PARALYSIE ASCENDANTE. — ANATOMIE PATHOLOGIQUE
relate des altérations dégénératives des cellules ganglionnaires des cornes antérieures de la moeîle, avec thrombose de l'artère centrale de la moelle. Diller et Meyer n'ont observé aucune lésion des cellules des cornes antérieurs de la moelle, mais les faisceaux pyramidaux, cérébelleux directs et postérieurs sont partiellement dégénérés.
Parmi les observations où, à côté de lésions médullaires, on a noté l'intégrité des nerfs périphériques, il faut citer celles de Hoffmann, Immermann, OEttinger et Marinesco (1), Marie et Marinesco (2), Ballet et Dutil, Remlinger, Bailey et Ewing, Gourmont et Bonne. Ces observations prouvent l'existence de la maladie de Landry par lésion des centres nerveux. Mais ces lésions sont loin d'être toujours les mêmes, identiques dans tous les cas; bien au contraire, elles frappent par leur diversité même.
La moelle, le bulbe et le cerveau peuvent présenter des altérations, soit simultanément, soit isolément ; la lésion peut être diffuse, comme elle peut être localisée ; mais le plus souvent elle se caractérise par une extraordinaire dissémination, l'irrégularité, le défaut de symétrie comme dans la sclérose en plaques (Bodin) (3), et en des points très voisins, distants de quelques millimètres, l'aspect de la coupe devient complètement différent ; cependant la lésion peut se systématiser aux cornes antérieures de la moelle (Immermann, Gourmont et Bonne) (4).
Lorsque l'on procède à l'examen macroscopique de la moelle, un fait frappe d'abord: l'extrême vascularisation de l'organe; les méninges sont congestionnées, les vaisseaux de la moelle, artères, veines, sont gorgés de sang; sur la surface de coupe la moelle montre par places des points congestionnés, rougeatres, ou même de véritables foyers hémorragiques. Souvent même comme gorgée de suc, elle fait saillie à la surface de section (OEttinger et Marinesco, Marie et Marinesco).
Le microscope montre l'importance de ces lésions vasculaires. Les vaisseaux, artères, veines et capillaires, sont fortement dilatés et remplis de globules sanguins. Leurs parois peuvent être normales et il s'agit alors de congestion simple ; le plus souvent elles sont infiltrées de leucocytes qui forment autour du vaisseau un véritable manchon, ou sont accumulés sous forme de nodules infectieux. Gette endopérivascularite peut aboutir à la thrombose, que Klebs considère à tort comme la lésion fondamentale de la maladie de Landry. Souvent il se produit des hémorragies, ou de petits foyers de ramollissement;
(1) Œttinger et Marinesco, De l'origine infectieuse de la maladie de Landry (Sem. méd., 1895).
(2) Marie et Marinesco, Soc. méd. des hôp., 18 octobre 1895.
(3) Bodin, Essai sur les paralysies ascendantes aiguës. Th. de Paris, 1896. (4; Gourmont et Bonne, Arch. de neurol., 1899, t. [I.
exceptionnellement tonte la moelle prend un aspect puriforme (Marie et Marinesco).
La méthode de Nissl montre dans les cellules des modifications multiples (OEttingcr et Marinesco, Marie et Marinesco, Ballet et Dutil (1), Remlinger, Bailey et Ewing (2), Courmont et Bonne). Les éléments chromatophiles disparaissent, soit à la périphérie, soit autour du noyau, soit en un point de la cellule. Outre cette chromatolyse il se forme des vacuoles. Le noyau se colore mal ; de central il se déplace vers la périphérie, fait saillie à la surface de la cellule et peut être expulsé du corps cellulaire. Le cylindraxe est tuméfié; les prolongements protoplasmiques sont rompus, cassés, fragmentés. Les cellules névrogliques sont en prolifération. Dans la substance blanche, généralement moins touchée, le cylindraxe est augmenté de volume; la myéline, d'abord fragmentée, se résorbe ensuite.
En résumé, il s'agit dans ces cas d'une myélite suraiguë revêtant des aspects divers, suivant l'intensité respective des altérations parenchymateuses, vasculaires et interstitielles, et suivant leur répartition. Les lésions ne sont pas toujours exclusivement médullaires, elles peuvent être à la fois médullaires et névritiques; les symptômes cérébraux observés chez quelques malades semblent prouver que tout l'axe cérébro-spinal peut être envahi, d'où la très grande variabilité de la symptomatologie et de l'évolution clinique.
Lorsque les modifications cellulaires se bornent à de la chromatolyse, à l'excentricité du noyau, elles sont comparables à celles qui se produisent après la section d'un nerf ou même au cours de quelques névrites : elles sont secondaires plutôt que primitives.
SYMPTOMATOLOGIE. — La description suivante s'applique plus particulièrement à la maladie de Landry par lésion médullaire.
La paralysie ascendante se rencontre le plus souvent chez l'homme, très rarement chez la femme. C'est une maladie de l'âge adulte : dix-neuf, vingt, vingt-deux, vingt-trois, trente-trois, trente-six (deux observations), cinquante-huit ans.
Le début de la maladie est essentiellement variable suivant les cas : le malade de OEttinger et Marinesco est frappé au cinquième jour de l'évolution d'une variole bénigne ; celui de Ballet et Dutil souffrait de la grippe; le malade de Remlinger avait eu huit accès d'impaludisme. Dans tous les autres cas, la maladie avait frappé l'individu en bonne santé. Parfois elle s'annonce pendant vingtquatre à quarante-huit heures par des troubles de la santé générale. La température s'élève à 38°, 39°; avec la fièvre apparaît un malaise général, parfois aussi des vomissements (Ballet et Dutil, Bailey et Ewing); parfois aussi les douleurs ouvrent la scène, dou-
(1) Ballet et Dutil, Soc. méd. des hôp., 25 octobre 1895.
(2) Bailey et Ewing, The New-York med. Journ., 4 et 11 juillet 1896.