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CANCER DU FOIE. — SYMPTOMATOLOGIE

le cancer massif, le cancer nodulaire et l'adénocancer avec cirrhose. Ces trois formes offrent cependant quelques caractères communs : des troubles digestifs extrêmement prononcés et très précoces; une cachexie rapide, galopante même; un faciès spécial qui porte la marque d'une indifférence, d'une quasi hébétude, d'une sorte d'abandon fataliste, en contraste flagrant avec la gravité de la situation (1 j; enfin une insuffisance hépatique liée à la destruction progressive des cellules du parenchyme par le néoplasme. Cependant la marche même de cette insuffisance, plus ou moins rapide selon les cas, les caractères physiques variables de l'organe, l'aspect des symptômes secondaires, tels que l'ictère et l'ascite, présentent dans chaque forme des différences telles qu'une description séparée s'impose.

Cancer massif. — Dès le début du cancer massif, les troubles digestifs sont très accentués, l'appétit diminue rapidement et va jusqu'au dégoût des aliments, surtout de la viande. Il existe de la pesanteur de l'estomac, du ballonnement du ventre, parfois des nausées et des vomissements. En très peu de temps aussi, le malade présente des signes marqués d'affaiblissement, le faciès est d'une pâleur extrême, amaigri ; les masses musculaires des membres se fondent, tandis que le ventre prend des proportions considérables, contraste qui n'est pas sans frapper le malade et son entourage, et qui est d'autant mieux fait pour les étonner qu'il n'existe d'ordinaire aucune douleur.

Dans ces conditions, la maladie arrive bientôt à sa période d'état, et la cachexie ne tarde pas à s'installer. Les téguments prennent une coloration non pas jaune paille, mais analogue à celle des anémies extrêmes. Les troubles digestifs signalés dès le début deviennent de plus en plus considérables, l'anorexie est absolue, la langue surchargée d'un enduit saburral, la digestion gastrique et intestinale extrêmement défectueuse, il s'établit une constipation opiniâtre. Les matières sont décolorées et fétides. La maladie reste aussi indolore qu'à la première période; la température est d'ordinaire normale ; pourtant, dans certains cas, la fièvre s'installe et atteint 39°, 39°, 5 ; elle doit être attribuée, soit à la rapidité du développement de la tumeur et comparée à la fièvre qui accompagne la carcinose aiguë, soit à des infections biliaires ascendantes.

L'urologie du cancer massif n'a pas été étudiée dans beaucoup de cas. Il existe une diminution considérable dans la quantité des urines émises et un notable abaissement du taux de l'urée. Il y a en outre de l'urobilinurie et l'épreuve de la glycosurie alimentaire donne des résultats positifs (2). La toxicité urinaire était très augmentée dans un cas étudié par M. Surmont.

La déchéance rapide de l'organisme que dénotent les signes précé-

(1) Hanot, d'après la Méd. mod., 1893, p. 1102.

(*2) A. Gilbert et M. Garmer, Observation inédite.

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dents trouve son explication dans l'examen du malade. L'abdomen est augmenté de volume dans sa portion sus-ombilicale, le thorax est évasé à sa base, les côtes sont déjetées en dehors, particulièrement à droite, tandis que la partie inférieure de l'abdomen reste d'apparence normale et en particulier n'est pas sillonnée de veines dilatées anormalement. La palpalion et la percussion dénotent une hypertrophie considérable du foie, et, fait très important à noter, si on pratique systématiquement cet examen à quelques jours d'intervalle, on est étonné de voir les progrès rapides de cette hypertrophie. L'organe a souvent sa ligne de matité supérieure relevée, en même temps qu'il descend jusqu'à l'épine iliaque antérieure et supérieure, occupant tout le flanc droit. Sa surface est lisse, de consistance ligneuse ou pierreuse ; son bord libre est tranchant à l'ordinaire, ou légèrement arrondi ; la palpation ne suscite en général aucune douleur. L'organe est en outre d'une fixité remarquable dans sa position, comme s'il était, à la façon de l'utérus cancéreux, pris dans un étau.

Il existe quelquefois de l'hypertrophie de la rate, mais jamais d'ascite en quantité appréciable. L'ictère manque et même les matières fécales, décolorées et fétides, indiquent un degré marqué d'hypocholie et dans les derniers jours une acholie à peu près complète, en rapport avec la destruction totale du parenchyme glandulaire.

L'évolution du cancer massif est de courte durée ; certains cas se terminent au bout d'un mois, de deux mois; la durée habituelle varie entre trois et cinq mois, rarement elle atteint sept mois.

La mort est d'ordinaire la conséquence de l'abolition du fonctionnement du foie et des progrès de la cachexie ; elle survient dans le coma ou bien dans l'agitation et le délire.

En résumé, la symptomatologie du cancer massif tient dans ces quatre termes : troubles digestifs marqués; cachexie précoce ; hypertrophie lisse et considérable du foie; suppression de la fonction hépatique. On peut ajouter comme signes négatifs importants l'absence d'ascite, d'ictère, de douleurs, et de troubles dans les autres viscères. Aucun des signes donnés n'est pathognomonique ; leur ensemble n'en constitue pas moins un tableau très particulier qui rend possible le diagnostic (Gilbert).

Cancer nodulaire. — Le cancer nodulaire est loin d'offrir un tableau symptomatique aussi net et aussi invariable que le cancer massif: aussi en a-t-on décrit de nombreuses formes cliniques. Ce fait s'explique aisément par les variations que peuvent présenter la localisation, le volume, le nombre des nodosités cancéreuses.

Comme dans le cancer massif, le début se fait par des troubles de la digestion gastro-intestinale et une anorexie extrême portant surtout sur la viande et quelquefois le pain. En même temps apparaissent

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