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CANCER DU FOIE. — SYMPTOMATOLOGIE

des douleurs dans l'hypocondre droit, puis surviennent un amaigrissement précoce, une pâleur marquée, un affaiblissement général, une cachexie accompagnée d'une hypertrophie du foie rapidement considérable. La période d'état est donc vite constituée et serait très semblable à celle décrite dans le cancer massif si des phénomènes non signalés chez lui n'apparaissaient dans cette nouvelle forme. Ce sont l'ictère, l'ascite, la douleur, la déformation du foie.

L'ictère fait défaut dans un tiers des cas. Quelquefois réduit à une teinte subictérique terminale, il constitue le plus souvent une véritable jaunisse qui persiste jusqu'à la fin, dont l'intensité est en rapport avec le degré de l'obstruction biliaire, et qui, souvent, va s'amoindrissant dans les derniers temps, à mesure que la destruction plus avancée du foie rend l'hypocholie plus complète ou détermine même l'acholie. Les matières fécales sont le plus souvent incomplètement colorées et ne deviennent tout à fait incolores que dans les derniers jours.

Uascite, parfois légère, existe nettement dans les 3/5 des cas ; elle arrive rarement à masquer l'hypertrophie du foie ; elle s'accompagne parfois de circulation collatérale abdominale et de splénomégalie, indices d'une compression de la veine porte. Le plus souvent séreuse ou séro-fîbrineuse, quelquefois sanglante, elle peut être due, non seulement à l'augmentation de pression dans le système porte, mais surtout à la périhépatite, à la péritonite cancéreuse concomitante, enfin à l'asthénie cachectique du myocarde.

La douleur est un symptôme plus constant encore que les deux précédents; elle peut être sourde, profonde et limitée au foie; mais, le plus souvent, elle est extrêmement violente, paroxystique, s'accompagne de dyspnée et peut faire penser à une pleurésie diaphragmatique. Nous l'avons vue s'accompagner de hoquet. Elle simule alors la névralgie phrénique, dont elle a du reste les irradiations vers l'épaule, le cou, le membre supérieur. C'est à la périhépatite et à l'irritation du phrénique qu'il faut attribuer l'origine et la constance de cette douleur.

Les signes capitaux du cancer nodulaire sont Y hypertrophie rapide et la déformation du foie. Dans la plupart des cas, l'exploration physique de l'organe par les procédés habituels permet de les constater facilement; lorsque l'ascite très abondante, le météorisme intestinal ou stomacal sont un obstacle à l'examen, l'évacuation de l'une et les variations rapides de l'autre permettent presque toujours d'arriver sur le foie; l'organe apparaît alors sous les fausses côtes droites qu'il a déjetées en dehors et qu'il déborde vers le bas ; son volume s'accroît à vue d'œil ; à la palpation il apparaît douloureux, inégal, déformé, parsemé de nodosités, ou suivant la comparaison classique de marrons, soit séparés, soit réunis en une tumeur unique, mamelonnée, plus ou moins molle, qu'on pourrait confondre, à un examen superficiel,

avec un kyste hydatique ; le bord inférieur n'est plus tranchant, mais défoncé, bosselé, entrecoupé d'échancrures plus ou moins profondes. La rate est assez souvent hypertrophiée.

Les modifications des urines sont les mêmes que dans le cancer massif; leur hypertoxicité a été constatée (Surmont); mais ce qui les différencie de celles du cancer massif, c'est leur coloration habituelle par de la bile vraie ou par des pigments biliaires modifiés.

La marche de la cachexie est extrêmement rapide, d'autant plus que la perte de l'appétit est d'ordinaire absolue, permanente, et tout à fait précoce; rarement l'appétit persiste à un certain degré (2 fois sur 15 cas de cancer primitif où ce phénomène a été relevé par Hanot) (1); tout à fait exceptionnellement on peut observer de la boulimie. Comme dans le cancer massif et pour les mêmes raisons étiologiques et pathogéniques, la fièvre peut aussi s'observer et être soit continue soit rémittente.

On comprend aisément que la marche du cancer nodulaire du foie soit rapide ; sa durée moyenne est de trois à six mois ; on l'a vue toutefois se réduire à dix-huit jours ou s'allonger jusqu'à un an. La fièvre et les vomissements incessants annoncent presque toujours un cancer à évolution rapide. La maladie marche plus vite chez les sujets plus jeunes.

Rien ne donne mieux une idée de la variabilité de l'aspect clinique du cancer du foie que l'énumération des formes cliniques, qu'une étude approfondie des observations publiées a permis à Hanot et Gilbert d'édifier à côté de la forme commune. Ce sont les formes fébrile, marastique, douloureuse, dyspeptique et iclérique dans lesquelles la fièvre, la cachexie, la douleur, les troubles digestifs ou l'ictère prennent dans le tableau clinique une importance prépondérante et même parfois telle que les autres signes du cancer en sont masqués.

Adénocancer avec cirrhose. — La symptomatologie de cette forme est, comme on peut le prévoir d'après les lésions, formée par un mélange de signes dus au cancer et de signes dus à la cirrhose. Aussi le médecin est-il souvent hésitant en présence de cas de ce genre et le doute levé seulement à l'autopsie. Après une phase de début dans laquelle s'observent les troubles digestifs habituels, apparaissent des douleurs au niveau de la région de l'hypocondre droit, en même temps que se manifestent un mauvais état général, une maigreur et un affaiblissement rapidement progressif set que certains signes, les épistaxis par exemple, peuvent dès lors attirer l'attention vers le foie. Avec l'apparition de l'ascite, signalée d'une façon exceptionnelle dès la période d'invasion, commence la période d'état. Elle s'accompagne

(1) Hanot, Sur les modifications de l'appétit dans le cancer de l'estomac et du foie (Assoc. franc, pour l'avanc. des sciences. Besançon, 1893, et Arch. gén. de méd., oct. 1893).

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