TUMEURS DU CERVELET. — SYMPTOMATOLOGIE
Les tumeurs du cervelet donnent lieu très fréquemment à la production du syndrome cérébelleux que nous connaissons déjà, particulièrement lorsqu'elles occupent le vermis. La titubalion est le phénomène le plus caractéristique ; nous n'insisterons pas sur ses caractères décrits plus haut : souvent le vertige vient augmenter encore l'incoordination motrice, et il peut acquérir une intensité tout à fait spéciale, telle que le malade étendu, couché, se croit emporté dansun tourbillon, ou voit tous les objets tourner autour de lui. Ce vertige intense est indépendant delà tilubation, contrairement à l'opinion d'Immermann, et est lié à la localisation cérébelleuse. Les lésions d'un des pédoncules cérébelleux moyens paraissent déterminer plutôt ce genre de vertige gyratoire et régler la direction du mouvement vertigineux; enfin, c'est dans ce cas que latitubation provoquerait plus ordinairement la chute, toujours sur le même côté du corps. Raudnitz, Hahn (1) ont vu, chez des enfants, des mouvements de rotation de la tête incessants, causés par des tumeurs d'un des lobes du cervelet.
La tumeur dans son développement refoule les parties saines du cervelet, la protubérance et le bulbe, ou comprime directement les parties environnantes.
On peut voir alors apparaître des troubles moteurs, l'hémiplégie par exemple. Elle est rare (Çubash, Ferber), peu accentuée, ce n'est souvent qu'une hémiparésie légère, difficile à distinguer de l'asthénie musculaire si fréquente dans les maladies cérébelleuses. Elle n'apparaît que dans les lésions extensives qui compriment la voie motrice, elle est parfois progressive et peut atteindre des deux côtés du corps. La parésie des membres inférieurs, avec ataxie, sans trouble de la motilité des membres supérieurs, a été signalée dans quelques observations. On a vu la paralysie des quatre membres, mais on a décrit aussi la paralysie d'un seul. Cette paralysie peut être tlasque et s'accompagner d'atrophie musculaire (Murri). La paralysie peut être croisée ou homonyme, alterne avec la paralysie d'un nerf crânien suivant le point où se fait la compression. Les réflexes tendineux du côté malade sont plutôt exagérés, avec ou sans trépidation spinale. Mais on peut constater une exagération simple des réflexes sans parésie ni trépidation spinale, qui, d'après Horsley et Russel, serait en rapport avec la seule destruction d'un lobe cérébelleux. La déviation de la tête et du tronc par raideur et contracture des muscles du côté de la tumeur, avec ou sans hémiparésie, a été également observée (Rive). On a décrit l'opisthotonos, et l'inclinaison du corps de côté. La paralysie sensilive est plus rare et a été constatée en même temps que la paralysie motrice. Les sphincters sont presque toujours intacts. Les troubles de la parole consistent dans un certain degré de dysarlhrie
(1) R*m>MTz, Hahn, Arch. far Kindcrheilk., Bd. XXVIII, 1900.
18i H. CLAUDE. — MALADIES DE L'ISTHME DE L'ENCEPHALE.
liée à la paralysie unilatérale de l'hypoglosse, ou à l'incoordination motrice cérébelleuse. Ils sont souvent associés à la gêne de la déglutition et de la respiration, la parole est lente, embarrassée, les mots sont mal articulés. Ces troubles ont été notés dans un cinquième des cas par Luys, Ollivier et Leven. Parmi les nerfs crâniens le plus souvent atteints par la compression, il faut citer le moteur oculaire commun, dont la lésion se manifeste surtout par l'inégalité papillaire, mydriase ou myosis, plutôt que par le strabisme, ou la chute de la paupière ; la paralysie du moteur oculaire externe se traduit par le strabisme convergent et la diplopie ; le nystagmus est un symptôme fréquent et souvent même précoce. La paralysie faciale se montre avec les caractères de la paralysie d'origine cérébrale, le facial supérieur est ordinairement intéressé, le trijumeau et le glosso-pharyngien sont souvent lésés en môme temps. Dans un grand nombre de cas, il existait une perte de l'ouïe complète ou unilatérale due à la compression des nerfs acoustiques soit par deux tumeurs symétriques développées au niveau de la région des pédoncules au point d'émergence des racines de la huitième paire (cas de Raymond), ou par une tumeur siégeant par exemple au niveau du pédoncule cérébelleux moyen (cas de Rabé et Merlin), Il nous faut mentionner encore une variété de troubles oculaires dus à la compression des tubercules quadrijumeaux et qui consistent dans l'association d'une ophtalmoplégie bilatérale et parfois asymétrique, à la névrite optique. Griesinger et Nothnagel pensaient que c'est là l'origine la plus fréquente des troubles oculaires dans les tumeurs cérébelleuses. On tend plutôt aujourd'hui à rapporter les troubles oculaires à l'atrophie papillaire d'origine œdémateuse consécutive à la compression du chiasma ou des bandelettes optiques par les ventricules distendus.
Tous ces désordres se montrent à des périodes variables de la maladie. Certains ne sont que transitoires ; aux phénomènes d'excitation (névralgies, contractures) succèdent habituellement des symptômes de paralysie. La période terminale est caractérisée par une asthénie musculaire très prononcée, une torpeur et une hébétude, sans perte complète de l'intelligence qu'on peut réveiller par instant, phénomènes psychiques qu'expliquent suffisamment les souffrances terribles du sujet et les altérations des divers sens. Des symptômes bulbaires peuvent se montrer : modification du rythme respiratoire, ou intermittences et ralentissement du pouls, troubles -de déglutition.
En somme, on voit survenir au cours des tumeurs du cervelet des manifestations multiples; certaines sont d'ordre banal et ne révèlent qu'une élévation de tension intracranienne, d'autres sont des expressions plus ou moins complètes du syndrome cérébelleux, enfin certaines trahissent d'une façon plus évidente le siège de la lésion (les paralysies, par exemple). Mais ce qui caractérise surtout ces der-