TUMEURS DU CŒUR. — MYXOMES
Le cancer se trouve dans le myocarde sous forme d'infiltration diffuse et surtout de noyaux. Ceux-ci, le plus souvent multiples, ont des dimensions qui varient du volume d'une lentille à celui d'une noix. Ils tranchent par leur coloration blanc jaunâtre sur le tissu rouge du muscle cardiaque et siègent dans son épaisseur, plus rarement sous l'endocarde ou le péricarde. Leur lieu d'élection est le cœur droit, surtout sa portion ventriculaire, d'après la statistique d'Ely, et celle plus récente de Laisney (1). Mais le cœur gauche peut être simultanément ou exclusivement atteint ; leseptum interventriculaire est assez souvent le siège des noyaux néoplasiques. Le myocarde, simplement refoulé par les productions qui se développent dans ses interstices, peut être normal ou dilaté et aminci; il présente dans quelques cas les lésions de la myocardite segmentaire (Pic et Lcbret).
Le cancer du cœur est souvent latent et seulement constaté à l'autopsie. D'autres fois il donne lieu à l'ensemble symptomatique de la myocardite chronique, se caractérisant par de la dyspnée, de la précordialgie, des crises angineuses, en même temps que l'on constate de la cardiomégalie avec de la tachycardie et de l'arythmie. Les accidents dépendent pour une part de la localisation et de l'importance des néoplasmes. Quand ils se développent au voisinage des orifices et des valvules, ils peuvent donner naissance à des insuffisances et des rétrécissements. Ils dépendent non moins des lésions concomitantes du myocarde, de l'envahissement des ganglions du médiastin, et de la compression des nerfs pneumogastriques. La mort est la conséquence de l'asystolie, d'une syncope, ou le plus habituellement des progrès de la cachexie cancéreuse.
Le diagnostic ne peut être que soupçonné et seulement quand chez un cancéreux avéré on constate des troubles fonctionnels cardiaques.
Myxonies. — Ce sont des tumeurs molles, demi-transparentes et gélatineuses, lisses et souvent multilobées, ressemblant à une grappe de raisin. Elles sont pédiculées et généralement implantées sur la face auriculaire de la valvule mitrale, exceptionnellement de la tricuspide (Debove). Leur volume varie depuis celui d'une petite cerise jusqu'à celui d'un gros œuf de pigeon. Elles siègent ordinairement dans l'oreillette gauche, oblitèrent presque complètement l'orifice auriculo-ventriculaire et sont souvent couvertes de caillots fibrineux qui peuvent donner naissance à des embolies. Constituées par du tissu muqueux pur, elles paraissent se développer dans le tissu cellulaire sous-endocardique.
L'histoire de ces tumeurs est basée sur une série d'observations dues à Lorne, Curtis, Debove, Bamberger, Virchow, Berthenson, Alb. Robin. Leur symptomatologie, bien décrite dans la thèse de Petit (2), est assez variable. Tantôt rallection commence brusquement
(1) Laisney, htudesur le cancer du cœur. Th de doct., Paris, 1895.
(2) V. Petit, Élude sur les lunieurs priniiLives du cœur. Th. de doct. Paris. 1896
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par une embolie. D'autres fois, le début est insidieux, annoncé par de la dyspnée d'effort et des palpitations douloureuses, avec angoisses exagérées par le moindre mouvement. La tumeur oblitérant presque complètement rorifice auriculo-ventriculaire, ou s'insinuant partiellement dans cet orifice, détermine les signes physiques et surtout les conséquences du rétrécissement mitral avec ou sans insuffisance. Le cœur est généralement augmenté de volume; l'auscultation révèle des bruits assourdis ou un souffle systolique d'insuffisance mitrale. La rétrostase viscérale et l'œdème se montrent rapidement ; le pouls radial est petit, faible, quelquefois irrégulier, et le malade succomVje en asystolie au bout d'un temps plus ou moins long, à moins qu'il ne soit enlevé par une embolie.
Kystes hydatîqiies. — On peut observer des kystes hydatiques dans le myocarde comme dans les autres muscles; ils coïncident souvent avec des tumeurs de même nature dans d'autres organes. Mayet (1) a présenté à la Société anatomique l'observation d'un enfant âgé de sept ans, atteint de kystes hydaliques multiples du foie, et d'un kyste hydatique suppuré de l'extrémité inférieure du ventricule droit. Le kyste hydatique du cœur peut exister d'ailleurs à létal isolé, et constituer une trouvaille d'autopsie : Lehne (2) a trouvé un de ces kystes, gros comme une noix, dans la cloison interventriculaire d'un jeune homme de vingt et un ans, mort des suites d'un accident. C'est une affection exceptionnelle et dont le diagnostic clinique est à peu près impossible. Elle est le plus souvent latente ; d'autres fois elle se caractérise par des palpitations ou de l'arythmie ou encore des troubles dyspnéiques et de la cyanose. Cela dépend de l'importance et du siège du kyste. Son volume peut ne pas dépasser celui d'un grain de millet ou atteindre celui d'une orange; alors il fait saillie dans les cavités cardiaques et produit des accidents plus ou moins sérieux. Se rompant ou devenant libre, il détermine des embolies ou l'obturation d'un des orifices du cœur, d'où la mort subite ; celle-ci peut survenir en l'absence même de communication avec les cavités cardia(iues. A l'autopsie d'un homme tombé sans connaissance en causant et mort rapidement de syncope, Knaggs (3) a trouvé le cœur très augmenté de volume par suite de l'inclusion dans la paroi du ventricule gauche d'une masse de kystes non ouverts dans sa cavité. L'histoire des hydatides du cœur est basée sur un certain nombre d'observations dont les plus anciennes sont réunies dans un mémoire de Mosler (1883).
(1) Mayet, Soc. anal., janv. 1895, p. 50.
{2) H. Lehne, Ueber seltene Localisationen des uniloculUren Echinococcus bcim Menschen {Arch. fur klin. Chir., 1896, III, 3). (3) Knagos, Ilydatids of the heait [The Lancet, i janv. 1896).