ABCÈS DU FOIE. — DIAGNOSTIC
signaler celles qui peuvent se faire soit dans la veine cave inférieure (Colin, Olmeta) (une suffocation immédiate suit dans ces conditions l'irruption du pus dans l'appareil circulatoire), soit dans le bassinet ou le rein droit (Annesley, Neumann); la pyurie, qui en est naturellement la conséquence, doit être différenciée des autres pyuries, symptomatiques des diverses suppurations propres des voies urinaires.
Plus fréquente et plus heureuse est l'ouverture dans les voies biliaires, l'estomac ou l'intestin, particulièrement le côlon. Généralement précédée d'une période de douleurs vives dues à l'inflammation des tissus périhépatiques, la déhiscence de l'abcès se traduit par une sensation de détente et de soulagement brusques au moment où elle se produit et elle est suivie rapidement du rejet de matières purulentes, soit par les vomissements, soit par les selles. D'autres fois l'ouverture se fait d'une façon insidieuse; c'est dans tous les cas un des modes d'ouverture spontanée le plus fréquemment suivis de guérison.
DIAGNOSTIC. — Nous avons insisté chemin faisant sur le diagnostic des principales complications de l'abcès du foie, et aussi des principales formes cliniques sous lesquelles cette affection se présente. Rappelons que, d'un diagnostic toujours difficile, elle peut être confondue dans sa forme aiguë, soit avec la congestion palustre aiguë du foie, soit quelquefois avec une pneumonie (Haspel).
Dans les formes subaiguës et chroniques, le problème diagnostique est différent suivant que l'hépatite se présente sous les apparences d'une tuméfaction diffuse du foie ou d'une tumeur localisée. Dans le premier cas, les formes subaiguës sont à différencier d'un certain nombre de maladies infectieuses, telles que la fièvre typhoïde, la continue palustre, l'embarras gastrique fébrile ; ou encore on a à décider de l'apparition de l'hépatite dans le cours d'une appendicite, d'une dysenterie, ce qui peut être fort difficile, les symptômes de l'abcès du foie se dissimulant derrière ceux de l'affection primitive. Les formes chroniques doivent être distinguées d'avec les diverses hypertrophies du foie : cancer massif, cirrhoses hypertrophiques, particulièrement cirrhose hypertrophique avec ictère chronique, ou encore avec la tuberculose pulmonaire pour la forme dite phtisie hépatique. Dans le second cas, le diagnostic se pose le plus souvent avec le cancer nodulaire du foie, particulièrement avec certains sarcomes pseudofluctuants, avec le cancer de l'estomac, avec le kyste hydatique. Il serait superflu d'examiner ici le diagnostic différentiel dans chacune de ces éventualités, mais il était bon de les rappeler pour fixer dans l'esprit la variabilité des apparences cliniques de l'affection. Cette variabilité paraît plus grande encore dans nos climats. Dans les pays chauds, la marche est plus rapide, l'allure plus franche.
'il 6 A. GILBERT ET H. SURMONT. — MALADIES- DU FOIE.
PRONOSTIC. — Les abcès multiples du foie sont au-dessus des ressources de l'art et contribuent, souvent pour une large part, à tuer les malheureux infectés qui en sont porteurs. Pour les abcès localisés, le pronostic dépend de la nature et de la virulence des germes infectants, les abcès gangreneux par exemple ne pouvant être comparés aux abcès simples, du nombre des poches, de leur étendue, enfin de l'état général dans lequel la maladie (dont l'abcès hépatique n'est j souvent qu'une manifestation secondaire) a laissé le sujet. Toutes choses égales d'ailleurs, le pronostic est d'autant moins grave que le diagnostic aura été plus précoce, et le traitement plus rapide.
TRAITEMENT. — Le traitement prophylactique de l'hépatite suppurée n'est autre que celui des affections primitives qui la causent ; c'est dire qu'il n'est pas toujours au pouvoir du médecin de l'appliquer. Pourtant dans les pays chauds la prophylaxie de l'hépatite sera en grande partie celle de la dysenterie. La surveillance de l'eau potable a à cet égard une importance qui a été mise en relief au chapitre de la dysenterie.
Dans le traitement de l'hépatite, à la période présuppurative, les émissions sanguines locales sont restées, depuis Annesley, dans la pratique de tous les médecins coloniaux, comme le meilleur moyen de diminuer la douleur et la tension locale, et de combattre l'inflammation commençante; on peut avoir recours, dans ce but, soit aux ventouses scarifiées, soit aux applications de sangsues. Les autres modes de révulsion ne doivent être utilisés qu'à moins de contreindication absolue d'employer ceux-là. Il faut adjoindre à ce traitement le calomel, qui comme purgatif et comme cholagogue est particulièrement indiqué, et qui est recommandé également par une longue tradition médicale. On y adjoindra l'antisepsie intestinale et le régime lacté; le repos absolu est, bien entendu, de toute nécessité. Quand le médecin soupçonne un abcès du foie, son premier devoir est de faire un diagnostic aussi précoce que possible, et aussitôt ce diagnostic posé, l'intervention s'impose.
La ponction, acceptée encore comme méthode de traitement il y a quelques années, doit être uniquement gardée comme moyen de diagnostic, malgré les succès qu'elle a pu fournir, soit simple, soit suivie de lavages antiseptiques. La question se pose donc seulement de choisir entre les différents procédés opératoires. A l'heure actuelle, les chirurgiens sont à peu près unanimes à rejeter les méthodes lentes dans lesquelles, en vue de prévenir l'irruption du pus dans la cavité péritonéale, l'opération était faite en deux temps, le premier ayant pour but la création entre le foie et la paroi abdominale d'adhérences obtenues soit par une incision simple et un pansement à plat procédé de Graves et de Bégin), soit par la destruction de la paroi par ies caustiques (procédé de Récamier et ses dérivés).