de la matière albuminoïde (serine) et Je l'alcalinité du milieu, comme une manifestation vitale dépendant d'une substance mal connue, désignée sous le nom « d'alexine » (Bûchner). Nuttall vit le pi;emier que le chaulfage à 55° la fait disparaître.

(1) MAinET et Bosc, Toxicité du sérum {Soc. de biolog.i.-, 16 juin, 23 jun., 7 et 2. juillet 1894\

(2) Leclainchiî et Reymond {Soc. de biologie, 26 mai 1894).

(3) Besredka. Du pouvoir bactéricide des leucocytes {Ann. de l'instilal Pasteur, sept. 1898).

Dans une seconde phase, on accorda aux leucocytes la prépondérance primitivement réservée au sérum. Denys constata tout d'abord que le sang privé de ses leucocytes perd la plus grande partie de son pouvoir bactéricide, et qu'il le récupère en les lui rendant. La propriété bactéricide du sérum ne serait donc qu'une propriété d'emprunt. Havet, élève de Denys, remarqua d'autre part que, si l'on injecte des microbes dans le sang, le pouvoir bactéricide diminue graduellement au fur et à mesure que les leucocytes sont moins nombreux; qu'il disparaît avec les leucocytes, et qu'il réapparaît avec eux. Et d'ailleurs, l'injection de produits microbiens aboutit au même résultat.

Bûchner, devant l'évidence des faits, accepte bien le rôle des leucocytes ; mais cette l'ois c'est la sécrétion leucocytaire qu'il considère comme un phénomène vital.

Les expériences instituées avec les « extraits leucocytaires » sont également toutes concordantes (Jacob, Lôvit), et on finit par admettre que les propriétés bactéricides du sérum dérivent uniquement des leucocytes, où elles sont en quelque sorte emmagasinées (Schattenfroh).

On se trouve ainsi amené à envisager le pouvoir bactéricide des leucocytes comme une dépendance du pouvoir digestif de ces éléments et de la phagocytose, et, après un long détour, on revient à la théorie de M. Metchnikofï".

Séro-diagnostic. — Historique. — Transformation granuleuse. — En 1894, Pfeifîer constata qu'en injectant dans la cavité péritonéale d'un cobaye une émulsion de vibrions cholériques additionnée d'une petite quantité de sérum d'un animal immunisé contre le choléra, on obtenait, en une vingtaine de minutes, une transformation granuleuse des vibrions. C'était une réaction d'immunité qu'on allait pouvoir utiliser pour le diagnostic des microbes. Il fallait d'abord s'assurer qu'il s'agissait d'un phénomène général, puis simplifier l'expérience. Pfeiffer montra l'année suivante que le sérum des hommes convalescents du choléra et de la fièvre typhoïde équivalait au sérum des animaux immunisés. D'autre part, on s'assura que le phénomène de Pfeiffer pourrait se produire in vitro sans le secours d'un organisme vivant (Metchnikoll), sans l'addition d'aucun sérum neuf (Bordet). Il suffisait de mettre en présence le choléra sérum avec une émulsion de vibrions cholériques, par exemple, pour voir apparaître le phénomène.

Phénomène de Vagglutination. — L'agglutination est facile à constater dans les bouillons de culture et sous le microscope (1).

1" Quand on ajoute quchpies gouttes de sérum d'un animal immunisé contre une espèce microbienne à un tube de bouillon pré-

(l^ Bensaude. Le phénomène de l'appliitination des microbes et ses ujjplications à la palliologic (Le scro-diagnoslic). 77ièse de Paris, 1897.

SERUM. 8'i3

paré avec la même espèce, on voit la culture devenir claire et transparente. Au fond du tube se trouvent de petits grumeaux, qui s'éparpillent quand on agite le tube et retombent au fond par le repos; les microbes s'y trouvent réunis en amas. Cette réaction macroscopique ou clarification du bouillon a été vue et décrite pour la première fois en 1889 par MM. Charrin et Roger, avec le bacille pyocyanique, ensuite par M. Metchnikolï avec le vibrion qui porte son nom.

2° Si l'on examine au microscope une goutte de culture de bacille d'Eberlh, de vibrion cholérique, etc., on voit la préparation parcourue en tous sens par des microbes isolés et mobiles ; mais, si on ajoute une goutte de sérum d'un animal immunisé, les bacilles perdent bientôt leur mobilité et se réunissent en amas, ils « s'agglutinent », de façon à former de gros îlots séparés par des espaces vides {réaction microscopique rapide).

Dès 1896, Max Griiber et Durham appelèrent l'attention sur la valeur diagnostique de cette réaction. Ils indiquèrent la manière de différencier ainsi rapidement le vibrion cholérique des autres vibrions, le bacille d'Eberth du coli-bacille. Ainsi comprise, l'agglutination était bien une réaction d'immunité.

Réaction de Widal. — Le 26 juin 1896, M. Widal proposait à la Société des hôpitaux « une méthode nouvelle qui peut permettre de faire le diagnostic de la fièvre typhoïde en cherchant simplement comment le sérum d'un malade agit sur une culture du bouillon de bacilles d'Eberth. »

Cette méthode est aujourd'hui universellement admise (1) et désignée à juste titre sous le nom de son auteur.

Procédés. — Dès sa première communication, M. Widal a indiqué quatre procédés (2) :

1° Mise à l'étuve à 37° de tubes de bouillon, que l'on vient d'ensemencer avec des bacilles d'Eberth et d'additionner de sérum typhique (procédé déjà employé par Pfeider et Koll pour l'étude du sérum des animaux immunisés et des convalescents de fièvre typhoïde) ;

2° Addition de quelques gouttes de sérum à une culture en activité des bacilles d'Eberth, et examen du mélange après l'avoir laissé non pas quelques instants, mais plusieurs heures en contact. Souvent, à l'œil nu, on constate alors des grumeaux caractéristiques, mais le diagnostic ne doit Jamais être porté qu'après examen microscopique.

3" Addition d'une goutte de sérum à dix gouttes de culture de

(1) Voir la bibliographie dans la thèse de M. Bensaude.

(2^ On peut môme »ppli(iucr au séio-diagnostic un cinquième procédé, qui est celui employé par Griiber et Durham pour la difTérencialion du bacille typhique et du coli. Il consiste il bien délayer dans du bouillon une culture des bacilles tyi>liiqucs sur gélose, à l'additionner de «pielques gouttes du sérum à examiner et à rechercher la réaction à l'œil nu et au microscope (WidalJ.

bacilles d'Eberlh et examen exlemporané du mélange au microscope.

4." Addition d'une goutte de sang à une éprouvetle contenant dix gouttes de culture et examen au microscope.

