MÉNINGITE TUBERCULEUSE. — DIAGNOSTIC
singulièrement difficile dans certaines toxi-infections intestinales liées à des entéro-côlites. Là on peut noter des vomissements répétés, muqueux et bilieux, de la constipation et même le ventre en bateau; rabattement, la prostration, le délire, les convulsions même ne sont pas absolument rares et, de plus, chez certains sujets il existe des irrégularités du pouls. Dans ces cas, il faut tenir compte des antécédents du malade, de l'absence d'hérédité ou de stigmates tuberculeux; il faut noter la façon dont l'enfant a été alimenté, les crises antérieures d'entérite qu'il a presque toujours présentées, la nature des évacuations, putrides, glaireuses ou même sanguinolentes, l'aspect de la langue, la soudaineté du début des accidents. Si inquiet que l'on soit, il faut se garder de parler trop tôt de méningite, car il suffit parfois d'un laxatif et de quelques heures de diète hydrique pour faire tomber les symptômes (Hutinel, Méry).
Certaines méningites à début fébrile, dans lesquelles les vomissements et la céphalalgie n'attirent pas spécialement l'attention, sont souvent confondues avec des fièvres typhoïdes commençantes. Même dans les cas où le séro-diagnostic est négatif, l'incertitude peut se prolonger jusqu'au jour où un phénomène révélateur, comme le strabisme, l'inégalité des pupilles, la raideur de la nuque, la paralysie ou la contracture d'un membre appelle l'attention sur le cerveau ; alors les autres signes se succèdent rapidement et la maladie marche vite vers son issue fatale.
Une pneumonie, particulièrement une pneumonie du sommet, peut chez les jeunes sujets être prise pour une méningite. Un enfant est atteint brusquement de fièvre, de vomissements et de délire ; il se plaint de la tête, souvent aussi il se plaint du ventre : c'est sa façon d'accuser le point de côté. La nuque devient raide et cette douleur s'étend parfois aux muscles du dos. Cependant le pouls reste fréquent et la température se tient au-dessus de 40°, ce qui est trop pour une méningite. En pareil cas, malgré le délire et la contracture, il ne faut pas se laisser hypnotiser par les symptômes cérébraux ; il faut compter les mouvements respiratoires et examiner soigneusement les poumons. On hésitera peut-être à conclure, si la pneumonie, au lieu de siéger au sommet, est centrale et tarde à se démasquer; mais, d'une façon générale, il ne faut pas se hâter d'admettre une tuberculose méningée quand les accidents surviennent ainsi sans prodromes et affectent des allures aussi tapageuses. On serait plus fondé à penser à une méningite à pneumocoques et cependant, dans ces cas, si le malade meurt (ce qui est rare), on ne trouve parfois ni pus ni exsudât inflammatoire à la surface du cerveau.
Ceci nous conduit à parler des affections des méninges et du cerveau qui peuvent être confondues avec la méningite tuberculeuse.
On rencontre quelquefois chez les nourrissons des accidents cérébraux difficiles à distinguer de cette maladie.
Au cours des affections gastro -intestinales, si fréquentes dans les premiers mois delà vie, il se produit parfois des convulsions suivies de dépression et même de corna. Si ces convulsions se répètent, on constate une certaine raideur du cou, du dos, des membres et de l'exagération des réflexes. La fontanelle se tend, les yeux deviennent strabiques, le pouls se modifie d'une façon plus ou moins appréciable ; tout indique qu'un travail morbide se fait dans les enveloppes du cerveau. Mais s'agit-il d'une méningite ? En tout cas, ce n'est pas la méningite tuberculeuse qui est en cause. Ici le début est plus brusque et se lie manifestement aux troubles digestifs. D'ailleurs, tout peut rentrer dans l'ordre; après quelques jours, on ne constate plus, chez certains enfants, qu'une légère augmentation des réflexes; chez d'autres, au contraire, les signes du début se modifient lentement, le crâne se développe, la fontanelle s'élargit, le front devient saillant, les yeux se dévient d'une façon caractéristique ; une hydrocéphalie curable ou progressive apparaît et succède aux accidents méningitiques du début.
Nous ne parlerons pas des hémorragies méningées diffuses. Cellesci se produisent le plus souvent dans les accouchements laborieux et suivent de trop près la naissance pour qu'on puisse songer à l'infection tuberculeuse.
Il y a quelques années encore, tout accident méningitique qui, de près ou de loin, rappelait la méningite tuberculeuse et qui guérissait sous l'influence de l'iodure de potassium, était qualifié de méningite sgphililique. Ce critérium est manifestement insuffisant. En réalité, les méningites liées à la syphilis héréditaire sont beaucoup plus rares qu'on ne l'a prétendu. Je n'en ai jamais observé. L'année dernière, on m'apportait un nourrisson atteint d'une syphilis grave, qui présentait des accidents méningiliques évidents. L'exsudat fourmillait de pneumocoques ; l'infection des méninges était partie de l'oreille. Guinon (1) a cité récemment un fait semblable. Dans un autre cas, rapporté par Stœber (2), où tout semblait concourir à établir le diagnostic de méningite syphilitique, il s'agissait d'un tubercule de la protubérance. Sans nier l'influence de l'hérédo-syphilis, il ne faut donc pas lui faire une part trop large dans la genèse des méningites. Par contre, les méningites syphilitiques ne sont pas extrêmement rares chez l'adulte et elles sont bien caractérisées anatomiquement et cliniquement.
Quand l'enfant est plus grand, des infections diverses, banales ou spécifiques, ont parfois sur l'encéphale un retentissement qui peut faire songer à une méningite.
Et il ne s'agit pas toujours d'un simple trouble fonctionnel, mais bien d'une toxi-infection directe, comme cela se voit dans la grippe
(1) Guinon, Soc. de pédiatrie, 1901.
(2) Stoedeb, Th. de Paris, 1889.