MÉNINGITES SUPPURÉES. — MARCHE, DURÉE, ETC
Les contractures ne font guère défaut. La raideur des muscles de la nuque et du dos est presque constante. Le signe de Kernig se rencontre dans presque tous les cas. Souvent des raideurs plus ou moins persistantes se produisent dans les membres, ou bien on note seulement du trismus ou du strabisme.
Dans les membres, la contracture est hémiplégique, monoplégique ou paraplégique.
Les paralysies sont moins communes. Celles qu'on remarque le plus souvent sont des parésies, plutôt que des paralysies complètes. Elles atteignent les muscles de la face qu'elles rendent asymétrique ; elles produisent du ptosis ou de l'inégalité des pupilles ; aux membres, elles se présentent sous forme de monoplégies ou d'hémiparésies "plus ou moins transitoires, accompagnées parfois d'aphasie. Ces paralysies partielles de la face et des membres, homologues ou croisées, sont variables et ne correspondent point à des localisations faciles à déterminer. Le siège habituel du processus inflammatoire et sa marche rapide expliquent l'absence fréquente des paralysies des nerfs crâniens qui jouent un si grand rôle dans la symptomatologie de la méningite tuberculeuse.
Les troubles de la sensibilité se manifestent par une hyperesthésie plus ou moins nette, accompagnée d'une exagération des réflexes superficiels et profonds, par de la photophobie et de l'hyperacousie. Il existe aussi des troubles vaso-moteurs (alternatives de rougeur et de pâleur de la face, raie méningitique, etc.).
Au début de la maladie, la respiration est accélérée et cette accélération est en rapport direct avec l'élévation de la température. Ensuite son rythme se modifie. Si les muscles du tronc sont contractures, elle est presque exclusivement diaphragmatique ; plus tard elle devient suspirieuse, irrégulière et prend parfois les caractères de la respiration de Cheyne-Slokes.
Le pouls est également en rapport avec l'intensité de la fièvre. Il est donc fréquent au début dans la plupart des cas. Plus tard, il se ralentit souvent, mais d'une façon moins nette que dans la méningite tuberculeuse. Vers la fin de la vie, il devient petit, irrégulier et fréquent.
MARCHE, DURÉE, TERMINAISONS. — La méningite suppurée, dans les formes dites primitives, a une marche rapide. Son évolution est quelquefois foudroyante; elle tue alors en quarante-huit, en vingtquatre heures et même moins. Généralement sa durée est de six à huit jours. Chez certains sujets, la maladie présente des alternatives d'amélioration et d'aggravation ; elle traîne alors pendant une quinzaine de jours et même davantage. Il se produit parfois un arrêt dans la marche des symptômes.
Cet arrêt dure quelques jours, puis survient une poussée nouvelle qui enlève rapidement le malade.
Dans la grande majorité des cas, la méningite suppurée se termine par la mort. Celle-ci survient ordinairement dans l'asphyxie progressive qui clôt la série des accidents comateux et paralytiques. Elle peut suivre une crise convulsive ou délirante ; elle peut étonner par sa soudaineté, dans certaines formes de méningites latentes. Cette terminaison n'est cependant pas absolument fatale. On cite des exemples de méningites aiguës parfaitement nettes qui ont guéri. Reste à savoir si, dans ces cas, elles étaient vraiment suppurées et s'il ne s'agissait pas plutôt de ces méningites séreuses ou congestives que nous étudierons plus tard.
FORMES CLINIQUES. — Méningites de la base. — Si la méningite suppurée se localise presque toujours à la convexité des hémisphères cérébraux, dans quelques cas cependant elle débute à la base, elle peut même s'y cantonner. Ces méningites de la base, tout à fait exceptionnelles, ont une marche un peu plus lente que celles de la convexité ; elles se rapprochent des méningites cérébro-spinales, bien que les enveloppes de la moelle ne soient pas fatalement atteintes.
Le début est marqué par de la fièvre, des vomissements, de la céphalalgie et des vertiges. La température présente souvent de grandes oscillations; mais l'attention est attirée surtout par une hyperesthésie généralisée. La peau et les masses musculaires sont sensibles au point qu'on ne peut toucher les malades sans leur arracher des cris, et cette hyperesthésie se retrouve dans le domaine du trijumeau. En second lieu, la raideur du cou et du tronc et le signe de Kernig sont particulièrement accentués, même dans les cas où les méninges spinales ne sont pas envahies. Malgré la localisation du processus inflammatoire, les nerfs qui émergent de la base de l'encéphale sont moins souvent paralysés qu'on ne pourrait le supposer. Cette forme de méningite dure une dizaine de jours, et se termine régulièrement par la mort.
Dans certains cas, cependant, les inflammations de la base évoluent d'une façon subaiguë. L'hyperesthésie se retrouve ; mais la raideur est souvent remplacée par des contractures variables et mobiles, par des parésies ou des paralysies. On note peu de convulsions ; par contre, il existe souvent du nystagmus. La durée de la maladie peut atteindre deux mois ; on a même cité des cas exceptionnels dans lesquels la guérison a été obtenue.
Méningites ventriculaires. — Les méningites, localisées aux ventricules ou accompagnées de lésions congestives de la convexité et de la base, mises en doute par Rilliet et Barthez, sont tout à fait rares. Des observations de Huguenin, de Steffen, de Thompson, etc., en établissent cependant l'existence. Anatomiquement eUes se caractérisent par une inflammation delà toile et des plexus choroïdiens, et