M. Widal et Sicard ont montré en outre qu'on pouvait employer pourle séro-diagnostic des cultures stérilisées, sans nuire à la netteté de la réaction, et même le sang desséché, méthode qui peut rendre des services en médecine légale.

Mesure du pouvoir agglutinatif. — En pratique, on commencera toujours par l'examen extemporané d'un mélange de sérum et de bouillon (de vingt-quatre heures) au dixième. Si, au bout de trente minutes, la réaction est lente à se produire, si elle peut donner lieu à des hésitations, il est indispensable de mesurer le pouvoir agglutinatif. Si la réaction ne se produit pas à 1 p. 20, 1 p. 40, 1 p. 50, il sera bon, avant d'affirmer, de recommencer l'examen les jours suivants. On sait en effet que l'intensité de la réaction varie d'un jour à l'autre, et les oscillations du pouvoir agglutinatif sont en faveur d'une réaction positive (Widal). Il ne faut jamais négliger de faire une préparation témoin de la culture sans addition de sérum.

Époque d'apparition et de disparition. — Dans la grande majorité des cas, l'agglutination peut être constatée dès les premiers jours tie la maladie, troisième, quatrième, cinquième jours. Il est exceptionnel qu'elle apparaisse seulement pendant la défervescence ou après la chute de la fièvre. Elle peut disparaître au bout de dix jours, mais elle peut exister encore, chez d'anciens typhiques, au bout de huit ans (Widal et Sicard), vingt-deux ans et vingt-sept ans (Weinberg).

Valeur diagnostique. — Les bacilles de la psittacose, les colibacilles, les paracoli-bacilles ne subissent l'action agglutinante du sérum typhique qu'à un degré bien moindre que le bacille d'Eberth. D'autre part, le sérum des individus sains n'exerce aucune action sur les bacilles typhiques avec le titre des mélanges indiqués. La valeur du séro-diagnostic est donc considérable.

Il a permis de reconnaître des typhoïdettes, autrefois classées sous le nom vague d'embarras gastri(iue fébrile, des fièvres typhoïdes anormales (pneumo-typhus, fièvre typhoïde des vieillards, fièvre typhoïde à début apyrétique). L'absence de la réaction agglutinante, constatée à plusieurs reprises, a particulièrement rendu service dans le diagnostic différentiel de la granulie, de la grippe, de l'embarras gastrique.

La propriété agglutinante semble pouvoir s'étendre à toutes les bactéries et môme à des parasites d'un ordre plus élevé, tels que l'oïdiomycose (H. Roger).

En clinique, la réaction agglutinante a été constatée à la période d'état et dans la (-onvalescence du choléra, à la suite de la fièvre de Malte, dans un grand nombre de cas de peste, à partir du deuxième septénaire, dans la pneumonie et la tuberculose.

PRESSION OSMOTIQUE. 845

La nature, le lieu de formation et de destruction des substances agglutinantes sont encore mal connus. Il est intéressant de savoir que certaines substances coagulantes, la formaline au quart, l'eau oxygénée, le sublimé à 1 p. 100, la safranine à 0,25 p. 100, etc., jouissent de la propriété de provoquer, dans les émulsions en eau distillée. des bacilles typhiques, la formation de beaux amas, comparables par leur aspect à ceux du typhus-sérum (Malvoz), et que le même phénomène se produit également au sein des émulsions de bacilles du choléra et des microbes de cette famille naturelle (1).

PRESSION OSMOTIQUE. — On parle beaucoup, depuis quelques années, d'une force particulière, la pression osmotique^ qui paraît jouer un grand rôle dans les mouvements de liquide qui s'accomphssent dans les organismes.

Spn étude, entreprise par les botanistes, tend aujourd'hui à devenir une branche importante de la physiologie humaine.

11 nous semble nécessaire de compléter notre étude sur le sang par un rapide coup d'oeil à travers cette question. Nous nous bornerons à un exposé simple, dégagé des formules et des théories physiques qui lui servent de base (2).

PJasmolyse. — Dès 1826, Dutrochet avait remarqué qu'une dissolution plus dense que l'eau (lait, solution de sucre, d'albumine, etc.), enfermée dans une membrane organique — une vessie par exemple — et plongée dans un vase rempli d'eau, avait la propriété de faire pénétrer l'eau du vase dans la vessie qu'elle gonfle fortement et dont elle dilue progressivement le contenu.

Vers 1877, Traube fit des expériences analogues et constata le même phénomène d'entraînement de l'eau extérieure vers la dissolution saline enfermée dans la vessie.

Ce phénomène, qui constitue l'une des manifestations de ce que l'on a appelé Vosmose (impulsion), fut particulièrement étudié par H. de Vries sur les cellules végétales (de 1882 à 1889).

La cellule vivante, avec sa membrane entourant un contenu semifluide, le protoplasme, qui renferme du sucre, desmatières salines, etc. , constitue en etTet un petit sac osmotique assimilable aux appareils de Dutrochet et de Traube.

En étudiant, sous le microscope, le phénomène de turgescence dans la fleur, H. de Vries remarqua que, dans la fleur fanée, le protoplasme de la cellule n'en tapisse plus la paroi intérieure : il est rétracté. Lorsque cette fleur, fanée depuis peu, est plongée dans l'eau, le protoplasme se gonfle et remplit toute la cellule en s'appliquant

(1) BossAERT, Étude sur l'agglutination comparée du vibrion cholérique et des microbes voisins par le sérum spécifique et les substances chimiques, Annales de Vlnstiliil Pasleur, 25 déc. 1898.

(2) Cet article a été écrit en collaboration avec M. .1. Winter.

uniformément sur la membrane : la cellule a alors repris sa turgescence, sa rigidité normale.

Celte propriété du protoplasme de se contracter et de se gonfler au gré des circonstances extérieures, est, selon de Vries et son école, liée à deux causes essentielles : 1° à ce que l'enveloppe proloplasmique de la cellule retient les matières salines et sucrées et ne laisse passer que l'eau ; 2° à ce que les matières salines et sucrées attirent énergiquement l'eau, et c'est grâce à cette attraction que l'eau pénètre dans les cellules.

Ces phénomènes cessent de se produire quand la fleur est morte définitivement. Gela est remarquable et inexpliqué.

Ajoutons qu'une enveloppe ne se laissant ainsi traverser que par l'eau est dite semi-perméable^ et qu'une cellule à protoplasme rétracté ou fané est une cellule plasmolijsée.

L'idée d'attribuer le pouvoir lujdrophile de la cellule, dont n©us venons de parler, aux matières salines qu'elle contient a eu comme conséquence heureuse d'inspirer à H. de Vries la pensée de comparer ce pouvoir à celui de solutions salines connues.

