ANEMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE. — HÉMATOLOGIE
protopathiqiie, le caillot nest pas rétractile. Ce signe permettrait à lui seul d'écarter l'idée d'une anémie symptomatique.
Dans les anémies pernicieusessf/;??/î/oma//</i;es, au contraire, le début delà transsudalion est presque immédiat (10, 20, 30, 60 minutes); elle exige au plus trois heures pour être achevée. Le sérum, souvent très abondant, remplit la presque totalité de l'éprouvelte, même à l'exclusion du caillot. En dehors de la présence des pigments étrangers, sa coloration est très pâle et sa transparence parfaite, son analogie avec l'eau claire est presq'ue absolue. L'examen spectroscopi. que est négatif, à moins que le sérum ne contienne de l'urobiHne ou des pigments biliaires normaux ou modifiés. Le caillot présente une coloration analogue à de la gelée de groseille pâle. Il forme un mince et court cylindre flottant à la surface du liquide, très ferme et très élastique. Ce contraste entre l'extrême réduction du caillot et la grande abondance du liquide est caractéristique de l'intensité des troubles hématopoiétiques etpathognomoniques des anémies du quatrième degré [Lenoble (1)].
Numération. — Le nombre des globules rouges est toujours considérablement diminué. Il descend au-dessous d'un million, à 500000, 378000 (Lépine), 143000 (Quincke) par millimètre cube. — Celui des hématoblasles est toujours inférieur à la normale ; il peut tomber à 25000 au lieu de 200000. Ce fait est d'une importance capitale au point de vue de la genèse de la maladie (Hayem). — Le chiffre des globules blancs, loin d'être augmenté, est le plus souvent diminué. Litten a cependant vu deux fois une leucocytose intense, mais passagère, dans le cours de l'anémie pernicieuse progressive.
Examen du sang pur. — Les globules rouges ne forment pas de piles de monnaie, ou celles-ci ne sont formées que de deux, trois éléments, vingt au maximum. La plupart sont isolés, déformés, inégaux (Voy. fig. 55, p. 819).
Les globules blancs sont rares. Le réticulum fibrineux est absent ou à peine visible.
Dans les mers plasmatiques, les hématoblasles clairsemés ne forment que de petits amas d'où partent des filaments de fibrine rares et ténus, ne dessinant jamais un réseau complet. Il n'y a donc pas d'augmentation de fibrine et il est possible que la faible proportion des hématoblastes soit la principale cause de la diminution de la coagulabilité du sang au niveau des petites plaies vasculaires (Hayem).
Enfin des globules nains acquièrent la propriété de se mouvoir dans la préparation et présentent des phénomènes de contraclilité (Ilayem). La morphologie variable de ces élémonls (pseudo-parasites) a permis de décrire quatre types différents (Voy. fig. 10, p. 775)
(1) Lioooi.E, Contribution à l'étude clinique du sauj. Ciractères séméiologiques du caillot et du sérum. Th. de Paris, 1898.
Examen du sang sec. — Les déformations globulaires (forme elliptique, en massue, en raquette, etc.) sont toujours notables. Quincke les a désignées sous le nom de poikilocylose. Comme le fait remarquer M. Haycm, elles ne sauraient en aucune façon caractériser l'état du sang de l'anémie pernicieuse progressive. Elles s'observent en effet dans la chlorose et dans les anémies chroniques svmplomatiques avancées, dans le cancer de l'estomac, et parfois elles sont plus prononcées dans les cas de moyenne intensité (deuxième et troisième degrés) que dans l'anémie extrême.
L'inégalité de diamètre des hématies est également très accusée.
Eichhorst a signalé la présence de globules rouges d'une petitesse inaccoutumée, mesurant 3 à 4 (i. de diamètre {microcytes de Masius et Van Lair). Il en décrit deux formes différentes, des microcytes biconcaves et sphériques. Les derniers présentent une couleur rouge intense remarquable et un éclat particulier. On verrait également dans quelques cas des corpuscules d'un rouge brillant, analogues à des gouttes d'huile et n'ayant qu'un [xde diamètre. Mais n'y a-t-il pas toujours dans l'anémie chronique des éléments arrêtés dans leur évolution et subissant facilement les altérations artificielles décrites par M. Hayem?
