‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 11 sur 153 · DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC

la cachexie progressive (68) , les maladies infectieuses : fièvre typhoïde (11), fièvre éruptive (19), la diphtérie (4), les affections cérébrales (14).

ASSISTANCE ET MÉDECINE LÉGALE. — Les impulsions nombreuses auxquelles sont sujets les idiots, que nous avons énumérées et qui les poussent à commettre des actes criminels ou répréhensibles : homicides, viols, incendies, violences envers les animaux, actes de bestialité, etc. ; leur inconscience qui en fait des instruments faciles entre les mains des criminels ; enfin la possibilité reconnue partout aujourd'hui de les améliorer dans une proportion variable et qui peut aller jusqu'à les amener au niveau de la normalité moyenne, sont autant de raisons puissantes qui plaident en faveur de V assistance, du traitement et de Véducation des idiots intellectuels et moraux de toutes les catégories.

L'étude des idioties soulève des considérations intéressantes au point de vue médico-légat : examen des actes commis par les idiots, les imbéciles, les arriérés, intellectuels et moraux ; appréciation de leur responsabilité ou même mise en évidence de leur irresponsabilité ; examen des actes dont ils sont victimes ; valeur de leur témoignage, etc. Chacun sait qu'il faut toujours se méfier du témoignage des enfants, à plus forte raison de celui de ces malades, adultes et enfants. C'est donc par une méconnaissance surprenante de la réalité des faits qu'on voit des administrateurs et des magistrats invoquer leurs dires, prendre des mesures administratives ou judiciaires, sans les vérifier scrupuleusement, sans faire appel au médecin qui, seul, connaissant leurs antécédents héréditaires et personnels et leur état mental, est en mesure de donner un avis sérieusement motivé.

DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC. — Les descriptions qui précèdent suffiront pour reconnaître l'idiot de l'individu normal et pour distinguer les unes des autres les différentes formes et les diverses variétés des idioties. Nous nous bornerons donc à une simple énumérafïon des premiers signes qui permettent de poser un diagnostic précoce : accès de cris ou cris continuels, nuit et jour, dès la naissance; prise du sein difficile ou impossible; mollesse des muscles du cou qui laisse en quelque sorte flotter la tète ; puis inertie ou lenteur des mouvements des membres, regard sans expression, indifférence aux excitations affectueuses. L'enfant ne gazouille pas, n'essaie point de se servir de ses mains, de se tenir sur les jambes. La denlition est en relard. Si à ces indices s'ajoutent des troubles physiques ou psychiques au cours de la grossesse, des mouvements fœtaux violents, des complications durant l'accouchement, l'asphyxie à la naissance, enfin des convulsions à ce moment ou dans les jours qui suivent, le doute n'est plus permis sur l'anormalilé de l'enfant.

62 BOURNEVILLE. — ENCÉPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

A partir d'un an, l'absence de parole, de toute tendance vers la propreté, d'attention, l'insuccès des tentatives faites pour apprendre à l'enfant à se servir de ses mains, à marcher, même à se tenir debout inquiètent la famille. Le médecin est appelé. Peu au courant des maladies chroniques du système nerveux des enfants, il ne voit pas la gravité du mal. Il temporise, se borne à de vagues conseils, alors qu'il faudrait, dès celte époque, intervenir énergiquement, comme nous allons le démontrer. — Le pronostic est lié au degré de l'idiotie et à la bonne ou mauvaise direction du traitement.

TRAITEMENT. — I. Traitement médico-pédagogique. —

Le traitement médico-pédagogique, pour obtenir son maximum de résultats, ne peut être appliqué que, hors de la famille, dans un établissement spécial. Là, en effet, l'enfant soumis à une éducation collective, la seule qui lui convienne, évoluant au milieu d'êtres de son niveau intellectuel, qu'il comprend et dont il se fait comprendre, s'habitue à vivre en société et perd peu à peu celte peur instinctive « des autres •>■>, qu'avaient peut-être aggravée les railleries dont il s'était senti longtemps l'objet. Cet isolement des siens supprime en même temps tout danger, sinon de contagion, au moins d'imitation pour ses frères et sœurs, surtout au point de vue des perversions (onanisme, coprolalie, onychophagie, tics, etc.), ainsi que les conséquences des impulsions dangereuses.

Ce traitement, basé sur l'éducation physiologique, devra être commencé de bonne heure, nous dirons volontiers dès que les premiers signes de l'idiotie ont été constatés, en tous cas dès l'âge de deux ans. Plus le sujet sera jeune, plus grandes seront les chances de réussite : on ne dresse pas un vieux cheval, on ne dirige pas un vieil arbre. Bien que nous ayons souvent obtenu chez des idiots adolescents une amélioration inespérée, il est quelquefois trop tard pour agir efficacement; en tout cas, la lâche est plus laborieuse. On doit alors traiter non seulement l'état mental primitif, mais encore toutes les mauvaises habitudes qu'on a laissé prendre à l'enfant. L'évolution de la puberté augmente encore les difficultés.

Avant d'entreprendre tout essai de traitement, il faut d'abord se rendre compte de l'état général de l'enfant, tant au point de vue physique qu'au point de vue intellectuel et moral. Cette sorte d'inventaire indique la marche à suivre dans l'utilisation de la méthode. Au bout de quelques mois de traitement, nous pouvons, en nous y reportant, mesurer le chemin parcouru et relever les points où le succès n'a pas couronné les etforts.

Au point de vue pédagogique, nous distinguons trois grands groupes d'idiots :

Les idiots complets, atteint dans leur état physique, intellectuel et moral, et réduits à la vie purement végétative;

Les idiots intellectuels, atteints dans leur intelligence, mais possédant, plus ou moins développées, les fonctions de la vie de relation (idiots profonds, imbéciles et arriérés) ;

Et enfin les idiots moraux, atteints dans leur sens moral, mais dont l'intelligence peut être plus ou moins intacte.

Cette classification a l'avantage de tracer elle-même un plan rigoureux qui facilitera l'exposition du traitement.

A. Éducation physiologique. — 1° Hygiène et éducation des fonctions de la vie organique. — a. Digestion. — Régularité dans les heures des repas, régime rigoureux, lenteur dans l'ingestion des aliments; distraire l'enfant aussitôt le repas terminé, pour prévenir ou faire disparaître le mérycisme, mise régulière sur le siège après chaque repas, avant le coucher, au milieu de la nuit et après le lever, ainsi que quelques minutes avant le moment où l'enfant peut avoir l'habitude de gâter (nuit et jour), douches ano-périnéales. L'éducation des lèvres pour empêcher la bave, des mâchoires pour régulariser la mastication, sera traitée plus loin.

b. Respiration et circulation. — Vie en plein air, vêtements amples et exercices divers, que nous reverrons plus loin à propos de la parole.

