ACCIDENTS DE LA MENSTRUATION
Les troubles que présente la menstruation consistent : dans son exagération (ménorragles) ; dans l'absence du flux menstruel (aménorrhée) ; dans l'apparition de phénomènes douloureux intenses (dysménorrhée).
Ménorragles. — C'est le nom qu'on donne aux hémorragies qui correspondent à l'époque menstruelle. Elles sont le plus souvent symptomatiques et relèvent d'altérations de l'utérus ou de ses annexes. Quand elles sont idiopathiques, indépendantes de toute lésion génitale, elles sont dues à des troubles de la santé générale.
Les ménorragies symptomatiques reconnaissent le plus habituellement pour cause des métrites, et en particulier certaines métrites fongueuses, compliquées ou non de polypes muqueux, des corps fibreux utérins, très fréquemment des salpingo-ovarites, et quelquefois diverses tumeurs de l'excavation pelvienne.
Les ménorragies indépendantes des affections génitales méritent plus d'attention qu'on ne leur en accorde généralement. Elles peuvent avoir pour point de départ des troubles ignorés de l'appareil circulatoire, des altérations rénales ou hépatiques (î). Il n'est pas rare de rencontrer les signes d'un rétrécissement mitral chez des jeunes filles qui présentent des pertes de sang prolongées au moment des règles (2). Quelquefois il s'agit d'albuminurie latente.
La chloro-anémie provoque des accidents analogues. Il en est de même des influences diathésiques : certaines jeunes filles obèses ou nerveuses, de souche arthritique, ont des règles très abondantes et d'une durée insolite. Mais on doit redouter, dans ce cas, desmyomes utérins, surtout s'il en existe des exemples dans la famille.
Parfois, les ménorragies, se produisent en dehors de toute circonstance appréciable, dès les premières menstruations, alors que nulle cause apparente, générale ou locale, diathésique ou accidentelle, ne les provoque. Les jeunes filles s'anémient promptement sous cette influence, et les pertes de sang ne font que croître en intensi té et en durée. Il est de toute nécessité d'appeler l'attention des familles
(1) Dalché, Métrorragies dans les maladies du foie {Bull, de la Soc. méd. des /jôp., 1897).
(2) Landouzy, Leçons de clinique faites à la Charité, et Mrs Marshall, Th. de
Paris.,
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sur ce point, et de faire suspendre toutes les occupations, cours, leçons, etc., pour imposer d'une façon rigoureuse le repos absolu au lit, au moment des époques, et cela plusieurs mois de suite, de façon à discipliner en quelque sorte la fonction. Souvent on prodigue à tort les ferrugineux dans ces conditions, sous prétexte d'anémie. Celle-ci résulte le plus ordinairement des hémorragies, et il faut avant tout les atténuer pour obtenir la guérison. Le repos rigoureusement observé pendant les règles, l'hydrothérapie dans leur intervalle, suffisent presque toujours à faire disparaître ces accidents, s'ils ne sont pas liés à des altérations locales méconnues.
Aménorrhée. — L'aménorrhée, suppression de la fonction menstruelle, est souvent confondue avec la rétention du flux cataménial. Celle-ci dépend de malformations des organes génitaux, telle que l'imperforation de l'hymen, l'absence de vagin, etc. ; elle est, au premier chef, justiciable delà chirurgie.
L'aménorrhée peut être primitive, permanente, si les règles n'ont jamais existé; secondaire, transitoire ou définitive, lorsqu'il s'agit de leur suspension plus ou moins prolongée.
Aménorrhée primitive permanente. — Elle est le plus ordinairement liée à des malformations de l'utérus et des ovaires. Depuis l'absence totale de ces organes, jusqu'à un développement incomplet, se rapprochant plus ou moins de leur état normal, on observe toutes les transitions imaginables. Dans certains cas, on peut croire à l'absence d'anomalie, parce que l'on sent au fond du vagin un col régulièrement conformé. Une exploration plus attentive révélera l'existence d'un utérus rudimentaire, atrophié ; c'est la persistance de l'état infantile : l'évolution qui caractérise la puberté ne s'est pas accomplie. Il n'y a pas grand remède à apporter à cette situation. Dans les formes les plus atténuées, un traitement tonique, diverses cures d'altitude ou d'eaux thermales, la gymnastique, l'équitation, peuvent quelquefois réveiller l'inertie génitale. Cependant on ne peut compter que rarement sur l'efficacité de ces moyens.