Plaçant les cellules tiirgides dans des dissolutions concentrées d'un sel quelconque (chlorure de sodium, salpêtre, sucre, etc.), il les vit se faner (se plasmolyser). Ainsi dégonflées sous l'action des sels extérieurs, ces cellules reprenaient leur turgescence dans l'eau ou dans des dissolutions très diluées des mêmes sels.

En modifiant progressivement la concentration de ses solutions salines, H. de Vries finissait toujours par trouver une dilution, distincte pour chaque sel, pour laquelle il ne se produisait ni turgescence ni plasmolyse de la cellule.

L'explication de ces faits est simple et fut donnée par H. de Vries :

Les dissolutions les plus concentrées attirent l'eau plus énergiqucment que ne le fait le contenu cellulaire turgescent; dans ces conditions les cellules perdent leur eau et se fanent au profit de la dissolution saline extérieure.

Les dissolutions salines les plus diluées ont, au contraire, un pouvoir hydrophile plus faible que le protoplasma fané des cellules; c'est alors le protoplasma qui attire l'eau à son profit et se gonfle.

Entre ces concentrations extrêmes dont l'action est inverse, il y a, pour chaque sel, une certaine concentration intermédiaire ayant même pouvoir hydrophile que le contenu cellulaire. Les attractions simultanées exercées sur l'eau par la dissolution saline extérieure et par le protoplasma cellulaire se font alors équilibre; il n'y a pas déplacement de licfuide; il y a, selon l'expression de IL de Vries, isolonie entre les deux solutions.

Ainsi le pouvoir hydrophile d'une cellule peut être apprécié, à

PRESSION OSMOTIQUE. 847

l'aide d'une dissolution d'un sel quelconque, par la richesse de son titre.

Ce titre varie avec les substances salines et avec la nature des cellules.

La recherche des concentrations sous lesquelles diverses substances sont susceptibles de faire équilibre à une même variété de cellules (à celles du tradescantia discolor, par exemple) a conduit H. de Vries à la découverte d'une loi importante que nous indiquons ici, quoique ses applications immédiates sortent du cadre de la physiologie.

Répartissant les diverses substances examinées en un petit nombre de groupes distincts, il montra que dans chacun d'eux les poids /),p' de deux sels qui, dissous dans la même quantité d'eau, possèdent même pouvoir hydrophile, sont entre eux comme les poids moléculaires m, m' de ces sels. On a, en d'autres termes :

ou plus généralement

— = — , = — - = nombre constant.

Ce nombre, diiïéreut et constant pour chaque groupe, a une signification importante. Si l'on remplace/), p .p", par leurs valeurs en fonction du nombre n, n\ n"... de molécules qu'ils représentent,

— devient — (1), soit n; —, , devient de môme n' et ainsi de suite. m m m

On a donc finalement : n:=n:=n" = nombre constant, ce qui signifie que des solutions isotoniqiies renferment le même nombre de molécules chimiques dissoutes dans la même quantité d'eau; ou encore : deux solutions isoioniques d'un même groupe sont équimoléculaires.

Cette loi, qui a surtout un intérêt physico-chimique, doit être connue des physiologistes, car elle peut fournir, à l'occasion, une base commode de recherches.

Les recherches de de Vries furent contrôlées et complétées par beaucoup d'observateurs dilîérents. Comme ces travaux n'apportent aucun principe nouveau, nous ne nous y arrêterons pas ici.

C'est Hamburger (2) qui eut l'idée d'appli([ucr la découverte de H. de Vries à la physiologie animale, en répétant ses expériences sur les solutions salines avec les globules du sang comme cellules.

(1) Le poids p d'un corps est égal à son poids moléculaire m multiplié par le

nombre n de molécules qu'il représente : p = mn: dès lors — = — , et en sup-

p mm.

primant m, facteur commun, il vient — = re.

(2) Donders, dont Hamburger fut l'élève, paraît s'être préoccupé de cette question avant Hamburger.

S'i8 E. PARMENTIER ET J. WINTER. — MALADIES DU SANG.

Il constata que dans les solutions salines concentrées les globules se déposent sans abandonner leur hémoglobine; dans les solutions diluées cette matière colorante quitte les hématies et se répand dans la solution, phénomène qu'il désigne par hémalolijse. Il existe pour chaque sel une concentration limite telle que toute nouvelle addition d'eau à la solution détermine la sortie de l'hémoglobine ; cette concentration limite correspond à Visotonie avec les globules

Il retrouva ainsi avec les hématies la loi que H. de Vries avait énoncée avec les cellules végétales ; c'est la loi que nous venons de formuler plus haut.

Hamburger fit, à l'aide des globules, un très grand nombre d'observations intéressantes concernant la perméabilité des hématies à l'égard de beaucoup de substances dissoutes particulières.

Nous ferons remarquer à ce propos que le sens général de ces recherches, noyé dans un grand nombre de mémoires, ne s'éloigne guère des résultats déjà anciens obtenus par Malassez, lequel est, en vérité, le premier observateur ayant tenté de mesurer la résistance des globules sanguins à l'aide de dissolutions salines.

De l'ensemble des observations concordantes actuellement connues, on peut conclure que c'est la solution à 0,61 p. 100 de NaCl qui est isotonique avec les hématies. Au-dessous de cette concentration les globules laissent échapper leur hémoglobine dans la solution chloruro-sodique enveloppante.

Parmi les faits qui, dans les expériences d'hématolyse de Hamburger, peuvent intéresser notre sujet, relevons que les globules peuvent échanger une partie de leurs éléments constituants (sels, albumine) contre certains éléments des solutions (plasma par exemple) dans lesquelles ils baignent, sans perdre leur hémoglobine.

Hamburger explique cela en admettant que les globules rouges possèdent la propriété de conserver constant leur pouvoir hydrophile. C'est plutôt maigre comme explication.

Il est néanmoins permis d'en conclure avec Hamburger que par un semblable échange réciproque d'éléments avec le sérum dans lequel ils nagent, les globules concourent à maintenir son pouvoir hydrophile dans certaines limites fixes.

Tels .sont, rapportés sommairement, les premiers éléments de la genè.se de la théorie osmolique en physiologie.

Si les faits découverts et étudiés par H. de Vries font incontestablement naître le sentiment que le pouvoir hydrophile des cellules organiques doit jouer un rôle dans les mouvements de liquide dont l'organisme est le siège, il ne résulte pas, toutefois, des seules expériences d'hénuUolyse rapportées jusqu'ici que ce rôle soit aussi considérable et aussi exclusif que le pensent Hamburger et ceux qui, avec lui, ontapplicjué sa méthode hématolytiquc.

Cette méthode se prèle, en ellet, peu aux travaux de généralisa-

PRESSION OSMOTIQUE. 849

lion, les seuls auxquels on puisse demander les bases définitives d'une science naissante.

