ANÉMIE PERNICIEUSE PROGRESSIVE. — TRAITEMENT
additionné au besoin d'eau d'Evian ou d'une infusion légère de tilleul ou de thé. Comme il existe, dans la majorité des cas, une hypopepsie plus ou moins intense, le képhyr n° 2 sera recommandé.
La surveillance de l'estomac et de l'intestin a d'autant plus d'importance, qu'on a accusé quelquefois, et non sans raison, la dyspepsie gastro-intestinale de provoquer ou tout au moins de préparer et d'aggraver l'anémie pernicieuse progressive. Au début de la maladie surtout, l'examen du chimisme stomacal donnera d'utiles indications, qu'on n'a plus le droit de méconnaître.
On facilitera les évacuations alvines par les lavements ou les lavages de l'intestin. En cas de doute sur la véritable origine de l'anémie, on recherchera dans les selles les œufs de botriocéphale ou de tricocéphale.
G. Dieballa, assistant du professeur Kétli de Budapest, aurait obtenu les meilleurs effets du salol, à la dose de 1 gramme répétée cinq fois par jour, chez un malade atteint d'une anémie pernicieuse progressive d'origine inconnue (les selles ne contenaient pas de parasites, soit à l'état adulte, soit à l'état d'œuf)et traitée sans succès par le fer, la moelle osseuse, la quinine, l'arsenic et les inhalations d'oxygène. A deux reprises, on essaya de suspendre ce médicament, mais chaque fois on constata une recrudescence des symptômes Après trois mois, on put cesser tout traitement, laguérison paraissant définitive. Ce fait intéressant ne peut suffire à établir la valeur de la médication proposée.
Les inhalations d'oxygène seront faites de préférence avant les repas.
Tous les toniques, tous les reconstituants ont été tour à tour appliqués au traitement de l'anémie pernicieuse. Beaucoup sont plus nuisibles qu'utiles. Quelques-uns seulement méritent d'être discutés, sinon retenus : telles sont les médications ferrugineuse et arsenicale, la transfusion, les injections de sérum artificiel, les préparations de moelle osseuse.
Si le malade, au moment où on examine son sang pourla première tois, a plus d'un million de globules, on prescrira du fer, le protoxalate par exemple, avant les repas, et de l'acide chlorhydrique après, comme chez les chlorotiques dyspeptiques. Mais il sera de la plus haute importance de suivre les effets de ce traitement. S'ils sont nuls, on remplacera immédiatement le fer par l'arsenic (Hayem). Audessous d'un million de globules, il est inutile de le prescrire, car si e fer augmente la valeur globulaire en hémoglobine, il ne peut en aucune façon exciter le processus de sanguification. Ainsi s'expliquent les nombreux insuccès de celte médication.
Le médicament qui pa.aît avoir donné le plus de succès est Varsenic (Byrom Bramwcll, Warfwinge, Wilcocks, Padley}. S'il fallait en croire Padley , il aurait eu i2 insuccès sur 48 par la médication
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ferrugineuse, et 16 gucrisons sur 22 par la médication arsenicale. Bolkine a également obtenu d'excellents résultats, 16 guérisons sur 32 cas. En cas d'intolérance gastrique, on emploiera les injections hypodermiques de liqueur de Fowler, en commençant par la dose quotidienne de dix gouttes, pour atteindre progressivement la dose de vingt gouttes, et en remplaçant l'eau de mélisse par l'eau de laurier-cerise (Ilayem).
On a accusé ces injections de provoquer, au point d'inoculation, des douleurs vives, de l'infiltration inflammatoire, parfois même des abcès et de la gangrène.
La liqueur de Fowler, comme toutes les solutions arsenicales, s'infecte avec une grande facilité, et déjà au bout de quelques jours elle contient des moisissures, qui rendent le liquide irritant. Il faut donc, en dehors de l'asepsie de la seringue et des tissus, se procurer une liqueur stérilisée. On s'est servi d'une solution d'arséniate de soude à 1 p. 100, stériUsée à l'autoclave et contenue dans des ampoules de verre ou dans de petits tubes d'une capacité de 2 centimètres cubes. On injecte d'abord un quart de centimètre cube et on augmente graduellement jusqu'à ce qu'on arrive à pratiquer journellement deux injections de 1 centimètre cube chacune.
Mais quelle que soit la préparation qu'on adopte, on a toujours l'inconvénient de produire de la cuisson, des douleurs, parfois de l'impotence passagère du membre qui est le siège de l'injection; aussi arrive-t-il qu'après sept ou huit jours de traitement, les malades se refusent à continuer plus longtemps une méthode douloureuse et peu pratique en somme, puisqu'elle exige la présence du médecin.
L'injection rectale a paru préférable à M. Vinay (1), qui propose de se servir de la liqueur de Fowler, diluée de la manière suivante :
Eau distillée 56 grammes.
Liqueur de Fowler 4 —
On injecte 5 grammes du mélange, matin et soir, en commençant ; puis, au bout de quatre jours de traitement, on fait trois injections quotidiennes, matin, midi et soir. Dans ce dernier cas, on fait absorber un gramme de liqueur de Fowler, soit un centigramme d'acide arsénieux; cette dose est suffisante pour obtenir un résultat thérapeutique.
Dans les cas particulièrement graves, on peut augmenter encore la quantité de la liqueur arsenicale et se servir de la solution forte : eau distillée 45 grammes; licpieur de Fowler 5 grammes. — On
(1) Ch. Vinay, Quelques considérations sur l'administration de l'arsenic {Lyon mnilicnl, 15 avril 1S7G). — J. Hknaijt, Note sur les injections rectales d'arsenic {Hoc. de tliérapeuliqiie, 23 mars IROs).