TECHNIQUE ET SPECTROSCOPIE
La technique comprend la (Jc.;criplion de toute une série de moyens permettant d'étudier les dilïérents caractères du sang. Quel que soit leur intérêt, il est impossible d'en faire ici une description générale. Mieux vaut laisser de côté la plupart des recherches concernant les états physiques et l'état chimique, et nous en tenir à l'exposé des procédés cliniques, aux examens histologique, bactériologique et spectroscopique.
ÉLÉMENTS FIGURÉS. — Le microscope permet d'apprécier la qualité et la quantité des éléments figurés, normaux et anormaux, du sang.
Pour l'étude des globules rouges, des globules blancs et des hématoblasles,il existe trois procédés principaux : la préparation de sang pur ou frais, la préparation de sang sec, la numération. Si l'on veut examiner les mouvements amœboïdcs, il est nécessaire d'employer des appareils spéciaux, maintenant à un certain degré la température à laquelle se trouve exposée la préparation.
Préparation de sang- frais. — Le procédé simple, qui consiste
Fig. 36. — Préparation de sang frais normal. — Les globules rouges forment des piles de monnaie disposées irrégulièrement. Dans les espaces plasmatiqucs se trouvent des amas hématoblastiques, d'où rayonne un fin réticulum fibrineux.
à déposer une goutte de sang sur une lame et à la recouvrir d'une lamelle, ne peut être recommandé. 11 est préférable de se servir de la celhile à rigole.
Elle se compose d'un petit disque plan, de 3 à 4 millimètres, séparé du reste de la lame par une rigole circulaire. Son niveau est
un peu inférieur à celui de la lame, si bien que la lamelle, une fois placée, repose uniquement sur la lame. L'espace libre entre la (ace inférieure de la lamelle et la surface du disque permet à la goutte de sang de s'étaler en couche mince et d'être à l'abri de l'air. Avant de faire la préparation, on enduit le pourtour de la rigole d'un peu de vaseline, de manière à obtenir l'adhérence de la lamelle.
Cette préparation, facile et rapide, donne des renseignements d'une grande valeur diagnostique. Elle permet d'évaluer le nombre respectif des éléments figurés, de constater leurs altérations morphologiques (forme, volume, pigmentation), d'apprécier la viscosité des hématies et l'importance du réticulum fibrineux, et de dire, dans certains cas, si l'on a affaire à une maladie phlegmasique ou pyrétique, à une leucocytofc ou à la leucémie, etc., de déceler une inflammation méconnue, une suppuration cachée, de découvrir les pseudo-parasites et les vrais parasites d'un certain volume (filaire, hématozoaire, spirille), et les cellules étrangères au sang.
On devrait recourir à cet examen beaucoup plus souvent qu'on ne le fait encore aujourd'hui.
Préparation de sang- sec. — Sur une lame bien plane, on recueille directement une goutte de sang, qu'on étale d'un seul coup avec une baguette de verre bien calibrée. On agite alors fortement la lame et, dès que la dessiccation est obtenue, on la couvre d'une lamelle, destinée à protéger la préparation et maintenue aux quatre angles par une gouttelette de paraffine.
Les éléments, d'autant plus séparés que l'étalement a été plus complet, conservent leur forme normale. Toutefois, les globules blancs sont un peu aplatis et élargis. Les hémaloblastes sont en plus grand nombre au point où la goutte de sang a été déposée.
Il est inutile d'insister sur le parti qu'on peut tirer d'une telle préparation au point de vue de la morphologie cellulaire.
Fixation. — Le temps est le meilleur fixateur. En pratique, on se sert le plus souvent des vapeurs d'acide osmique et de la chaleur sèche. Dans le premier cas, on expose les préparations, face renversée, pendant dix à vingt secondes, aux vapeurs d'une solution d'acide osmique à 1 p. 100. Dans le second, on les met à l'étuve sèche pendant dix à douze heures, à une température de 110 à 130 degrés (Ehrlich). On a également conseillé le sublimé en solution saturée, la solution d'acide chromique à 1 p. 100 (Malassez), qui agit instantanément, enfin l'alcool au tiers (Nikiforoff et Gabrilscheswsky). Ce dernier liquide détruit les globules rouges : c'est tantôt un avantage, tantôt un inconvénient.
Coloration. — Les préparations séchées et fixées peuvent être colorées.
Les hématies prennent les couleurs acides, spécialement l'éosine
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pour laquelle ils ont une véritable affinité élective. L'eau iodo-iodurée se colore également bien, à condition que la solution ait une certaine concentration ; dans le cas contraire, il y a dissolution et précipitation de riiémoglobine.
Les hematoblastes se colorent très difficilement, contrairement aux micro-organismes avec lesquels ils pourraient être parfois confondus.
Pour l'examen des leucocytes, on peut employer l'éosine comme colorant du protoplasma, et, comme colorant nucléaire, l'hématoxyline nouvelle de Ranvier, l'hémaléine, le bleu de méthylène, la thionine, etc. On peut également se servir du mélange acidophile d'Ehrlich, recommandé pour la coloration des cellules éosinophiles(<x). Ce mélange consiste en aurantia, induline, éosine, de chacune deux parties, avec trente parties de glycérine.