Cryoscopie. — Nous savons maintenant apprécier Vallraction que les cellules exercent, in vitro, sur l'eau par comparaison avec le pouvoir hydrophile d'une solution type. Gela ne nous apprend rien sur l'intensité réelle de cette force.

Examinons à présent la question sous cet autre point de vue plus positif.

Dès 1877, PfefTer avait pu mesurer directement et exprimer en nombres d'atmosphères l'attraction qu'une solution de sucre exerce sur l'eau.

Voici quelques chiffres suggestifs trouvés par Pfeffer. Nous renvoyons aux traités de physique pour les détails d'exécution.

Concenlralion des ^olulions Attraclions exercées

(le sucre employées : (en atmosphères) ;

Pour 100 d'eau 1, 0 gramme. 0,7 atmosphères environ

— 2,0 grammes. 1,33 —

Ainsi une solution de sucre de 2,8 p. 100, par exemple, attire l'eau avec une force équivalente à une pression de deux atmosphères. On ne pouvait guère s'attendre à cela. Celte force croît avec la température.

Une solution de sucre isotonique avec le sérum sanguin, répond à une concentration de 8,6p. 100 environ. On doit en conclure que ce sérum retient on attire l'eau avec une force égale à celle de cette solution à 8,6 p. 100 de sucre. D'après le tableau ci-dessus, cette force équivaut donc sensiblement à 7 atmosphères, en nombre rond (Dreser donne même 11 atmosphères) (1).

C'est cette force, s'exerçant entre les particules des dissolutions, que l'on désigne par pression on tension osmotique. Jusqu'ici nous l'avions désignée par pouvoir hydrophile pour ne pas anticiper sur les faits.

Cela dit, voici à présent une autre propriété importante des solutions, car toute la théorie osmotique repose sur des propriétés dynamiques des solutions.

M. Raoult, vers 1884, montra que si l'on fait de toutes les substances chimiques solubles dans l'eau par exemple, un petit nombre de groupes distincts, toutes les solutions faites avec les corps d'un même groupe présentent le même point thermique de congélation lorsque, pour le même poids d'eau, elles renferment le même nombre de molécules dissoutes.

Cette loi, indépendante par son origine de celle de H. de Vries, coïncide entièrement avec elle.

(1) Cette tension ne s'exerce réellement que lorsque la paroi osmosante est semi-perméable, c'est-à-dire ne laisse passer que l'eau seule.

Tkaité db médecine. VI. — - o4

En les combinant toutes deux on en tire cette conséquence que : deux solutions ayant même point de congélation sont isotoniques. Généralisons, à présent, les mesures données par Pfeffer pour les solutions de sucre et appliquons les résultats à celte loi combinée nouvelle. Nous voyons alors que V nhaissemenl du point de congélation d'une solution donnée conslilue une mesure indirecte de sa tension osmotiqiie. que désormais l'on pourra, par comparaison avec les solutions de sucre, exprimer en nombres d'atmosphères.

Exemple : M. Winter a montré que l'abaissement limite du point de congélation du sérum de quelques animaux supérieurs est égal à 0",r)5. Cet abaissement est celui que donne une solution de 0,91 p. 100 de NaCl et celui aussi d'une solution de 8, G p. 100 de sucre.

Ces trois ordres de solutions ayant môme point de congélation doivent être isotoniques d'après ce qui précède. D'ailleurs, la solution de 8,6 p. 100 de sucre répondant à une tension mesurée d'environ 7 atmosphères, les deux autres solutions doivent présenter cette même tension.

Ces remarques, suffisantes pour la pratique, nous permettent d'éluder les considérations physiques trop théoriques pour notre sujet.

Passons maintenant aux applications physiologiques que l'on a tentées jusqu'ici de ces principes

Rappelons que l'on désigne par abaisse?nent du point de congélation d'une solution aqueuse la dilTérence entre sa température de congélation et celle de l'eau distillée. On sait que cette dernière est le zéro du thermomètre centigrade. Une solution aqueuse quelconque congèle toujours au-dessous de 0°.

Dans ce qui suit nous désignerons les abaissements observés par la lettre A adoptée par les divers observateurs. Les appréciations sont faites au centième de degré près.

Drcser, le premier, appli({ua cette méthode, due à M. Raoult, à un travail de physiologie (1).

Le sérum sanguin congelant vers — 0°,5Ci (A = 0,56) et les urines à des températures plus basses, très variables, Dreser calcula le travail effectué pour arracher au sérum un certain volume d'urine.

Les expériences de Dreser sont intéressantes par l'application ingénieuse qu'on y fait des théories thermo-dynamiques des solutions à la physiologie. Nous ne nous y arrêtons pas ici, mais nous y reviendrons plus loin à propos des urines.

En 1803, M. Winter (2) publie une première note : l^sur le rôle régulateur de la conccnlralion (résidu pour 100 d'eau) dans les réactions digestives; 2° sur l'innueuce exercée par celte conccnlralion sur la

(1) DiiiîSRii, Arch. f. expcr. Pharm. u. PallwL, t. XXIX, 18P2.

(2) WiMtii, C. H. Acad. des sciences, 17 juillet 181)3.

PRESSION OSMOTIQUE. 851

diffusion des chlorures; 3° sur rinfluence limitative présumée de la tension osmotique du sang sur les transformations intra-organiques.

Seule la troisième partie de cette note se rattache aux idées déjà connues de H . de Vries sur l'osmose et Tisotonie. Les deux autres sont nouvelles ei n'en dérivent nullement. La première, en effet, se rapporte à l'action modératrice des masses dissoutes sur les réactions chimiques; la deuxième à V antagonisme entre les variations des chlorures dans les humeurs et la concentration de ces humeurs. C'est, à notre connaissance, la première fois que ces deux points sont soulevés en physiologie. Aucun des auteurs dont nous aurons à parler plus loin ne s'en est occupé depuis ; ils n'envisagent tous dans leurs recherches que la tension osmotique, qui est considérée par M. Winter dans sa note comme un agent accélérateur des réactions, Visotonie étant l'une des conditions limitatives de cette action osmotique. Voici, au surplus, et en termes simples, le résumé de cette note : Les transformations chimiques ayant pour effet, dans l'estomac, de modifier la concentration initiale du liquide ingéré, cette concentration, en augmentant, déprime par cela même l'intensité de ces transformations, et vice versa.

