CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. — SYMPTOMATOLOGIE
Les tumeurs fibreuses peuvent se compliquer de cancer du col de l'utérus. Il est possible qu'elles créent une prédisposition à l'épithélioma du corps utérin par l'irritation chonique des glandes (Wahrendorff) (1).
Plus souvent, le corps fibreux est le siège d'une transformation sarcomateuse, que compliquent parfois encore des formations kystiques analogues à celles qu'on observe dans les fibromes eux-mêmes.
La transformation en carcinome est discutée par quelques auteurs, néanmoins on en a observé plusieurs exemples (Liebmann, Ehrendorfer).
Les corps fibreux s'accompagnent presque toujours d'altérations de l'utérus et des trompes : ce sont des endométrites, métrites interstitielles, hématosalpinx, salpingites chroniques avec ou sans altérations des ovaires.
On observe également diverses complications viscérales, telles que l'hydronéphrose, la pyélonéphrite et l'hypertrophie du cœur, liée ou non aux lésions des reins.
SYMPTOMATOLOGIE. — Dans un certain nombre de cas, plus fréquents qu'on ne le croit généralement, les corps fibreux restent latents et ne se révèlent par aucun symptôme important. C'est quelquefois par hasard, en examinant les malades à un tout autre point de vue, que la palpation de l'abdomen fait découvrir une tumeur à l'hypogastre. Mais généralement ils provoquent un certain nombre de troubles plus ou moins bruyants qui les dénoncent, pour ainsi dire, à l'avance.
C'est ainsi qu'on observe des ménorragies très intenses, se renouvelant avec une régularité désespérante, et dont on cherche vainement la cause pendant plusieurs années, chez des femmes encore jeunes, et qu'explique ultérieurement l'apparition d'une tumeur fibreuse.
Les hémorragies sont en effet l'un des symptômes les plus importants des fibromes. Elles se montrent d'abord exclusivement à l'occasion des règles, qui augmentent de durée et d'abondance, puis surviennent, dans l'intervalle des époques, des pertes de sang de plus en plus intenses et prolongées. L'hémorragie se fait par un suintement presque continu, qui s'accompagne de recrudescences brusques, subites, avec expulsion de caillots. A mesure que les pertes augmentent, le sang se décolore et l'écoulement devient permanent. Ces pertes de sang sont liées, généralement, aux altérations de la muqueuse utérine.
La leucorrhée est à peu près constante. Souvent elle se manifeste sous la forme d'hydrorrhée, les femmes se sentant brusquement
(1) Wahrendorff, Fibromyome und Carcinome des Utérus (Inaug. Dissert. ,1887).
984 A. SIREDEY. — ORGANES GENITAUX DE LA FEMME.
inondées par un flot de liquide séreux, incolore et à peu près inodore.
En même temps, apparaissent des douleurs de siège et d'intensité très variables: elles se réduisent, le plus souvent, à une sensation de pesanteur dans le bas-ventre, accompagnée de tiraillement dans les lombes, mais il survient aussi parfois de violentes névralgies lomboabdominales et sacrées, ou de véritables douleurs expultrices quand les tumeurs font saillie dans la cavité utérine. Ces phénomènes douloureux s'accentuent particulièrement dans les jours qui précèdent l'époque menstruelle ; ils sont en partie calmés par l'écoulement de sang.
La compression delà vessie, du rectum, par les tumeurs, donne lieu
de la rétention de l'urine et des matières fécales, à du ténesme anal et vésical ; ces accidents subissent également une recrudescence marquée sous l'influence de la congestion cataméniale.
On observe aussi de la diminution de la sécrétion urinaire, de l'anurie, alternant avec des crises de polyurie; la présence d'albumine ou de pus dans l'urine témoigne de la compression des uretères et des phénomènes d'hydronéphrose, de pyélonéphrite qui quelquefois donnent lieu à des accidents urémiques.
Il n'est pas rare de constater des troubles cardiaques (tachycardie, éréthisme cardio-vasculaire) relevant de l'hypertension imputable à la gêne mécanique de la circulation intra-abdominale, ou à des phénomènes nerveux d'ordre réflexe. Cette dernière interprétation s'impose lorsqu'il s'agit de tumeurs de faible volume, et qui ne sont pas situées sur le trajet des vaisseaux.
La palpation révèle assez facilement la présence dans l'excavation pelvienne d'une ou de plusieurs tumeurs dures, lisses ou bosselées qui font corps avec l'utérus. En même temps, on voit que l'utérus est hypertrophié en totalité, et que sa cavité augmente de volume. Le palper, combiné au toucher vaginal et au toucher rectal, permet de préciser le volume et la situation exacte des tumeurs.
DIAGNOSTIC (1). — Type métritique. — Au début, quand il n'existe pas de tumeur appréciable, les hémorragies persistantes font songer à la métrite. Les antécédents de la malade, un examen minutieux du col et du corps de l'utérus permettront de l'éliminer.
L'augmentation de volume de l'utérus donne l'impression d'une grossesse, que la répétition des hémorragies ne suffit pas à faire rejeter, et le diagnostic est d'autant plus difficile, en pareil cas, que l'hésitation suffit pour faire proscrire absolument l'emploi de l'hystéromètre.C'estsurtoutpar la recherche attentive des petits signes de la grossesse, par la précision des commémoratifs et par un exa-
(1) Cette discussion du diagnostic est empruntée à l'excellent Traité de Gynécologie de Mr Pozzi.