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L. GUINON

Médecin des hôpitaux.

Ce chapitre de pathologie ne prête pas à des considérations bien intéressantes, sinon pour le malade, au moins pour le médecin. L'appareil génital, comme les organes urinaires, fournit surtout des symptômes d'ordre nerveux.

Les fonctions génitales peuvent pécher par excitation (priapisme, satyriasis), par dépression, affaiblissement (impuissance, anaphrodisie, frigidité), par arrêt de sécrétion (stérilité), par déviation (pertes séminales, spermatorrhée).

Le priapisme est une érection prolongée, continue, parfois douloureuse à la longue, et qui ne s'accompagne pas de désirs vénériens. Il est produit par une inflammation de l'urètre (chaudepisse cordée), par certaines maladies de la moelle. On l'a vu survenir sans raison apparente chez l'hystérique (Mathieu).

Le satyriasis est caractérisé par une excitation des fonctions génitales avec érection et désirs répétés : il se voit sous l'influence de l'absorption de cantharides, de haschich, de phosphore. On l'a observé chez les idiots, les épileptiques, au début de Tataxie, de la paralysie générale.

V impuissance est l'impossibilité de pratiquer le coït, l'orgasme vénérien faisant partiellement ou absolument défaut; l'érection est incomplète ou nulle, et cependant l'éjaculation peut persister, mais incomplète et souvent à un moment où l'érection partielle a complè-

tement cessé. L'impuissance est compatible avec les désirs vénériens, ce qui la distingue de Y anaphrodisie qui est la frigidité unie à l'impuissance. Le fait que l'éjaculation ou mieux l'écoulement de sperme peut se produire chez l'impuissant, montre la différence avec la stérilité du mâle ou infécondité, car le sperme peut avoir les caractères au moins extérieurs de l'aptitude à la reproduction.

Les causes de l'impuissance sont multiples. Il y a une impuissance normale qui tient à l'âge, soit que la fonction génitale ne soit pas encore développée, chez les jeunes sujets, soit qu'elle soit abolie, chez le vieillard ; il y a une impuissance temporaire qui tient à la fatigue sexuelle et qui suit un coït ou une série de coïts récents.

L'impuissance congénitale, liée au développement incomplet des organes génitaux, n'est qu'une forme de la stérilité.

Mais les causes les plus fréquentes résident dans la faiblesse générale et dans les maladies nerveuses. Au premier ordre de causes se rattachent les cachexies chroniques quelles qu'elles soient, surtout celles qui dépriment rapidement les forces et suppriment les réflexes, les diabètes sucré et azoturique, dont l'impuissance est souvent le premier symptôme apparent ; la phtisie, bien qu'on ait dit autrefois qu'elle excitait au début les fonctions génitales; dans la convalescence des maladies aiguës, la fièvre typhoïde et surtout la diphtérie, les érections disparaissent parfois longtemps; l'impuissance relève souvent alors de troubles nerveux plus étendus, comme la paralysie et le pseudotabès.

Toutes les maladies nerveuses qui troublent et suppriment les réflexes médullaires altèrent de ce fait les fonctions génitales.

On observe l'impuissance dans la paralysie générale, le tabès, les myélites avec paraplégie, dans les polynévrites; elle est un symptôme des états mentaux dépressifs, de la mélancolie, enfin de certaines formes de neurasthénie ; le neurasthénique, en effet, est généralement peu brillant au point de vue génital, et cette demi-impuissance est pour lui d'autant plus pénible qu'elle n'est pas l'indifférence et qu'il a passé parfois par des périodes d'excitation sexuelle qui s'est traduite par des excès de coït ou par la masturbation; la dépression génitale retentit sur le système nerveux, elle prend le premier plan dans les préoccupations du malade, augmente son hypochondrie et en devient le pivot ; c'est la neurasthénie sexuelle.

Certaines intoxications produisent aussi l'impuissance. Biett et Charcot l'ont signalée dans l'arsenicisme, C. Paul et Siredey dans le saturnisme, Delpech dans l'empoisonnement par le sulfure de carbone; le bromure de potassium à hautes doses pourrait agir de même (Hallopeau).