Les réactions, en d'autres termes, se limitent elles-mêmes. Elles s'arrêteraient donc rapidement si le milieu ne pouvait se diluer automatiquement à la faveur d'un double processus : a) diminution de la diffusion des chlorures sous rinfluence de la concentration croissante; 6) appel de liquide par accroissement de la tension osmotique, laquelle se modifie dans une certaine mesure avec la concentration. Ce liquide ne pouvant, dans la pensée de M. Winter, provenir que du sérum sanguin, il supposa que normalement la tension du contenu stomacal ne peut s'élever au-dessus de la tension sanguine. Celte supposition est en effet justifiée par l'expérience, mais à l'élat normal seulement (Voir plus loin). 11 ajoute que ces considérations sont applicables à tout l'organisme.

Nous avons insisté sur ce travail fondamental parce que dans les publications sur l'osmose des humeurs, parues depuis 1893, il n'en est pas fait mention. M. Bousquet (1) lui-môme n'en donne que l'indication bibliographique.

En 1895-t8*JG-1897, dans des mémoires divers dont plus loin nous donnerons très sommairement les principales conclusions, M. Winter développe ces considérations par un grand nombre d'exemples particuliers. Ses déterminations s'étendent à la plupart des liquides organiques et portent à la fois sur les masses moléculaires moyennes (données, d'après Raoult, par le rapport entre la concenti^ation Pi et l'abaissement A) et sur les chlorures.

(1) Bousquet, Th. de Paris, 1899.

Il s'efforce de fixer les limites entre lesquelles peuvent osciller les transformations de chacun de ces liquides, et parvient à formuler quelques principes généraux permettant de groupersystémaliquement les résultats cryoscopiques en apparence les plus variables. Ce travail en suscita un certain nombre d'autres, en France surtout, où ce genre de recherches était totalement inconnu.

Il est bon de dire, toutefois, que de 1893 à 1895 on publia à l'étranger quelques travaux importants sur l'osmose, ceux notamment de Koranyi sur l'urine et de Hamburger sur la formation de la lymphe, des œdèmes, et sur le rôle de la pression osmotique dans la résorption.

Aucune des recherches de cette période n'embrasse, comme celles de M. Winter, l'ensemble des liquides organiques.

Nous allons examiner rapidement et isolément quelques types de liquides.

Sérums sanguins. — L'abaissement A du sérum sanguin a donné lieu à des controverses, les nombres trouvés par différents auteurs ne concordant pas toujours. Dreser {loc. cit.) a trouvé 0,56 chez l'homme, 0,58-0,59 chez le bœuf vivant, 0,60 chez le bœuf mort. Hamburger (1) donne 0,59 pour le cheval, 0,64 chez le bœuf. Koranyi (2j trouve 0,56 chez l'homme et le lapin. — De même Hedin (3) donne 0,56 pour le bœuf et le cheval.

M. Winter (4), qui a examiné les sérums, exempts d'hémoglobine, de cheval, de bœuf, de chien, de lapin, de mouton, de porc, antidiphtérique, trouve toujours sensiblement A =^ 0,55.

Fano et Battazi (5) montrent que l'extirpation de la rate, les lésions du bulbe, etc., etc., ne modifient pas sensiblement l'abaissement A du sérum. Mais les chiffres qu'ils trouvent sont toujours un peu élevés (de 0,57 àO,70).

D'où viennent ces difTérences suivant les auteurs? On ne saurait raisonnablement, avec M. Bousquet (6), découvrir là l'indice de variations spécifiques. L'inspection des nombres trouvés contredit cette opinion. 11 suffit que l'on ait trouvé le même abaissement chez deux ou trois espèces différentes pour que l'on soit, avec M. Winter (7), autorisé à dire que ces abaissements sont indépendants de ces espèces. C'est bien, ce nous semble, ce que révèlent les nombres ci-dessus et beaucoup d'autres que nous passons.

Si l'on fait la part des erreurs d'expérience, très faciles paraît-il,

(1) HAMuunoEn, Revue de méd., novembre 1895.

(2) Kf)HANYi, Zei<sc/ir. f. klin. Mediiin, t. .WXIII, fasc. 1 et 2.

(3) Hkuin, Sound. Arch. f. l'kysioL, 1895.

(4) WiMiiK, C. R. Acad. des sciences, Il novembre is!).i, el .4rc/». de physiol., avril 1896.

(5) Fano et Battazi, Arch. ilal. de biologie, t. XXVI, 1896.

(6) HoiisQuivT, loc. cit., p. 55.

[1) WiNTiiK, Arch. de phij.s., t. VIII, p. 117.

PRESSION OSMOTIQUE. 853

en matière de cryoscopie, quand il s'agit de centièmes de degré, et celle des altéralions des sérums, la formule générale adoptée par M. Winter nous paraît bien rendre le sens de ces variations qu'elle est loin d'exclure : « La concentration moléculaire du sérum oscille étroitement autour de l'axe constant 0,55 ». (M. Winter (l) appelle concentration moléculaire l'abaissement à. ) En attirant l'attention sur l'influence toxique des injections salines non équi-moléculaires avec le sérum, il est amené à dire : « Si l'on exprime que la concentration moléculaire du sérum est constante ou tend à le redevenir après un écart, etc.. » Les variations observées sont donc, pour M. Winter, des écarts nécessaires et réversibles sous l'influence du jeu des transformations normales ou provoquées. Mais elles ne sauraient impunément, selon lui {loc. cit.), s'écarter trop de la limite normale 0,55.

D'après Hamburger et Bousquet, la présence de l'hémoglobine dans le sérum n'influe guère sur A. Cela nous surprend, car d'après les propres expériences hématolytiques de Hamburger, signalées plus haut, la sortie de l'hémoglobine des globules nous apparaît comme un caractère de leur altération déjà avancée et de celle aussi, par conséquent, du sérum dans lequel ils nagent.

De même que Hamburger, M. Winter admet l'influence des globules sur la constance de la tension osmotique du sérum; mais pour lui cette influence s'exerce surtout par la dislocation plus ou moins complète des globules (2).

Cela peut paraître justifié par les effets que nous connaissons des injections d'eau dans le sang, lesquelles détruisent les globules.

A ce propos, rappelons la curieuse observation de Hamburger, corroborée par V. Limbeck, que sous l'influence de COMes globules absorbent le NaCl du sérum qu'ils abandonnent à nouveau par l'action de l'oxygène.

Partant de là, Koranyi et Kovacs {loc. cit.) font passer, in vitro, de l'oxygène dans du sang de cyanoliques dont le sérum serait, selon eux, très pauvre en NaCl et présenterait un A élevé. Ils constatent ainsi que A s'abaisse à la normale et NaCl se relève. L'inverse a lieu avec un courant de CO^ Cela confirmerait le pouvoir absorbant des globules signalé par Hamburger. Korap^i et Kovacs concluent de là à l'emploi de l'oxygène dans la cyanose.

Skrositks. — Celles assez nombreuses examinées par M. Winter oscillent, pour A, de 0,50 à 0,G0 (3).