2° Éducation des fonctions de la vie de relation. — a. Système musculaire. — Avant de procéder à l'éducation proprement dite du système musculaire, il est nécessaire de préparer les organes à l'activité réelle, au moyen du massage et des exercices passifs des jointures. — Avec la station debout plus ou moins prolongée, nous donnons la notion d'équilibre ; la balançoire à tremplin vertical, les barres parallèles à hauteur et écartement variables précèdent le chariot avec lequel débute la marche. Des escabeaux divers apprennent la montée et la descente d'un escalier, ainsi que le saut. Un appareil composé de deux montants, rappelant la forme d'une échelle, et portant en guise d'échelons des planchettes, disposé horizontalement, habitue à la régularité du pas et à l'écartcment correct des jambes en marchant. Cet appareil est bientôt remplacé par de simples traits faits à la craie sur le plancher.

L'éducation de la main commence par l'enseignement de la préhension à l'aide de planchettes, de cylindres, de sphères, d'épaisseur et de diamètre variables. Les échelles jumelles, les ressorts, les cordes élastiques, la suspension aux échelles horizontale, oblique, convexe, la barre d'entraînement collectif nous font passer de la théorie à la pratique, que perfectionnent encore, en intéressant plus particulièrement les doigts, les exercices du cône et du prisme à chevilles, de la boîte à trous, des boutons à lige, le pétrissage de l'argile, qui peut aller jusqu'au modelage d'une forme simple, telle qu'une sphère, un œuf, une poire, etc.

A mesure que notre idiot se développe, les exercices deviennent de

64 BOURNEVILLE. — ENCÉPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

plus en plus compliqués. La barre d'entraînement collectif a préparé les mouvements d'ensemble, qu'il faudra recommencer avec les haltères, les massues, les barres à sphères, les ressorts, les cordes élastiques, les échelles jumelles et les mains libres. En accompagnant ces divers exercices au moyen d'un tambour, d'un piano, d'une fanfare, d'un chant bien rythmé, on obtient une cadence régulière. Peu à peu, nous arrivons ainsi à une gymnastique qui se rapproche sensiblement de celle des enfants normaux. On ne doit cependant jamais recourir au trapèze, à la barre fixe ou à tout autre agrès dangereux pour des malades sujets à de brusques défaillances musculaires et quelquefois à des vertiges et à des accès.

La faiblesse du muscle orbiculaire des lèvres est traitée au moyen de l'électrisation et à l'aide de bâtonnets qu'on exerce l'enfant à maintenir sans l'intervention des dents (Voy. Education de la parole).

La projection sur un écran, au milieu d'une salle obscure, d'un rayon lumineux que l'on fait se déplacer plus ou moins rapidement, est utilisée pour procéder à l'éducation des muscles de l'œil.

Enk-e temps, comme pour mettre en pratique l'activité ainsi obtenue, il faut enseigner le déhoutonnage, le boutonnage, le laçage, le nouage, l'agrafage, tous exercices qui amènent insensiblement au déshabillage et à l'habillage proprement dit. C'est en apprenant d'abord à se laver les mains qu'on peut arriver progressivement à s'occuper des soins de la toilette. Ouvrir et fermer une porte, mettre une clef dans la serrure, tirer et pousser un tiroir, etc., voilà encore des sujets de leçons. Notre but n'est-il pas de permettre à l'enfant de se passer un jour de tout aide dans les mille détails de la vie ?

Les jeux que nous choisissons de préférence sont les jeux qui, tout en amusant, contribuent à parfaire l'éducation ébauchée des muscles et à préparer celle de la vue : à recommander le cerceau, la corde pour la course et le saut, le ballon, le passe-boules, le tonneau, le croquet, les raquettes, les tambourins, les grâces pour la main.

Le traitement, ainsi qu'on le voit, ne souffre pas d'interruption. Il commence au lever, pour se continuer aux divers repas, par le maniement de la cuiller, de la fourchette, du verre, de la serviette, et se poursuivre même en récréation.

Les premiers travaux manuels trouvent ici leur place : en première ligne nous devons placer l'entretien de la propreté des vêtements et de la chambre, la confection du lit ; au dehors l'exercice de la brouette, de la pompe à balancier, du ratissage des allées, du bêchage, du sciage, pour aboutir en peu de temps, avec les garçons, à l'apprentissage d'un métier facile, et, avec les filles, aux travaux de ménage et de cuisine, de repassage et de couture. Par ces diverses occupations, l'enfant a subi déjà un commencement d'éducation sensorielle que nous perfectionnerons plus tard. De môme son activité, d'abord simplement imitative, devient spontanée, et ainsi apparaissent les pre-

mières lueurs de l'intelligence, les premières tentatives de volonté réfléchie. — La gymnastique alterne maintenant avec la danse et, dans certains cas, l'escrime pourra être utilisée.

3° Éducation des sens. —a. Toucher. — Aux exercices déjà mentionnés à propos de l'éducation de la main, nous ajouterons : la comparaison de la râpe avec le satin, d'une surface plus ou moins rugueuse avec une autre plus ou moins lisse, en atténuant de plus en plus les différences à mesure que les sensations tactiles paraîtront se développer ; la comparaison d'un corps chaud avec un corps froid, pour la température, d'une boule de cuivre avec une boule de liège pour la pesanteur. S'il s'agit d'un idiot aveugle, on devra appuyer davantage sur les exercices ayant rapport à la forme des objets et à la distance, exercices que le voyant fera plus efficacement au moment de l'éducation de la vue. — Veiller à ce que la main soit dans un état constant de propreté, qu'il n'y ait pas d'onychophagie (applications de tein tures amères, coloquinte, acide picrique, et surtout surveillance). Faire porter des gants à ceux dont l'épiderme a une tendance à s'épaissir sous l'action de l'air.

b. Vue. — Les projections seront de nouveau mises à contribution r le rayon lumineux aura une forme précise (cercle, carré, triangle, etc.) et une couleur donnée ; procéder toujours par contrastes. Après les projections viennent, en pleine lumière, le tableau des couleurs avec planchettes à superposer, le tableau des surfaces en creux avec planchettes s'y adaptant, le tableau des surfaces à représentations graphiques de trois grandeurs différentes, le tableau des volumes au lavis avec, à côté, les volumes correspondants de trois grandeurs également : ce qui donne à l'enfant les notions de différence, de ressemblance, déforme, de grandeur, d'épaisseur, etc., l'amène à reconnaître sur un dessin un objet usuel, sur une photographie une personne de son entourage, et le prépare merveilleusement à la lecture des lettres et des chiffres. Les dominos en couleurs, les dominos ordinaires, les cartes à jouer sont mis à contribution, conjointement avec les jeux déjà employés pour ébaucher l'adresse de la main. A ajouter encore le découpage de feuilles de carton mince suivant une direction, un dessin donnés; l'enfilage de boules dans une baguette, le passage d'une ficelle dans un trou, d'un lacet dans un passe-lacet, et plus tard d'un fil dans une aiguille.

c. Ouïe. — S'assurer d'abord de la propreté de l'organe, voir ses maladies antérieures et les lésions chroniques qu'elles ont pu déterminer, ne pas trop vite conclure à la surdité. Provoquer l'activité sensorielle par l'exercice des cloches plus ou moins éloignées, du piano, du violon, de la flûte ; habituer l'enfant à obéir à la voix de son maître, et, par suite, à comprendre les ordres brefs dans les mouvements élémentaires de gymnastique, par exemple ; à sentir en un mot le rapport du son avec l'idée.

