RÉTENTION D'URINE
ÉTIOLOGIE. — La miction normale a lieu grâce à la production simultanée du relâchement du sphincter urélral et de la contraction vésicale. La rétention (abstraction faite de tous les obstacles d'ordre chirurgical qui peuvent la causer) résulte donc de l'un des deux éléments suivants : le spasme de l'urètre, la paralysie du réservoir.
Le spasme urétral est une cause rare; il entre en jeu dans l'hystérie, dans certains cas de tabès (1), chez certains névropathes au cours d'affections douloureuses de voisinage, et plus particulièrement chez l'enfant au cours du prolapsus rectal; parfois il faut moins que cela; un érythème fessier douloureux, chez le nourrisson, une légère balanite, la vulvite suffisent à produire la rétention d'urine par spasme.
La richesse exagérée de l'urine en produits qui augmentent sa densité ou son acidité, produit aussi le spasme chez les enfants atteints d'une fièvre aiguë et chez les nouveau-nés (Bokai). La première urine excrétée après la naissance est très chargée d'urates et acide urique; parfois la densité du liquide est telle que l'excrétion en est difficile, la vessie fait de vains efforts et le sphincter se contracte douloureusement ; « c'est une colique avec ténesme dans laquelle le ténesme est le plus fort et empêche l'évacuation » (Bokai).
La paralysie vésicale est un épisode banal des affections nerveuses; elle peut précéder l'incontinence dans les affections comateuses (apoplexies, méningites), dans les paralysies d'origine centrale, dans les lésions de la moelle, dans les paraplégies médullaires, dans le mal de Pott.
A ce point de vue il importe de remarquer que les troubles urinaires diffèrent suivant le niveau de la moelle où siège la lésion. Les lésions dorso-lombaires produisent surtout l'incontinence, les malades perdant continuellement leur urine sans distension de la vessie ; dans les lésions cervicales, c'est la rétention qu'on observe. Cette différence a été interprétée par les physiologistes.
D'après Budge, le centre des contractions de la vessie occupe la région de la moelle située au niveau de la quatrième vertèbre lombaire (chez le lapin et le chien). D'après Gianuzzi, il y a deux centres au niveau des troisième et cinquième vertèbres lombaires, dont l'excitation produit les contractions vésicales. Enfin d'après Kupressow, la destruction de la moelle entre la cinquième et la septième lombaire,
(1) Dans l'hystérie et le tabès, la rétention peut être aussi l'effet direct de lanesthésie vésicale. Les malades ne vident leur vessie que parce qu'ils y pensent.
chez le lapin, diminue la résistance du sphincter de la vessie, tandis que la section au-dessus ne produit rien de pareil, sans augmenter toutefois l'obstacle à l'émission de l'urine.
« Il résulte de ces données que le centre médullaire des mouvements réflexes de la vessie et de son col est placé à la partie inférieure de la moelle. Mais il importe de se rappeler, d'une part, que la paroi musculaire de la vessie et de son sphincter propre est formée de fibres lisses et que le sphincter de la portion prostatique est un muscle strié, et d'autre part, que les muscles de la paroi abdominale jouent un rôle actif dans la miction. Donc l'appareil musculaire qui préside aux fonctions de la vessie est en partie soumis à la volonté et en partie soustrait à cette influence. Quand l'action vertébrale est supprimée par une interruption médullaire au-dessus du renflement lombaire, la paroi abdominale et les sphincters striés n'ont plus d'action, la vessie a perdu sa sensibilité et le besoin d'uriner a disparu. La suppression de l'influence cérébrale affaiblit beaucoup plus la puissance expulsivede la vessie que le pouvoir occlusif du sphincter. Kupressow a même démontré que la section de la moelle dorsale ne diminue pas la résistance tonique du col vésical. Il en résulte que les malades dont la moelle cervicale ou dorsale est comprimée éprouveront surtout de la rétention et urineront par regorgement. D'un autre côté, la destruction du centre vésico-spinal diminue très notablement la tonicité du col vésical (Kupressow). Il en résulte que les lésions lombaires produisent surtout l'incontinence d'urine. » (Lannelongue, Tuberculose vertébrale.)
La rétention par atonie vésicale s'observe encore au cours des grandes pyrexies à forme adynamique (fièvre typhoïde, tuberculose aiguë), des affections douloureuses de l'abdomen, particulièrement, l'appendicite, la péritonite, la salpingite aiguë, le phlegmon du ligament large ; elle complique souvent les traumatismes même éloignés de l'abdomen, les opérations sur le ventre, enfin la déplétion brusque produite par une évacuation d'ascite, par l'accouchement.
L'hystérie peut produire la rétention par plusieurs mécanismes : par spasme du col, par paralysie, par anesthésie vésicale, chacun d'eux pouvant résulter de la suggestion spontanée ou non.
Il faut signaler en terminant cette longue étiologie, la rétention qui suit, chez les filles, une résistance trop prolongée au besoin d'uriner.
SYMPTOMATOLOGIE. — Autant la rétention d'ordre chirurgical par obstacle mécanique au cours de l'urine, est pénible et parfois dramatique, autant est silencieuse la rétention médicale. Il faut souvent la chercher pour la découvrir ; telle est la rétention des comateux, des adynamiques, des hystériques. La suppression de l'urine est d'abord absolue, puis les limites de distension de la vessie étant atteintes, l'urine s'écoule goutte à gou'te, l'évacuation se fait par