CORPS FIBREUX DE L'UTÉRUS. — TRAITEMENT
proscrits. Les malades éviteront la fatigue sous toutes les formes, la marche prolongée, les longues stations debout, etc., et cela sur-" tout dans les périodes prémenstruelles.
Hildebrandt a préconisé l'emploi systématique du seigle ergoté. Des injections hypodermiques d'ergotine, renouvelées durant des mois, ont donné quelquefois des résultats satisfaisants. La teinture de Cannabis indica, l'extrait fluide d'Hydrastis Canadensis ont été recommandés également, ainsi que l'antipyrine. Ces divers médicaments agissent comme hémostatiques, en faisant contracter les fibres lisses des vaisseaux; ils exercent en même temps une action sur le muscle utérin, dont les contractions facilitent l'énucléation des fibromes. Un emploi méthodique de ces préparations, dans la période prémenstruelle, atténue la congestion, surtout si l'on y ajoute un repos complet, et même le séjour au lit, quand les accidents congestifs se montrent avec une intensité exagérée. Mais on ne doit pas oublier que l'usage prolongé du seigle ergoté et de l'ergotine a été quelquefois la cause de gangrènes périphériques.
Les eaux minérales salines (Salies-de-Béarn, Biarritz, Salins, la Mouillère, etc.), ont une action assez marquée sur les corps fibreux.
L'électricité donne quelquefois d'excellents résultats, mais son efficacité n'est pas constante. On peut l'essayer avec une surveillance attentive.
Lorsque tous ces moyens échouent, on ne doit pas hésiter à recourir au traitement chirurgical.
Jacobi(l)propose l'extirpation, pourtous les fibromes sans exception, sous prétexte que, même bénins, dans une période de leur évolution, ils peuvent ultérieurement être le siège de dégénérescence sarcomateuse ou kystique. Cette conclusion, trop radicale, a été combattue parDorff(2).
L'intervention chirurgicale est indiquée toutes les fois que le volume de la tumeur, son accroissement rapide, la fréquence et Y intensité des métrorragies, les phénomènes douloureux résultant des poussées congestives, les accidents nerveux réflexes auxquelles elle donne lieu, constituent une menace sérieuse pour la santé générale de la malade. On ne doit plus attendre aujourd'hui qu'une femme soit cachectique pour recourir à une opération.
La temporisation n'est réellement légitime qu'au voisinage de la ménopause, et encore ne doit-elle pas entraîner à une abstention dangereuse.
Les deux opérations que Ton fait en pareil cas sont la castration et l'hystérectomie vaginale ou abdominale, suivant les cas. L'hystérectomie paraît réunir actuellement les suffrages de la plupart des chirurgiens.
(1) Jacobi, Bull, de la Soc. belge de gyn. et d'obst., 1897
(2) Dorff, lbid.
HEMATOCELE RETRO-UTEUL\E.
L'hématocèle rétro-utérine est une collection sanguine enkystée que l'on observe dans le voisinage de l'utérus. Suivant son siège, elle a reçu différents noms : hématocèle rétro-utérine, périutérine, utérine, pelvienne, périhyslérique, circumutérine. Elle est caractérisée par cette particularité que des fausses membranes plus ou moins épaisses la limitent, l'enkystent, formant une véritable tumeur, et cette évolution la distingue suffisamment de l'hémorragie diffuse, véritable inondation intrapéritonéale, que l'on observe dans quelques cas. Elle présente deux variétés, suivant que l'épanchement sanguin s'est fait dans la cavité du péritoine ou dans le tissu cellulaire sous-péritonéal.
HISTORIQUE. — Récamier(l),Bourdon(2),Velpeau(3),Bernutz(4), avaient déjà attiré l'attention sur les tumeurs sanguines du bassin, mais c'est surtout Nélaton (5) qui en fit la première description, et leur donna réellement une place dans la nosologie. Les travaux ultérieurs de Huguier (6), Puech, A. Voisin, Gallard (7), Virchow (8), Bernutz, J. Besnier, Poncet(9), Barnes, Schrôder,Baude complétèrent peu à peu cette étude.
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE. — Hématocèle intrapéritonéale. — On Ta attribuée successivement : à la rupture des veines variqueuses du plexus utéro-ovarien (Ollivier d'Angers, Devalz, Richet), à une apoplexie d'origine ovarienne (Bœckel), à une véritable pachy péritonite hémorragique (Virchow, J. Besnier, Bernutz), au reflux, par les trompes, du sang qui remplit la cavité utérine (Bernutz) lorsqu'il existe un obstacle à son écoulement naturel (flexion, dysménorrhée membraneuse, sténose cicatricielle, etc.) (Alph. Guérin), à la chute, dans le cul-de-sac de Douglas, d'un œuf fécondé ou non (Gallard), et enfin à la rupture d'une grossesse extra-utérine.
Il existe assurément des faits en faveur de chacune de ces théories, mais quelquefois la rupture de varices pelviennes coïncide avec une grossesse tubaire (Pozzi) ou la pachypéritonite s'observe avec l'apoplexie ovarienne.
Dans l'immense majorité des cas, c'est la trompe qui est le point
(1) Récamier, Gaz. des hôp., 1831.
(2) Bourdon, Tumeurs fluctuantes du petit bassin (Rev. de méd., 1841).
(3) Velpeau, Ann. clin, franc, et ètr., 1845.
(4) Bernutz, Mémoire sur les accidents produits par la rétention du flux menstruel (Arch. gen. de méd., 1848).
(5) Nélaton, Gaz. des hôp., 1851.
(6) Huguier, Bull, de la Soc. de chir., 1851.
(7) Gallard, Soc. anat., 1858.
(8) Virchow, Die krank. Geschwiïlste, 1863.
(9) Poncet, Th. d'agrég., 1878.