‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 30 sur 153 · TUMEURS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

TUMEURS DU CERVELET. — DIAGNOSTIC

plupart des symptômes des tumeurs cérébelleuses lorsqu'il existe des plaques sur certains nerfs et sur le cervelet. On note alors la démarche titubante, les troubles oculaires, le nystagmus, l'exagération des réflexes, la parole scandée, un état mental particulier, en un mot bien des signes qui caractérisent aussi les tumeurs du cervelet. Le diagnostic reposera sur l'évolution de la maladie et l'étude des symptômes accessoires qui prennent alors une grosse importance en faveur de l'une ou l'autre de ces maladies (tremblement intentionnel par exemple dans la sclérose en plaques ; céphalée localisée, vertiges, excitation maniaque en cas de tumeur). Mais encore une fois l'embarras du clinicien peut être grand, cardans la sclérose en plaques on peut rencontrer, également confondus, des troubles analogues aux symptômes décompression et d'autres manifestations caractéristiques du syndrome cérébelleux.

Lorsque celui-ci se montre d'une façon manifeste, il faudra éviter de confondre la tumeur du cervelet avec les autres maladies de l'organe, atrophie et sclérose, abcès, ramollissement, d'une part, dont les caractères sont étudiés ailleurs, et avec l'ataxie locomotrice, les vertiges et particulièrement le vertige de Ménière, d'autre part.

Il est enfin une catégorie de maladies dont les symptômes sont à peu près les mômes que ceux des tumeurs du cervelet, et dont le diagnostic est presque impossible. Ce sont les tumeurs qui se développent aux dépens des méninges cérébelleuses ou des organes voisins et qui compriment le cervelet. Auvray (1) a observé une tumeur des plexus choroïdes, probablement un endothéliome, logé entre la face inférieure du vermis qu'elle déprimait et le plancher du quatrième ventricule, et qui se manifesta à l'examen clinique par la céphalée occipitale, les vomissements, des troubles de la vue et surtout un défaut d'équilibration sans paralysie tel que le malade ne pouvait rester dans la station debout et qu'il tombait s'il n'était soutenu de chaque côté. Mayet a relaté un cas analogue.

L'incoordination motrice desataxiques rappelle par certains caractères la titubation cérébelleuse ; l'instabilité, les pertes d'équilibre fréquentes sont communes aux deux maladies. Mais si lalaxique se maintient plus facilement debout les yeux ouverts, il perd l'équilibre dès que les yeux sont clos ; sa démarche diffère de la démarche cérébelleuse par la raideur, la brusquerie des mouvements, l'absence de zigzags, de chutes incomplètes; le malade marche droit devant lui, les yeux fixés au sol, lançant avec force la jambe en avant et en dehors pour la laisser retomber de môme en frappant le sol lourdement. ( les caractères joints aux autres signes du tabès différencieront suffisamment l'ataxie locomotrice de la tumeur du cervelet.

Nous n'insisterons pas sur les vomissements, les vertiges et la

(1) Auviiay, Soc. ana(., mars 1895.

céphalée qui se produisent chez certains dyspeptiques, chez les artérioscléreux, ou même chez les épileptiques; ces accidents ne sont que des épisodes au cours de maladies antérieures, et leur origine est facile à dépister.

Il n'en est pas de même de certains vertiges à début brusque, accompagnés de nausées et de vomissements, suivis de désordres gastro-intestinaux, d'une céphalée intense et d'une torpeur allant jusqu'à l'obnubilation intellectuelle que Ton rattache, depuis les travaux de Ménière, à une lésion de l'oreille interne. Au moment de la crise, en voyant le malade perdre l'équilibre, étourdi par le tournoiement des objets qui l'entourent, on peut être tenté de regarder tous ces troubles comme des accidents d'origine cérébelleuse. Mais si les attaques peuvent être subintrantes, si la persistance de la céphalée autoriseraient à mettre en cause le cervelet, les anamnestiques permettent de fixer le véritable diagnostic. Il s'agit en effet de malades souffrant depuis un certain temps dune ou des deux oreilles (surdité, bourdonnements et sifflements) et chez qui un examen de l'appareil auditif permettra de caractériser la nature de l'affection auriculaire. Ajoutons enfin que la crise s'accompagne de désordres gastro-intestinaux et d'une sensation de lassitude persistant quelques heures après l'accès, caractères qui distinguent suffisamment la maladie de Ménière.

Nous ne pouvons aller plus loin dans l'étude théorique du diagnostic des tumeurs du cervelet ; chaque cas présente un certain nombre de caractères importants et de symptômes accessoires auxquels il faut, en clinique, accorder une valeur variable suivant les circonstances. Mais il conviendra d'avoir toujours présentes à l'esprit, quelles que soient leurs combinaisons, les diverses variétés désignes décompression générale et de signes de localisation cérébelleuse que nous avons énumérées.

La tumeur ayant été rapportée au cervelet, il importe d'en déterminer autant que possible la nature , cette notion étant capitale pour le choix du traitement. D'une façon générale, il faudra tout d'abord penser à l'existence possible d'une gomme syphilitique; aussi recherchera-t-on les stigmates actuels de la vérole, et interrogerat-on avec soin le malade sur ses antécédents. Mais les bénéfices du traitement spécifique sont si grands dans ce cas qu'on devra toujours le tenter avant de recourir à tout autre moyen thérapeutique ou palliatif dont les résultats sont si peu satisfaisants. S'agit-il d'un enfant ou d'un adulte de souche tuberculeuse, porteur de lésions pulmonaires ou osseuses d'origine bacillaire, on pensera à l'existence d'un tubercule du cervelet avec d'autant plus de raison que le tubercule est de beaucoup la plus fréquente des tumeurs du cervelet. Il faut savoir que le tubercule du cervelet ne donne souvent lieu à des symptômes que très tardivement ou que son évolution peut être absolument silencieuse, et, d'un autre côté, les lésions tuberculeuses des

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