De tous les troubles génitaux, la spermalorrhée est certainement celui qui altère le plus la santé. On désigne sous ce nom l'écoulé-

ment de sperme qui se produit en dehors du coït et sans excitation préalable; à son degré le plus simple, elle est nocturne, et suit l'érection; sous sa forme grave, elle a lieu à l'état de veille sans orgasme, quelquefois avec une érection à peine esquissée, ou à l'occasion d'une garde-robe ; à ce degré l'impuissance est la règle.

Les médecins, complices des malades, ont édifié sur la spermatorrhée toute une pathologie dont l'ouvrage de Lallemand est l'exposé le plus compact; à en croire ces descriptions, le spermatorrhéique a la face pâle, apathique et amaigrie, les yeux cernés et excavés; il est essoufflé, il digère mal, souffre de l'estomac , il tremble, il craint la lumière, il entend moins bien, il dort mal, il a des cauchemars; parfois il a des attaques d'épilepsie ; enfin son intelligence s'affaiblit, il devient hypochondriaque, pour aboutir quelquefois au suicide.

Tout cela peut être vrai, mais ce qui est plus certain c'est que la spermatorrhée ne se voit guère que chez des neurasthéniques dégénérés déjà affaiblis, et que cette déperdition contribue à affaiblir encore; mais il en est de ce trouble comme de certaines infirmités urinaires, le malade frappé par cet accident y attache d'emblée, ou peu à peu, une importance énorme, il l'étudié, la recherche, voit la spermatorrhée dans la moindre goutte d'urine retardataire qui s'écoule du méat après la miction ou de liquide prostatique qu'expulsent les efforts de défécation , il ne pense bientôt plus qu'à cela et devient hypochondriaque génital.

La spermatorrhée a parfois été préparée par des excès vénériens, plus souvent par l'onanisme, ou par une blennorragie. Elle est dans quelques cas d'origine tabétique.

Toutes les anomalies précédentes peuvent conduire indirectement à la stérilité mâle ou infécondité. Celle-ci est plus souvent l'effet d'une malformation, arrêt de développement, infantilisme, cryptorchidie, atrophie testiculaire consécutive à une orchite ourlienne, obstruction des conduits résultant d'une épididymite blennorragique double ou sclérose résultant d'une syphilis testiculaire.

Les troubles de sensibilité des organes génito-urinaires s'observent dans l'hystérie et le tabès. L'anesthésie hystérique s'étend à toute une moitié du corps. Le tabès, que nous avons déjà vu produire l'impuissance, la spermatorrhée, produit encore l'anesthésie des organes externes et de l'urètre, l'analgésie des testicules (Bitot et Sabrazès), enfin la disparition du réflexe crémastérien. Chez la femme, il donne lieu à des crises clitoridiennes accompagnées d'orgasme vénérien (Gharcot et Bouchard, Pitres).

Il existe enfin de véritables névralgies testiculaires et du cordon, plus rarement de la verge ; parfois très tenaces, elles sont un stigmate de neurasthénie ; parfois très éphémères, elles précèdent et annoncent une poussée d'herpès génital.

Les affections des organes génitaux ont un retentissement profond sur l'état delà santé générale. On peut répéter ici ce qui a été dit plus haut des organes urinaires ; tout ce qui touche l'appareil de la reproduction, trouble profondément l'état affectif de l'homme et, s'il est prédisposé par l'hérédité, le conduit tôt ou tard à la neurasthénie et à l'hypocondrie.

Il est un autre mode d'action dont le mécanisme est mal connu, mais qu'on peut interpréter par analogie. Toutes les glandes de l'économie ont, en outre de leur fonction de sécrétion extérieure, une sécrétion interne qui joue un rôle important dans la nutrition; telles la glande thyroïde, la rate, le pancréas, pour ne parler que des faits les mieux connus ; leur ablation, leur destruction totale se traduisent par une déchéance plus ou moins rapide, une dénutrition profonde dont les caractères varient suivant la glande annulée. Il en est de même du testicule; la castration double modifie la nutrition de l'adulte dans le sens de l'engraissement et de l'obésité; pratiquée chez le jeune sujet, elle arrête le développement en général et plus particulièrement des attributs de la virilité (larynx, système pileux) et donne à l'individu l'aspect extérieur du féminisme.

Nous avons vu quelle importance ont dans les troubles génitaux les maladies nerveuses, et comment ceux-ci peuvent à leur tour créer ou aggraver les troubles nerveux.

