INSUFFISANCE AORTIQUE. — DIAGNOSTIC
Le double souffle de l'anévrysme de l'aorte peut encore prêter à la confusion. La recherche des autres signes physiques et fonctionnels de l'ectasie sacciforme, matité, battements, phénomènes de compression, l'absence de la dilatation hypertrophique du ventricule gauche et des signes artériels de l'insuffisance permettront de l'éviter; d'ailleurs, le souffle diastolique de l'anévrysme siège au niveau de l'articulation sterno-claviculaire droite, s'il s'agit d'un anévrysme de l'aorte ascendante, dans la région interscapulaire, quand il se trouve sur l'aorte descendante ; il n'a pas la propagation rétrosternale du souffle de l'insuffisance.
Les signes artériels sont la confirmation souvent nécessaire du diagnostic d'insuffisance aortique; ils n'ont par eux-mêmes aucune valeur pathognomonique. Il paraît bien, d'après les observations de Leyden, Litten, Leube, que l'insuffisance peut exister sans souffle, surtout quand elle est grande, l'altération des valvules étant trop considérable pour leur permettre de vibrer. Les signes artériels donnent alors d'utiles indications, et l'on est en droit de soupçonner la lésion des sigmoïdes, si d'autre part la percussion et le palper décèlent la dilatation avec ou sans hypertrophie du ventricule gauche. Mais on n'en peut tenir qu'un faible compte si le volume du cœur est normal. Le pouls bondissant et dépressible, le double souffle crural de Duroziez, le pouls capillaire, nous l'avons vu, ont été signalés dans d'autres affections. Quant aux battements visibles des artères, on les observe, en l'absence de toute lésion cardio-artérielle, dans l'anémie et surtout chez des sujets nerveux atteints d'éréthisme cardio-vasculaire avec palpitations, battements et bourdonnements d'oreille, troubles vaso-moteurs faciles : c'est l'état décrit par Dane sous le nom de neurasthénie pulsatile.
Le diagnostic de l'insuffisance aortique posé, il faut en établir la cause et la nature, d'où découlent les indications pronostiques et thérapeutiques. L'auscultation ne donne à cet égard que peu de renseignements. Toutefois la coexistence d'un souffle systolique est habituelle dans l'athérome tandis qu'elle est plus rare dans l'insuffisance d'origine rhumatismale. Le souffle diastolique est toujours doux dans cette dernière, tandis qu'il peut être musical et associé à l'éclat tympanique du deuxième bruit dans l'athérome. Le diagnostic se basera surtout sur l'âge, les antécédents, les troubles fonctionnels et l'état du système artériel. Le jeune âge, le rhumatisme antérieur, plaideront pour l'insuffisance d'origine rhumatismale qui se caractérise par la pâleur, l'énergie des battements artériels du cou, le pouls bondissant. Après quarante et surtout cinquante ans, on soupçonnera l'athérome que rendront vraisemblable les antécédents de goutte, de saturnisme, d'alcoolisme, de syphilis, la sénilité, la coexistence des signes de la néphrite interstitielle chronique. On remarquera, dans ces cas, la dureté et l'incompressibilité des artères radiales et tcra-
porales, la faible intensité des battements carotidiens, mais, par contre, le soulèvement des artères sous-clavières, s'il y a dilatation de l'aorte. Enfin les troubles fonctionnels sont à peu près nuls dans l'insuffisance par endocardite; le vertige, la douleur rétro-sternale, les crises d'angine de poitrine et de dyspnée par œdème pulmonaire s'observent communément dans l'insuffisance artérielle.
Il peut y avoir intérêt, au point de vue médico-légal, à établir le diagnostic de l'insuffisance aortique d'origine traumatique et le bien fondé d'une réclamation de dommages-intérêts. On peut admettre que la lésion valvulaire constatée chez un individu victime d'un traumatisme Ihoracique a été créée uniquemient par celui-ci lorsque ses antécédents pathologiques sont nuls, ou lorsque ayant un passé pathologique, il a été examiné plusieurs fois avant l'accident [Dufour] (1) par un médecin qui a trouvé le cœur intact. L'âge peu avancé, les troubles fonctionnels qui se sont produits au moment de l'accident, douleur précordiale, syncope, dyspnée, le caractère musical du souffle diastolique sont en faveur de l'origine traumatique de l'insuffisance.
TRAITEMENT. — L'insuffisance aortique est une lésion le plus souvent définitive. Le traitement ne peut agir que sur les maladies causales, en évitant qu'elles n'aggravent, par la continuité ou la répétition de leur action, les désordres déjà produits. Il n'est cependant pas impossible que la médication iodurée, continuée avec persévérance pendant plusieurs mois et plus, ait une action favorable et résolutive sur des lésions déjà établies. Quelques observations semblent le démontrer, en ce qui concerne du moins l'insuffisance artérielle [Picot] (2). On sait l'influence heureuse de ce traitement dans l'aortite chronique, quand il est associé à une hygiène alimentaire régulière avec substitution du lait aux boissons alcoolisées ; il enraye tout au moins ses progrès et ceux de l'athérome des coronaires ; il prévient ou combat les autres déterminations viscérales de l'artériosclérose.
A vrai dire, l'insuffisance aortique ne comporte par elle-même aucune indication. Le malade qui en est atteint doit se soumettre à l'hygiène générale des cardiaques, éviter les efforts et les écarts de régime; ces recommandations sont aussi essentielles dans l'insuffisance compliquée des rhumatisants que dans celle des artérioscléreux. En s'y conformant, le malade évitera ou retardera les accès d'angine de poitrine, l'asystolie et l'urémie, c'est-à-dire les accidents et les complications terminales de l'insuffisance aortique ou, pour mieux dire, de la myocardite chronique et de l'artériosclérose.
(1) DuFOUB, Des insuffisances aortiques d'origine traumatique. Th. de doct. Paris, 1896, p. 74.
(2) Picot, Sur deux cas d'insuffisance aorlique guéris par l'iodure de potassium [Congrès de méd. inl. de Bordeaux, 1895)