NATURE DE LA VACCINE
Les bovidés sont un peu moins sensibles à la vaccine que les équidés, en ce sens que chez eux l'éruption ne se généralise pas. Le cow-pox peut être naturel, et alors il existe souvent à l'état épidémique dans uneétable ou un village. Les vésicules du cow-pox naturel, au nombre de dix ou vingt, occupent les trayons ou la région inguinale, probablement parce qu'elles sont transportées d'un animal à l'autre par les gens chargés de les traire; elles sont rondes ou allongées, très facilement et très vite ulcérées, et reposent sur une base indurée entourée d'une aréole rouge. L'éruption se fait souvent par poussées successives. Les vésicules sont argentées comme celles du cow-pox inoculé mais non ombiliquées (Layet). La dessiccation commence vers le onzième ou le douzième jour. Après la chute des croûtes on aperçoit une légère cicatrice.
Le cow-pox secondaire peut succéder à l'inoculation du cow-pox naturel ou artificiel, du horse-pox, ou du vaccin humanisé (rétrovaccination). Il est localisé au niveau du point d'inoculation et ses vésicules sont ombiliquées. Les animauxjeunespassentpour avoir une réceptivité plus grande que les adultes, mais ce point n'est pas établi. Dans les instituts de vaccine animale, on choisit de préférence les veaux et les génisses comme vaccinifères, parce que ces animaux sont plus maniables, et que la pommelière est plus rare à cet âge. Les bufflons utilisés par le Dr Calmette à l'Institut de Saigon se montrent d'excellents vaccinifères.
Les moutons peuvent prendre la vaccine, sheep-pox (Dcpaul, Bouley). Il en est de même des chèvres, goat-pox (Valentine, Bertin et Picq, Hervieux).
Jenner et Sacco avaient déjà démontré l'inoculabilité de la vaccine au chien, fait sur lequel Ferré et Hervieux ont de nouveau appelé l'attention. D'après Dubiquet, la maladie des jeunes chiens ne serait autre que la vaccine spontanée. Si cette opinion était vérifiée, le chien serait des animaux domestiques celui qui présente la plus grande réceptivité.
Le lapin (Bard et Lcclerc) est également sensible à la vaccine ; il n'en est pas de même, d'après Dubiquet, du cobaye et du rat, autres rongeurs de laboratoire.
On voit par ce qui précède que le virus vaccinal est susceptible de se cultiver dans un assez grand nombre d'espèces animales. Quelle est celle de ces espèces où il s'est cultivé d'abord ? C'est là une question qui n'a qu'un intérêt purement spéculatif, et qu'il est difficile de résoudre. L'origine de la vaccine ne passionne plus les savants à l'heure actuelle, mais sa nature est toujours en discussion.
Les recherches faites dans le but d'isoler l'agent virulent luimême, n'ont pas été jusqu'ici suivies d'un succès incontesté. On sait que cet agent réside dans les vésicules vaccinales, dans la lymphe des régions correspondantes (expérience de M. Raynaud chez le Traité de médecine. I. — 14
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cheval), très rarement dans le sang. C'est donc dans la lymphe vaccinale qu'on a cherché tout d abord à l'isoler. Keber, en 1868, filtrant de la lymphe vaccinale, vit que le liquide filtré avait conservé ses propriétés; or ce liquide ne contenait plus comme éléments solides que de fines granulations auxquelles Keber attribua l'activité du liquide. Burdon-Sanderson, Chauveau avaient déjà signalé ces granulations. Chauveau en soumettant (1868) la lymphe vaccinale à la diffusion, et à des dilutions de plus en plus grandes, avait également démontré que l'agent spécifique du vaccin n'est pas dissous dans le plasma, mais paraît lié aux corpuscules. Il avait, en utilisant le pus morveux, achevé la démonstration de la nature corpusculaire des virus. La preuve qu'il en est ainsi pour le vaccin a été donnée en particulier par Straus, Chambon et Ménard, qui, après fîltration au filtre de plâtre de lymphe vaccinale diluée dans partie égale de b )uillon stérilisé, ont pu injecter 4 centimètres cubes du filtrat au veau, sans déterminer la moindre réaction locale ou générale.
