CAILLOT ET SÉRUM
CHROMOMÉTRIE. — L'hémoglobine joue un rôle trop important pour qu'on puisse se borner à un simple examen numérique des hématies, quand on veut apprécier les éléments à leur juste valeur.
Pour doser l'hémoglobine, on peut se servir soit de ses propriétés tinctoriales, soit de ses propriétés optiques (voir Examen spectroscopique).
L'appareil chromométrique de M. Hayem se compose : 1» d'une double cellule de verre en forme de réservoir, dans laquelle on met d'un côté de l'eau pure, de l'autre une solution de sang à titre connu ; 2° d'un cahier contenant des rondelles coloriées de plus en plus foncées, qu'on fait passer sous le réservoir contenant de l'eau.
Pourvu que la solution de sang ne soit ni trop faible ni trop forte par rapport aux rondelles coloriées (ce qu'il est facile de corriger en élevant ou en abaissant le titre de la solution), on trouve, à un moment donné, qu'une des teintes vues à travers l'eau pure est équivalente à celle de la solution sanguine. Sachant ce que représente en hématies, ayant une valeur normale en hémoglobine (0,90 à 1), chaque rondelle coloriée, il est facile d'apprécier ce que vaut en hématies normales le millimètre cube de sang.
En divisant ce chiffre R par le nombre des globules rouges N, on obtient la valeur globulaire G, soit la richesse d'un globule G en hémoglobine.
L'hémochromomèlre de ^L Malassez est basé sur ce principe qu'un mélange de carminate d'ammoniaque et d'acide picrique imite très exactement la couleur de l'oxyhémoglobine. En déterminant une fois pour toutes la quantité d'oxyhémoglobine qui se trouve par centimètre cube dans un sang dont la couleur correspond exactement pour une épaisseur donnée, au type de l'étalon de picrocarminate, celui-ci pourra servir ensuite de mesure aux diflerents échantillons de sang auxquels il sera comparé. La richesse en hémoglobine est exprimée en quantités absolues, en pour cent du sang.
CAILLOT ET SÉRUM. — L'examen du caillot et du sérum, qui, en clinique, jouissait autrefois d'une si grande faveur, avait subi le sort de la saignée, lorsqu'en 1885, au congrès de Grenoble, M. Hayem en montra toute la valeur. Depuis il n'a pas cessé de s'y intéresser, et c'est sous son inspiration qu'a été faite la thèse de M. Lenoble (1).
Il existe trois procédés : 1° la saignée, qui a l'avantage de fournir une grande quantité de sang, mais à laquelle on ne peut guère recourir que dans un but thérapeutique ; 2° la ponction aseptique de la veine avec une aiguille capillaire, qui permet de recueillir une certaine quantité de sang dans une éprouvette stérilisée ; 3° la piqûre du doigt, qui, faite dans de bonnes conditions, est ordinai-
(1) Lexoole, Caractères sémciologiques du caillot et du sérum, thèse, Paris, 1898.
remenl suffisante. Elle a du reste l'avantage d'être toujours acceptée des malades et de permettre d'apprécier la facilité de l'écoulement (1).
Le membre sera placé dans une position déclive. Les précautions habituelles étant prises pour la piqûre du doigt, on recueille le sang dans une petite éprouvette de 3 à 4 centimètres cubes, propre et sèche (2). Le sang doit tomber goutte à goutte directement dans le fond du vase ; au besoin, l'on hâte un peu l'écoulement en faisant des pressions sur les parties latérales du doigt. L'éprouvette ne doit pas être complètement remplie. L'opération terminée (deux à quinze minutes), on la couvre avec un verre rodé et on la place dans un endroit frais.
Quand on veut apprécier la coagiilabililé, on note le temps qui s'écoule entre le moment où la première goutte de sang est tombée et celui où, le sang étant pris en masse, on peut renverser l'éprouvette sans danger.
Un simple coup d'oeil permettra de juger de la non-rétraclililé ou de la redissolution du caillot et de certains caractères du sérum, tels que son abondance, sa couleur, sa transparence, etc.
Mais, pour certaines recherches, il est indispensable de le déposer dans un nouveau vase. Pour cela, on se sert d'une pipette et on prend bien soin de ne pas aspirer la partie inférieure, où se trouve souvent un dépôt rougeâtre d'hématies libres. Du reste, par le repos, les éléments qui ont été entraînés tombent au fond du liquide transvasé.
On pourra faire ainsi Vexamen speclroscopique et rechercher, s'il en est besoin, la réaction de Gmelin. Cette dernière seule permet de différencier les pigments biliaires des pigments modifiés.
Quand on a peu de sérum, M. Hayem recommande de procéder de la manière suivante. On place, à l'aide d'une pipette, un peu d'acide nitrique nitreux au fond d'une petite éprouvette (2 à 3 millimètres de diamètre); puis, avec une autre pipette, on y dépose, sans agiter, quelques gouttes de sérum. A la limite de séparation des deux liquides, l'albumine du sérum se coagule et peu à peu celui-ci se prend en masse. Trois ou dix minutes après, la réaction de Gmelin apparaît à la partie inférieure du caillot, qui de jaune devient bleuâtre, avec reflet verdâtre.
Il serait facile également de rechercher Valcalinilé du sérum par le procédé de Drouin, le poids spécifique par celui de Schmaltz, car tous deux exigent une très faible quantité de liquide.
Pour mettre en évidence l'excès d'acide uriciue dansle sérum ou la sérosité(vésicatoire)des goutteux, on se sert du/?roc^(y^c/a///(Garrod).
Dans ce but, on dépose 5 centimètres cubes environ de sérum frais dans un verre de montre de grand diamètre. On ajoute quel-
(1) L'emploi des ventouses scarifiées est un mauvais procédé.
(2) L'éprouvette sera jiassée dans la lessive de soude (iO p. 100), puis lavée h grande eau cl séchée à l'élhcr et à la llaninic.