ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE. — NATURE
vaisseau, la tunique lymphatique reste intacte : le sang s'épanche alors dans l'espace lymphatique.
NATURE DE LA MALADIE. — PATHOGÉNIE. — Les lésions trouvées à l'autopsie des sujets ayant succombé à l'anémie pernicieuse sont loin d'être caractéristiques. C'est là une des raisons qui expliquent la diversité des théories pathogéniques. On peut dire, en elïet, qu'à chaque lésion rencontrée avec quelque fréquence correspond une théorie nouvelle (1).
Théories anatomiques. — On a voulu voir dans la dégénérescence du cœur, le primum movens de cette maladie (Ponfick) (2).
Or, non seulement cette lésion n'est pas constante, mais encore les expériences de Perl et Tolmatocheff (3) démontrent que le cœur devient gras secondairement à l'anémie (saignées répétées etstéasose cardiaque consécutive).
La fréquence des troubles gastro-inlestinaux et des lésions trouvées dans le tube digestif a amené différents observateurs (Quincke, Fenwick, Nolen, Nothnagel, Henry et Osier, Brabazon, Schumann, S. Meyer, Trcchsel) à rechercher si ces lésions n'étaient pas la cause de l'anémie pernicieuse progressive. Malheureusement pour la théorie, ces altérations sont loin d'exister dans tous les cas. Elles peuvent d'ailleurs être secondaires ou simplement simultanées. Elles jouent le rôle de cause adjuvante ou aggravante, mais rien de plus.
Dégénération mégaloblastique. — Pepper (4), Cohnheim (5), Osier (6) ont prétendu que la maladie de Biermer était due à l'altération des organes hématopoiétiques, et qu'elle constituait une forme de pseudo-leucémie myélogcne. Ehrlich et Van der Stricht ont émis une opinion analogue. Les modifications de la moelle osseuse seraient non pas de nature régénérative, mais de nature dégénérative ; primitives, elles entraîneraient des modifications morphologiques et chimiques du sang. D'après M. Hayem, la teinte rosée qu'il a constatée sur la moitié supérieure du fémur, n'est pas comparable à la couleur rouge vif de la totalité du fémur, observée dans les cas de pseudo-leucémie myélogène. Les lésions, toutes secondaires, seraient simplement la résultante de l'effort vicariant de l'organisme cherchant à jeter dans la circulation des globules rouges à noyau, pour compenser l'insuffisance du processus normal de sanguification.
(1) Plicot, loc. cit.
(2) Ponfick, Ueber Fetterherz {Berlin, klin. Wnch., n"'! et 2, 1873).
(3) Perl et Tolmatociieff, cités par Litlen. Berlin, klin. VV'oc/i., 1879.
(4) Pepper, Prog;ress pern. Anaemie or anaematosis {Anieric. Journ. of tlie Med., t. LX, octobre 18"75, p. 213).
(5^ Cohnheim, Erkrankung. cl. Knochenmarks (Virc/ioio 's .Irc/i., t. LXVIII, 1876 p. 209'.
(G) OsLER, Uebcr d. Entwickel. v. Blutkœrp. [Cenlralblall fur med. Wiss., 1878 u" 26).
Quant aux altérations du système nerveux, tous les auteurs s'accordent à les considérer comme secondaires.
Théorie microbienne. — C'est, à coup sûr, une théorie séduisante. Il faut bien avouer cependant que les descriptions de Bernheim, Feltz et Engel, Henrot, Frankenhàuser, Pétrone ont besoin de contrôle. Nombreuses sont les recherches qui ont abouti à un résultat négatif. D'autre part, il est légitime de penser qu'on a pu prendre parfois pour des micro-organismes ces hématies déformées et mobiles auxquelles M. Hayem a donné le nom très suggestif de pseudo-parasites. Jusqu'à nouvel ordre il faut l'accepter sous bénéfice d'inventaire et avec le complément qui sera indiqué plus loin.
Théories de l'auto-intoxication. — Auto-intoxication d'origine GASTRO-INTESTINALE. — Saiidoz (1 ), Constatant la fréquence des troubles de l'appareil digestif au début de l'anémie pernicieuse, eut le premier l'idée de rattacher cette maladie à une auto-intoxication d'origine gastro-intestinale. Les troubles digestifs entraîneraient dans l'estomac et l'intestin des décompositions et des fermentations dont les produits résorbés provoqueraient les symptômes de cette maladie. Sandoz conclut à l'utilité du lavage de l'estomac et de rentéroclyse. Il est inutile d'insister sur une observation de Meyer (1889), qui prétend avoir guéri par un seul lavage de l'estomac une femme enceinte atteinte d'anémie pernicieuse. Ce ne peut être qu'une erreur d'interprétation.
La grande quantité de granulations ferrugineuses que le foie contient, a suggéré à W. Hunter (2) l'hypothèse de la destruction des hématies dans le système porte sous l'influence d'un poison d'origine gastro-intestinale. Il a extrait de l'urine deux ptomaïnes identiques à la cadavérine et à la putrescine de la viande en décomposition, et un troisième poison, qui paraît être une diamine spéciale. Elles seraient le produit de la flore bactérienne du tube digestif. Hunier est ainsi amené à rapprocher la maladie de Biermer de l'intoxication par la toluylènediamine, agent énergique de la destruction globulaire.
Sans vouloir nier l'importance considérable de la toxémie d'origine gastro-intestinale, elle ne peut seule résoudre le problème pathogénique. Que de gastrites muqueuses ou atrophiques, que d'entérites, sans retentissement aussi grave sur l'état du sang. Il convient de réserver cette question et de mettre la théorie de l'auto-intoxication gastro-intestinale, sinon en parallèle, du moins sur un plan voisin de la théorie infectieuse, qui, elle aussi, exige pour sa justification l'intervention d'une toxine.
AuTo-iNTOXiGATioN GRAVIDIQUE. — La théoric de l'auto-intoxication gravidique, dont M. Plicol, élève de M. Pinard, s'est fait le défenseur,
(1) Sandoz, Bcitrog zur PaLholo|rie und Tlierap. der perniciôsen Aninmie {Corresp. lilntt., 15 sept. IH87, j). 554). ip.) VV. llvfiTKK, Bril. met/. Journ., 1" avril 1893.