‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 29 sur 153 · TUMEURS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

TUMEURS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC

nières et permet d'arriver à un diagnostic précis, c'est leur multiplicité et leur association singulière, telles qu'on ne peut les expliquer par une lésion destructive en foyer et qu'une ou plusieurs tumeurs de forme irrégulière et présentant des prolongements capricieux peuvent seules en justifier l'existence. M. Raymond a rapporté ainsi l'observation d'une malade qui présentait les signes d'une névralgie de la cinquième paire du côté gauche, une parésie de la sixième et de la septième paire gauches et une hémiparésie gauche en même temps que d'autres symptômes des tumeurs cérébelleuses. Dans un cas de Ssenger (1), il existait une hémiparésie double avec anesthésie, abolition de l'ouïe, paralysie double de l'abducteur et du trijumeau; à l'autopsie on trouva un gliome de l'hémisphère gauche du cervelet comprimant la protubérance, le nerf acoustique, le moteur oculaire externe et le trijumeau gauche.

DIAGNOSTIC. — Malgré une symptomatologie généralement assez riche, les tumeurs du cervelet sont souvent d'un diagnostic fort difficile à cause de la très grande variabilité des aspects cliniques. Tout d'abord il y a des cas où la maladie est absolument latente ou se manifeste par un seul symptôme sans caractère spécial (céphalée, vertige, perte de la vue ou de l'ouïe, etc.). La tumeur n'est pas diagnostiquée. Plus ordinairement, le malade se présente soit avec des symptômes prédominants de compression inlracranienne auxquels s'ajoutent quelques signes moins nets de localisation, soit avec des manifestations du syndrome cérébelleux dont la cause sera mieux déterminée par la recherche des symptômes concomitants.

Quand les signes dus à l'augmentation de la pression inlracranienne seront manifestes (céphalée, vomissements, névrite optique et atrophie œdémateuse de la papille, etc.), on pensera généralement à une des variétés de tumeurs du cerveau. Celles-ci donnent lieu fréquemment en même temps à l'épilepsie jacksonienne, à une hémiplégie, à de l'aphasie, à de l'hémianesthésie, surtout lorsqu'elles siègent dans la zone rolandique; au contraire, ces symptômes sont rares dans les tumeurs cérébelleuses qui provoqueront plutôt des paralysies associées des nerfs crâniens, et des troubles plus ou moins accentués de l'équilibration. Toutefois, une variété de tumeurs cérébrales prêtera facilement à confusion : ce sont celles qui occupent le centre ovale et dont les symptômes peuvent simuler, comme l'a montré le professeur Raymond, les caractères d'un néoplasme cérébelleux. Il faudra également songer aux tumeurs du corps, calleux dans lesquelles on observe des symptômes de compression et des troubles de l'équilibration, des troubles intellectuels et une double hémiparésie spasmodique inégalement prononcée. L'absence de symptômes du côté des

(1) S/Enger, Mûnch. med. Wochenschr., 1899, n° 9.

nerfs crâniens sera en faveur de la lésion cérébrale. Enfin les tumeurs de la base du cerveau et particulièrement celles de la partie postérieure qui compriment le cervelet, les pédoncules et la protubérance ne pourront être diagnostiquées que bien rarement des néoplasmes primitifs du cervelet. La successionet l'évolution des accidents, la prédominance d'un symptôme permettront cependant dans quelques cas d'arriver à déterminer la localisation des lésions.

Chez les enfants, l'hydrocéphalie congénitale, qui peut n'apparaître qu'au bout de plusieurs mois, se manifeste par une augmentation progressive et rapide de volume du crâne, l'absence de développement des fonctions cérébrales, de la sensibilité et de la motricité, la fréquence de la cécité, les convulsions. L'existence d'autres malformations, notamment de spina-bifida, donnera des indications utiles sur la nature de l'affection. L'hydrocéphalie par sclérose cérébrale est accompagnée ordinairement des signes de l'hémiplégie spasmodique infantile.

L'hydrocéphalie par phlébite infectieuse fibro-adhésive des sinus, ou méningite, est facilement rapportée à la cause qui l'a provoquée. Toutefois, les tubercules du cervelet, qui sont fréquents chez les enfants, seront souvent confondus avec la méningite tuberculeuse. D'ailleurs, il ne faudra pas oublier que les gliomes et sarcomes du cervelet eux-mêmes ne sont pas rares chez les enfants. Arnheim (1) a observé un gliome sur un enfant de trois ans, Selby (2) un sarcome chez un garçon de sept ans.

La céphalée de croissance, accompagnée d'asthénie musculaire, d'apathie, chez les enfants de souche névropathique, sera facilement reconnue. Il en est de même de la céphalée syphilitique, dont la nature sera démontrée par l'épreuve du traitement spécifique. Lorsqu'il existe des signes de méningite de la base (compression nerveuse), l'influence de la médication mercurielle et iodurée sera encore plus significative.

Dans la neurasthénie, on observe une pesanteur, une céphalée tenace, localisée à la partie supérieure du crâne ou dans la région occipitale, des troubles dyspeptiques, des vertiges, de l'insomnie, de la torpeur intellectuelle; mais tous ces symptômes n'ont pas l'intensité qu'ils acquièrent dans les tumeurs du cervelet, qui se caractérisent toujours à un moment par des signes somatiques, dont l'absence est de règle dans la neurasthénie.

La perte de la vue, de l'ouïe, la céphalée opiniâtre, les troubles respiratoires pourraient, dans certains cas, en imposer pour l'urémie chronique, que l'examen approfondi des urines, du cœur et du pouls permettront de diagnostiquer aisément.

La sclérose en plaques, dans ses formes frustes , peut simuler la

(1) Arnheim, Arch. fiir Kinderheilk., Bd. XXVII, 1899.

(2) Selby, Gaz. hebd., 3 mars 1898.

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