Par contre, bon nombre de globules sont supérieurs à la normale. Quelques-uns méritent le nom de globules géants, et atteignent jusqu'à 15 [X. Mais ces derniers éléments ne sont jamais très nombreux, et Véléualion du diamètre moyen des hématies est due principalement à l'accumulation des éléments ne dépassant pas 10 [x. Celte hypertrophie des hématies, décrite pour la première fois par M. Hayem en 1876, n'est pas, quoi qu'en dise Laache, particulière à l'anémie progressive pernicieuse ; elle existe dans les aglobulies intenses.
Certains globules blancs peuvent contenir une petite proportion d'hémoglobine, mise en évidence par l'éosine.
M. Hayem a également observé des hémaloblasles de grande iaille.
Après coloration par l'hématoxyline ou par l'eau iodo-iodurée, on observe dans la majorité des cas, vers la fin de la maladie et parfois plus tôt, des globules rouges à noyau. Ces éléments doivent être considérés comme le réveil d'un processus embryonnaire ayant pour siège les cellules rouges nucléées des organes héniatopoiéti([ues (moelle osseuse etpulpe splénique), pour compenser l'insuffisance du processus normal de sanguificalion. Ils se retrouvent dans toutes les anémies extrêmes, quelle qu'en soit l'origine (Hayem).
D'après Ehrlich, les globules rouges nucléés de l'anémie pernicieuse progressive appartiennent à la variété des mégalublasles.
Cet auteur distingue, en effet, trois variétés d'érythroblastes : 1" les nornwblastes qu'on trouve dans presque toutes les anémies graves
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secondaires ; 2" les mégaloblastes, qu'on rencontre parfois dans la leucémie et presque sans exception dans l'anémie pernicieuse progressive; 3° les microblastes, extrêmement rares, qu'on observe, par exemple, dans les anémies traumatiques.
En général, les mégaloblastes se différencient facilement des normoblastes par leur morphologie.
Les normohlastes, du volume des globules rouges, ont un protoplasma chargé d'hémoglobine. Leur noyau, unique ou multiple (2-4), bien délimité, occupe la plus grande partie de la cellule et se colore avec une intensité surprenante par les matières colorantes nucléaires; à ce point de vue, ni les noyaux des leucocytes, ni aucun autre noyau connu ne peuvent lui être comparés.
Les mér/aloblastes, au contraire, sont deux à quatre fois plus grands que les hématies et même davantage {giganloblastes). Leur hémoglobine, qui de beaucoup constitue la masse principale du corps cellulaire, est très souvent dégénérée (anémique) à un degré plus ou moins marqué. Leur noyau est plus grand que celui des normohlastes, tout en n'occupant pas relativement une aussi grande étendue dans les cellules. Son contour est moins nettement dessiné, son apparence plus vague. Avant tout, il se distingue du noyau des normohlastes par une affinité beaucoup moins grande pour les colorants nucléaires, si bien que des observateurs peu exercés ne découvrent généralement aucun noyau. Ces éléments sont d'ailleurs clairsemés et exigent une recherche attentive.
Tandis que les normohlastes deviennent des normocyles par l'expulsion ou l'émigration de leur noyau, les mégaloblastes deviennent des mégalocytes par la résorption de leur noyau h l'intérieur de la cellule (Ehrlich).
Certains globules présentent des dépôts punctiformes ou des granulations colorables en bleu, lorsqu'on laisse les préparations en contact pendant vingt-quatre heures avec une solution d'éosine et de bleu de méthylène. Ces granulations représentent vraisemblablement des débris nucléaires de mégaloblastes en voie de se transformer en mégalocytes (Askanazy, Lazarus, Ehrlich).