Traité de médecine. IX- — 5

G6 BOURNEVILLE. — ENCEPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

d. Goûl. — Veiller à la propreté de la bouche (langue et dents) ; surveillance rigoureuse pour faire perdre les habitudes de salacité ; exercices des saveurs (sucre et sulfate de quinine, puis saveurs intermédiaires, sirops, sel, rhubarbe, etc.).

e. Odorat. — Débarrasser les fosses nasales des mucosités pouvant gêner la fonction ; exercices des odeurs (assa fœtida et essence de rose, puis acide acétique, eau de Cologne, etc.). Ce sens est souvent très développé chez les idiots flaireurs. Pour cette catégorie de malades, ces exercices sont moins indispensables.

4° Éducation de la parole. — Elle tient à la fois de la physiologie (éducation des organes) et delà psychologie (éducation de la fonction, et par suite de l'attention et de l'imitation). Elle ménage donc une transition naturelle entre l'éducation physiologique et l'éducation psychologique.

a. Éducation des organes. — «. Appareil respiratoire : Échelle convexe, suspension par les bras et projection du corps en avant ; échelles jumelles, mêmes mouvements; ressorts et cordes élastiques, mouvements horizontaux des bras, en portant successivement en avant les extrémités inférieures ; reprendre ces mêmes exercices avec les haltères, les massues ; barres à sphères : les mains aux extrémités, faire passer la barre de la partie abdominale à la partie lombaire; les coudes maintenus en arrière au moyen de la barre, faire exécuter sur place et en avant des mouvements de marche et de pas gymnastique en faisant alterner l'inspiration nasale avec l'expiration buccale ; traction de la brouette plus ou moins chargée ; enfin, mais avec précaution, suspension par les quatre membres aux barres parallèles ordinaires; entre temps, exercices de l'aspiration maximaetde l'expiration prolongée.

p Mâchoires : Faire ouvrir et fermer la bouche passivement d'abord, puis par imitation et sur ordre.

y. Langue: Tractions rythmées; faire tirer la langue, la rétracter, la porter au dehors, en haut, en bas, à droite, à gauche, la placer derrière les dents supérieures, la mettre en gouttière, etc. ; pour diriger ces divers exercices, nous nous servons soit d'un abaisselangue, soit d'un couteau à papier; comme pour les mâchoires, nous faisons intervenir, dès que c'est possible, l'imitation et le commandement.

o. Lèvres : Massage par tapotement, électrisation, exercice du bâtonnet maintenu par les lèvres seules ; rapprocher et éloigner les commissures des lèvres, faire retenir, par l'occlusion complète des lèvres, l'air rejeté par les poumons.

e Souffle : Faire gonfler un ballon de baudruche, de caoutchouc, souffler une bougie de plus en plus éloignée, pousser du souffle une bille sur la planche à rainures, etc.

b. Éducation de la fonction. — Il s'agit maintenant de provoquer

l'émission d'un son: tout à coup, au milieu de ces exercices de mimique, les lèvres étant bien fermées, le maître les ouvre brusquement en articulant ma ou pa. L'enfant étonné s'arrête, et s'il ne répète pas immédiatement, comme par une sorte de réflexe, le mouvement sonore qu'il vient d'entendre, il en gardera le souvenir et, dans ses jeux, alors qu'il se croit loin de son maître, il le reproduira et peu à peu l'exécutera par imitation et sur ordre. Dès lors il n'y a plus qu'à s'occuper de la classification pour l'acquisition des autres articulations.

Nous commençons toujours par celles que l'enfant a une tendance à émettre plus facilement. L'ordre à suivre peut avoir pour base la position de l'organe intéressé. On peut débuter, comme le faisait Séguin, par les articulations extérieures ou labiales, pour finir par les articulations profondes ou gutturales :

1° Labio-nasale m ;

2° Labiales pures/?, b ;

3° Labio-den taies /, y;

4° Dentales /, d ;

5° Dento-linguales s, z, ch,j ,

6° Linguale pure /;

7° Linguo-nasale n;

8° Linguo-gutturales k, g ;

9° Gutturale pure r.

Nous préférons la classification de M. J. Boyer, qui a servi de base à sa nouvelle méthode de lecture spécialement composée pour les idiots et qui repose sur la division en articulations fortes et en articulations faibles (1). Elle a l'avantage de procéder par contrastes :

lrc série : m, p, t, k, /, f, s, ch ;

2e série : n,b, d, g, r, v, zj;

3e série : Articulations complexes : tr, x, ps, etc.

A signaler la classification Goguillot, en usage pour les sourdsmuets.

Quel que soit l'ordre adopté, ce ne sont pas les voyelles, mais les syllabes simples redoublées qui, dans l'articulation, forment l'objet des premiers exercices. Dans beaucoup de cas, c'est par un mot complet, même à syllabes complexes, qu'apparaît la première manifesta tion de la parole. Il est bon alors, au lieu de s'en tenir simplement à la lettre même de la méthode, de tâcher de provoquer l'acquisition d'autres mots usuels en les répétant sans cesse et en montrant en même temps l'objet auquel ils correspondent, ou en le faisant apparaître dans une projection lumineuse. Nous songeons à recourir au cinématographe pour montrer à l'enfant les mouvements à effectuer pour l'émission d'un son, ou l'articulation d'une syllabe et d'un mot.

(1) Voy. J. Boyeii, Nouvelle méthode de lecture, Paris, 1901, au Progrès médical.

68 BOURNEVILLE. — ENCÉPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

11 faut accepter provisoirement le vocable tel que notre malade le prononce ou le crée, quelque bizarre qu'il soit, pourvu qu'il ait à ses yeux une signification. La parole est acquise le jour où il exprime une idée par un son articulé. Noms, adjectifs, verbes à l'infinitif, tels sont les éléments des premières phrases. Quelques idiots n'iront pas plus loin. Si nous constatons un défaut de prononciation, la cause même de ce défaut (paresse des lèvres, de la langue, etc.) nous indiquera l'organe qu'il faudra plus particulièrement exercer pour y remédier.

B. Éducation psychologique. — Elle a commencé avec l'éducation physiologique, et les exercices qui avaient pour but le développement des organes et de leur acuité fonctionnelle ont déjà fait naître la première des manifestations de l'intelligence, Yattention. Sans elle nous n'aurions du reste pas abouti. L'attention tactile, comme Y attention visuelle et Yatlention auditive, seront soumises à un entraînement plus intense à mesure qu'augmenteront la force de résistance et la capacité d'acquisition de l'enfant. Les exercices seront plus prolongés, on s'arrêtera plus longuement sur le même objet, et comme l'enfant sait maintenant parler, on lui fera évoquer les sensations passées par des questions habilement posées : dans ce travail nouveau pour lui se manifesteront l'attention subjective ou réflexion, Yabslraclion, la généralisation et Yassocialion des idées.

