‹ Traité de médecine et de thérapeutique (volume 5)Chapitre 66 sur 153 · COMPRESSIONS ET TRAUMATISMES DU BULBE · texte numérisé non relu

COMPRESSIONS ET TRAUMATISMES DU BULBE

Les rapports anatomiques du bulbe, qui constitue la partie supérieure de la moelle et est logé comme elle, non dans la boîte crânienne mais dans le canal vertébral qui l'engaine étroitement, expliquent la fréquence plus grande des traumatismes et des compressions sur cet organe que sur le cervelet ou la protubérance.

Les blessures par inslruments piquants, tranchants, qui ont pénétré a travers la membrane occipilo-atloïdienne et atteignent surtout le quatrième ventricule, ont une gravité exceptionnelle. Elles sont rares. Les traumatismes qui déterminent la luxation ou la fracture des vertèbres cervicales produisent parfois des déchirures, des ruptures du tractus bulbaire; mais c'est surtout pir compression directe du bulbe que le corps vertébral déplacé exerce son action : telle est la cause la plus fréquente des accidents bulbaires aigus que l'on voit apparaître à la suite de fracture, de luxation des vertèbres cervicales, des caries osseuses, du mal sous-occipital, des anévrysmes.

2i2 H. CLAUDE. — MALADIES DE L'ISTHME DE L'ENCEPHALE.

Les phénomènes de compression peuvent se développer au contraire lentement, lorsque le bulbe est repoussé et comprimé par l'évolution progressive d'une tumeur des méninges, ou des os; par certains abcès ossifluents. De même, les processus inflammatoires lents, pachyméningite cervicale, méningite syphilitique, hypertrophie de l'apophyse odontoïde, ne déterminent l'apparition de phénomènes graves qu'après une période de tolérance assez longue. Les anévrysmes représentent une des causes fréquentes de compression et donnent lieu à des symptômes très variables.

Les tumeurs du cervelet, de la protubérance, des plexus choroïdes peuvent comprimer le bulbe et engendrer des symptômes divers, à évolution lente, ou provoquer des accidents aigus comme ceux qui ont été notés au cours d'interventions chirurgicales, dans lesquelles la décompression produite par l'opération modifie les rapports anatomiques antérieurs de la tumeur, et détermine l'apparition des troubles bulbaires immédiats.

SYMPTOMATOLOGIE. — En général, les signes de compression du bulbe se développent lentement et sont caractérisés d'abord par des phénomènes d'irritation dansle territoire des racines des nerfs crâniens : névralgie faciale, oculaire, conlractions musculaires, moditications du pouls, troubles vaso-moteurs; puis surviennent des phénomènes parétiques dans les membres, prédominant d'un côté d'abord, quand la compression s'exerce sur la région antérieure du bulbe ; enfin les diverses manifestations du syndrome bulbaire se développent progressivement ensuite, unies ou non, suivant les cas, à des phénomènes cérébraux, comme dans les tumeurs intrabulbaires. De même, un certain nombre de symptômes à distance, dus à des troubles circulatoires, à des foyers de ramollissement, se manifestent à des périodes variables surtout dans le cas d'anévrysmes (vertébrale, basilaire; qui causent dés thromboses et des embolies à distance. Un des symptômes les plus caractéristiques et les plus précis de ces compressions bulbaires est l'apparition d'un diabète sucré ou insipide qui indique la lésion du plancher du quatrième ventricule. On a signalé encore quelques manifestations plus rares, telles que l'ataxie, la perte du sens musculaire et du sens stéréognostique, attribuées à la compression du faisceau cérébelleux direct (Dercum) (1).

Les formes cliniques sont extrêmement variées, et, ici encore, l'analyse minutieuse des symptômes sera nécessaire pour établir le diagnostic.

DIAGNOSTIC. — Lorsqu'il existe des antécédents bien caractérisés : traumatisme de la colonne vertébrale, lésions osseuses de la

(I E.-X. Dercum, Journal of nervous and mental diseases, vol. XXVI, 477. 1899.

Page 1