Les granulations basopliiles sont mises en évidence avec les couleurs basiques d'aniline, dont on se sert pour la coloration des bactéries (bleu de méthylène, violet de gentiane, fuchsine, etc.). Les granulations basophiles y sont plus grosses, les granulations S sont plus fines. Pour colorer les granulations neutropliiles, on peut employer le mélange triacide d'Ehrlich (1).
Numération. — La numération des éléments figurés se fait à l'aide d'un liquide de dilution, qui doit réunir deux qualités : conserver les éléments, les disperser d'une façon uniforme. Bien des liquides ont été proposés. On a préconisé l'acide osmique à 1 p. 100 (Mosso), le phosphate de soude neutre à 2 p. 100 (Mayet), le sulfate de magnésie à 5 p. 100 (Gràber), une solution déterminée de sublimé, de sulfate de soude et de chlorure de sodium (2) (Hayem).
En se servant du liquide A de M. Hayem, on pourra voir, dans certains cas pathologiques, les plaques phlegmasiques ou cachectiques.
Rien n'est plus simple que de numérer les globules blancs dans ce liquide. M. Toison a cependant recommandé une solution de
(1) Voici la formule communiquée à Reinbach (1894) :
Orange G, solution saturée aqueuse 120 grammes.
Fuchsine nqucuse 80 —
Vert de méthyle 100 —
Eau distillée 3oo —
Alcool absolu 180 —
Glycérine 5o —
Ne pas agiter le mélange et puiser chaque fois ce qu'il faut avec une pipette plongée dans la couche superficielle.
(2) La solution suivante est recommandée par M. Hayem pour la numération des globules romjes et blancs (liquide A) :
Bichlorure d'hydrargyre 5o centigr.
Chlorure de sodium 1 gramme.
Sulfate de soude 5 grammes.
Eau distillée 200 —
violet de méthyle composée (l) pour oblcnirla coloralion des noyaux.
Quant au dénombrement des hématoblastes, il doit être fait avec le sérum iodé, le sérum amniotique ou l'urine diabétique additionnée de 5 p. 100 d'eau oxygénée.
Pour la numération on se sert d'un hématimètre.
L'appareil de MM. Ilayem et Nacliet est com|)Osé : 1° d'une petite eprouvette de 2 centimètres; 2° d'un agitateur; 3" de deux pipettes, l'une de fort calibre, servant à mettre dans l'éprouvette le sérum artificiel (en général 1/2 centimètre cube), l'autre destinée à recueillir le sang (2 millimètres cubes pour le mélange); 4° d'une cellule de 1/5 de millimètre de hauteur, sur laquelle on dépose une forte goutte de sang dilué qu'on recouvre ensuite d'une lamelle ; 5° d'une platine spéciale avec micromètre objectif projetant sur le fond de la cellule un carré de 1/5 de millimètre de côté. On compte ainsi les éléments contenus dans un cube (dont deux dimensions sont projetées) de 1/5 de millimètre. Le titre du mélange est tel, qu'on multiplie par 31000 la moyenne obtenue par plusieurs numérations.
Il est parfois nécessaire de compter la proportion relative des différentes variétés de globules blancs. M. Jolly, qui, sur les conseils de M. Malassez, a repris cette étude, a indiqué les précautions à prendre pour avoir un dénombrement exact.
Le sang doit être régulièrement étalé au moyen du dos d'une lame rodée, desséché rapidement par agitation, fixé soit par l'alcool au tiers si l'on ne veut pas conserver les globules rouges, soit, dans le cas contraire, par les vapeurs d"acide osmique ou parle passage rapide dans une solution d'acide chromique à ) p. 100 (Malassez). Après coloration, on porte la préparation sur la platine mobile du microscope, et, pour le dénombrement, on choisit de préférence, au milieu de la préparation, une bande verticale ou horizontale, qui en occupe toute l'étendue. Pour avoir des points de repère, on se sert tantôt d'un oculaire quadrillé, tantôt d'une lamelle de verre quadrillée, qu'on lute sur la lame au moyen de gouttelettes de paraffine. Combien de globules blancs doit-on passer en revue? 300, quand on ne veut faire que deux catégories (mono et polynucléaires), et 400, quand on divise les leucocytes en trois catégories (petits et grands mononucléaires et polynucléaires, sans tenir compte des éosinophiles). On obtient ainsi des résultats très voisins de la vérité, avec des erreurs maxima de 4 p. 100 environ en plus ou en moins (Jolly) (2).
(1) Violet de iii6lhy]c 6B a5 contisr.
Cliloiurc (le sodium i giMinine.
Sulfate de soude pur 8 grammes.
Glycérine neutre 3o ccnlim. cubes.
Eau distillée 160
(2) Joi.i.Y, Sur la miincration des dill'éreuLos variélcs de globules blancs {.\rch. de méd. expér., IS'JU, p. 510).