« L'identité entre les normohlastes et les mégaloblastes ne peut être soutenue, dit Ehrlich, en présence de ce fait clinique indiscutable, que le sang de l'anémie pernicieuse est un sang mégalocy tique. »
Hémoglobine et Cliromométrie. — V augmentation de la valeur globulaire^ c'est-à-dire de la matière colorante dans les globules considérés individuellement, est une conséquence de leur hypertrophie. Mais pas plus que celle-ci, elle ne constitue un signe pathognomonique; la valeur globulaire peut être inférieure à la normale, lorsque les petits éléments sont très abondants, ou bien lorsque tous les éléments sont faiblement colorés [chlorocytes).
Le chiffre le plus élevé qui ait été signalé est de 1,70 (Ilayem).
Quoi qu'il en soit, la richesse totale du sang en hémoglobine peut tomber jusqu'à un dixième de la quantité normale, et un douzième de la quantité maximum.
Caractères chimiques. — L'examen du sang a été pratiqué par
H. Frœnkel. Cet auteur a trouvé, quatre jours avant la mort, dans 100 parties de sang, 11,57 éléments solides, dont 1,81 d'azote.
II y a donc une forte diminution des matériaux solides et de l'azote du sang, puisqu'à l'état normal le sang contient, pour 100 parties, 20,20 de matériaux solides, 3,27 p. 100 d'azote.
Quinquaud a signalé la diminution considérable de l'hémoglobine qui, de 120 à 125 grammes pour 100, tombe à 78 grammes dès le début, à 62,57 à la période d'état, à 46 grammes et au-dessous s'il se produit des pertes sanguines, enfin à 26 grammes, si l'anémie doit être mortelle.
Comme le fait remarquer M. Hayem, il existe une altération plus ou moins prononcée du plasma; mais jusqu'à présent on ne possède aucun renseignement précis. Sœrensen s'est assuré que le sérum n'exerce aucune action dissolvante sur les globules sains.
Examen microbiologique. — Certains auteurs ont signalé la présence de micro-organismes dans le sang. Bernheim (1879) a trouvé dans le sang du cadavre de longs bâtonnets appartenant au genre bactéridium de Davaine (FelLz et Engel).
Frankenhauser (1883) a constaté dans le sang de femmes enceintes et une fois dans le sang de la mère et du nouveau-né, de petits corps arrondis, très mobiles, munis d'un flagellum et atteignant le dixième du diamètre d'un globule rouge, et d'autres corps plus longs, dépourvus de flagellum. A l'autopsie, on les retrouva dans le sang du foie et dans les cellules hépatiques.
L'année suivante, Pétrone retrouva dans un casdesmicrococci identiques à ceux de Frankenhauser qu'il inocula à des lapins. Ces animaux furent malades et tués le vingtième jour par section du bulbe. Le foie et le sang contenaient de nombreux micrococci.
Chez trois malades observés à la clinique de Zurich, Eichhorst a remarqué ces mêmes éléments, sans avoir pu déterminer plus exactement leur valeur et leur nature.
En 1886, Henrot a vu dans le plasma et dans les globules rouges des granulations qu'il croit parasitaii'es.
Depuis lors, rien n'est venu confirmer ces recherches et on conviendra qu'elles sont insuffisantes pour attribuer à l'anémie pernicieuse une origine infectieuse.
Suivant toute vraisemblance, les prétendus parasites de Frankenhauser sont des globules nains, déformés et agités de mouvements (Hayem, Du Sang, p. 809) (1).
MARCHE. - DURÉE. — TERMINAISON. — Il n'est pas facile de se l'aire une idée exacte de l'évolution de l'anémie pernicieuse, car elle se déclare d'une manièi'c lente et insidieuse, elles phénomèies
(1)G. Hayiîm, Sui- In forme anémique du cancer de rcsiomac. Cliniiiue méd. :alc de riiopital baint-Antoine (Vuy. Presse mec/., n» 71, 1898).