En donnant à l'enfant des sensations précises, nous en rendons le souvenir plus tenace et elles se transforment d'autant plus facilement en perceptions, en idées, en notions. La mémoire y trouve son compte, puisque l'emmagasinement des idées s'effectue sans désordre, ni confusion ; surtout, gardons-nous, sous prétexte que l'enfant a une excellente mémoire auditive (c'est le cas de beaucoup d'idiots), de ne rien lui faire apprendre qui ne soit préalablement compris. Que les morceaux de récitation ne soient que des phrases courtes et claires, sans prétention littéraire, mais renfermant des idées à sa portée, une connaissance utile à acquérir, une petite leçon de morale. Chez les idiots les plus atteints et que l'éducation physiologique n'amende que lentement, contentons-nous, au début, de leur apprendre leur place à table, au réfectoire, en classe, le nom des personnes avec lesquelles ils vivent, des objets qu'ils manient à chaque instant. Manœuvrons en sorte que toutes les mémoires se portent réciproquement secours pour l'évocation d'une sensation passée et ne négligeons pas plus la mémoire motrice que la mémoire tactile.

L'imagination ne peut se développer qu'à la faveur de la netteté des sensations, des perceptions, des idées. Son éducation se fait donc conjointement avec celle de l'attention et de la mémoire. Quant au jugement et au raisonnement, les leçons de la classe seules pourront les faire naître et en prévenir les écarts.

Classe. — Les notions usuelles, que l'enfant normal acquiert sans s'en douter dans la pratique journalière de la vie, ont besoin de donner lieu pour l'idiot à de véritables leçons; il faut lui apprendre la division du temps, d'où vient le pain qu'il mange, le vêtement qu'il porte, les pierres qui l'abritent, ne rien laisser en lui, sur lui, autour de lui d'ignoré. Lui montrer tout, à défaut de l'objet, l'image, et si c'est possible l'image lumineuse par des projections. Les promenades sont, pour l'acquisition des connaissances usuelles, d'un grand secours. Elles ne doivent être qu'une classe ambulante ; du reste, si nous n'allons pas trop loin, nous emmenons avec nous le tableau roulant. Dans une sorte de musée, dont les éléments sont fournis en partie par les enfants eux-mêmes, nous leur faisons classer ce qu'ils trouvent et nous en faisons l'objet de la prochaine leçon de choses. Nous les faisons assister à tous les travaux possibles (ateliers divers, constructions, jardinage, etc.), nous les y faisons participer, en un mot nous ne laissons jamais échapper une occasion de maintenir en éveil leur activité.

Une méthode spéciale de lecture a été, nous l'avons dit, composée par M. J. Boyer pour cette catégorie d'enfants : la classification des sons vocaux et articulés est basée sur la difficulté d'émission et d'imitation ; des illustrations simples et claires l'accompagnent. Mais avant de recourir au Syllabaire, nous utilisons de grosses lettres en bois que nous faisons placer, sans les nommer, sur leur représentation imprimée, afin d'habituer notre élève à la forme des signes. A maintes reprises, certains enfants sont arrivés, bien que ne sachant pas lire, à reconnaître un mot entier désignant un objet usuel, à force de voir ce mot placé en étiquette sur l'objet lui-même ; même en l'absence de l'objet, ils reconnaissaient ainsi plusieurs mots. De cette lecture synthétique, nous passons ensuite, avec plus de succès, à la méthode analytique ordinaire {exercice des mots).

Nous menons de front lecture et écriture, ne nous lassant jamais de faire tracer par l'enfant lui-même, dès qu'il le peut, les mots qu'il vient de lire; il en garde ainsi non seulement l'image auditive et visuelle, mais encore l'image motrice.

'L'écriture, à ses débuts, se confond avec le dessin ; elle ne s'en sépare que lorsque apparaît la lettre proprement dite. Faire d'abord usage du tableau noir; de la double règle qui guide la main des deux côtés, pour le tracé de la verticale et de l'horizontale; de la règle simple, et enfin de points de repère. Ensuite, sans aide, ni règle, ni point de repère, tracer 1° une verticale; 2° une horizontale; 3° leur combinaison; 4° réunir leurs extrémités opposées pour engendrer l'oblique ; 5° carré avec diagonales ; 6° horizontale sous-tendant un arc; 7° verticale sous-tendant un arc; 8° carré dont chacun des quatre côtés sert de corde à un arc ; 9° circonférence et ellipse

70 BOURNEVILLE. — ENCÉPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

10° combinaisons de lignes droites et de lignes courbes, et par suite lettres. Nous adoptons l'écriture droite, qui se rapproche davantage des caractères imprimés, et ne donne pas, comme l'écriture penchée, l'habitude d'une mauvaise position. Faire écrire un nom connu, sous la dictée, de souvenir, est un des exercices le plus à recommander, dès qu'il est possible.

Le dessin consiste à faire reproduire d'après modèle d'abord, de souvenir ensuite, les figures géométriques usuelles, le schéma des objets usuels ; pousser l'entant à dessiner d'après nature, c'est le moyen de donner corps à l'impression visuelle qu'un objet produit sur lui et rendre ses perceptions plus exactes et plus complètes.

En grammaire, nous nous occupons d'abord du nom, puis de l'adjectif, enfin des verbes exprimant l'action, mais seulement au présent, au passé indéfini et au futur simple. Faire un grand usage de questions écrites sur ce que l'enfant a fait, a vu, fait ou fera en promenade ; c'est par là que débute la composition pour arriver insensiblement à la lettre à la famille.

Calcul : Donner l'idée de nombre par la comparaison d'une unité avec une collectivité (billes, marrons, bâtonnets) ; se servir du casier à chiffres, du boulier vertical, imaginé par M. J. Boyer; de chiffres en bois avec tableau de superposition ; écriture et lecture des chiffres de 0 à 9; opérations concrètes, petit problème sur choses usuelles; système métrique au moyen d'un compendium ; notions pratiques : faire mesurer la distance de la classe au réfectoire, peser les légumes récoltés, cuber le bois scié, faire de petites ventes fictives avec monnaie à rendre, etc.

De V histoire et de la géographie, nous nous bornerons à dire que nous partons du connu pour aller à l'inconnu, que nous étudions d'abord les lieux que nous habitons, pour en arriver successivement à la commune, au canton, etc. ; de même que nous nous occupons des faits contemporains avant de raconter l'histoire du passé. De celte façon, si nous ne pouvons pas aller bien loin, le peu que nous aurons acquis pourra être utilisé. Des projections viennent animer nos récits. Une carte en relief, et représentant un paysage idéal, nous sert pour l'explication des termes géographiques.

