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CANCER DU REIN. — DIAGNOSTIC

que l'élément histologique primordial soit le kyste, et que sa capsule fibreuse soit une formation secondaire de réaction conjonctive, telle la membrane fibreuse adventice des kystes hydatiques du foie.

Les théories mécaniques, qui subordonnent le processus kystique à la rétention glandulaire, sont passibles de bien des objections. A la néphrite des pyramides avec atrésie papillaire, de Virchow, à la néphrite artério-scléreuse admise par Ewald, on peut opposer l'aspect très différent des lésions rénales dans les compressions ou oblitérations lentes et aseptiques de l'uretère ; l'impossibilité d'expliquer -ainsi et les cas fœtaux, et la coexistence des kystes multiples du foie, ou d'autres malformations tératologiques.

Il semble que, pour certains cas de reins polykystiques du fœtus ou de la première enfance, on puisse admettre l'origine congénitale du processus, sa subordination à une anomalie de structure ou de développement. L'observation de cas multiples dans une même famille, la coexistence d'autres malformations, telles que le bec-de-lièvre, l'hydrocéphalie, les pieds bots, pourraient corroborer celte hypothèse.

Elle est moins soutenable chez l'adulte. Déjà Virchow avait fait remarquer qu'entre cinq et quinze ans le rein polykystique ne s'ob- -serve guère. S'il reparaît chez l'adulte, c'est qu'un processus nouveau est survenu, inexistant ou tout au moins inappréciable pendant une série d'années.

Ce processus, on ne peut s'empêcher de le comparer aux autres maladies kystiques viscérales, telles qu'on les observe dans l'ovaire, la mamelle, le testicule, le corps thyroïde, etc. Dans toutes ces .glandes, l'origine épithéliale de la lésion est manifeste; c'est la cellule glandulaire elle-même qui par sa prolifération et son hyperactivité fonctionnelle conduit au kyste avec rétention. C'est l'idée qu'implique le terme ô? épithélioma mucoïde proposé par Malassez.

Cette origine épithéliale du rein polykystique nous paraît actuellement la plus conforme aux faits, aussi bien qu'aux enseignements de l'anatomie pathologique générale ; Nauwerck, von Kahlden s'y sont récemment ralliés, et l'on peut admettre avec eux qu'il s'agit ici d'un véritable adénome kystique des reins.

Mais il faut ajouter immédiatement que ces adénomes kystiques ■diffèrent des épithéliomas et des autres adénomes du rein en ce sens qu'ils ne sont jamais infectants, ne se propagent ni aux ganglions lymphatiques, ni aux autres organes, ne conduisent jamais à la cachexie cancéreuse.

Et cependant il n'y a pas là qu'une lésion locale ; derrière celle-ci se cache, au moins dans bien dans des cas, une tendance évolutive spéciale des épithéliums, une prédisposition, de nature encore inconnue, à la transformation kystique des divers parenchymes glandulaires.

La glande le plus souvent atteinte en même temps que les reins est le foie (17 fois sur 63 observations de Lejars). Celui-ci peut être

si profondément transformé qu'il pesait 12 livres dans le fait étudié par Sabourin (1) ; d'innombrables petits kystes s'échelonnaient le long des voies biliaires, donnant par places, sur les coupes, des images de véritables angiomes caverneux biliaires.

Sur le canal biliaire, comme sur le tube contourné, le processus semble le même, évoluant dans le sens fibro-épithélial et kystique. Mais, dans la plupart des faits, le rein semble avoir été pris le premier, ou tout au moins avoir subi une transformation plus complète.

On ne peut vraiment attribuer à une coïncidence ces faits si curieux ; force est de les considérer comme relevant de localisations viscérales associées d'un même processus kystigène, sur le foie et les reins le plus souvent, exceptionnellement sur la rate (2).

SYMPT0MAT0L0GIE. — Le rein polykystique peut ne se manifester cliniquement par aucun symptôme ; la mort subite, ou tout au moins très rapide, par urémie comateuse, est la première et seule manifestation de lésions que l'autopsie montre cependant anciennes et énormes.

Dans d'autres cas, le malade est pris brusquement d'anurie, et dans ces conditions, en tenant compte de l'absence de toute manifestation lithiasique antérieure, Verneuil a pu une fois poser un diagnostic exact de rein polykystique.

Mais il est rare que la lésion soit reconnue pendant la vie. Lejars n'a pu relever que 5 cas diagnostiqués, dont un par Duguet un an avant la mort. En ajoutant à ces cas un fait de Stiller et un de Lichtheim, on voit combien sont encore peu nombreux les faits où le tableau clinique a été suffisamment précis pour permettre un diagnostic raisonné.

C'est que celui-ci doit s'appuyer avant tout sur la constatation d'une tumeur rénale bilatérale, et présentant des caractères assez particuliers. Là seulement est le signe de certitude ; tout le reste ne peut que suggérer la lésion comme possible, ou tout au plus comme probable.

Le rein polykystique se présente à la palpation bimanuelle comme une tumeur ferme et rénitente, plutôt que fluctuante, peu ou pas douloureuse à la pression, mobile et ballottante, remplissant en avant l'angle costo-iliaque, plongeant en arrière jusque dans la fosse rénale. La percussion montre au devant de la tumeur l'existence du côlon; au-dessus d'elle, du côté droit, une zone detympanisme soushépatique. Si la tumeur est symétrique et bilatérale, si la paroi abdominale est assez dépressible et amincie pour que la main puisse

(1) Ch. Sabourin, Contribution à l'étude de la dégénérescence kystique du foie et des reins (Arch. de physiol., 1882).

(2) Klippel et Lefas, Bull, de la Soc. anaf., 1897, p. 419.

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