Tauszk '^cité par Koranyi) et Bousquet trouvent à peu près les mêmes écarts.

Suivant sa manière de voir générale sur l'existence d'états limites,

(1) WiKTER, loc. cit., C. R. 895.

(2) Id., G. 7Î. {loc. cit.) 1893.

(3) Id., Arch. de physioL, t. VIII, p. 29i et 531.

854 E. PARMENTIEH ET J. WLNTER. — MALADIES DU SANG.

M. Winter envisag^e ces écarts comme des oscillations régulières et limitées autour de l'axe 0,55 du sérum dont elles dérivent. 11 considère même, d'après cela, ces sérosités comme de simples filtrats qu'il distingue des sérums par ces grandes oscillations de A, par leur richesse chlorurique égale à celle du sérum, en vertu du principe qu'il admet [loc. ci7.) que les chlorures difl'usent partout (1), et par leurs masses moléculaires toujours inférieures à celles des sérums correspondants, les moindres masses ayant seules accès à travers les parois fdtrantes à porosité plus ou moins grossière.

Urines. — Des calculs de Dreser, basés sur des considérations très scientifiques, il résulte que le travail accompli dans le rein pour extraire l'urino du sérum est, chez l'homme, de 70 à 2^') kgr. par vingt-quatre heures (?).

Koranyi, s'inspirant de ce travail, a fait une étude très étendue sur l'urine comparée au sérum chez les mêmes individus. Nous ne retiendrons de cette étude que la partie expérimentale. La partie théorique relève l'inlluence des Jonctions, du rein notamment, sur la constance de composition du sang, et s'étend, par des considérations générales très hypothétiques et très spéculatives, sur le rôle de l'osmose dans les mouvements des liquides organiques.

11 nous semble que l'on fait dans ce travail la part trop large à la seule action osmotiquc. 11 serait trop long de reproduire ici ces idées et de les discuter.

Koranyi donne comme abaissements extrêmes des urines normales chez l'homme, les nombres 1,3 et 2,3, sans autres considérations conditionnelles. Ces nombres, toutefois, ne s'appliquent qu'à l'ensemble des urines de vingt-quatre heures. Il y a des écarts plus grands dans les échantillons partiels. Koranyi voit là l'indice de modifications de la circulation rénale à certains moments delà journée.

Il est fait, dans ce travail, une élude comparative des variations

du rapport — 7;^ des urines et des sérums correspondants. Cette ^ NaCl

étude met en relief un certain parallélisme entre les fluctuations,

d'ailleurs très minimes, de ce rapport dans les sérums, et celles très

considérables dans les urines. Les faits rapportés parlent en etïot

dans ce sens. Ce rapport, dans les urines citées, variant de 13,92 à

1,13, celui du sérum décroît de 1,25 à 0,86.

De l'ensemble de ses déterminations nombreuses, Koranyi conclut

A qu'il existe une corrélation entre le rapport des urines dune part,

et la composition du sérum et la vitesse de circulation rénale d'autre

part.

Nous passons sous silence la relation malhémati(iue empirique

(11 Cette diffiisibilild des chlorures leur enlève toute influence sur la pression smoliiiue. Cc8t lu une conslalulion qui caractc'risc les recherches de M. Winter*

PRESSION OSMOTIQUE. 85ô

et obscure que Koranyi croit devoir établir entre ces rapports

des deux humeurs.

NaCl

Plus bas, nous tirerons de ce travail et de celui, très intéressant, de M. Bousquet sur le même sujet, quelques conclusions applicables à la pathologie.

M. Winter a étudié plusieurs centaines d'urines humaines quelconques dont il rapporte 33 exemples (1).

Les valeurs de A qu'il donne sont comprises entre 2,40 et 0,45.

Au lieu d'admettre, comme Koranyi, une moyenne normale {\, S à 2,2) applicable à tous les individus, M. Winter dit que chaque individu, normal ou non, a sa constante d'oscillation, située — chez l'homme — entre 1,85 et 0,55 (0,55 — A du sérum). « L'intérêt pratique de la cryoscopie des urines, dit-il, gît dans la détermination de cette constante. » Cela veut dire, évidemment, que cette constante n'est pas le A observé, lequel peut s'en écarter plus ou moins, suivant les conditions générales (alimentaires ou autres) du moment. Cela expliquerait assurément les exceptions observées par Koranyi sur les urines partielles de la journée et fournit la raison pour laquelle M. Winter dit que les urines du matin à jeun sont celles qui se rapprochent le plus de cette Hmite constante. Mais il ne donne pas, dans sa note, le moyen de déterminer cette constante, et fait des réserves, à cet égard, en raison des difficultés que cette détermination présente en général.

Dans cette même note, M. Winter donne une série, très remarquable par son uniformité, de masses moléculaires moyennes des urines et résume cette partie de son travail en disant que ces masses « oscillent étroitement autour d'une limite constante, voisine de 60 », dont elles ne s'écartent que dans les cas graves. Les exemples rapportés montrent en effet que dans les néphrites, par exemple, ces masses peuvent aller jusqu'à 182. Cela est certainement très inattendu.

Ces conclusions de M. Winter sur les masses moléculaires des urines ont tout récemment (2) servi à M. Bouchard de point de départ pour un travail de haute pathologie que nous ne pouvons résumer ici.

Suc GASTRIQUE. — M. Wiutcr est le seul qui ait publié des recher chcs cryoscopiques sur le suc gastrique (3).

Les A des liquides gastriques sont très variables et apparaîtraient sans intérêt si l'on ne pouvait les grouper d'une façon systématique. C'est ce qu'a fait encore ici M. Winter en monirant que « la concentration moléculaire des liquides gastriques, exprimée en unités d'abaissement du point de congélation, se meut entre 0,30 comme limite

(1) Winter, Arch. de physioL, t. VIII, 1S96, p. 53^i et suiv.

(2) BoLTHAnn, C. R. Acad . des sciences, 9 janvier 1899.

(3) WiRTEU, Arch. de phys., t. VIII, p. 29C et 533.

836 E. PARMliNTIER ET J. WINTER. — MALADIES DU SANG.

inférieure et 0,55 comme limite supérieure ». Passagèrement et surtout dans les états pathologiques, A peut s'élever au-dessus de 0,55 et aller jusqu'à 0,82 et plus. Mais — et cela est pratiquement très important — une digestion n'est terminée que lorsque A est revenu à 0,36. C'est là une des conditions de fin de digestion. Il est remarquable de voir que ce A limite (0,36), est précisément celui déterminé par de Vriès et d'autres pour beaucoup de cellules végétales (déterminations faites par voie plasmolytique). Aussi M. Winter en conclut-il que cette limite doit correspondre à la tension osmolique des cellules glandulaires de l'estomac. C'est aussi celle qui correspond à l'isotonie avec les globules sanguins (voir plus haut); elle équivaut à une solution de 0,61 p. 100 de NaCl. Nous renvoyons aux ^/'c/u'yes(/e phijsiol. {loc. cit.) pour de plus amples développementssur cette question en ce qui concerne les masses moléculaires et les chlorures.

