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CONGESTION PASSIVE DES REINS. — SYMPTOMES

SYMPTOMES ET ÉVOLUTION CLINIQUE. — En dehors des attaques d'asystolie, le cardiaque est en général un malade dont les urines sont peu abondantes, rougeâtres plutôt que jaunes, laissant déposer un sédiment uratique. L'urine est concentrée, mais non albumineuse.

Tous ces caractères s'exagèrent au cours des attaques moyennes d'asystolie. Le taux de l'urine tombe à un demi-litre par vingtquatre heures, et parfois au-dessous; la densité varie de 1 020 à 1 030; la réaction est franchement acide ; tandis que l'excrétion d'acide urique et d'urates est augmentée, l'urée est en général diminuée d'une façon absolue, et augmentée relativement à la quantité des urines (R. Fauquez). Il faut tenir compte, pour l'appréciation de ce dernier fait, de l'état organique et fonctionnel du foie, ainsi que du taux de l'alimentation.

La présence de l'albuminurie est la règle, sans que la quantité d'albumine éliminée en vingt-quatre heures dépasse le plus souvent un à deux grammes.

Le sédiment centrifugé montre des cristaux et granulations d'acide urique et d'urates, des hématies, quelques cylindres hyalins ou, plus rarement, épithéliaux.

Les documents nous manquent sur la toxicité de ces urines cardiaques.

La perméabilité rénale, recherchée par l'épreuve du bleu de méthylène, peut se montrer conservée. Il en était ainsi chez deux malades de Achard et Castaigne (1) : l'un était un cardiaque à sa première attaque d'asystolie, avec albuminurie quotidienne de 1 à 6 grammes, pendant les quinze jours passés à l'hôpital ; chez un autre cardiaque, la perméabilité, reconnue normale en dehors de toute asystolie, ne subit aucune modification au cours d'une poussée d'asystolie avec albuminurie (1er, 50).

Ces derniers faits sont très intéressants, en ce qu'ils nous montrent le caractère superficiel, purement congestif et facilement réparable, du processus rénal. Et en effet, sous l'action de la diète lactée, de la digitale, la diurèse claire et ambrée s'établit, l'albuminurie disparaît, la fonction rénale retrouve son intégrité.

Il n'en va pas de même dans les formes graves et oliguriques de l'asystolie. Malgré le lait, la digitale, les diurétiques, il est des cardiaques que l'on ne peut faire uriner; la digitale ralentit leur cœur, sans exciter leur activité rénale, et Merklen a établi le caractère pronostic grave de cette action dissociée de la digitale. L'insuffisance cardiaque commande l'insuffisance rénale, et celle-ci réagit à son tour sur létaux des hydropisies, sur la marche de la crise asystolique.

Ces malades arrivent à n'éliminer dans les vingt-quatre heures

(1) Ch. Achard et .T. Castaigne, Diagnostic de la perméabilité rénale (Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1897, p. 6i3).

que 200 à 300 grammes (parfois moins encore) d'une urine rougeâtre et boueuse, chargée d'urates et d'albumine. Dès lors les phénomènes toxiques sont très près d'apparaître ; douleurs lombaires, céphalalgie, insomnie et agitation, dyspnée, vomissements, enfin hypothermie, respiration de Cheyne-Stokes et coma. Si la perméabilité rénale ne peut être rétablie, le malade meurt à la fois d'empoisonnement urémique et d'asthénie myocardique.

La disparition de ces accidents graves est-elle obtenue, ce ne sera cependant pas, bien souvent, sans qu'il en reste des traces persistantes, sous forme d'albuminurie, d'œdèmes variables de la face ou des malléoles, de cylindres dans les urines. Le malade a dès lors, outre son affection cardiaque, une néphrite chronique constituée, et qui mettra son empreinte sur les attaques ultérieures d'asystolie.

La grande difficulté clinique, quand on constate des faits de ce genre sans en avoir pu suivre l'évolution, c'est d'établir le rapport chronologique réciproque des affections du cœur et du rein, de savoir si l'on a affaire à une néphrite interstitielle arrivée à sa phase cardiaque, ou au contraire à une cardiopathie compliquée de néphrite. Les principaux signes qui pourront faire admettre la préexistence de la sclérose rénale, sont: la polyurie claire ancienne avec pollakiurie, l'hypertension artérielle, le bruit de galop gauche, la faible densité de l'urine. Cette éventualité clinique est, du reste, beaucoup plus commune que la néphrite d'origine cardiaque.

Il est une autre forme d'urémie larvée dont Huchard a récemment montré la fréquence chez les cardiaques, c'est la dyspnée toxique ou ptomaïnique des cardiaques artério-scléreux ; dyspnée pure , sans autres signes pulmonaires qu'un peu d'emphysème, survenant à propos de la marche ou du moindre effort, ou revenant la nuit sous forme d'accès aigus simulant l'attaque d'asthme. Le cœur est ici bien moins ,en cause que le rein, devenu insuffisant ; la diète lactée fait disparaître en quelques jours, comme par enchantement, ces grandes dyspnées, rebelles à tout autre moyen thérapeutique.

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