SYNCOPE. — PRONOSTIC ET TRAITEMENT
Flourens, Cl. Bernard, qui ont montré que Pécrasement du ganglion semi-lunaire droit détermine l'arrêt du cœur; par celles de Goltz qui est arrivé au môme résultat en frappant le ventre de la grenouille avec le manche d'un scapel : cet observateur, constatant que le phénomène ne se produisait plus après section des nerfs vagues, a démontré que l'arrêt du cœur se faisait par l'intermédiaire du bulbe et des pneumogastriques. Les douleurs de la fausse angine de poitrine déterminent la syncope comme les douleurs viscérales : il s'agit plutôt de lipothymies prolongées, d'état syncopal que de syncope proprement dite.
Certaines manœuvres opératoires pratiquées sur l'anus et lulérus produisent la syncope par ce môme mécanisme de l'inhibition. Le simple toucher rectal détermine chez quelques sujetsimpressionnables un malaise lipothymique. La syncope complète a été signalée dans l'opération de la fissure à l'anus par la dilatation forcée, quand l'anesthésie chloroformique était insuffisante. Le toucher vaginal semble également pouvoir provoquer la syncope et la mort subite, ainsi qu'il résulte de quelques faits rapportés par P. Brouardel ; elle a été plutôt observée à l'occasion d'injections intra-utérines faites après l'accouchement, comme conséquence de la pénétration du liquide injecté dans les sinus utérins.
La grossesse et V accouchement peuvent être troublés ou se terminer malheureusement par des syncopes dont les causes sont diverses. La mort subite, pendant la grossesse, est la conséquence de la rupture de l'utérus ou d'une grossesse extra-utérine, de l'anémie par hémorragies répétées dans l'insertion vicieuse du placenta (Maygrier). Pendant l'accouchement, on a pu incriminer, comme cause de syncope mortelle, les hémorragies abondantes, les douleurs excessives, la rupture de l'utérus, les manœuvres obstétricales prolongées, enfin divers accidents, non directement imputables à la grossesse, tels que l'embolie pulmonaire surtout à redouter pendant les suites de couches (Vinay).
PRONOSTIC ET TRAITEMENT. — Le pronostic et le traitement sont subordonnés à l'étiologie. Il n'est pas besoin d'insister sur la gravité de la syncope par lésions du cœur, mais encore faut-il distinguer entre celles qui sont irrémédiables, telles que la rupture ou la coronarite oblitérante, et les altérations moins fatales, qui ne font que préparer cet accident et le rendre redoutable, telles que la myocardite aiguë infectieuse et la surcharge graisseuse. On le peut éviter dans le cœur faible des fièvres en tenant le malade dans la position horizontale, lui interdisant tout effort, et le soumettant à un traitement tonique et stimulant dont les injections sous-cutanées de caféine, d'huile camphrée, de sérum artificiel sont la base. On supprimera toute cause de douleur ou d'émotion, pour prévenir la lipo-
Ihymie par inhibition. Celte dernière précaution est essentielle chez les malades atteints de cœur gras. La thoracentèse, d'ailleurs nécessaire dans les épanchements pleurétiques des cardiaques pour éviter la mort subite, sera faite chez eux avec les plus grandes précautions, en raison de la syncope qu'elle peut elle-même déterminer : le malade sera couché sur le côté et non assis pour la ponction de la plèvre, et, s'il est impressionnable ou sensible, cette petite opération sera précédée de l'anesthésie de la peau à l'aide des pulvérisations d'éther ou de chlorure d'éthyle.
Le traitement de la syncope est surtout prophylactique et, dans bien des cas, on la peut empocher, en supprimant les chocs physiques et moraux capables de déterminer rinhibilion : émotions et appréhensions, douleur, irritation des régions laryngée, épigastrique, génitale ou rectale. On préviendra la syncope initiale de la chlorolormisation, en procédant doucement, goutte à goutte, et recommandant au malade de respirer par la bouche plus que par le nez; on évitera la syncope tardive en interrompant l'anesthésie dès les premières modifications du rythme respiratoire, généralement associées à la cyanose de la face, et en réveillant les mouvements de la respiration par la llagellation, les injections sous-cutanées d'éther, les tractions rythmées de la langue. La syncope par anémie et surtout la syncope post-liémorragique doit être combattue par le décubitus horizontal, la tèlc basse, et l'usage des injections sous-cutanées et même intraveineuses de sérum artificiel qui ramènent à la vie des malades en état de mort apparente. Les inhalations de nitrite d'amyle, recommandées par Huchard, Giraudeau (1), donnent parfois de bons résultats dans la syncope par ischémie cérébrale, et particulièrement dans celle qui résulte du pouls lent permanent.
Le traitement curalif de la syncope, à part la syncope post-hémorragique, qui comporte des indications particulières, peut être ainsi résumé : Décubitus horizontal immédiat, flagellations, tractions rythmées de la langue (Laborde), respiration artificielle, injections sous-cutanées d'éther et de caféine, et, dès que cela est possible, ingestion de quelques cuillerées d'un liquide cordial. Celle-ci suffit, associée à la position horizontale, à l'inhalation d'éther ou d'acide acétique, à la rélrigéiation de la face, et surtout à l'action morale du médecin et de l'entourage, pour faire cesser la simple lipothymie; mais pour peu qu'elle persiste, les injections sous-culanées stimulantes deviennent nécessaires.
(1) GiuAUDEAU, Traite- de thcrapeuLiquc appli(iiicc, fasc. XI, p, 193