On doit tâcher de cultiver les quelques aptitudes que peut présenter l'idiot; se méfier cependant de la musique qui peut être un excellent dérivatif pour les idiots moraux, mais qui peut aggraver l'état des idiots à balancements, si l'on n'exerce sur eux une surveillance rigoureuse.

C. Éducation des instincts. — Nous plaçons en cet endroit cette partie du traitement, parce qu'on ne peut réellement faire œuvre d'éducation au point de vue des instincts que lorsque l'édu cation psychologique a donné quelques résultats. Tandis que, pour l'idiot complet, notre rôle se borne à le proléger contre sa propre

ignorance, nous apprenons à l'idiot intellectuel ou moral à tirer bénéfice de l'expérience de tous les jours.

a. Instinct de conservation. — L'expérience personnelle ne suffirait pas pour donner à l'idiot la notion de danger, l'expérience des autres doit venir s'y ajouter; encore un avantage du traitement médico-pédagogique collectif. En faisant remonter à la cause de la sensation douloureuse ou simplement désagréable, nous mettons l'enfant dans la possibilité de l'éviter à l'avenir.

b. Instinct génésique. — Quel que soit l'âge de l'idiot, et surtout quand il est jeune, car à ce moment l'onanisme est plus néfaste, l'examen attentif et fréquent des organes génito-urinaires est de rigueur absolue; leur maintien dans un état constant de propreté suffit dans certains cas pour faire disparaître l'onanisme. Les moyens mécaniques n'ont jamais donné de résultats durables, c'est ici que l'on doit employer la suggestion à l'état de veille, puisque notre malade comprend maintenant; faisons-lui craindre l'aggravation de son état, imaginons même des exemples parmi les malheureux que nous pourrons lui montrer. Comme moyens préventifs, opposons-nous au décubitus abdominal, poursuivons-le d'une surveillance incessante de nuit et de jour jusqu'aux water-closels, ne le laissons jamais livré à lui-même, qu'il ne passe pas ses récréations à s'isoler, qu'il coure, qu'il joue, sans se cacher, avec ses camarades, avec ses maîtres, que ses journées soient tout entières occupées à un travail qui amène, dès qu'il sera couché, un sommeil réparateur. Que l'on procède à un choix judicieux des exercices de gymnastique, que l'on se méfie de la corde lisse, de la perche et des jeux où pourrait se produire un frottement dangereux. Ces diverses précautions préviennent et combattent avec le même succès les inversions comme les perversions.

c. Instinct de sociabilité. — Le fait de vivre dans un milieu qui ne rebute pas son ignorance et ne se moque pas de ses maladresses, fait naître chez l'idiot l'instinct de sociabilité. Nous lui avons démontré que, lui aussi, pouvait quelque chose, nous avons fait naître la confiance en lui-même et si nous lui manifestons une affection protectrice, si nous lui inspirons de la sympathie, il s'habituera à aimer en nous la société, dont il s'était jusque-là effrayé. Il la sentira même indispensable s'il ne voit autour de lui qu'aide et protection.

D. Traitement moral. — En nous occupant des instincts, nous avons appliqué le traitement moral. Nous le compléterons en pratiquant sur lui la suggestion de l'exemple. Nous avons fait de l'idiot un être imitalif, soyons pour lui un modèle sur lequel il réglera toute sa conduite. C'est surtout quand il s'agit de l'idiot moral, cet antisocial, que ces précautions ont de l'importance.

Arrivé à ce point d'amélioration, l'enfant a la notion du moi et du

72 BOURNEVILLE. — ENCEPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

non moi; il acquerra le sentiment de la propriété en le chargeant luimême de l'entretien des objets dont il a besoin ; il prendra des habitudes d'ordre, si Ton s'arrange à le mettre quelquefois clans l'embarras à la suite d'une négligence quelconque ; il se gardera de pousser le sentiment de la propriété jusqu'à la kleptomanie, si on le rend victime de représailles; le même procédé fera disparaître la claslomanie, la pyromanie destructive, la cryptomanie, etc. L'éducation de l'instinct de sociabilité aura habitué l'idiot à ne pas penser qu'à lui : Yéyo'isme disparaîtra en lui donnant le sentiment de la faiblesse dont est frappé l'être isolé. — La colère s'atténue devant un maître ou un surveillant qui a toujours son sang-froid et qui sait oublier au moment voulu. — A propos de la volonté, nous ferons observer combien le traitement moral n'est en somme que la résultante des autres traitements ou des autres procédés d'éducation. Notre idiot sait maintenant vouloir quand il faut, puisqu'il sait mettre en activité ses organes ; sa volonté n'est plus négative, elle est active puisqu'il est capable d'aller chercher ce dont il a besoin. Dans un travail donné, laissons-le seul en présence d'une difficulté, répétons le plus souvent possible l'expérience, guidons-le au début, et petit à petit laissons flotter les rênes, c'est le seul procédé à employer pour faire naître la spontanéité.

Le bien, le mal seront pour notre malade le permis et le défendu; à mesure qu'il s'améliorera, ce sera l'utile et le nuisible, et si nous avons su faire œuvre de médecin et d'éducateur, l'idiot arrivera à identifier le bien avec ce qui le fera aimer de ceux qui le traitent et l'éduquent et de la société, et à voir le mal dans tout ce qui pourrait lui aliéner l'affection dont il a tant besoin. Notre ambition ne va pas plus loin.

II. Thérapeutique médico-pharmaceutique. — Des bains fréquents, l'hydrothérapie presque quotidienne, les toniques, les médicaments antiscrofuleux et des soins hygiéniques constants occupent le premier rang.

Nous n'avons pas à revenir sur les différentes formes de gymnastique, le massage, les exercices des jointures, sur lesquels nous avons insisté précédemment.

Contre la complication la plus fréquente de l'idiotie, c'est-à-dire l'épilepsie, après avoir essayé un grand nombre de médicaments, nous considérons que c'est le polybromure, l'hydrothérapie, les bains, les purgatifs et le travail manuel qui rendent le plus de services dans l'épilepsie convulsive. Le bromure de camphre (camphre monobromé) s'est montré très efficace dans la majorité des cas d'épilepsie vertigineuse. Lorsque coexistent les accès et les vertiges, nous administrons simultanément l'élixir polybromure et les capsules de bromure de camphre.

Traitement thyroïdien. — Nous l'avons employé, dès son introduction en thérapeutique, chez les idiots myxœdémaleux avec des

résultats vraiment très remarquables. L'administration de la glande thyroïde du mouton a déterminé un éveil de l'intelligence qui a favorisé le traitement médico-pédagogique; elle a modifié puissamment la nutrition, ce qui s'est traduit par un accroissement progressif de la taille et une diminution de l'infiltration graisseuse exagérée. Il s'en est suivi que nous avons été amené à prescrire la glande thyroïde chez les idiots et les imbéciles atteints de nanisme et chez les malades offrant une obésité plus ou moins prononcée (idiots polysarciqaes). Dans ces deux derniers groupes, comme dans le premier, nous avons obtenu, dans la plupart des cas, une amélioration considérable. Dansquelques-uns, l'ingestion de la glande n'a été d'aucun effet. La radiographie nous en a fourni l'explication en nousmontrantque l'ossification des cartilages n'existait pas encore dans tous les cas où nous enregistrions un accroissement de la taille, tandis qu'elle était complète chez les malades dont la taille n'était que médiocrement ou pas du tout modifiée.