Lait, Lymphe, etc. — M. Winter est le premier aussi qui ait, par de nombreux exemples à l'appui, annoncé la constance du point de congélation du lait. La dilution modifiant l'abaissement, M. Winter en a déduit un procédé pratique pour déterminer sûrement le mouillage du lait(l). Hamburger (2), en 1896, a confirmé cette constance.

Chose remarquable, l'abaissement trouvé est 0,55, le même que celui du sérum. Il varie extrêmement peu.

La formation de la lymphe, le rôle et le mécanisme d'action de la pression osmolique dans la résorption intestinale, etc., ont fait l'objet de nombreux travaux de Hamburger. Ces questions étant encore en discussion et loin d'une explication satisfaisante, nous ne nous y arrêterons pas pour ne pas compliquer cet exposé simple et strictement expérimental.

Un mot encore des chlorures auxquels M. Winter attribue un rôle général très prépondérant dans les phénomènes qui nous occupent, rôle resté si obscur jusqu'ici, et dans les variations desquels Koranyi,

dans son rapport , trouve un signe, tout local il est vrai, mais

fort intéressant, s'il est confirmé.

M. Winter exprime ce rôle sous une forme très simple et très rationnelle. Les clilorures, dit-il (3), « sont des éléments de compensation ». Partout où la concentration, et A, par conséquent, augmente, les chlorures diminuent, et vice versa. Ce rôle, ils le doivent à leur grande di (fusibilité; il s'exerce dans toutes les humeurs. Voici comment il le résume (4) : « Si l'on considère que le dissolvant organique n'est pas l'eau, mais une solution chloruro-saline, d'une concentration fixe pour un organe donné ; si, d'autre part, dans ce milieu

(1) WiNTEu, G'. H. Acad. des sciences, novembre 1895.

(2) IIamiiurge», Chemisch. Cenlralbl., 19 aoùl 1896,

(3) WiNTi;», Arch. de phys., loc. cil., p. 533.

(4) liuU. de la Soc. chim., t. XVII, 1897, p 1001.

PRESSION OSMOÏIQUE. 857

salin on introduit de la matière organique susceptible de s'y modifier, la concentration initiale de cette solution salée se modifiera automatiquement, à la faveur des membranes cellulaires et des courants osmotiques, de telle façon que la somme des molécules organiques et minérales du milieu réponde constamment aux besoins chimiques et mécaniques de la fonction correspondante. » Il y a, en d'autres termes, « antagonisme permanent entre la matière organique combustible et les chlorures inertes et passifs ».

D'après cela, le rapport acquiert une signification très géné-

rale et très rationnelle, indépendante de celle que lui trouve Koranyi dans les urines et compatible avec elle.

Les causes qui augmentent A doivent dans une certaine mesure diminuer NaCl, et réciproquement. Gela est confirmé par l'expérience.

Mais il ne faut pas oublier que ce rôle ne s'exerce d'une façon sensible que lorsque les besoins du milieu Yexigent (voir note de M. Winler de 1893) et s'y prêtent.

Cela s'accorde très bien, par exemple, avec le pouvoir absorbant des globules dans le sang, signalé par Hamburger et Koranyi et Kovacs et rapporté plus haut.

Conclusions pathologiques. — En évitant, dans l'exposé des faits qui précède, les spéculations théoriques inévitables à l'origine d'une question comme celle du rôle de la tension osmotique, nous avons supposé que le lecteur se rendait suffisamment compte du but des déterminations dont il vient d'être question. Ce but c'est la fixation de la puissance d'attraction exercée par les humeurs normales, les unes par rapport aux autres, cette puissance relative étant considérée comme la cause déterminante de Vintensité et du sens des mouvements des liquides organiques. Ce but est donc tout dynamique.

Cette puissance hydrophile normale, qui pour M. Winter est en vérité hydro-chlorurophile, le dissolvant étant pour lui l'eau salée, se modifie-t-elle à l'état pathologique ?

En tant qu'intensité cela paraît probable aujourd'hui; en tant que sens du mouvement, nous ne savons à peu près rien (voir plus loin).

Koranyi ( 1 894) et Bousquet (1 ) ayant comparé des sérums et des urines pathologiques, nous allons rappeler leurs conclusions à cet égard.

Les deux auteurs sont d'accord sur les deux points que voici :

1. L'abaissement A du sérum est inférieur à 0,55-0,56 dans anémie et dans les maladies fébriles qui n'influencent pas sensiblement la respiration.

A l'appui de cette conclusion, Bousquet n'apporte qu'un seul exemple personnel de dépression. Mais Koranyi (tableau d'expériences cité par Bousquet, p. 95) donne les cas suivants :

(1) Bousquet, Th. 1899.

858 E. VARMEM'IER ET J. WIiNTER. — MALADIES DU SANG.

Insuffisance niitrale 0,53 Fièvre typlioïde 0.52

Cardiaque (cyanose) 0,53 Id 0,53

Néphrite chronique 0,54 Néphrite aiguë 0,49

Hémoglobinurie (après l'accès) 0,52 Brightique (Bousquet.) 0,54

2. L'abaissement A du sérum est supérieur à 0,55-0,56 chez les cardiaques cyanotiques, chez tous les sujets ayant une lésion rénale, dans l'ictère, etc.

Si sur les 72 exemples du tableau mentionné, dont 38 sont personnels à M. Bousquet, nous retranchons les 7 précédents, tous les autres présentent un abaissement compris entre 0,55 et 0,02 en général; 3 montent à 0,71 et 1 à 1,04 (Koranyi). C'est un cas de néphrite aiguë.

L'inspection de cette liste ne nous inspire pas l'idée d'un A spécifique, divers cas pathologiques rentrant dans les deux catégories. II ne s'en dégage que des tendances dans le sens des conclusions adoptées.

D'autres conditions sont, sans nul doute, nécessaires pour rendre possible un classement des abaissements du sérum parallèle aux syndromes cliniques.

Ce qui résulte de plus clair de ces expériences, c'est que l'abaissement du sérum est fort stable dans ses oscillations autour de son axe, suivant l'expression de M. Winter. Mais il est possible que ces oscillations s'amplifient dans les cas pathologiques.

Une conséquence très logique des recherches cryoscopiques sur le séruma été formulée par M. Winter qui, dit M. Bouquet (/oc. c//.,p.97), « a eu le mérite de faire ressortir le premier une déduction pratique des faits que nous avons exposés ». Pour obtenir des résultats comparables il importe en effet, d'après M. Winter, d'injecter des solutions équimoléculaires avec le sérum.

