CONGESTION PASSIVE DES REINS
valvules dans les vaisseaux efférents, les injections poussées par les veines pénétraient mal les glomérules, tandis que ceux-ci s'injectaient très facilement par les artères.
Toutes ces expériences classiques nous font prévoir quelles répercussions pourront avoir sur la fonction et l'état du rein les troubles circulatoires graves et prolongés des cardiaques asystoliques. La congestion passive du rein, simple effet d'abord chez eux, ne tarde pas à devenir cause à son tour, et retentit sur l'évolution ultérieure de la cardiopathie.
De même qu'on a expérimentalement lié les veines rénales, on a pu, dans quelques cas cliniques, observer la thrombose des veines rénales chez des enfants morts d'athrepsie (Parrot et Hutinel). Les reins sont tuméfiés, lourds, bosselés, durs et comme élastiques, semés à leur surface de taches lie de vin foncée. Les pyramides sont rouge noir, l'écorce jaune feuille-morte avec stries violacées. Au microscope, légère stéatose tubulaire, congestion intense des vaisseaux, hémorragies interstitielles et intra-tubulaires. Peacock, Delaruelle, Leudet, Bamberger, ont cité également des cas de thrombose de la veine cave inférieure et des rénales, avec rein cyanotique. Luschka (1) a vu la lésion rénale se développer à la suite de la stase veineuse produite par une tumeur qui obstruait la veine cave inférieure à son embouchure dans l'oreillette droite. J'ai observé un cas du même genre chez un malade atteint de mal de Pott : un abcès par congestion, situé directement en arrière du cœur, comprimait l'oreillette droite, d'où stase généralisée dans le système veineux et induration cyanotique des reins.
Mêmes lésions après la ligature expérimentale des veines rénales, mais de plus, si l'on obtient chez l'animal une survie de quelques jours ou de quelques semaines, comme l'ont fait Buchwald et Litten (2), on voit le rein diminuer de volume, puis s'atrophier, sans sclérose, se calcifier par places, aboutir à la destruction nécrobiotique presque complète du parenchyme.
Les ligatures expérimentales incomplètes de la veine rénale (3) ont montré à un moindre degré les mêmes lésions : congestion extrême et diffuse des capillaires et des veines, très nombreux cylindres dans les tubuli, stéatose basale des épithéliums tubulaires ; plus tard régression nucléaire et amoindrissement des tubes contournés, épaississement considérable du tissu conjonctif interstitiel, périartérite, veines élargies mais non sclérosées.
Les analogies sont grandes, nous le verrons, entre ces lésions et
(1) Luschka, Virchoiv's Archiv, t. LVI, 1872, p. 176.
(2) Buchwald et Litten, Virchow's Archiv, 1876, t. LXVI, p. 135.
(3) Germont, Contribution à l'étude expérimentale des néphrites. Th. de Paris,
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celles qui caractérisent le rein cardiaque, bien que le processus causal ne soit pas le même. « Ce qui différenciera toujours les lésions du rein dans les maladies du cœur de ce qu'elles sont dans les expériences, c'est que, dans le premier cas, il y a ralentissement du cours du sang ou stase, mais nullement oblitération progressive de la veine. » (1)
DÉFINITION. — Que doit-on entendre par rein cardiaque ? La définition la plus récente, donnée par R. Fauquez (2), est très restrictive, en ce sens que, d'après cet auteur, le rein cardiaque « est un rein sain primitivement, n'ayant subi antérieurement l'atteinte d'aucune maladie infectieuse ». C'est peut-être beaucoup demander, plus, en tout cas, qu'on ne peut le plus souvent démontrer. Nous ne sommes jamais assurés de l'intégrité antécédente totale du rein ; même en l'absence d'infection préalable à détermination rénale, combien de reins ne voyons-nous pas touchés, et gravement, par la simple élimination continue des déchets d'une vie cellulaire viciée? C'est à l'occasion d'une cardiopathie, au cours de celle-ci, que nous découvrons une affection rénale dont l'évolution, les progrès, nous paraissent subordonnés à la maladie de cœur. Ce sont là les deux termes de la définition : antériorité de la cardiopathie, et action directement causale sur le rein. Mais on ne peut guère prouver que par présomptions l'intégrité préalable complète du rein, ni éliminer du cadre du rein cardiaque tout cas où l'histoire antérieure du malade montrera l'existence d'une tare rénale possible, infectieuse ou trophique.
ÉTIOLOGIE. — Ce n'est pas à l'affection cardiaque elle-même, en tant que lésion organique, qu'est subordonné le rein cardiaque, mais bien aux troubles circulatoires provoqués parla cardiopathie. Il y a donc parallélisme entre la pathogénie des états asystoliques et hyposystoliques et celle du rein cardiaque, d'où la fréquence très différente de cette complication rénale au cours des diverses affections valvulaires du cœur.
Le rein cardiaque est rare dans l'insuffisance aortique, plus commun déjà dans le rétrécissement aortique, très fréquent surtout dans les insuffisances et sténoses de la mitrale et de la tricuspide.
La cause classique c'est la maladie mitrale, avec double lésion de l'orifice auriculo-ventriculaire gauche. Puis viennent les asystolies par myocardite scléreuse, par surcharge graisseuse du cœur, par symphyse du péricarde, par cœur forcé ; les dilatations et insuffisancestricuspidiennes, par affections chroniques broncho-pulmonaires
(1) Cornil et Brault, Études sur la path. du rein, 1884, p. 131.
(2) R. Fauquez, Contrib. à l'étude du rein cardiaque. Th. de Paris, 1897. Travail très complet, et donnant bien la littérature actuelle du sujet.