‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 16 sur 153 · MARCHE · texte numérisé non relu

MARCHE

qui se déclarent dans un organisme aussi affaibli prennent rapidement une grande extension et sont souvent mortelles. C'est à des complications de nature infectieuse que sont dus certains accidents cérébraux suraigus [délire aigu avec hyperthermie et agitation maniaque intense).

Rémissions. — La marche de l'affection n'est pas toujours fatalement progressive : il est des cas dans lesquels son évolution parait subir un temps d'arrêt et parfois même rétrocéder. Tantôt il ne s'agit que de la disparition de certains troubles épisodiques (états délirants) ; tantôt, et ces cas sont plus rares, ce sont les symptômes essentiels (affaiblissement intellectuel et troubles moteurs) qui s'amendent.

Les rémissions du premier groupe s'observent plus particulièrement dans la forme expansive: l'excitation maniaque s'apaise, le délire des grandeurs s'atténue plus ou moins rapidement, puis disparaît ; le sujet semble alors revenir à la raison; sa physionomie et son attitude se modifient, parfois sensiblement ; il reconnaît avoir eu des troubles intellectuels ; il se rend compte de sa situation et paraît au premier abord complètement guéri.

Mais un examen plus attentif montre que si les troubles délirants — les symptômes accessoires — ont disparu, les symptômes essentiels de la démence paralytique, eux, persistent habituellement : l'intelligence est quelque peu affaiblie, la parole est hésitante, il existe des troubles pupillaires. L'aspect du malade en rémission diffère naturellement suivant que la disparition des symptômes délirants s'est produite à la première ou à la seconde période. Si le sujet est à la période prodromique,on pourra parfois penser à une guérison véritable, que la marche ultérieure viendra démentir.

Ces derniers faits se rencontrent plus spécialement chez des sujets à antécédents héréditaires vésaniques: le délire débute chez eux d'une façon précoce, d'où la durée inaccoutumée des rémissions et le retour des facultés intellectuelles à l'état normal. Dans certains cas très rares, on voit des rémissions assez accentuées se produire à la troisième période (Magnan et Sérieux).

Les rémissions paraissent parfois en relation étroite avec l'apparition d'une maladie intercurrente, d'une suppuration prolongée.

Habituellement transitoires, les rémissions durent en général quelques mois, rarement un an ou deux, exceptionnellement trois ou quatre ans; puis, souvent par le fait des soucis, des fatigues ou des excès, une rechute se produit, annoncée par un accès délirant, une attaque épilcptiforme : la démence paralytique reprend sa marche progressive.

Dans les rémissions du second groupe, plus rares, on peut voir rétrocéder les symptômes essentiels de la maladie. « Des sujets couverts d'escarres, dit Marcé, gâteux, arrivés à un état de marasme et d'épuisement profond, ne pouvant se soutenir sur leurs jambes et

dans un état de démence complète, ont été vus reprenant leurs forces, parlant plus librement, récupérant même la plus grande partie de leurs facultés intellectuelles, » Cette amélioration n'est que passagère.

Gucrison. — Exceptionnellement, la rémission se maintient durant un nombre d'années illimité : les signes de la démence paralytique s'effaçant peu à peu, il dévient difficile de ne pas considérer le sujet comme guéri. Divers auteurs (Magnan, Wendt, Jastrovvitz, Mendel) ont observé des cas indiscutables de ce genre.

Durée. — La durée moyenne de la maladie est évaluée par Cbrichton-Browne à quatre ans; par V. Krafft-Ebing à trois ans. D'après Mendel, 80 p. 100 des paralytiques meurent dans les quatre premières années ; un tiers d'entre eux disparaît avant la fin de la deuxième année. Magnan estime que la durée de la paralysie générale doit être considérée comme plus longue, si l'on tient compte, comme il convient de le faire, de la période prodromique.

On a signalé la lenteur de l'évolution dans la démence paralytique simple (quatre à cinq ans en moyenne) : on peut voir celle-ci durer huit ans, dix ans et même davantage. Il n'y a pas, dans ces cas, l'influence fâcheuse des complications délirantes (agitation maniaque, agitation anxieuse) qui peuvent entraver l'alimentation, priver le malade de sommeil. Les soins dont on entoure le sujet prolongent sa vie en le mettant à l'abri des complications qui peuvent survenir (escarres, ictus, etc.). La marche de la maladie est habituellement activée par les attaques épileptiformes ou apoplectiformes, par les poussées fébriles. Dans des cas exceptionnels, la maladie évolue en quelques mois (forme rapide) ou plus rapidement encore (paralysie générale galopante de Trélat). Si la paralysie générale évolue plus lentement chez les sujets à tares nerveuses héréditaires que chez les autres, c'est vraisemblablement que, chez un héréditaire, dès les premières modifications organiques, un accès délirant a pu signaler d'une façon précoce le développement du processus morbide : la période prodromique, habituellement insidieuse, n'a point passé comme d'habitude inaperçue.

VARIÉTÉS. — On a décrit de nombreuses variétés de formes de la paralysie générale. Il ne faut pas attacher à ces descriptions une importance qu'elles ne doivent pas avoir : mieux vaut ne pas perdre de vue la distinction sur laquelle nous avons insisté des symptômes essentiels et des symptômes accessoires. Les symptômes essentiels de la démence paralytique seuls sont nécessaires et suffisants. Quant aux symptômes accessoires, ils peuvent variera l'infini. J. Falret, tenant compte du mode de début, distingue quatre variétés : deux dans lesquelles prédominent les symptômesphysiques (variétés paralytique et congeslive), et deux avec prédominance des symptômes psychiques (variétés expansive et mélancolique).

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