M. Bousquet se range à cet avis et conseille d'adopter pour solution salée physiologique, la solution de NaCl à 0,9 p. 100, qui, nous l'avons vu plus haut, est isoionique avec le sérum. Mais, ajoute M. Bousquet, étant donnés les grands écarts (?) que présente parfois l'abaissement du sérum pathologique, on devra, ou déterminer cet abaissement au préalable, ou rejeter la voie intra-vasculaire.

L'étude du seul A des urines met en évidence de trop grandes oscillations normales pour que ce facteur puisse, isolément, présenter un intérêt pratique (juelconque en clinique.

Si, comme le dit M. Winter, il existe une constante individuelle, sa connaissance sera probablement plus intéressante.

Mais il nous faut, pour juger, attendre que cette quantité soit connue, si tant est (pi'elle existe.

Nous avons donné le sens que Koranyi attache à son rapport

-, , .. (^c sens est applicable à la pathologie. NaCl 1 D

PRESSION OSMOTIQUE. 859

Les faits d'ordre clinique rapportés par Koranyi sont assez

A nombreux. Il donne comme moyennes normales du rapport ■

dans les urines les nombres 1 ,23 à 1,60.

Envisagés d'après cette base, ses résultats sont en général du domaine des moyennes normales et pathologiques arbitraires empiétant les unes sur les autres.

Nous devons toutefois faire une exception pour les examens faits sur les urines de cardiaques (insuff. valv. div,) et pour ceux de cas de jeûne prolongé (chez les animaux).

Dans ces deux cas le rapport ^r; — - s'élève considérablement. Dans

^^ NaCl

le premier (cardiaques) les nombres rapportés varient entre 1,7 et

14,44 ; dans le second ils montent môme jusqu'à 32.

Koranyi ne donne pas d'explication pour ces derniers; il attribue les premiers au ralentissement de la circulation rénale.

Nous avons indiqué plus haut l'intérêt qui, d'après les expériences de M. Winter, s'attache aux variations des masses moléculaires (1) dans les urines. La valeur 60 trouvée constitue une base fixe. Les écarts tant soit peu considérables que l'on constate prennent de suite un caractère d'exceptionnelle gravité si l'on s'en rapporte aux exemples cités par M. Winter et au rôle prépondérant qu'il fait jouer aux masses dissoutes dans les réactions (voir plus haut).

Les calculs de Dreser donnant en quelque sorte la puissance rénale, sont également d'un grand intérêt pratique, mais d'une exécution qui n'est pas à la portée de tout le monde, malheureusement.

Constatons qu'il y a, en somme, dans ces faits le germe d'une urologie nouvelle où presque tout l'édifice pratique reste à construire.

La formation des œdèmes a donné lieu à quelques travaux (2). Voici comment M. Chauffard résume cette question dans son article sur les néphrites du présent ouvrage (t. V, p. 702).

« Pour Hamburger, l'œdème serait dû à une exagération de la sécrétion lymphatique interstitielle, tandis que Cohnheim admet l'intervention d'un double processus, de pltration (par différence des pressions), et de diffusion (par différence des concentrations plasmotiques). >> Pour Théaulon, « la différence des pressions osmotiques, due à la rupture de l'isotonisme normal des plasmas intravasculaires et interstitiels, aura pour conséquence, d'après l'application que Théaulon (Thèse Lyon, 1896) a faite aux œdèmes des lois énoncées par Winter, la formation à travers la paroi capillaire d'un courant

(1) On calcule les poids moléculaires moyens d'après la formule de M. Raoult :

m = k où m est le poids cherché, k = 1850 et R le résidu pour 100 de

lOOA Kl r .

liquide.

(2) Hallion et Carrion. Contribution à l'étude expérimentale des œdèmes (Soc. de biol., 25 févr. 1899).

de liquide qui durera jusqu'à rétablissement de l'équilibre osmolique, conformément aux lois de l'isolonie ».

Il se peut en effet qu'il y ait là. perversion osmoliqiie., c''esl-à-dire modification pathologique du sens des courants normaux.

j\l. Winter s'élant réservé (1) de développer ultérieurement les rapports qui lient l'analyse chimique du suc gastrique (d'après sa méthode) aux éléments physiques (concentration et A), nous n'avons pasgrand'chose à ajouter ici à ce que nous avons dit plus haut. L'évolution d'une digestion stomacale étant cyclique [lac. cit., p. 29G) et le point final 0,36 de A étant fixe, cette base stable permet de suivre très rigoureusement cette évolution. Au bout d'un temps donné — une heure, par exemple, pour le repas d'Hayem — le cycle sera d'autant plus avancé ou retardé que A sera plus près de 0,30 (ce n'est là qu'une des conditions d'arrêt).

Un abaissement qui se confine avec persistance au-dessus de 0,55 (à 0,70 par exemple) constitue toujours un caractère grave qui, d'après M. Winter, se rattache à des perturbations profondes de la résorption et de la circulation locale.

Conformément au principe de compensation énoncé, les chlorures suivent, dans ce cycle, une marche inverse de la concentration. Leur maximum limite correspond donc au minimum 0,36 de A (c'est là une deuxième condition d'arrêt) et répond normalement au titre de 0,400 p. 100 sensiblement de NaCl (0,255 en HCl).

Pendant le cours de la digestion ce nombre peut passagèrement être dépassé ; communément les chlorures trouvés sont bien au-dessous dans cette période.

Pathologiquement, le titre limite 0,400 du dissolvant salé peut s'abaisser d'une manière plus ou moins définitive. Mais cela se produit assez rarement.

Il peut devenir, par exemple, 0,260 p. 100 (0,160 en HCl) pendant des semaines, des mois et des années même.

Les résultats numériques qui précèdent peuvent paraître complexes par leur diversité. Un coup d'œil sur l'ensemble, dont nous empruntons le sens à M. Winter (2) va nous permettre d'en concevoir la coordination générale.

Toutes les humeurs organiques tendent constamment vers un équilibre limite ultime correspondant à la concentration du sang Mais la continuité même des phénomènes de la vie exige que cette limite ne soit jamais atteinte définitivement et que les liquides fonctionnels (urine, suc gastrique, etc.) restent écartés de celle limite commune, au-dessus ou au-dessous, suivant la nature de la fonction (sécrétion ou excrétion) qu'ils sont chargés de remplir.

(t) WiMKn, Arck. f/fi /)/i.i/.s-., l. VIII, p. 307. (2) Arcli. pliyif., t. III, p. 114 et suiv.

CHLOROSE. — ÉTIOLOGIE. 851

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