MALADIES DES VEINES
PAR
F. WIDAL
Proresseur agrégé à la Faculté de Paris, Médecin de la Maison municipale de santé,
ET
F. BEZANÇON Chef de laboratoire à la Faculté de Paris.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES PRÉLIMINAIRES. — Les maladies générales des veines, les seules que nous ayons à étudier, relèvent surtout du grand facteur étiologique qui domine aujourd'hui toute la pathologie, l'infection.
La distinction, naguère admise encore, entre la phlébite simple et la phlébite infectieuse n'a plus sa raison d'être aujourd'hui. Comme l'a montré l'un de nous (1), à propos de la phlegmalia alba dolens des accouchées, l'existence de symptômes non douteux d'infection dans la période intercalaire qui s'étend depuis le moment de l'accouchement jusqu'au jour d'apparition de la phlébite, la présence dans les parois de la veine malade et dans les caillots de nombreux streptocoques, tout prouve que celle phlegmatia, l'ancienne phlébite simple, n'est en réalité qu'une des modalités si diverses de linfeclion puerpérale, un petit accident de la puerpéralité. Il en est de même, comme depuis l'a montré M. Vaquez (2), des prétendues thromboses marastiques, qui ne sont que le résultat delà localisation sur la paroi veineuse d'une infection atténuée.
L'infection du système veineux est tantôt primitive, tantôt secondaire à une infection cutanée ou muqueuse.
L'infection primitive résulte d'une plaie seplique de la veine qui devient alors la première étape de l'infection; ce mode d'infection, qui supprime tous les moyens de défense qu'oppose aux microorganismes le tissu cellulaire de la peau et des muqueuses, est un
(1) F. Wir>AL, Étude sur l'infection puerpérale, la phlegmatia alba dolens et l'érysipèle. Th. Paris, 1889.
(2) Vaquez, De la thrombose cachectique. Th. Paris, 1890.
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facteur de haute gravité. Il est comparable par sa brutalité d'action aux inoculations expérimentales de microbes dans les veines, qui sont en général beaucoup plus actives que les inoculations souscutanées.
Le traumatisme n'est pas la seule cause de ces phlébites septiques primitives, la délivrance détermine de même chez les accouchées une véritable plaie veineuse au niveau des sinus utérins; que la cavité utérine soit alors infectée, l'infection veineuse se produira comme dans la phlébite Iraumatique. Les coupes de l'utérus montrent, comme l'a vu l'un de nous, les parois veineuses gorgées de streptocoques. Ces infections primitives des veines sont les causes les plus ordinaires de l'infection purulente. Du foyer initial de phlébite, qui aboutit d'ordinaire rapidement à la suppuration, se détachent soit des micro-organismes, soit des parcelles de pus, qui vont apporter dans le poumon, puis dans le système artériel et dans les viscères, des embolies septiques. La phlébite infectieuse est en même temps infectante, au môme litre que l'endocardite ulcéro-végétante.
L'infection secondaire du système veineux résulte d'une infection primitivement localisée à la peau ou à une surface muqueuse ; c'est une infection à dislance. Certains microbes ont une tendance particulière à envahir le système vasculaire, tandis que d'autres restent cantonnés dans le système lymphatique. Un même microbe peut d'ailleurs, selon son degré de virulence, ou selon le terrain sur lequel il évolue, déterminer l'une ou l'autre de ces modalités. C'est ainsi que le streptocoque, fixé à un certain degré de virulence (érysipèle), reste cantonné dans les voies lymphatiques, et ne pénètre qu'exceptionnellement dans la circulation sanguine, tandis que plus virulent il donne rapidement naissance à des septicémies. Le bacille de la tuberculose inoculé au cobaye reste longtemps localisé au système lymphatique; inoculé au lapin, il tend plutôt à envahir le système veineux (Arloing).
En cas d'infection générale, les microbes se localisent beaucoup plus souvent sur les veines que sur les artères. Ce fait tient aux conditions dans lesquelles s'effectue la circulation veineuse, à la lenteur du cours du sang, à l'existence sur le trajet des veines de valvules qui, comme les valvules du cœur, servent de point d'arrêt aux microbes charriés par le sang. Certains segments du système veineux sont particulièrement exposés : les sinus crâniens chez l'enfant nouveau-né qui reste dans le décubitus dorsal, la veine fémorale chez l'adulte. Ces points sont en effet, selon l'expression de M. Lancereaux, les points morts de la circulation; l'action de la visa tergo y est en partie épuisée, et d'autre part, l'action de l'aspiration thoracique, si utile pour la circulation des parties supérieures du corps, est nulle à ce niveau.
D'autres causes interviennent encore pour faciliter la localisation