ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE. — HISTORIQUE
cliait la plus grande importance. Cet auteur, renversant les termes du problème, va même jusqu'à voir dans la « polystéatose viscérale », la cause première de l'anémie et de l'anasarque consécutive.
Les faits n'étaient donc pas nouveaux. Il n'en est pas moins vrai que la communication de Biermer marqua l'éclosion d'une série de travaux sur ce qu'on appela dès lors l'anémie pernicieuse progressive (Gusserow, Immermann, Schuele, Krieg, Pepper, Fede, Quincke, Eichliorst, etc.).
Mais quelle devait être sa place en nosologie?
Immermann et Quincke (1) la considéraient comme un aboutissant, comme le produit ultime de processus morbides différents, réalisant le tableau commun de l'anémie extrême. D'autres auteurs allèrent plus loin et crurent à une nouvelle entité morbide.
Les critiques furent nombreuses.
M. Ricklin rejette résolument la dénomination d'anémie pernicieuse progressive, qui implique l'idée d'essentialité : car elle expose par là même à perdre de vue la lésion causale, qu'il a toujours constatée à l'examen des organes et à la lecture des observations (1877).
On ne retrouve pas la même intransigeance dans les communications de M.Lépineetde M. Ferrandàla Société médicale des hôpitaux (1877). L'observation de M. Ferrand contient une note très complète de M. Hayem sur l'examen du sang, dans laquelle sont signalées déjà la proportion relativement très grande des globules rouges hypertrophiés etTaugmentalion de la valeur globulaire en hémoglobine.
M. Lépine, reprenant la question au point de vue critique (1877), conclut (2) que l'anémie pernicieuse n'est pas une unité morbide. Il en distingue plusieurs variétés, notamment : 1° l'anémie progressive splénique et médullaire ; 2° l'anémie gastro-intestinale ; 3° l'anémie gravidique.
Dès lors, les travaux se multiplient en France et à l'étranger, provoquant toujours de nouvelles discussions. On peut citer les recherches hématologiques de Quinquaud (1880), les thèses de Reymond (1887), de Planchard (1888), de Plicot (1895), les mémoires de Jacquart et Destrée (1882), de Banti, Uhthoff, Eichhorst, Botkine, Laache, les observations anatomiquesde Lichtheim, Nonne, Lenoble, les essais bactériologiques de Frankcnhauser, Pétrone, Bernheim et Henrot (1886), les rapports de Birsch-IIirschi'eld et d'Ehrlich sur les anémies graves au congrès de Leipzig (1892).
Les études cliniques, hématologiques et anatomiques de M. Hayem, exposées dans son livre sur le sang et dans de récentes leçons faites à l'hôpital Saint-Antoine, contiennent des documents précieux pour l'histoire de l'anémie progressive.
(1) Quincke, Wolkmann's Sammlunçj, n° 100.
(2) Ll;i"i>e, Revue de médecine, 1877.
ETIOLOGIE. — I. Celte maladie survient le plus souvent chez les adultes ou chez les personnes âgées, soixante-sept ans (Hayem), soixante-treize ans (Laache), exceptionnellement chez les enfants. Quelques auteurs l'ont signalée à l'âge de onze ans (Quincke), cinq ans (Kjellbcrg), deux ans (d'Espine et Picot).
La plus grande fréquence chez la femme paraît dépendre du rôle que joue la puerpéralité dans son apparition.
Elle a été observée surtout chez des gens misérables et mal nourris, dans les contrées pauvres de la Suisse, de l'Allemagne du Nord, de la Suède. A Paris, à Lyon, on ne la voit guère que dans la classe ouvrière.
IL Addison disait qu'elle n'avait pas de cause appréciable. Il faut avouer que de nos jours on n'est guère mieux renseigné sur la cause intime de cette pernicieuse anémie.
Le plus souvent elle se manifeste au milieu d'une santé bonne suivant toute apparence, robuste môme. La chlorose a cependant été notée parmi les antécédents morbides (H. Muller et Laache", ainsi que l'anémie chronique, consécutive à une dyspepsie méconnue. M. Hayem a en effet montré que l'anémie à marche lente, chronique, peut exister pendant longtemps et atteindre même une grande intensité, sans que la santé soit sensiblement troublée. Ainsi l'aggravation d'un état ancien, sous l'influence de causes en apparence insignifiantes, peut être facilement prise pour le début d'une maladie nouvelle. Témoin cet ancien militaire qui, avec une richesse globulaire inférieure à un million de globules sains, était dans un état de santé assez satisfaisant pour faire à l'hôpital le métier d'infirmier. « Un état d'anémie déjà très considérable est donc conciliable avec une vie assez active. » (Hayem.)
Cela dit sur l'anémie insoupçonnée, circonstance favorable à l'éclosion de l'anémie progressive et pernicieuse, il n'en est pas moins vrai que bien souvent on ne découvre rien d'anormal dans le passé des malades. Ces cas rentrent dans la forme appelée primilive par Eichhorst et M. Hayem, par opposition avec la suivante.
III. La forme secondaire, deutéropalhiqiie, comprend les faits qui reconnaissent sinon une éliologie précise et suffisante, au moins quoique cause à incriminer. Il faut s'expliquer sur ce point.
Anémie pernicieuse progressive n'est pas synonyme d'anémie grave, bien que la distinction entre les deux étals ne soit pas toujours facile à saisir. Il existe d'ailleurs des cas intermédiaires qui, suivant les auteurs et les traités de pathologie, sont rangés dans le cadre de l'une ou de l'autre. L'anémie par botriocéphale ou par Iricocéphale de l'intestin est du nombre. Mieux vaut la ranger parmi les anémies symptomalicjues.
Il convient de n'accepter comme anémies pernicieuses progressives, que les cas dans lesquels les circonstances étiok>giiiues connues