ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE. — ÉTIOLOGIE
ne suffisent à expliquer ni la gravité ni les progrès de l'aglobulie. Ici, la suppression de la cause n'empêche pas toujours l'évolution fatale. Cette disproportion manifeste entre les causes apparentes et les effets constitue un caractère important qui différencie l'anémie pernicieuse progressive protopathique et même deutéropathique des anémies secondaires extrêmes symptomatiques et organopathiques (cancer, tuberculose, hémorragies, parasites intestinaux, etc.).
De ce désaccord entre les circonstances étiologiques et la maladie elle-même ressort la nécessité d'admettre pour cette forme secondaire et pour la forme primitive le concours de facteurs intermédiaires, tels que la prédisposition, l'imperfection acquise ou originelle de l'appareil jhématopoiétique, la chlorose ancienne ou une ancienne dyspepsie méconnue.
Indépendamment des faits dont l'étiologie nous échappe, l'anémie pernicieuse progressive peut être consécutive aux causes suivantes:
1° Fatigues psychiques, causes morales, influence nerveuse ;
2» Fatiguesphysiques, surmenage ;
3° Misère, misère physiologique, maladie grave antérieure ;
4° Troubles digestifs;
5° Petites hémorragies et déperditions séreuses;
6° Gravidité, lactation prolongée, grossesses répétées.
Souvent la plupart de ces causes, sinon toutes, se trouvent réunies chez le même sujet.
Xu' influence nerveuse ne peut guère être discutée aujourd'hui. De grands chagrins, de cruelles déceptions, le surmenage intellectuel, de vives excitations psychiques ont été maintes fois signalés à l'origine de l'anémie pernicieuse progressive. Une femme enceinte de quatre mois était occupée au lavoir, quand une de ses voisines lui jeta un baquet d'eau sur les épaules. L'anémie pernicieuse se déclara et la malheureuse victime de ce stupide accident vint mourir, une dizaine dejours après l'accouchement, dans le service de M. Hayera, où j'ai pu l'observer.
Aux travaux excessifs, aux fatigues physiques, s'ajoute bien souvent quelque autre cause, et surtout la misère, l'alimentation défec tueuse, le séjour dans des ateliers peu aérés et encombrés et même toutes ces causes à la fois. Un cas de Gusserow concerne une Alsacienne qui, fuyant devant l'invasion allemande en 1870, dut faire à pied un long trajet, pendant lequel elle endura mille privations et mille fatigues.
Une femme gravide également, dont parle M. Tarnier, travaillait dans une boyauderic, au milieu d'une pièce remplie de vapeurs chaudes et infectes. Certains malades de Gusserow, de Riermer, de Quincke vivaient de pommes de terre et de mauvais café ou de {)ain et d'eau. Un malade de M. Hayem ne mangeait que du pain ou des légumes mal préparés.
Beaucoup de sujets, dit M. Lépine, étaient atteints depuis un temps plus ou moins long de dyspepsie grave, quelquefois accompagnée d'une diarrhée interminable, et se trouvaient par là même dans les conditions de misère physiologique.
Les pertes sanguines répétées, hémorroïdes, ménorragies, métrorragies, sont parfois relevées parmi les accidents. Mais seules, elles ne peuvent suffire à expliquer le développement de l'anémie pernicieuse progressive. Du reste, assez rarement ces hémorragies répétées atteignent le quatrième degré, caractérisant l'anémie extrême.
La grossesse et les vomissements incoercibles, la multiparité, la lactation prolongée, les hémorragies post pariiim, la misère sont des causes simultanées ou successives de cette maladie.
Fréquemment les grossesses se sont multipliées dans un laps de temps assez court, cinq en cinq ans (Corazza), sept en sept ans, dix en dix ans (Gusserow), huit en treize ans (Hayem). Une malade de Gusserow^ était enceinte pour la sixième fois à l'âge de vingthuit ans. Et CCS grossesses étaient suivies de lactation épuisante.
Parfois c'est au cours de la première ou de la deuxième grossesse que l'anémie se déclare ; elle est alors aggravée par les troubles dyspeptiques, en particulier par les vomissements incoercibles, la mauvaise hygiène, les fatigues, les privations, et, plus tard, par les hémorragies de la délivrance et l'allaitement, si la gestation parvient à terme.
Exceptionnellement on ne trouve aucune cause d'anémie. Tel est le cas de cette femme de chambre qui, pendant sa première grossesse, fut prise, sans raison connue, de vomissements répétés, de perte d'appétit et des forces ; pendant les trois semaines précédant la délivrance, elle eut une diarrhée très abondante et finalement elle succomba quatre mois après l'accouchement, avec tous les signes de l'anémie pernicieuse progressive (Hayem).
SYMPTOMES. — Le plus souvent le début est insidieux. Peu à peu, la maladie s'accuse par la pâleur de la face, la perte des forces, l'essoufflement, les pal[)ilations, les vertiges, les troubles digestifs, plus rarement surviennent des épislaxis. Parfois ces symptômes apparaissent dès les premiers jours; mais d'ordinaire, l'afTaiblissement, ou mieux les troubles gastriques, l'anorexie, les vomissements et la diarrhée ouvrent la scène.
Une fois constitué, le tableau morbide est assez uniforme.
La/>«/t'«/' de lapeau et des muqueuses attire aussitôt l'attention. C'est une pâleur de cire ou de cadavre (Hayem), bien distincte de la teinte jaune paille du cancer ou de la teinte cireuse de la chlorose, sur laquelle tranche ù peine la légère coloration rosée des muqueuses, des lèvres, des gencives, de la langue, des conjonclivcs.