III. Traitement chirurgical. — La eraniectomie, pratiquée dès 1877 par le D1' Fuller (de Montréal) puis peu après par un autre chirurgien américain, proposée par M. Guéniot (1891), a été surtout mise en vogue à partir d'une communication de M. le professeur Lannelongue à l'Académie des sciences (1891). Elle reposait sur une hypothèse, la synostose prématurée des os du crâne, hypothèse qui est tout à fait en contradiction avec l'anatomie pathologique. En effet, sur 565 crânes de sujets au-dessous de vingt-cinq ans que nous avons dans notre musée de Bicêtre, il n'y a que 24 cas de synostose partielle et un seul cas de synostose complète. La eraniectomie, qui ne nous paraît indiquée que dans des cas tout à fait exceptionnels, n'a jamais guéri un cas d'idiotie, elle a ajouté des lésions nouvelles aux lésions anciennes et, après une période d'engouement, elle paraît aujourd'hui à peu près complètement abandonnée. Les lésions que nous avons décrites expliquent surabondamment Yinutilité du traitement chirurgical, dans la cure de l'idiotie.

Le traitement médico-pédagogique, tel que nous l'avons institué, en nous inspirant souvent des idées de Séguin, rend des services incontestables dans l'immense majorité des cas, pouvant aller, nous le répétons, jusqu'à amener le malade au niveau moyen, qu'il s'agisse de V idiotie congénitale ou de Vidiotie acquise (1).

Nous citerons, en terminant, l'application des appareils orthopédiques chez les hémiplégiques et les paraplégiques affectés de pieds bots, avec ou sansténotomie préalable, et le traitement chirurgical de la maladie de Little. On sectionne par la voie sous-cutanée tous les muscles et les tendons offrant de la résistance (contracture). « De larges incisions des adducteurs en plein muscle ne sont pas à

(1) Nous avons obtenu un amendement même dans les cas de méningo-enccphnlile .

7i BOURNEVILLE. — ENCEPHALITES CHRONIQUES. — IDTOTIES.

craindre, pourvu qu'elles soient faites aseptiquement. Les plaies sont recouvertes de sparadrap à l'oxyde de zinc... Les membres inférieurs sont mis en abduction complète et rotation en dehors dans un appareil plâtré complet s'étendant depuis le bassin jusqu'au bout des pieds. Vers la quatrième semaine, on enlève le bandage et alors commence le traitement complémentaire : effleurements, mouvements dont on augmente progressivement l'intensité et l'amplitude ». Les avantages de ce traitement, très pénible, sont encore trop discutables, pour que nous puissions formuler une opinion même approximative (1).

IDIOTIE MYXŒDÉMATEUSE OU MYXŒDÈME INFANTILE

SYNONYMIE. — Idiotie crétinoïde. — Idiotie avec cachexie pachydermique. — Crétinisme sporadique. — Pachydermie crétinoïde ;

— Idiotie myxœdémateuse.

(1) Bourneville, Recherches cliniques, anatomo-pathologiques et thérapeutiques sur les maladies nerveuses des enfants (Comptes rendus du service des enfants de Bicêlre de 1880 à 1900). On trouvera, à la fin des Comptes rendus de 1899 à 1900 la liste des thèses faites par nos élèves. — Assistance, traitement et éducation des enfants idiots et dégénérés, Paris, 1894 ; — Hist. de la section des enfants de Bicêtre.

J. Boyer, Nouvelle méthode pour l'enseignement de la lecture à l'usage des enfants arriérés ou présentant des troubles de la parole.

Chamdard, Dict. encyclopédique des se. mèd., art. Idiotie.

G. et H. Deinhardt, Die Heilpâdagogik mit besonderer Berucksichtigung der Idiotie und der Idiotenanstalten, Leipzig, 1861, 1863.

Delasiauve, Des principes qui doivent présider à l'éducation des idiots, 1859 ;

— De l'idiotie et de ses variétés (simples, insuffisants, mobiles; imbécillité, idiotie), in Journ. de méd. mentale, t. VI, 1866.

Fletciier Beach, Mémoires divers.

A. Foville, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, art. Idiotie.

Ireland, On idiocy and imbecility, London, 1877; — The mental affections ofchildren, idiocy, imbecility and insanity, London, 1898.

Itard, Sauvage de l'Aveyron.

Journ. of psycho-aslhenics, 5 vol. Faribault.

Langdon Down, Education and training of the feeble in mind, London, 1876 ; — Mental affections of Childhood and Youth, London, 1887.

Magnan, passim.

Morel, passim.

Pornain, Assistance et traitement des idiots, imbéciles, dégénérés, amoraux, etc., Paris, 1900.

Recueil de notes, mémoires et observations sur l'idiotie, t. I de la Bibliothèque d'éducation spéciale que nous avons fondée. Ce volume comprend entre autres les travaux de Pinel, Esquirol, Belhomme, Ferrus, Foville, Dubois (d'Amiens), F. Voisin, Parchappe, etc.

E. Séguin, Traitement, éducation et hygiène des idiots, 1846 ; — Idiocy and its treatment by the physiological method, Ne\v-YTork, 1866 ; — Rapports et mémoires sur l'éducation des enfants normaux et anormaux {Bibliothèque d'éducation spéciale),

Shuttleworth, Mental déficient children, their treatment and training, London 1895. Appendice bibliographique, concernant surtout les auteurs anglais.

P. Soluer, Psychologie de l'idiot.

H. Thulié, Le dressage des dégénérés, ou orthophrénopédie, Paris, 1900.

Aug. Voisin, Leçons sur l'idiotie.

J. Voisin, De l'idiotie, et les thèses de ses élèves.

IDIOTIE MYXŒDÉMATEUSE. — SYMPTOMATOLOGIE. 75

ETIOLOGIE. — Vidiotie myxœdémateuse est due à Vabsence congénitale de la glande thyroïde. Parfois, elle est aussi produite par des lésions de cette glande survenues durant les premières années de la vie.

SYMPTOMATOLOGIE. — D'une façon générale, il semble que tant que dure l'alimentation lactée, les symptômes du myxœdème échappent à l'attention des parents, soit parce qu'ils sont absents, soit parce que, en réalité, ils sont peu prononcés. Souvent ils ne s'en aperçoivent qu'après une fièvre éruptive, des convulsions ou un traumatisme. Mais, suivant nous, un œil exercé peut les constater dans le cours de la première année, sinon dès les premiers mois de la vie.