Des kystes ovariques, la sclérose primitive des ovaires peuvent avoir la même influence sur l'arrêt des fonctions génitales, et causer l'aménorrhée, mais le plus souvent ces altérations, ne détruisant pas la totalité de la glande, ont plutôt pour effet de provoquer, par voie réflexe, la congestion de l'utérus et des métrorragies.
Enfin, par une disposition bizarre et paradoxale, quelques femmes présentent de l'aménorrhée, tout en conservant l'intégrité de leurs organes, et leur parfait fonctionnement, comme en témoignent des grossesses observées en pareil cas (Petit) (1).
On a vu la menstruation s'établir régulièrement à un âge avancé, et seulement après plusieurs grossesses. Lœwy a cité une femme qui
(1) A. Petit, De la conception dans l'aménorrhée. Th. de Paris, 1883.
n'a été réglée qu'à trente et un ans, après sa sixième grossesse.
Ces faits extraordinaires ne doivent pas empêcher de considérer, dans la pratique, l'aménorrhée comme étant peu compatible avec le fonctionnement normal des organes génitaux. L'examen de toute jeune fille aménorrhéique s'impose, avant le mariage.
Aménorrhée secondaire. — Aménorrhée physiologique de la grossesse. — Il importe avant tout de distinguer l'aménorrhée vraie de la suppression normale, physiologique, des règles qui caractérise la grossesse. Or ce n'est pas toujours chose aisée, et de nombreux exemples prouvent à chaque instant que cette confusion peut être commise, même par des médecins compétents et soigneux.
En principe, on ne doit jamais oublier que chez toute femme qui a été menstruée, la cause la plus habituelle de la disparition des règles est la grossesse.
Aussi, en pareil cas, le médecin ne doit tenir compte ni des conditions sociales, ni des renseignements fournis par les malades. Toute suspension des règles réclame une surveillance discrète de l 'abdomen, et les prétextes ne manquent pas, du côté des voies digestives, pour que l'on puisse, de temps à autre, examiner le ventre et se rendre compte de l'état de la région hypogastrique. Si banale que soit cette recommandation, elle évitera bien des mécomptes, lorsque l'on s'en souviendra, en temps opportun.
Dégagée de cette cause d'erreur, l'aménorrhée est due à des influences locales ou générales.
Aménorrhée de cause locale. — Elle s'observe quelquefois dans certaines affections de l'utérus et, en particulier, dans les vieilles métrites qui s'accompagnent de sclérose du parenchyme utérin. Les règles sont plutôt irrégulières que complètement supprimées dans ce cas. Le plus souvent, l'aménorrhée résulte d'altérations graves des ovaires, telles que tumeurs cancéreuses ou kystiques, suppurations, hémorragie, sclérose des ovaires, périovarites, etc., celles-ci sont isolées, ou associées à des lésions tubaires ; à plus forte raison, elle est la conséquence habituelle de l'ablation complète des annexes. Quelquefois, cependant, la castration n'a pas été suivie d'aménorrhée. Les tumeurs ou lésions inflammatoires des ovaires n'entraînent la suppression des règles que si les glandes sont détruites entièrement ; dans le cas contraire, elles provoquent plutôt des métrorragies.
Aménorrhée de cause générale. — Elle est de beaucoup la plus fréquente, et se rencontre dans les conditions les plus variées. Elle survient presque constamment dans les périodes avancées de la tuberculose ou du cancer, et elle indique alors une profonde débilitation de l'organisme. On l'observe également au cours de diverses maladies cachectisantes, telles que le mal de Bright, le diabète, les formes chroniques de l'infection palustre, l'intoxication alcoolique ou morphinique, etc. Chez les cardiaques, les ménorragies du début l'ont
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place à l'aménorrhée dans les périodes de cachexie (Dalché) (1). Elle est très commune dans la chlorose, dans les anémies, et en particulier dans celles qui accompagnent certaines dyspepsies, mais ici elle est généralement passagère, tandis que dans les affections précédentes elle peut être définitive.
La suppression des règles est assez fréquente dans la convalescence des maladies aiguës graves comme la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine. Elle n'est pas rare dans les premières périodes de la syphilis (Fournier) ; la menstruation ne tarde pas à se rétablir dès que l'état général s'est amélioré.
