‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 3)Chapitre 41 sur 133 · ANGINE DE POITRINE. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

ANGINE DE POITRINE. — DIAGNOSTIC

douleur précordiale et souvent lipothymie , refroidissement des extrémités, petitesse du pouls. Il éprouve en même temps des palpitations et présente des intermittences : l'examen révèle à ce moment un certain degré de dilatation du cœur droit avec bruit de galop droit, accentuation du deuxième bruit pulmonaire. Enfin, il peut être pris de nausées et de vomissements, ces derniers mettant habituellement fin à la crise. Malgré l'intensité, la durée et le caractère effrayant de ces accidents, ils ne se terminent jamais par la mort. Mais il faut se rappeler que, chez les sujets atteints de coronarite, les troubles digestifs et les repas, surtout le repas du soir, sont des causes provocatrices d'accès sténocardiques vrais. Ces cas ont été souvent confondus avec les précédents, récemment encore par Grouzdew (1), sous le nom d'angine de poitrine d'origine gastrique. Ils doivent en être distingués, et l'on fera toujours la part de la lésion organique et du trouble fonctionnel pur, en recherchant si les crises provoquées par les repas ne le sont pas aussi par l'effort.

La pseudo-angine névralgique peut d'ailleurs se retrouver dans diverses maladies, la maladie de Basedow, le tabès par exemple, toujours avec ses mêmes caractères. Les crises d'angine de poitrine tabétique signalées par Vulpian, Leyden , Debove, appartiennent tantôt à l'artériosclérose coronarienne, tantôt aux pseudo-angines névrotiques. Et cette même distinction doit être faite pour les cas publiés sous le nom d'angine de poitrine goiitleuse, diabétique (Vergely). Il s'agit le plus souvent d'angine vraie par coronarite. Mais il existe une pseudo-angine goutteuse décrite par Mabboux (2) sous le nom de névrose goutteuse du pneumogastrique, dontle tableau symptomatique est absolument celui de la pseudo-angine névralgique, et une pseudoangine diabétique tenant plus au neuro-arthritisme qu'à la glycosurie, mais qui néanmoins, dans deux cas de Vergely (3), a disparu avec elle. Enfin le paludisme, cause d'aortite et de coronarite, d'après Lancereaux (4), pourrait aussi, s'il faut s'en rapporter aux observations récentes de Koundrioutzkoff et Miron Segalea (5), se manifester par des accès de pseudo-angine névralgique, véritables fièvres larvées, qui reviennent périodiquement et guérissent par la quinine.

En présence de la multiplicité et de la complexité des accidents anginiformes qui viennent d'être énumérés, le médecin fera bien d'avoir présentes à l'esprit les trois lois cliniques formulées par Huchard pour caractériser les formes simples de l'angine coronarienne :

(1) GnonzDEW, Angine de poitrine d'origine gastrique [Vralch, 15 déc. 1894).

(2) Mabboux, De la névrose goutteuse du pneumogastrique ou pseudo-angine goutteuse {Revue de médecine, 10 août 1894).

(3; Vergei-y, Angine de poitrine diabétique [Congrès deméd. int. de Lyon, 1894).

(4) Lancereaux, Angine de poitrine paludique (Acad. de méd., 18 juillet 1894).

(5) MiRON Segalea, Angine de poitrine d'origine palustre [Soc. de thérap., 10 avril 1895.

1" Toute angine de poitrine produite par un effort est une angine coronarienne; les douleurs angineuses spontanées sont dues aune névrite ou une névralgie cardiaque. 2» Lorsqu'un malade ayant des crises provoquées par l'effort en a de spontanées pendant la nuit, il s'agit encore d'angine coronarienne. 3° Les douleurs précordiales provoquées par la pression ne sont pas des douleurs d'angine coronarienne.

PRONOSTIC. — L'angine par rétrécissement des artères coronaires est une cause fréquente de mort subite. C'est assez dire la gravité de son pronostic. Il n'est d'ailleurs pas possible de prévoir dans quelles conditions cette terminaison devra être redowlée. Suivant la remarque de Potain, le minimum de phénomènes douloureux n'indique nullement un minimum de gravité, et Huchard a exprimé la même pensée en disant que le danger ne résulte pas de l'intensité de la douleur, mais de l'ischémie du myocarde. Le début récent ou l'ancienneté des accès, leur rareté ou leur répétition ne signifient rien quant à l'éventualité d'une syncope mortelle. Elle peut se produire dès le premier ou le deuxième accès, ou au bout de plusieurs années, parfois après une longue interruption de crises douloureuses.

La sévérité de ce pronostic est atténuée par l'histoire de nombreux malades qui ont survécu dix, quinze et vingt ans à leurs premiers accès d'angine de poitrine, soit qu'ils se soient mis à l'abri de leur retour offensif par une hygiène appropriée, soit que les lésions causales se soient momentanément amendées sous l'influence du traitement. La guérison est possible, mais il faut toujours compter avec les poussées nouvelles d'aortite et de coronarite, sans parler des accidents liés à l'évolution progressive de la cardio- et de l'artériosclérose.

Le pronostic des pseudo-angines de poitrine est bénin, et ce n'est que dans des cas vraiment exceptionnels qu'elles ont été suivies de mort subite.

TRAITEMENT. — Trailemeni de r accès d'angine de poitrine. — Le repos immédiat, si le malade est en marche, la position assise, s'il est pris étant couché, suffisent souvent pour faire cesser les crises. L'indication principale est d'alléger le travail du cœur en diminuant la pression artérielle, et de maintenir l'énergie cardiaque si elle tend à faiblir. Ce but est rempli par le nitrite d'ami/le, dont les principaux effets physiologiques sont : la dilatation vasculaire, la diminution de la pression sanguine, l'augmentation de force et de fréquence des battements du cœur (Huchard). Le médicament est pris en inhalations à la dose de trois à six gouttes versées sur un mouchoir, à la condition que ce liquide, qui est très volatil, n'ait pas été éventé; on évite cet inconvénient en renfermant la dose nécessaire dans des ampoules de verre que l'angineux doit toujours porter avec lui el

Page 1