NÉPHRITES AIGUËS. — FORMES CLINIQUES
le type congestif et hémorragique des néphrites aiguës, avec les hémorragies sous-capsulaires, endo et périglomérulaires, la tubulhématie, la tuméfaction grenue des épithéliums striés avec encombrement par le pigment hématique, l'exsudat albumineux réticulé dans les cavités tubulaires.
La forme diapédétique est caractérisée tantôt par des nodules embryonnaires disséminés, et siégeant souvent autour des artérioles ou des glomérules (néphrite lymphomateuse de Wagner), tantôt par une infiltration leucocytique diffuse, constituant ce que Rënaut a appelé Y œdème aigu du rein, lésion dont il a montré toute l'importance, au point de vue de la diminution ou même de la suppression brusque des urines.
Mais si ces types divers existent et méritent jusqu'à un certain point d'être isolés, il n'en faut pas moins se rappeler que, le plus souvent, ils s'associent et se combinent en proportions variables, et cela bien plus suivant le mode d'action plus ou moins aigu ou intensif de la toxine que suivant sa nature chimique.
FORMES CLINIQUES. — Les formes cliniques des néphrites aiguës peuvent varier du tableau symptomatique le plus effacé, le plus latent, jusqu'aux grands accidents subits de la néphrite scarlatineuse ou à frigore. Voyons quelle est la série ascendante en gravité de ces différents types morbides.
A. Au degré le plus bénin, le plus insidieux, de la néphrite aiguë, on ne constate qu'une albuminurie modérée et transitoire, avec rares cylindres dans les urines, mais sans œdème, ni hématuries, ni douleurs lombaires. C'est ainsi que, le plus souvent, les choses se passent dans la pneumonie, l'érysipèle, la fièvre typhoïde, exception faite pour certains cas graves ou à néphrite persistante, dont nous avons déjà parlé. Dans les formes bénignes, cette albuminurie n'est pour ainsi dire qu'un simple avertissement, et peut même être assez abondante sans que le pronostic s'en trouve sensiblement aggravé. L'action toxinique est assez courte et peu profonde pour que la lésion rénale soit facilement réparable. Mais il semble bien que cette restauration rénale ne soit pas toujours aussi complète qu'elle le paraît, et qu'elle puisse laisser le rein en état de moindre résistance vis-à-vis des aggressions toxiques ultérieures.
B. Dans une autre série de cas, la néphrite aiguë crée un danger immédiat au cours d'une maladie très toxique, de par la lésion rénale elle-même (néphrite aiguë et urémie rapide), et de par la gravité accrue que présente la maladie initiale (auto-intoxication complexe). Le péril est donc double, et menace à la fois l'infecté dans son rein et dans l'ensemble de ses appareils organiques.
Tel est le cas, par exemple, pour la fièvre typhoïde à forme rénale de A. Robin Non seulement les urines sont rares, pauvres en urée,
chargées d'albumine, d'hématies, de cylindres, parfois avec hématurie initiale et transitoire, ou aiguë et durable ; mais de plus on peut observer des douleurs lombaires, des urines troubles et rougeâtres, pouvant contenir jusqu'à 25 grammes d'albumine par jour, une céphalée persistante, diffuse ou en casque; des œdèmes, ce qui est assez rare, et parfois localisés au niveau de la glotte; des troubles digestifs avec vomissements et diarrhée ; des troubles oculaires ; des épistaxis; de l'asthénie cardiaque, avec affaiblissement du premier bruit du cœur (Legroux et Hanot), et souvent dilatation aiguë du cœur, surtout chez les jeunes sujets. Enfin, peuvent éclater des accidents urémiques, déjà signalés par Griesinger, par Murchison; les urines deviennent de plus en plus rares et albumineuses, la température centrale devient hypothermique, les accidents nerveux éclatent, sous formes d'attaques éclamptiques, ou de coma avec myosis ; ou enfin l'urémie évolue sous son type gastro-intestinal. Le typhique meurt ainsi bien plus de sa néphrite que de sa localisation éberthienne intestinale.
C. La néphrite aiguë peut, dans d'autres cas, être un signe de gravité infectieuse, de virulence et detoxémie; exemple: la diphtérie. En elle-même, la néphrite diphtéritique est relativement assez peu grave, et l'on a dès longtemps noté la rareté des œdèmes; Trousseau n'a observé l'anasarque que dans un vingtième des cas, et Cadet de Gassicourt 12 fois sur 528 cas. Même caractère exceptionnel de l'hématurie, de l'urémie ; trois cas d'urémie sont cités par Cadet de Gassicourt, avec mort par éclampsie survenant de quinze à vingttrois jours après le début de la néphrite.
Mais si la néphrite diphtéritique n'a en général qu'une médiocre gravité intrinsèque, elle n'en a pas moins une grande valeur pronostique, et avec l'anorexie, les adénopathies, le faciès spécial, elle contribue à donner aux formes toxiques de la diphtérie leur physionomie si spéciale.
Pour toutes ces formes très atténuées, presque latentes, des néphrites aiguës, c'est donc l'examen systématique des urines qui, le plus souvent, est seul révélateur. L'infection première met sur la piste de la néphrite.
Par contre, dans des formes à symptômes cliniquement plus francs , la néphrite aiguë peut déceler l 'infection; c'est ce que Ton a quelquefois appelé les néphrites bactériennes primitives, avec constatation dans les urines de microbes pathogènes. A ce groupe assez confus appartiennent les faits observés par Mannaberg, par Fiessinger, Litten, Fernet. Nous avons déjà parlé de ces faits à propos de l'étiologie générale des néphrites.
D. Restent les grandes formes des néphrites aiguës, celles où la lésion rénale s'impose d'emblée par des symptômes évidents.
Le début peut survenir au cours de l'infection causale, sans autre