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CANCER DU REIN. — SYMPTOMATOLOGIE

C'est encore par le fait de compressions de voisinage que se produis •sent les douleurs dans le cancer du rein. En lui-même, le néoplasme est indolent ; la douleur peut même faire défaut pendant toute l'évolution de la maladie, et cela surtout pour tous les sarcomes infantiles.

La douleur du cancer rénal est une douleur locale, sourde, profonde, que la pression augmente peu, et qui s'exaspère par paroxysmes spontanés, diurnes ou nocturnes, dans des conditions très difféxentes, par conséquent, de celles des pyélonéphrites calculeuses.

Des irradiations douloureuses se propagent, en outre, le long du nerf sciatique, du crural, du fémoro-cutané, donnant lieu ainsi à des névralgies symptomatiques parfois cruelles. Enfin, après les hématuries, des caillots fîbrineux peuvent, par leur migration uretérale, provoquer de véritables crises néphrétiques.

Les hématuries constituent le dernier grand symptôme des cancers rénaux, et elles se présentent sous des apparences cliniques très spéciales. On les constate dans la moitié des cas environ, et c'est surtout dans les sarcomes infantiles qu'elles font défaut.

L'hématurie cancéreuse peut être initiale, être le premier signe de la néoplasie à son début; telles les hématémèses prémonitoires de l'épithéliome gastrique; le plus souvent, c'est au cours du cancer ; quand la tumeur a envahi rein, calices et bassinet, les hémorragies deviennent plus rares et disparaissent.

Le caractère le plus frappant de ces hématuries, c est d'être spontanées, de survenir sans cause appréciable, par poussées intermittentes accompagnées ou non de douleur lombaire.

Le sang rendu est intimement mélangé à l'urine, d'une manière uniforme dans les différents temps de la miction ; au fond du >'ase, on trouve souvent des caillots, irréguliers, ou moulés sur l'uretère, vermiformes, et pouvant par leur passage provoquer le syndrome de la colique néphrétique. Un de ces caillots peut même venir oblitérer le col vésical, et causer une rétention d'urine.

La crise hématurique, constituée par une série de mictions sanglantes, dure une moyenne de trois à six jours, puis s'arrête parfois brusquement. Mais quand les hémorragies récidivent à intervalles rapprochés, le malade s'anémie et se cachectise rapidement, saigné à blanc, pour ainsi dire, par ces pertes de sang rapprochées.

En dehors des crises hématuriques, les urines restent normales, sauf un peu de pollakiurie au début ; mais il n'y a, en général, ni albuminurie ni pyurie, sauf adjonction de pyélite ou de cystite. L'examen histologique du sédiment centrifugé est peu instructif, et ne montre pas d'éléments cellulaires caractéristiques.

Les symptômes généraux du cancer rénal peuvent n'apparaître que 1res tardivement, parfois après des mois de maladie; comme dans 1ous les cancers viscéraux, ils sont constitués par l'amaigrissement

progressif du malade, le teint jaune paille, la cachexie et la fièvre hectique, la mort dans le marasme.

Exceptionnellement, il peut y avoir dès le début une anorexie si profonde que Ton croit à une localisation gastrique de la néoplasie, jusqu'au jour où des symptômes nettement rénaux montrent le siège réel de la maladie.

Les symptômes que nous venons de passer en revue peuvent exister au complet (58 fois sur 117 cas de Guillet); ou l'hématurie peut faire défaut (57 fois sur 117); ou enfin la maladie peut être presque atente, et ne se révéler que par la cachexie et la tumeur.

Il semble, dans des cas très rares, exister une forme hilaire du cancer rénal, dont Tuf fier (1) a récemment publié un très bel exemple. Les accidents hémorragiques se montraient sous la forme itrès spéciale d'une hémato-néphrose intermittente, avec rétention du sang dans le rein, douleur rénale, augmentation considérable du volume de la glande ; puis, dans un second temps, hématurie plus ou moins abondante, avec diminution de volume du rein et indolence de l'organe. La néphrectomie permit de constater l'existence, au niveau du hile, d'une tumeur cancéreuse dure, ayant le volume d'une grosse noix, et occupant exactement la région rénale du hile et le bassinet.

La durée de l'épithélioma rénal est tout particulièrement longue, et peut varier entre un minimum de quelques mois et un maximum de dix ans et plus ; sur 33 cas de Guillet, 6 fois la maladie s'est prolongée pendant plus de dix ans. Mais abstraction faite de ces cas exceptionnels, et en adoptant une durée moyenne de trois à quatre ans, on peut dire que, dans le cancer rénal, la survie est beaucoup plus longue que dans les autres cancers viscéraux.

Le sarcome du rein marche en général beaucoup plus vite chez l'enfant, puisque Steele cite comme durée moyenne six semaines à six mois; le plus grand nombre des cas évolue en moins d'un an, et la survie maxima paraît être de deux ans et demi. Chez l'adulte, la durée moyenne du sarcome rénal paraît être de cinq à six ans.

La mort, au cours du cancer rénal, résulte le plus souvent de la cachexie progressive, et en même temps de la propagation secondaire aux autres viscères, très fréquente puisqu'on la voit se produire dans les deux tiers des cas, par voie lymphatique ou par voie veineuse.

La terminaison fatale peut être déterminée ou hâtée par la répétition et l'abondance des hémorragies, la perforation ulcéreuse du duodénum (Rayer), l'occlusion intestinale par infiltration de la tumeur entre les deux feuillets du mésentère.

L'urémie est absolument exceptionnelle, puisque l'unilatéralité de

(1) Tuffier. Soc. de chir., 1894.

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