Dans toutes ces affections, l'aménorrhée est le résultat d'un véritable appauvrissement momentané du sang, suivant l'expression populaire. Mais elle survient également chez certaines femmes pléthoriques, obèses, de tempérament arthritique ; elle est d'autant plus prononcée et persistante que la polysarcie est plus accusée.
La suppression des règles peut être simplement d'origine nerveuse. Elle résulte d'un traumatisme, d'une frayeur, d'une impression morale vive; et dans ce cas elle se prolonge quelquefois d'une manière invraisemblable, et sans que la santé générale l'explique. Chez les hystériques et les neurasthéniques, l'aménorrhée se rencontre très fréquemment, sans cause déterminante appréciable. On a pu la provoquer par suggestion. Souvent, elle est le résultat d'une autosuggestion inconsciente, chez quelques jeunes femmes qui, dès le début du mariage, croient être enceintes, chez des personnes à qui leur situation fait redouter une grossesse, et enfin chez des femmes qui, arrivant à un âge avancé, sont obsédées par la crainte ou le désir d'avoir un enfant. Dans ces conditions, la suppression des règles coïncide avec des troubles digestifs et nerveux analogues à ceux qui caractérisent la gravidité ; on constate même une augmentation progressive du volume de l'abdomen qui est due au tympanisme (grossesses nerveuses).
Dans la plupart des cas, l'aménorrhée ne s'accompagne d'aucun symptôme important. A la date habituelle des époques menstruelles, surviennent un certain nombre de troubles faisant partie du molimen congestif, mais souvent même ces phénomènes font défaut. Chez les femmes nerveuses, la suppression ou la suspension des règles provoque l'éclosion des troubles moteurs, sensitifs ou sensoriels de l'hystérie, et quelquefois des hémorragies supplémentaires par diverses voies [épistaxis, hémoptysies, hématémèses, hémorragies intestinales, hémorragies par l'oreille (Pozzi) ou par la peau]. Au lieu des hémorragies, il se produit parfois des sécrétions complémentaires (diarrhée abondante, écoulement de lait par les seins, etc.), ou des éruptions périodiques d'eczéma, d'urticaire, etc.
(1) Dalché, Métrorragies dans les maladies du cœur {Bull, de la Soc. méd. des hôp., 1897).
D'une façon générale, l'aménorrhée n'a par elle-même aucune importance réelle. Son pronostic dépend uniquement de ses causes, mais, en aucun cas, elle ne peut aggraver l'état de l'organisme. Si l'on en excepte la chlorose, elle ne réclame aucun traitement spécial que des toniques et un emploi très discret des emménagogues (apiol, séneçon, viburnum, etc.).
Bien qu'il ne s'agisse pas d'une véritable aménorrhée, il est utile de signaler l'arrêt brusque des règles, à la suite d'un refroidissement subit, ou d'une violente émotion. C'est un accident qui impressionne vivement les familles, etqui, par contre-coup, affecte toujours péniblementlesmalades.Dansl'immensemajoritédes cas, lorsqu'il s'agitd'une personne bien portante, ne présentant aucune tare du côté de l'appareil génital, il n'en résulte aucune conséquence fâcheuse. Quelquefois on voit apparaître à cette occasion des signes de péritonisme : ballonnement du ventre, sensibilité assez vive de l'abdomen, nausées, etc., mais l'état du pouls et de la physionomie est d'emblée aussi rassurant que possible. Il suffit de maintenir les malades au repos, de leur donner des boissons chaudes, quelques préparations d'éther ou de valériane, de prescrire des sinapismes sur le ventre et sur les cuisses, et de remonter le moral, fort abattu par les doléances de leur entourage. Les règles peuvent revenir le lendemain... ou à l'époque suivante, sans que la santé générale en éprouve le moindre dommage.
Ce n'est que très exceptionnellement que l'on constate les graves complications, d'hématocèle ou de péritonite, indiquées par quelques auteurs, et il s'agit presque toujours, en pareil cas, du réveil de lésions anciennes.