Abstraction faite des traumatismes et des néoplasmes, dont la genèse est obscure, on peut dire que l'infection réalise presque toute la pathologie médicale du testicule et de la verge.

L'infection pénètre par deux voies : la voie urétrale ; c'est celle que prend le virus blennorragique (orchite blennorragique), c'est aussi probablement la voie d'entrée des microbes qui causent l'orchite dite du cathétérisme.

La voie sanguine ou lymphatique donne aussi souvent accès aux agents pathogènes; l'orchite est en effet une complication de la fièvre typhoïde (Velpeau, Hanot, Ollivier, Ménétrier, Thiroloix, Girode), de la variole (Béraud, Quinquaud, Chiari), de la scarlatine (Horteloup), de l'érysipèle, de la grippe (Walker, Pressinger, Josefowick, Lamarque), enfin et surtout des oreillons.

Dans toutes ces infections la localisation varie; tantôt c'est la vaginalite qui domine (blennorragie, variole, scarlatine), tantôt c'est l'orchite (fièvre typhoïde, oreillons), plus rarement c'est l'épididyme qui paraît seul atteint (blennorragie).

L'agent causal de ces localisations nous est mal connu : le microorganisme spécial à la maladie première se retrouve quelquefois le bacille d'Eberth dans l'orchite typhoïdique (Girode, Jaccoud); parfois cesont lesorganismes d'infection secondaire, mais le plus souvent la

Traité de médecine, v

question n'a pas été résolue. Beaucoup de ces lésions aiguës guérissent sans laisser de traces ; l'épididymite cependant cause une obstruction persistante des canaux qui empêche l'issue des spermatozoïdes pendant une longue période et quelquefois définitivement.

L'orchite ourlienne se termine par la sclérose atrophique (Hamilton).

L'atrophie se voit aussi après la fièvre typhoïde (Hanot), mais la suppuration est plus fréquente, et peut détruire la totalité de l'organe.

A côté des infections aiguës, il faut citer les infections chroniques, la tuberculose et la syphilis des testicules ; celle-ci se manifeste sous sa forme héréditaire chez le nouveau-né dont elle gonfle et durcit la glande (Hutinel).

Chez l'adulte, elle aboutit le plus souvent à la sclérose avec induration qui donne à l'organe la forme en galet.

Les maladies diathésiques semblent se localiser rarement sur le testicule ; Bouisson, Guilland, Dhomond ont cité des cas d'orchite rhumatismale, dont aucun n'entraîne la conviction. L'orchite goutteuse semble mieux démontrée (Millard, Tower).

PAR

ARMAND SIREDEY

Médecin de l'hôpital Saint-Antoine.

Après un résumé des accidents liés à la menstruation et à la ménopause, ce chapitre comprend une étude des infections génitales envisagées en général et en particulier, puis la description de la tuberculose des voies génitales et du cancer de l'utérus, enfin celle des corps fibreux de l'utérus et de Yhématocèle rétro-utérine.

Dans les conditions normales, il est bien peu de femmes qui ne ressentent, au moment des règles, quelques troubles généraux et locaux, dont l'ensemble constitue un malaise plus ou moins accentué. Ce sont, habituellement, des douleurs lombaires, des sensations de pesanteur dans le bas-ventre, de légères contractions utérines, se manifestant par des coliques, et quelquefois de la tendance à la diarrhée, ou un peu de ténesme vésical et rectal. En môme temps, il existe un certain degré de fatigue, d'abattement, une impressionnabilité plus vive, avec tendance à la mélancolie, et une inaptitude momentanée aux travaux intellectuels. Chez quelques femmes privilégiées, ces divers phénomènes sont très atténués, et elles traversent, pour ainsi dire, l'époque menstruelle, sans s'en apercevoir. Mais, dans quelques cas, l'intensité des douleurs et des accidents généraux, l'abondance ou l'irrégularité de l'écoulement sanguin, créent un véritable état pathologique. Ces désordres s'observent surtout au début de la menstruation et à V époque de la ménopause; on les rencontre aussi dans le cours de la vie sexuelle, chaque fois qu'il survient des altérations importantes des organes génitaux, ou des troubles graves de la santé générale.

868 A. SIREDEY. — ORGANES GENITAUX DE LA FEMME.

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