Un fait extrêmement frappant, c'est que tous les idiots myxœdémateux ont entre eux la plus grande ressemblance : qui en a vu un, les a vus tous. On est là en présence d'un ensemble de symptômes qui se montre toujours identiquement le même.

Tous offrent un arrêt de développement intellectuel, Yidiotie à des degrés divers, et un arrêt de développement physique, le nanisme, avec des troubles profonds de nutrition.

La tête est en général volumineuse en arrière, rétrécie en avant, développée transversalement (brachycéphalie). Le front est bas, étroit et déprimé latéralement. La fontanelle antérieure persiste, même chez les sujets ayant dépassé la trentaine. Les cheveux sont gros, rudes, semblables à des crins, d'une couleur d'un brun ou d'un blond roux, d'ordinaire abondants, sauf en avant, au-dessus des tempes où existe une alopécie partielle, quelquefois presque complète. Le cuir chevelu est le siège d'une éruption eczémateuse qui résiste aux soins de propreté les plus minutieux.

La physionomie exprime l'apathie, l'hébétude, la laideur ; vue de profil, elle est encore plus hideuse, car le prognathisme s'accuse davantage. Les paupières bouffies, pâles, bleuâtres, couvrant plus ou moins les globes oculaires, sont atteintes de blépharite ciliaire chronique. Le nez est toujours camus quelle que soit d'ailleurs la forme du nez des parents. Les joues sont gonflées, pendantes, comme tremblotantes. La bouche est grande ; les lèvres, dont la portion extérieure est bleuâtre, sont épaisses, l'inférieure est souvent renversée. La langue, augmentée dans toutes ses dimensions, se montre presque toujours au dehors. Les arcades dentaires sont saillantes; les dents, irrégulièrement implantées, sont cariées; la seconde dentition reste incomplète ou ne s'opère qu'à un âge très avancé. Le menton est petit, parfois même on dirait qu'il a été écrasé jusqu'au bord de la lèvre inférieure. Les oreilles, sans malformations, sont épaisses, d'une pâleur cireuse, d'aspect semi-translucide, pseudo-œdémateux, sans conserver toutefois, ainsi que les paupières, les mains et les pieds, l'empreinte du doigt qui les comprime.

76 BOURNEVILLE. — ENCÉPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

Le cou est gros, court, et la tète semble s'enfoncer entre les épaules.

L'examen le plus attentif, pratiqué sur le vivant, ne permet pas de découvrir la glande thyroïde. Des masses pseudo-lipomateuses , mal délimitées, parsemées de ganglions légèrement hypertrophiés, s'observent constamment dans les creux sus- et sous-claviculaires, dans les aisselles, quelquefois dans d'autres régions.

Le thorax offre d'ordinaire des déformations portant sur les dernières côtes, déjetées en dehors, et sur la colonne dorsale qui est plus ou moins déviée. Le dos est voûté.

A la base du cou et entre les épaules, la colonne cervico-dorsale et la partie voisine du thorax offrent une convexité au niveau de laquelle la peau présente une infiltration graisseuse et une végétation de poils longs et abondants.

Le ventre, très gros, très large, rappelle l'aspect du ventre des batraciens. 11 existe à peu près toujours des hernies, soit ombilicales, soit inguinales. Le bassin semble rétréci par rapport au volume exagéré du ventre.

Les organes génitaux sont, dans la plupart des cas, sinon dans tous» arrêtés dans leur développement. Les testicules paraissent descendre tardivement et restent petits. Les grandes et les petites lèvres n'acquièrent jamais les dimensions normales (1).

Les membres supérieurs et inférieurs sont gros, courts, et offrent d'habitude des incurvations rachitiques. Leurs articulations sont parfois noueuses. Les mains et les pieds sont souvent cyanoses, ramassés, épais, présentant en un mot Yaspect pachy dermique, sur lequel a insisté Charcot; la peau des extrémités forme de larges plis, comme des sacs.

Le tégument externe glabre, blanc, sec, rugueux, ichtyosique par places, est, chez tous, le siège d'une éruption eczémateuse assez étendue. A la face, il est un peu jaunâtre, cireux, analogue, dans une certaine mesure, à celui des cachectiques.

La digestion s'effectue d'une façon régulière. Les troubles qu'on observe de ce côté, s'ils sont constants, sont d'habitude légers. L'appétit est très modéré; souvent ces malades ont de la répugnance pour la viande. La mastication est insuffisante. Les selles sont rares, la constipation habituelle, d'où la présence fréquente d'hémorroïdes et la chute du rectum.

La respiration chez beaucoup d'idiots myxœdémateux est gênée. Ils s'essoufflent rapidement. L'haleine est désagréable. Le pouls est petit, fréquent ; les extrémités et les lèvres cyanosées. La température centrale est au-dessous du chiffre normal, d'où une vive sensibilité au froid.

La sécrétion urinaire et la miction nous ont paru normales. La

(1) Il pourra se faire que, sous l'influence du traitement thyroïdien, la puberté se développe, de même que la fontanelle antérieure se fermera.

IDIOTIE MYXŒDÉMATEUSE. — SYMPTOMATOLOGIE. l'i

sécrétion sudorale, au contraire, est toujours imparfaite. Jamais nous n'avons vu nos malades suer, même au moment des plus fortes chaleurs (1). Tous ont la voix rauque, aigre, stridente, en quelque sorte pathognomonique.

Leur démarche est pesante, pachydermique, accompagnée d'un balancement latéral, d'une sorte de dandinement; ils ont la plus grande répugnance au mouvement.

La puberté ne vient jamais. La barbe fait toujours défaut ; il n'y a pas de poils, ou peu et tardivement, sous les aisselles et sur le pénil. C'est tout au plus si on trouve, soit sur les grandes lèvres, soit sur les côtés de la verge, un bouquet de quelques poils. Les règles n'apparaissent pas ou se suspendent après avoir paru une ou deux fois; les seins demeurent absolument rudimentaires ou sont peu volumineux; les appétits sexuels sont nuls; l'onanisme, si commun chez les idiots ordinaires, n'a été signalé que très exceptionnellement chez ces malades. Nous n'en avons observé qu'un exemple.

La sensibilité générale est normale. Il paraît en être de même de la sensibilité spéciale, autant du moins que l'état intellectuel des malades permet d'en juger. La parole est généralement très limitée. Toutefois, on arrive à la développer, maintenant, jusqua la normale, par le traitement médico-pédagogique joint au traitement thyroïdien.

Sous le rapport de l'intelligence, tous ces malades relèvent de Vidiotie ou de Y imbécillité plus ou moins prononcée. Là encore, l'ingestion de la glande thyroïde intervient très avantageusement. Chez aucun d'eux, nous n'avons observé les caractères de l'idiotie profonde, tels qu'ils se rencontrent, par exemple, dans l'idiotie symptomatique de méningite, de sclérose, ou d'un arrêt de développement congénital du cerveau. Us n'ont pas de tics, ne grimacent pas, ne se balancent pas, ne grincent pas des dents, ne poussent pas de cris, n'ont pas de salacité, ne sont pas d'ordinaire sujets à l'épilepsie. Ils sont susceptibles d'attention, ils ont de la mémoire à un certain degré ; ils deviennent propres, apprennent à manger, à s'habiller, se laver seuls. Leur caractère est doux ; ils sont susceptibles d'affection.