Dysménorrhée. — On donne le nom de dysménorrhée à la menstruation difficile. Toutes les femmes éprouvant des troubles plus ou moins accentués au moment des règles, il est malaisé de définir exactement où commence la dysménorrhée. On peut observer des nuances très variées, depuis la menstruation presque inconsciente de certaines femmes privilégiées, jusqu'aux douleurs extrêmement vives qui, pour quelques patientes, transforment chaque époque menstruelle en un véritable accouchement. Tantôt la dysménorrhée porte sur la sécrétion, si l'on veut entendre sous ce nom l'ensemble des phénomènes ovariens et utérins aboutissant à la rupture des follicules de Graaf et à l'hémorragie utérine {dysménorrhée de sécrétion, dysménorrhée nerveuse ou congestivé). Tantôt elle est causée par un obstacle mécanique à l'issue des produits sécrétés [dysménorrhée mécanique ou d'excrétion). Tantôt enfin, il s'agit d'une affection spéciale, caractérisée par l'exfoliation de la muqueuse utérine, et par l'expulsion douloureuse d'une membrane plus ou moins épaisse [dysménorrhée membraneuse ou d' inflammation).
Mais s'il est facile de distinguer théoriquement ces diverses variétés,
elles peuvent se confondre souvent, dans la pratique, les déviations et flexions de l'utérus coïncidant plus d'une l'ois avec des altérations de la muqueuse utérine ou des ovaires.
A côté de ces conditions locales, l'état général des malades mérite d'être pris en considération. L'hystérie, les névroses vasculaires, comme la maladie de Basedow, le mal de Bright, les affections cardiaques, la chloro-anémie, engendrent fréquemmentla dysménorrhée. Chez des arthritiques et surtout chez des goutteuses, la crise de dysménorrhée a pu être justement comparée à d'autres manifestations nerveuses inhérentes à la diathèse [migraines utérines de Labadie- Lagrave). Mais dans tous ces cas n'existe-t-il pas quelques altérations ovariennes, ou tout au moins des phénomènes congestifs qui modifient ou entravent la ponte ovulaire ?
Dysménorrhée de sécrétion. — La plupart des auteurs en ont scindé la description en deux paragraphes distincts, suivant qu'il existait une prédominance des accidents nerveux ou des phénomènes congestifs. Il est bien difficile d'établir une distinction de ce genre, la congestion intense de l'appareil génital ayant toujours un retentissement très marqué sur le système nerveux général, et réciproquement.
Ce qui caractérise essentiellement cette forme de dysménorrhée, c'est la difficulté des phénomènes initiaux de la menstruation. Les prodromes des règles augmentent à la fois de durée et d'intensité. Les malades ressentent de très vives douleurs dans la région lombaire et dans le bas-ventre. Ces douleurs, dont l'intensité est quelquefois extrême, au point de nécessiter l'emploi de calmants, à hautes doses, s'accompagnent d'accidents nerveux variés : céphalalgie, vomissements réflexes, ténesme vésical ou rectal. Dans les formes exagérées, les malades se tordent sur leur lit et sont même prises de crises hystériformes. La durée de ces phénomènes est très variable. Ils précèdent les règles et persistent un ou deux jours avant leur apparition; puis on voit l'écoulement sanguin apparaître peu à peu, la détente se produit, les douleurs cessent et le calme renaît jusqu'à l'époque suivante.
' Simpson avait déjà donné à ces accidents le nom de dysménorrhée ovarienne, indiquant ainsi l'importance des troubles de l'ovulation.
Ces phénomènes sont presque toujours liés à des altérations des ovaires ou à une gêne de la circulation utéro-ovarienne quelquefois exagérée par la présence d'un rein mobile. Parfois les ovaires sont incomplètement développés ou légèrement sclérosés, comme on l'observe chez des chlorotiques et chez des malades atteintes de lésions des annexes. D'autres fois, il existe un état variqueux très prononcé du plexus pampiniforme, en même temps qu'un certain degré de sclérose des ovaires et de l'utérus, comme on en rencontre chez des femmes arthritiques, obèses. Les excès génitaux produisent aussi des
accidents de cet ordre, probablement par la congestion qu'ils entretiennent dans les organes de la reproduction. Dans quelques cas, cette forme de dysménorrhée est améliorée par le mariage, une excitation modérée de l'appareil génital pouvant être favorable à son développement.
