MALADIE DE LANDRY
HISTORIQUE. — Landry (1) a décrit en 1859, sous le nom de paralysie ascendante aiguë, une forme clinique déjà obervée par Ollivier (d'Angers), Sandras, etc. La paralysie extenso-progressive débute par l'extrémité des membres, remonte vers leur racine et atteint par une marche plus ou moins rapide la généralité des muscles du corps, y compris parfois les muscles respiratoires; cette paralysie, toujours flasque, peut s'accompagner parfois de troubles sensitifs; les sphincters et l'intelligence restent intacts. La marche régulièrement ou irrégulièrement progressive de l'affection reste la caractéristique de la maladie. D'après Landry cette paralysie ascendante offrait avec la myélite aiguë beaucoup de points de ressemblance, mais il l'en sépara cependant à cause de l'absence de lésions appréciables du côté du système nerveux.
Pendant une première période, en effet, les autopsies et les examens microscopiques donnèrent des résultats absolument négatifs ; l'examen histologique de la moelle épinière pratiqué par Gornil dans un cas des plus démonstratifs de paralysie ascendante aiguë rapporté par Pellegrino-Lévi (1865), ne laissa constater aucune espèce de lésion: il en était de même pour le malade de Hayem ( 1869), à l'autopsie duquel la substance grise paraissait congestionnée, mais les coupes microscopiques ne donnèrent aucun résultat et il en fut de même pour celui de Chalvet (1871) (2). Cette affection fut considérée comme une paralysie essentielle (Landry, Ranvier, Cornil, Ch. Robin, Hayem). Bientôt, avec l'étude plus complète des poliomyélites, il y eut une tendance à rattacher la maladie de Landry à la poliomyélite antérieure aiguë ou à la paralysie spinale antérieure subaiguë de Duchenne (Petit fils, 1873). Plus tard l'examen microscopique est complété par celui des nerfs et Westphal ayant examiné des fragments du nerf crural et des nerfs crâniens, qui d'ailleurs étaient sains, était enclin à regarder la paralysie ascendante aiguë comme la manifestation d'une intoxication générale. L'observation d'Eichhorst est déjà plus importante ; ce qui a frappé surtout cet
(1) Landry, Note sur la paralysie ascendante aiguë (Gaz. hebd., 1859).
(2) Chalvist, Th. de doctoral, Paris, 1871.
auteur c'est la congestion très marquée des tissus nerveux aboutissant à l'hémorragie interstitielle, par contre il n'a constaté la névrite que dans un petit nombre de tubes nerveux; Eichhorst (1) envisage néanmoins la paralysie ascendante comme une névrite ascendante aiguë.
L'attention fut davantage attirée sur l'examen des nerfs, et dans plusieurs cas (Dejerine), on ne trouva que des lésions de névrite.
En raison de l'intégrité de l'axe cérébro-spinal et des lésions profondes des nerfs, la paralysie ascendante aiguë fut considérée comme une variété de névrite (Dejerine (1879) (2), Leyden, Pitres et Vaillard, Nauwerk et Barlh, Kahler et Pick, Ross). Non seulement les nerfs périphériques, mais les racines antérieures sont trouvées très malades malgré l'absence de toute altération de la substance grise de la moelle épinière.
Par contre, plusieurs observations furent publiées dans lesquelles la moelle épinière était gravement altérée, tandis que les nerfs périphériques étaient sains (Kiimmel, Hoffmann, Eichhorst, Guizetti, etc.).
Actuellement, il est impossible de se ranger à une opinion aussi tranchée dans un sens ou dans l'autre. Des observations récentes et la théorie du neurone font concevoir d'une autre manière la maladie de Landry. La paralysie ascendante aiguë est une affection du neurone moteur périphérique et, suivant que celui-ci est frappé dans la cellule d'origine ou dans son prolongement cylindraxile, la maladie relève d'une poliomyélite ou d'une polynévrite. La paralysie ascendante aiguë n'est donc qu'un syndrome, et à côté de la maladie de Landry polynévritique, il faut faire place à la maladie de Landry poliomyélitique : c'est cette dernière forme que nous aurons surtout en vue ici.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — L'existence de la poliomyélite ascendante s'appuie sur plusieurs observations, les unes anciennes, les autres plus récentes.
Hayem notait une congestion médullaire intense avec myélocytes nucléaires remplis de granulations grisâtres. Lockhart- Clarke et Harley signalaient la désintégration granuleuse de la moelle. Ghalvet observa que les cellules nerveuses ont une coloration jaunâtre, elles sont tuméfiées ; le noyau est arrondi, vésiculeux,et prend malles colorants. Mais ces cas manquent de précision, et, pour les deux premiers au moins, les lésions sont banales sans aucun caractère pathologique (Westphal).
Aux observations suivantes, où l'on a trouvé des lésions spinales, on peut reprocher que les nerfs n'ont pas été examinés : Klebs
(1) H. Eichhorst, Neuritis acuta progressiva ( Virchow's Arch., 1877).
(2) J. Dejerine, Recherches sur les lésions du système nerveux dans la paralysie ascendante aiguë. Th. de Paris, 1879.