Maladies intercurrentes. — Nous devons mentionner les convulsions, Yérysipèle, la bronchite, les hémorroïdes et la chute du rectum. D'autres affections, qui se montrent fréquemment chez les idiots myxœdémateux, en constituent, à notre avis, plutôt des symptômes que des complications : telles sont les manifestations lymphatiques ou scrofuleuses (impétigo, eczéma, blépharite, etc.), les déformations rachitiques, les hernies inguinales et surtout ombilicales.

(1) Cette fonction de la peau apparaît sous l'influence du traitement thyroïdien^

73 BOURNEVILLE. — ENCEPHALITES CHRONIQUES. — IDIOTIES.

Maladies terminales. — Les malades dont nous avons réuni les observations ont succombé : deux à des érysipèles compliqués d'autres affections; deux à des convulsions; quatre à des congestions pulmonaires avec ou sans bronchite ; un à une péricardite ; un à une néphrite interstitielle; deux au marasme.

ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES. — Le fait qui domine la situation, c'est I'absence de la glande thyroïde. C'est à lui que nous rattachons, non seulement l'idiotie, mais encore les modifications de la voix, les manifestations scrofuleuses, les déformations rachitiques, la persistance de la fontanelle antérieure, le nanisme, etc. D'où il résulte que la glande thyroïde exerce, ainsi que nous l'avons dit dès 1889, une action très importante sur la nutrition générale et en particulier sur celle du cerveau dont les circonvolutions ont un aspect gélatiniforme rappelant celui du cerveau des nouveau-nés.

Le défaut d'action de la glande thyroïde se traduit, pour le système osseux, par la persistance de la fontanelle antérieure, le nanisme et les déformations rachitiques. En ce qui concerne la peau et le tissu cellulo -adipeux, il se manifeste par des éruptions diverses, une coloration toute particulière, le relâchement des anneaux ombilicaux et inguinaux, une diminution de la fonction sudorale, un état de mollesse spéciale et une hypertrophie du tissu adipeux, surtout dans certaines régions.

Le rôle capital que nous faisons jouer à l'absence de la glande thyroïde trouve un appui dans la constatation, à l'autopsie des adultes atteints de cachexie pachydermique, de lésions sérieuses de la glande thyroïde et dans l'apparition de tous les symptômes de la cachexie pachydermique chez les sujets auxquels on a pratiqué la thyroïdectomie complète (myxœdème opératoire).

Si dans le myxœdème des adultes et le myxœdème opératoire on n'observe pas des symptômes physiques et intellectuels aussi accusés que ceux qu'offrent les idiots myxœdémateux, c'est que la lésion pathologique (cachexie pachydermique des adultes) ou l'opération chirurgicale (myxœdème opératoire) interviennent alors que le corps s'est développé, que les circonvolutions cérébrales ont atteint leur volume normal et leur conformation régulière. Enfin la physiologie vient confirmer notre opinion en montrant l'apparition de la cachexie pachydermique chez les singes auxquels on enlève la glande thyroïde (expériences de Horsley), et l'absence de cette maladie chez les animaux auxquels on pratique la thyroïdectomie en même temps qu'on greffe, sous leur péritoine, une glande thyroïde empruntée à des moutons (expériences de Schiff).

En résumé, les faits fournis par la clinique médicale et la clinique chirurgicale, ainsi que les expériences des physiologistes, nous

IDIOTIE MYXŒDÉMATEUSE. — TRAITEMENT. 79

paraissent confirmer la pathogénie que nous avons donnée de l'idiotie myxœdémateuse.

DIAGNOSTIC. — L'idiotie myxœdémateuse est aisément reconnue et ne peut être confondue avec aucune affection. La lecture des nombreuses observations publiées par les auteurs et de celles que nous avons rapportées depuis 1880, enfin du résumé nosographique que nous venons de tracer d'après elles, montrent combien Yidiolie myxœdémateuse diffère des autres formes de l'idiotie : la présence chez ces malades, et leur absence chez les autres, des symptômes qui caractérisent la cachexie pachy dermique, rend la tâche des plus faciles.

Mais, où peuvent surgir des difficultés, c'est quand il s'agit de distinguer les idiots myxœdémateux des crétins. Personnellement, nous manquons d'expérience sur ce point et ce serait dans un article consacré au crétinisme qu'il conviendrait de tracer le parallèle entre ces deux maladies constitutionnelles.

Le pronostic est d'autant plus favorable que les malades sont moins âgés et que le traitement est plus efficace.

TRAITEMENT. — Vingestion de la glande thyroïde fraîche du mouton est le traitement véritablement spécifique du myxcedème infantile. On l'administre finement hachée dans du bouillon, du tapioca, des confitures, etc. Il convient de débuter par 25 centigrammes et d'élever la dose de semaine en semaine jusqu'à lBr,25, lgr,50 selon l'âge des malades. Au bout de trois mois, il est bon, en raison de l'accoutumance, de suspendre le traitement pour le reprendre un, deux ou trois mois plus tard, selon la réapparition de l'obésité qui se traduit par une augmentation du poids et l'arrêt de la croissance. Il faut avoir soin, durant le traitement, de prendre le poids et la taille toutes les semaines ou tous les dix jours, de surveiller le pouls et la température. S'il survient de la fièvre, des syncopes, de la tachycardie, etc., il faut suspendre momentanément le médicament. Plus le sujet est jeune, plus la surveillance doit être rigoureuse. Les effets de la glande thyroïde sont d'autant plus remarquables que le malade est plus jeune. Ils se traduisent vite par une diminution de l'infiltration graisseuse (diminution de poids et de l'obésité), par un accroissement rapide de la taille, un développement des facultés intellectuelles, une transformation de la physionomie, la disparition de la cachexie pachydermique. Chez les myxœdémateux infantiles qui ont dépassé vingt-cinq ou trente ans, le traitement est à peu près inefficace, les symptômes dus au traitement peuvent être très graves. La radiographie nous explique cet insuccès en montrant a soudure des cartilages épiphysaires.

A défaut de glande thyroïde fraîche, on aura recours aux tablettes, aux capsules ou autres préparations pharmaceutiques.

A la glande thyroïde nous adjoignons le traitement médico-péda-

80 BOURNEVILLE. — HYDROCK PHALIE.

gogique, bains, douches, gymnastique, école, les médicaments toniques et reconstituants.

Grâce à cet ensemble de moyens, il est possible d'obtenir une véritable transformation de ces malades. Toutefois l'ingestion de la glande thyroïde doit être continuée très longtemps, par périodes trimestrielles jusqu'au delà de vingt ans.

Page 1