MÉNINGITES SUPPURÉES. — FORMES CLINIQUES
par la présence, dans les cavités ventriculaires, d'un exsudât purulent ou séro-purulent. Elles se rencontrent surtout chez les nourrissons, et ont une symptomatologie assez fruste. Les enfants, agités, inquiets, ne dorment pas, vomissent et présentent parfois des convulsions. La lièvre existe, et suit une marche irrégulière. Les pupilles sont rétrécies dès le début, mais réagissent encore à la lumière. Bientôt la scène est dominée par des convulsions généralisées ou partielles, plutôt cloniques que toniques. Si la mort ne survient pas, on voit apparaître des signes de dépression qui s'accentuent à mesure que le liquide distend les ventricules. L'enfant tombe dans le coma et devient insensible, les pupilles se dilatent, les yeux se convulsent ; des mouvements convulsifs s'esquissent encore de loin en loin, mais on note surtout des paralysies : ptosis, paralysie faciale, etc. La période comateuse peut se prolonger plusieurs jours. La morl est presque constante. Certains enfants guérissent cependant après avoir présenté cet ensemble de symptômes ; il persiste alors des troubles de la vue ou de l'ouïe, des parésies, des contractures, de l'aphasie, des troubles de l'intelligence ; rarement la restitutio ad integrum est complète.
Méningites aux différents âges. — La symptomatologie des méningites n'est pas modifiée seulement par la localisation du processus morbide ; elle peut l'être encore par l'âge des sujets.
D'une façon générale, chez les nourrissons et chez les enfants très jeunes, les convulsions sont le symptôme dominant. La fièvre est vive ; mais la céphalalgie est difficile à apprécier, les vomissements et la constipation font souvent défaut. La méningite se caractérise surtout par des convulsions généralisées ou partielles, par des contractures et par des troubles oculaires. La fontanelle est tendue et saillante. Après chaque crise, l'enfant tombe dans le coma, et il succombe généralement en deux ou trois jours, au milieu d'une convulsion.
Chez les enfants de cinq à quinze ans, Rilliet et Barthez ont décrit, sous le nom de méningite phrénétique, une forme de méningite aiguë qui se rapproche singulièrement du type que nous avons décrit chez l'adulte et dont voici les principaux symptômes: début brusque, par une fièvre vive, avec ou sans frisson, céphalalgie frontale pénible avec photophobie, vomissements, inappétence, constipation ; excitation, irritabilité suivie à bref délai d'agitation, de grimaces, puis de délire subaigu avec trismus, grincements de dents, mouvements convulsifs partiels, soubresauts des tendons, renversement de la tête, raideur de la nuque et du dos, strabisme, contraction, plus tard dilatation des pupilles, plus rarement convulsions suivies de coma.
La fièvre persistant, le pouls devient irrégulier et la respiration inégale; le ventre se rétracte, les évacuations sont involontaires; le délire est violent, rarement interrompu par des lueurs d'intelligence ; Traité de médecine. IX. — 23
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puis les enfants tombent dans le collapsus, la sensibilité s'éteint, la respiration devient stertoreuse et l'asphyxie, le coma ou une convulsion terminent la scène.
Chez les vieillards, les symptômes sont généralement très atténués. La céphalalgie est assez peu prononcée pour que le malade ne l'accuse pas : le délire est calme, il se traduit par de l'hébétude, par des actes incohérents et des réponses sans suite. La fièvre semble nulle; cependant le thermomètre s'élève au-dessus de la normale. Il y a d'abord de l'insomnie et de l'inquiétude, ensuite de l'affaissement et de la stupeur qui mènent au coma. Les vomissements sont exceptionnels, les contractures manquent ordinairement ; mais il y a du tremblement. A son début, le mal est insidieux ; il évolue sans bruit, et tue en quelques jours.
Méningites secondaires. — Ces méningites, au lieu d'être la manifestation première d'une infection latente jusque-là, éclatent au cours de maladies infectieuses plus ou moins nettement déterminées; on connaît donc déjà la nature de l'agent qui les cause et sa porte d'entrée.
Elles peuvent se traduire par des symptômes identiques à ceux des méningites dites primitives ; mais ordinairement elles en diffèrent, et il est difficile d'en tracer un tableau d'ensemble. Cela se conçoit facilement. Tout d'abord l'intensité et l'étendue des réactions inflammatoires dont les méninges sont le siège varient avec la nature des germes qui les provoquent : il en résulte des différences très sensibles dans les symptômes et dans la marche du mal ; ainsi, une méningite accompagnée d'un grand épanchement ventriculaire détermine des phénomènes de compression cérébrale qui manquent dans une autre. En second lieu, les méningites secondaires apparaissent surtout au cours de maladies franchement pyrétiques. Leur début peut passer inaperçu, et cela d'autant plus facilement que la fièvre causée par la maladie primitive peut, jusqu'à un certain point, être rendue responsable du délire, des vomissements et même des convulsions qu'elles font apparaître. Enfin, dans certains cas, l'organisme épuisé ne réagit plus : l'infection des enveloppes du cerveau ne se révèle que par des symptômes si frustes, si peu accentués, que beaucoup de méningites secondaires restent méconnues. A celles-là on donne le nom de méningites latentes, car on ne les reconnaît que sur la table d'autopsie.
Il n'en est pas moins vrai que depuis quelques années on cherche à dégager un certain nombre de types cliniques. Ces types empruntent leurs principaux caractères à la nature de leurs agents pathogènes.
Méningites à pneumocoques. — Les plus fréquentes de toutes sont les méningites à pneumocoques. Elles se déclarent généralement au cours ou au déclin des pneumonies, mais elles peuvent survenir en dehors d'elles, à la suite de lésions de l'endocarde, de l'oreille, du