ABCES DU FOIE. — TRAITEMENT
C'est donc uniquement aux méthodes rapides qu'il faut s'adressera l'heure actuelle, puisque, faciles à exécuter avec les ressources actuelles de la chirurgie, elles ont, en outre, l'avantage de mettre le malade à l'abri des complications que peut entraîner la présence d'une poche purulente dans l'organisme, surtout quand il s'agit d'un viscère aussi important que le foie.
De ces méthodes, l'une dite méthode de Stromeyer-Little, du nom du médecin de Shangaï à qui l'on fait remonter l'honneur de son introduction dans la chirurgie contemporaine, consiste : 1° à aller avec le trocart à larecherche du pus d'une façon aussi hâtive que possible; 2° sitôt le pus trouvé, à se servir du trocart laissé en place comme indicateur pour fendre en un seul temps toutes les parties molles situées entre le pus et la peau ; 3° à faire un lavage antiseptique de la poche et à la drainer sérieusement. Cette méthode, on le voit, est d'apparence brutale, mais son auteur prétend que, sollicité par l'absence de pression qui existe du côté de l'ouverture cutanée, le pus n'a aucune tendance à pénétrer dans le péritoine. Pourtant cette incision aveugle a l'inconvénient de permettre dans certains cas la blessure d'organes importants, tels que la vésicule biliaire, ou même l'épiploon et l'intestin; en outre l'irruption du pus dans le péritoine a été observée un certain nombre de fois, de sorte qu'à l'heure actuelle la plupart des chirurgiens sont d'accord pour recourir de préférence à l'incision méthodique, couche par couche, incision qui, selon les indications particulières de chaque cas, soit transpéritonéale, soit transpleurale, soit lombaire, soit accompagnée de la résection d'une partie du rebord costal antérieur, permet d'aborder l'abcès dans toutes ses localisations. Certains auteurs font par précaution la suture des bords de la plaie hépatique aux bords de la plaie cutanée.
M. Fontan a préconisé le curettage des abcès du foie, mais cette pratique semble dangereuse à M. Pozzi, à M. Monod et à beaucoup de chirurgiens. Elle ne nous paraît justifiée que dans les abcès chroniques.
L'efficacité de l'ouverture chirurgicale des abcès du foie est telle que si, après cette opération, la fièvre persiste et l'état général ne s'améliore pas rapidement, il faut, en dehors bien entendu de toute complication intercurrente, supposer l'existence d'autres collections purulentes dans le foie et aller immédiatement à leur recherche.
Parmi les complications post-opératoires, il convient de citer en première ligne la cholérragie, quelquefois très grave, et épuisant le malade ; l'écoulement de bile se tarit assez souvent de lui-même. Une autre complication à redouter est la persistance d'une fistule; dans certains cas, signalés par Chauvel, celle-ci peut être entretenue par La carie secondaire d'une ou de plusieurs côtes. En dehors de ces complications, la guérison des abcès du foie se fait très rapidement à cause de In facilité avec laquelle cet organe se régénère, cl au bout de cinq à six semaines, en moyenne, elle est complète. S'il n'es! pas
Thaiti': db médecine. V. — 27
possible à l'heure actuelle de dire exactement à combien pour cent se monte le taux des guérisons par les nouvelles méthodes, les résultats publiés jusqu'à ce jour sont assez encourageants pour qu'il soit du devoir de tout médecin d'y avoir recours.
ACTIIVOMYCOSE DU FOIE.
L'actinomycose du foie, dont on a tenté d'esquisser l'histoire isolée (1), est soit primitive soit secondaire. Sur trente cas réunis par M. Aribaud dans sa thèse, deux seulement seraient nettement primitifs (Eve, Bristowe), et encore sont-ils incomplets; c'est-à-dire que presque toujours l'actinomycose du foie est secondaire, soit à une lésion gastro-intestinale soit à une lésion de voisinage. L'infection du foie peut se faire, en effet, de deux façons, par voie veineuse, et c'est surtout le gros intestin (caecum, appendice, côlon, rectum), qui paraît le point de départ des embolies actinomycosiques, et par contiguïté (2) (propagation d'un foyer actinomycosique de voisinage) ; les voies artérielles et lymphatiques admises par Israël sont encore discutées.
Au point de vue clinique, tantôt les malades sont en proie à des accidents pyohémiques dont la nature échappe; tantôt ils présentent des troubles gastriques et intestinaux qui absorbent toute l'attention du médecin et dissimulent le foyer hépatique seulement découvert à l'autopsie ; plus rarement enfin, les troubles hépatiques sont suffisamment importants pour prendre la première place dans le tableau clinique. Dans ce cas ou bien un abcès du foie se forme rapidement, ou bien l'abcès est précédé pendant quelque temps (deux mois dans une observation de Lùning et Hanau) des signes d'une tumeur ou d'une hypertrophie diffuse de l'organe.
Chacune des formes précédentes peut succéder à l'une des autres, par exemple l'abcès à la forme gastro-intestinale, et le tableau clinique est toujours fort fruste. Le diagnostic n'est possible jusqu'ici que dans les cas où l'apparition d'un abcès mène à une ponction et à la découverte des grains caractéristiques.
Dans les cas où le diagnostic a été posé, ni le traitement ioduré si efficace dans d'autres localisations, ni l'opération n'ont pu sauver les malades; tous ont succombé soit à la longue durée de la suppuration soit à des complications septiques diverses, soit à l'actinomycose primitive. Le diagnostic des foyers hépatiques, jusqu'à présent du moins, est toujours trop tardif.
(1) Aribaud, Th. de Lyon, 1896-97, n° 125. 2) Choux, Arch. gén. de mec/., 1895.