RATE MOBILE
Vectopie splènique (rate mobile) est relativement rare ; on l'observe plus communément chez la femme que chez l'homme, surtout chez les femmes * qui ont eu plusieurs grossesses ou qui ont beaucoup maigri. Elle peut exister seule ou être accompagnée d'autres ptôses viscérales, en particulier de la ptôse rénale. A côté des déplacements de la rate saine, on doit signaler ceux de la rate hypertrophiée, quelle que soit d'ailleurs la cause de l'hypertrophie (paludisme, cirrhose, etc.).
L'ectopie rénale est plus ou moins marquée : tantôt la rate descend de quelques centimètres seulement au-dessous du rebord des fausses côtes ; tantôt, véritablement flottante, elle occupe les différentes régions de l'abdomen. On la retrouve alors soit dans la région ombilicale, soit dans l'une ou l'autre des fosses iliaques, soit enfin dans l'excavation pelvienne. La laxité des ligaments est parfois telle que l'organe se déplace dans les différentes attitudes du corps et qu'on peut, avec les mains, lui imprimer des mouvements plus ou moins étendus. D'autres fois la rate déplacée se trouve fixée par des adhérences dans la situation nouvelle qu'elle occupe.
En dehors du déplacement brusque, véritable luxation de l'organe, qui se caractérise par un ensemble symptomatique tout particulier, la rate mobile existe à l'insu du malade. Elle peut déterminer cependant des troubles variables, des douleurs plus ou moins vives occupant l'hypocondre gauche et s'irradiant souvent vers l'épaule, des tiraillements, des sensations de pesanteur, des troubles digestifs.
Elle peut môme être la cause d'un certain nombre d'accidents dont quelques-uns sont capables d'entraîner la mort. On doit signaler en particulier les poussées de péritonite aiguë dues à la torsion du pédicule, des poussées de péritonites chroniques à répétition avec formation d'adhérences, et l'étranglement interne par compression de l'intestin.
Souvent néanmoins le déplacement splènique qui ne s'était traduit par aucun symptôme fonctionnel est reconnu par un examen méthodique de l'abdomen. Cet examen permet de reconnaître l'existence d'une tumeur qui a parfois conservé la forme, le volume et la consistance de la rate. On peut quelquefois sentir le ligament gastrosplénique qui forme une corde plus ou moins allongée. Si on constate en même temps que l'existence de cette tumeur, la disparition de la matité dans la région splènique, on peut songer au déplacement de la rate.
Si l'organe hypertrophié est modifié dans sa forme et sa consistance, il revêt tous les caractères d'une tumeur de l'abdomen; toutes les erreurs de diagnostic sont alors possibles. La rate mobile pourra être
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en effet confondue avec l'utérus en état de gestation, avec les tumeurs des ovaires, du rein, de l'épiploon, etc. Au moment de formuler un diagnostic précis, le médecin devra toujours se souvenir de la possibilité de déplacement de la rate saine ou hypertrophiée.
Parmi les accidents curieux qui peuvent accompagner la splénoptose nous devons signaler la torsion du ligament gastro-splénique, qui aboutit soit à une interruption de la circulation, soit à une rupture : la rate séparée des vaisseaux nourriciers finirait par s'atrophier.
PÉRISPLÉJVITE.
La membrane d'enveloppe, ou capsule de Glisson, participe aux modifications anatomiques du parenchyme splénique observées dans les maladies infectieuses aiguës ou chroniques. Nous avons déjà signalé les épaississements étendus ou localisés et en particulier les plaques opaques et blanchâtres qu'elle présente, comparables aux plaques laiteuses du péricarde. Elles sont formées par des stratifications conjonctives plus ou moins épaisses pouvant atteindre la consistance du cartilage et pouvant subir une véritable calcification.
Le péritoine voisin peut être intéressé à son tour dans une étendue plus ou moins grande : les ligaments phréno- et pancréatico-spléniques, l'épiploon gastro-splénique sont plus ou moins irrités. Il se forme des adhérences plus ou moins étendues, tantôt lâches, tantôt serrées entre la rate et les divers organes. Dans leur épaisseur peuvent se former des hémorragies, des suppurations et même des kystes.
Le développement de ces adhérences explique quelques-uns des phénomènes observés dans les splénomégalies aiguës ou chroniques (tiraillements, douleurs localisées, douleurs irradiées, etc.).
Parfois il se forme autour de la rate une suppuration en nappe, véritable phlegmon périsplénique comparable au phlegmon périnéphrétique.
Cette complication, d'origine splénique ou d'origine capsulaire, a été observée dans le paludisme, le typhus, la fièvre typhoïde, la fièvre puerpérale, l'endocardite infectieuse. Elle est rare, mais elle devait être signalée ; elle permet en effet de comprendre la pathogénie de certaines suppurations profondes de l'abdomen dont la cause échappe si souvent aux observateurs.