‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 4)Chapitre 106 sur 205 · RUPTURES DE LA RATE · texte numérisé non relu

RUPTURES DE LA RATE

Les ruptures de la rate on déchirures de la capsule et du parenchyme spléniques, s'observent dans les conditions les plus diverses : tantôt elles sont d'origine traumatique (chute d'un lieu élevé, commotion violente), tantôt elles sont pour ainsi dire spontanées, survenant à la suite d'une cause légère (effort musculaire, quintes de toux et d'éternuement, palpation de l'organe). La rate saine est rarement le siège d'un pareil accident; pour qu'il se produise il faut que le parenchyme splénique soit modifié dans sa constitution histologique, ainsi que cela s'observe dans les diverses hypertrophies, les dégénérescences, les infarcti, les suppurations.

Rare en France, la déchirure de la rate s'observe beaucoup plus fréquemment dans les régions tropicales où la malaria est habituelle.

On l'a signalée à la suite des efforts de l'accouchement.

Les ruptures sont simples ou multiples, superficielles ou profondes ; elles varient d'étendue : tantôt on trouve une simple fissure, une crevasse, tantôt une perte de substance plus étendue qui est en partie obturée par un caillot sanguin. La rate peut être complètement divisée en 3, 4 ou 6 morceaux, il y a un véritable éclatement de l'organe. Il existe un épanchement sanguin d'abondance variable dans le péritoine; cet épanchement peut être diffus ou, au contraire, localisé,

l'hémorragie restant dans ce cas limitée au voisinage de la rate par des adhérences dues à des poussées anciennes de périsplénite.

La rupture de la rate s'observe plus particulièrement chez les paludéens cachectiques présentant une sphénomégalie très marquée : les symptômes, comme le fait remarquer Catrin, sont très variables •selon les formes. Celles-ci sont au nombre de quatre : forme foudroyante, rapide, subaiguë, latente.

La forme foudroyante est de beaucoup la plus fréquente : il survient tout à coup une douleur extrêmement vive, circonscrite ou s'étendant à l'abdomen, à l'épigastre. Le malade peut alors mourir avec une telle rapidité que l'hémorragie ne saurait à elle seule expliquer cette brusquerie de la mort, et qu'il faut invoquer un phénomène réflexe, une lésion du plexus splénique.

Mais la vie peut se prolonger quelques instants et alors se déroule le tableau symptomatique des grandes hémorragies viscérales : pâleur de la face, refroidissement des extrémités, angoisse, sueurs froides, visqueuses, pouls petit, fréquent, mort par syncope.

Parfois on trouvera une teinte ecchymotique limitée à l'abdomen et aux lombes.

Dans ces cas le diagnostic ne peut être fait que si l'on connaît les antécédents du malade, et encore avec quelle circonspection devrat-on formuler ce diagnostic, car une rupture du foie, des veines, de la rate, etc., produira le même tableau clinique.

Dans la forme rapide, on a vu la vie se prolonger cinq à six jours ; ce sont alors des symptômes de péritonite qui se manifestent : la douleur, localisée d'abord, s'étend peu à peu à tout l'abdomen ; des vomissements bilieux surviennent, le faciès hippocratique, le pouls petit, etc.

Mais encore ici la mort peut survenir sans symptômes de péritonite.

Dans la forme subaiguë, tous les signes sont peu accentués, la douleur est le plus important, mais elle peut manquer; on croit parfois à la guérison et la mort survient au bout de quelques jours.

D'après Gatteloup, il faudrait admettre une quatrième forme, dite latente : ce serait la rupture sèche. Certains auteurs affirment en effet avoir trouvé sur la rate des cicatrices indiquant des ruptures antérieures, qui, paraît-il, se répareraient assez rapidement. Dans ces cas, l'enveloppe seule céderait, et la rupture étant de petite dimensions, les adhérences suffiraient pour arrêter l'hémorragie. (Catrin.)

Il est toujours très difficile de faire le diagnostic d'une rupture de la rate ; les deux éléments les plus importants, en présence des symptômes d'une hémorragie interne, seront la douleur vive localisée à la région splénique et la connaissance des antécédents morbides du sujet

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