Le traitement doit consister surtout en calmants, au moment de la crise, chloral, opium, etc. ; on évitera les injections de morphine à cause de l'accoutumance qu'elles créent si rapidement. Des lavements et suppositoires opiacés, des applications chaudes sur le ventre, des onctions à bases de laudanum et de chloroforme, ont, en général, raison de l'accès de dysménorrhée. On peut prescrire en même temps des boissons chaudes aromatisées d'eau-de-vie, des infusions de mélisse ou d'armoise, et divers emménagogues, des capsules d'apiol, de l'extrait ou de la teinture de séneçon (Dalché) (1), ou des pilules composées de sabine, rue et aloès (Aran). Dans les jours qui précèdent l'époque, avant l'apparition des douleurs aiguës, et dès que se manifestent quelques signes avant-coureurs, des bains prolongés atténuent quelquefois la crise. On peut y joindre un traitement général, dans l'intervalle des époques : fer et toniques, chez les chlorotiques, s'il n'existe pas de constipation, arséniate de fer ou liqueur de Fowler si l'intestin est déjà paresseux, et, chez les arthritiques, on surveillera le régime alimentaire, et on conseillera les alcalins pendant quelques jours dans la période intercalaire.
Dysménorrhée d'excrétion (Obstructive dysmenorrhœa de Simpson. — C'est celle qui résulte d'un obstacle à l'écoulement menstruel. Cet obstacle consiste en un rétrécissement accentué du col utérin, soit à son orifice interne, soit au niveau du museau de tanche, ou en une flexion très prononcée de l'utérus.
La sclérose de l'orifice résulte souvent d'opérations et de cautérisations intra-utérines pratiquées à l'aide d'agents chimiques.
L'antéflexion est commune chez les jeunes filles et chez les femmes qui n'ont pas eu d'enfants ; la rétroflexion se rencontre plutôt chez les multipares. Dans l'un et l'autre cas, l'incurvation du canal cervicoutérin produit une oblitération relative de la cavité utérine, le sang s'y trouve retenu, s'y accumule, et n'en est expulsé qu'à l'aide de contractions plus ou moins violentes et douloureuses.
En général, la crise apparaît un peu plus tard que dans la forme précédente, quoiqu'il soit bien difficile, dans quelques cas, d'indiquer avec précision la différence qui les sépare au point de vue physiologique. L ovulation et les modifications de la muqueuse utérine s'accomplissant normalement, les prodromes de l'époque menstruelle sont les mêmes que d'habitude, et c'est seulement lorsque le sang a
(1) Dalché recommande l'extrait fluide de séneçon à la dose de iO a 60 gouttes dans les vingt-quatre heures {Bull. gén. de thérap., 1896). J'ai pu moi-môme en apprécier souvent les bons effets.
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fait irruption dans la cavilé utérine que la crise éclate. Elle est plus soudaine et plus violente que dans la forme précédente. Elle se manifeste d'emblée par des coliques utérines d'intensité variable, qui durent quelques heures, quelquefois même une journée, avec irradiation dans les lombes, dans le bas-ventre et à la partie supérieure des cuisses. Mais c'est l'utérus qui est particulièrement sensible, et les femmes multipares reconnaissent bien l'analogie que présentent ces contractions douloureuses avec celles de l'accouchement.
Puis, après quelques heures de souffrances, les malades expulsent un caillot, de volume variable, qui est quelquefois moulé sur la cavité utérine dont il reproduit assez exactement la forme. Ce caillot sorti, l'écoulement du sang se fait plus ou moins facilement, mais les douleurs s'atténuent promptement, il est rare qu'elles persistent pendant toute la durée des règles.
En pareil cas, les calmants seuls peuvent atténuer la crise. Aussi faut-il prescrire, avant tout, le repos au lit, l'usage des opiacés, du ehloral, des applications chaudes prolongées, etc.
Les emménagogues produisent de bons effets, surtout si les douleurs persistent après l'expulsion du caillot.
Enfin le traitement préventif doit consister à combattre la déviation ou la sténose par la dilatation simple, par le redressement, ou, au besoin, par une intervention chirurgicale, dans les cas graves.
Dysménorrhée membraneuse ou d'inflammation. — Elle forme une classe à part, assez distincte des précédentes, avec lesquelles elle peut cependant se combiner. Elle est constituée par l'exfoliation et l'élimination delà muqueuse utérine à chaque époque menstruelle, et les deux phases de ce processus s'accompagnent de douleurs intenses qui présentent une physionomie spéciale.
