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SIGNES URINAIRES

L'examen des urines est aussi nécessaire chez les cardiaques que l'exploration du cœur, des artères et des veines. Le rein subit plus que tout autre organe le contre-coup des troubles et des variations de la circulation générale. Augmentant et diminuant avec la pression sanguine, son activité sécrétoire est encore modifiée par la coïncidence fréquente d'altérations inflammatoires chroniques et aiguës qui dépendent ou d'une même maladie causale, ou d'infections et de toxémies accidentelles : la stase habituelle ou répétée du rein en fait un organe essentiellement vulnérable. L'appréciation de la quantité des urines est le premier élément de l'enquête rénale et reste nécessaire pendant tout le cours des cardiopathies : Fernet a pu dire avec raison que le bocal d'urine est pour les cardiaques ce qu'est le thermomètre pour les fébricitants. La présence d'éléments anormaux, albumine, sucre, urobiline et bilirubine, les variations quantitatives de l'urée et des principaux principes excrémentitiels, les modifications de la densité, enfin, et s'il est possible, l'estimation de la perméabilité rénale d'après le procédé d'Achard, sont des renseignements complémentaires également importants.

La polyurie et l'oligurie s'observent chez les cardiaques avec deb significations diverses. La polyurie peut être simple, consistant en une simple hydrurie, ou associée à des altérations qualitatives de l'urine; elle est permanente, quoique sujette à variations, ou transitoire et accidentelle. La polyurie simple permanente, atteignant 3, 4 litres et plus, appartient à la symptomatologie de la myocardite chronique hypertrophique et de l'artériosclérose. Elle résulte de l'hypertension artérielle et s'abaisse à 2 litres et moins eous l'influence de la stase rénale, pendant les crises d'hyposystolie ou d'asystolie. Quoique dépassant encore la normale, ce chilï're n'en constitue pas moins pour certains cardiaques artérioscléreux une oligurie relative : il remonte à 3 et 4 litres quand, l'insuffisance cardiaque cessant, les dimensions du cœur, le pouls 3t la pression reviennent à leur état habituel. La polyurie simple associée à des altérations qualitatives de l'urine est due à la coïncidence d'un degré plus ou moins prononcé de sclérose rénale qui contribue pour sa part k exagérer la pression artérielle : c'est dans ce cas. d'après Potain, que le sphygraomanomètre marque jusqu'à

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30 centimètres de mercure, alors qu'il donne les chiffres de 20 à 25 dans l'artériosclérose sans néphrite avérée. La polyurie d'origine rénale se caractérise par la présence habituelle d'une certaine quantité d'albumine, depuis des traces indosables quand le cœur est suffisant, jusqu'à 1 et plusieurs grammes dans les périodes asystoliques, et surtout sous l'influence de poussées néphritiques aiguës ou subaiguës. L'analyse révèle d'autre part une densité faible, en tenant compte bien entendu des modifications qu'elle subit par le fait de la dilution des urines, la diminution plus ou moins notable de l'urée, bref les signes urinaires habituels de l'insuffisance rénale parfois compliquée d'insuffisance hépatique. Enfin, l'épreuve d'Achard permet de constater un retard et surtout une prolongation de l'élimination du bleu de méthylène. Il importe de ne pas se baser sur un seul examen pour juger de l'état organique et fonctionnel du rein. L'insuffisance rénale peut être temporaire et disparaître sous l'influence du repos et du traitement : ou bien, très accentuée à certains moments, elle est à peine apparente à d'autres instants. Ce n'est que dans l'intervalle des crises asystoliques ou des poussées aiguës de néphrite que l'on peut apprécier le véritable degré de la perméabilité rénale.

Les polyuries transitoires des cardiaques peuvent être dues à une hypertension artérielle également momentanée d'origine accidentelle ou médicamenteuse, ou encore à des diurétiques directs activant, sans modification appréciable de la pression, l'activité de la sécrétion rénale. La polyurie digitalique chez les asystoliques est l'exemple le plus caractéristique des polyuries médicamenteuses transitoires : le lait, la théobromine et la caféine, le nitrate de potasse déterminent également une surabondante sécrétion urinaire. Les polyuries transitoires non médicamenteuses sont plus rares. J'ai récemment observé, sous l'influence d'une poussée aiguë d'aortite douloureuse, une hypertension artérielle avec polyurie de plusieurs jours de durée dont la disparition a coïncidé avec la rétrocession des phénomènes aortiques : l'irritation aortique avait sans doute déterminé, par voie réflexe, un spasme artériel périphérique, d'où l'hypertension et la polyurie.

Voligiirie des cardiaques peut être relative ou absolue. Elle est relative, comme il vient d'être dit, chez les polyuriques habituels, caractérisée par l'abaissement de la quantité des urines de 3 et 4 litres à 1 ou 2. L'oligurie consiste en une rareté extrême des urines qui peut aller jusqu'à l'anurie presque complète. Elle est un des caractères les plus saillants des urines dites cardiaques, dues à la stase rénale dans l'asystolie commune. .Leur quantité tombe à 500 grammes et moins, se réduisant parfois à quelques gouttes. Ce sont des urines concentrées, à densité élevée de 1025 à 1030, saturées d'urée, d'acide urique et d'urates, d'où leur coloration foncée et le

dépôt au fond du bocal d'un abondant sédiment rouge-brique. L'urée, augmentée par rapport au faible volume des urines, est d'ailleurs normale comme quantité pour les vingt-quatre heures, quand elle n'est pas réduite par une alimentation insuffisante, ou par le fonctionnement imparfait du foie. Les phosphates et les chlorures sont également augmentés. Il y a donc surtout diminution de la quantité d'eau éliminée, en raison de l'abaissement de la pression artérielle et plus encore de la stase rénale qui, de son côté, détermine une albuminurie légère et transitoire. Une albuminurie plus abondante, dépassant 1 gramme, comme aussi l'abaissement de la densité et du chifTre de l'urée indiquent une néphrite concomitante. Ces notions seront d'ailleurs plus complètement développées à propos de Furologie du rein et du foie cardiaques.

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