On connaît assez mal la nature et les causes de la dysménorrhée membraneuse. Elle survient quelquefois à la suite d'accouchements ou de fausses couches, et, vraisemblablement, à la faveur d'une métrite : la muqueuse enflammée s'hypertrophie et desquame périodiquement (endométrite exfoliante de Pozzi). Il n'y aurait là, en quelque sorte, qu'une exagération des phénomènes normaux, et l'on observe au cours des affections de l'utérus et des annexes tous les degrés intermédiaires entre les coliques menstruelles, presque normales, de certaines femmes, et les souffrances aiguës, intolérables, qui font de chaque époque un véritable accouchement.
Mais on l'observe aussi fréquemment chez des femmes qui n'ont jamais présenté aucun symptôme d'endométrite, et même chez des vierges. Il n'est pas rare qu'elle apparaisse dès les premières menstruations, en dehors de toute altération appréciable des organes génitaux. On a signalé l'influence de l'hérédité (Duplay). L'arthritisme, les divers états névropathiques, semblent jouer un certain rôle dans sa production. On n'a fourni, jusqu'ici, aucune explication satisfaisante
de cet épaississement de la muqueuse et de son élimination en bloc. Il s'agit peut-être d'un vice particulier delà nutrition de l'utérus, que celui-ci relève d'altérations vasculaires, de conditions diathésiques, ou de lésions encore inconnues de l'appareil génital.
Quoi qu'il en soit, la crise de dysménorrhée se présente, chez la plupart des femmes, avec le même cortège de symptômes, dont l'intensité et la durée sont en rapport avec le volume de la masse à éliminer, et avec les circonstances locales qui facilitent ou retardent son expulsion. Les flexions ou autres déviations de la matrice, la sténose primitive ou secondaire du canal cervico-utérin, aggravent manifestement les accidents. Les douleurs sont très violentes, dès le début : aux phénomènes habituels de la dysménorrhée s'ajoutent des coliques qui rappellent celles de l'accouchement. Elles s'accompagnent d'irradiations dans les lombes, de sensations de pesanteur à la région périnéale. Les contractions utérines provoquent des spasmes du côté du rectum et de la vessie.
En même temps s'observent des phénomènes généraux assez accentués : vomissements, crises nerveuses, oppression, sueurs profuses, etc., puis la masse membraneuse s'élimine, et la douleur qui a précédé l'apparition des règles persiste encore pendant quelques jours, après l'expulsion des membranes, s'accompagnant d'un écoulement de sang plus ou moins abondant. Cette forme de dysménorrhée, que compliquent fréquemment des irrégularités menstruelles, est quelquefois difficile à distinguer d'une fausse couche précoce.
Le produit expulsé est arrondi, globuleux, comme le serait un œuf, et il est souvent nécessaire de recourir à l'examen microscopique pour en faire le diagnostic, d'autant plus que sa face externe, adhérente à la paroi utérine, est hérissée de petits filaments qui simulent desvillosités placentaires. On peut constater que cette membrane est composée de cellules épithéliales tuméfiées et déformées, qui entraînent avec elles une couche épaisse de cellules embryonnaires tassées et pressées les unes contre les autres. Ces dernières appartiennent surtout au type nucléaire, et ne présentent pas une masse protoplasmique aussi volumineuse que celle qui caractérise les cellules de la caduque placentaire. Dans ces membranes se rencontrent un assez grand nombre de petits vaisseaux et des glandes dont quelques-unes sont intactes, tandis que d'autres sont infiltrées de cellules embryonnaires. On constate, en outre, sur les coupes, des foyers hémorragiques provenant de la rupture des vaisseaux sanguins dilatés, et des caillots qui adhèrent quelquefois intimement aux cellules épithéliales de la surface interne.
Cette affection est assez persistante ; elle dure parfois, sans interruption, jusqu'à la ménopause. Elle est peu compatible avec la grossesse; néanmoins, on a cité des exemples de conception, en pareil cas, et tantôt la dysménorrhée a été atténuée ou suppri-
mée après l'accouchement, tantôt elle a persisté comme auparavant. Le cureltage renouvelé au besoin plusieurs fois, s'il le faut, constitue un des meilleurs traitements de la dysménorrhée membraneuse en ce qu'il provoque la rénovation de la muqueuse utérine. 11 est indispensable de combattre le nervosisme, l'arthritisme causes fréquentes de ces accidents, par l'hydrothérapie et par un régime sévère.