Les recherches faites pour isoler le microbe du vaccin n'ont pas jusqu'à présent donné de succès positif; mais on connaît quelques propriétés de ce microbe. C'est ainsi que l'on sait qu'il résiste très bien au froid, le vaccin se conserve en effet de longs mois à la glacière ; il résiste également fort bien à la dessiccation, mais une température de 52° lui enlève ses propriétés.
Quist(d'iïelsingfors) (1) a peut-être obtenu, pour la première fois, des cultures de vaccin sur un milieu artificiel. Ses cultures inoculées à un enfant reproduisirent une pustule qui procura l'immunité contre une revaccination ultérieure. Ces résultats auraient été très intéressants si les cultures avaient été pures ; malheureusement elles ne l'étaient pas. Lesliquicles de culture qui donnèrent à cet auteur les meilleurs résultats étaient formés de sérum de bœuf, glycérine, eau distillée et carbonate de potasse.
Voigt a isolé du vaccin, par cultures sur plaques de gélatine, trois espèces de bactéries. L'une d'elles donne des colonies grisâtres, circulaires, ne liquéfiant pas la gélatine, formées à un fort grossissement de petits cocci souvent réunis deux à deux. Ces bactéries, inoculées sous la peau du veau, donnent naissance le cinquième jour à des nodules qui se couvrent ensuite de croûtes. Le liquide de ces pustules céensemencé a donné dans un cas une culture pure, laquelle a fourni un vaccin irès puissant. La virulence des cultures artificielles se perdrait rapidement, elle serait nulle au bout de cinq mois, d'où l'obligation de recourir pour l'entretien de la vaccine à la culture sur l'animal. Voigt a obtenu les mêmes résultats avec un microbe dont les cultures d'abord identiques au précédent liquéfièrent ensuite la gélatine.
(1 Quist, Pelersh ir<[. mer! . Wochenschr . , n° 16. 1883.
NATURE DE LA VACCINE. 2ii
Garr 3, Ruete et Enoch ont confirmé les recherches de Voigt, mais beaucoup d'autres auteurs ont essayé sans succès la culture et l'isolement du microbe du vaccin, pour ne recueillir jamais que des parasites d'infection secondaire. Dans ces derniers mois, Buttersack(l), à l'aide d'un mode de préparation particulier, a découvert et décrit dans la lymphe vaccinale de l'homme et du veau des filaments spéciaux et dos spores. Les filaments sont les plus abondants dans les pustules en voie de croissance, les spores prédominent après la maturité delà pustule. On trouverait des éléments analogues dans la variole. La culture aurait démontré la spécificité de ces filaments. Ces recherches ont besoin d'être confirmées.
En outre des microbes précédents on a décrit chez les vaccinés, une plasmodie dans le sang (Pfeiffer) ; dans la lymphe une levure (de Buist) et des corpuscules très mobiles analogues aux protéides (Van der Loeff). D'après Guarnieri (2), on trouverait dans la pustule vaccinale une sorte de sporozoaire, parasite intracellulaire qu'il nomme Citoryctes vacciniae.
Il est infiniment probable que la plupart des espèces décrites jusqu'à ce jour, même les cocci trouvés dernièrement par Siegel (3) ne sont que des microbes accidentels, car la flore du vaccin est riche en espèces secondaires, la lymphe de la génisse l'emportant à ce point de vue sur la lymphe humaine. Les conserves de vaccin perdent en vieillissant une partie des germes qu'elles contiennent, c'est ainsi qu'une pulpe vaccinale glycérinée qui, au début, donne naissance à de nombreuses colonies sur plaques de gélatine ou sur gélose, reste absolument stérile après cinquante à soixante jours d'après MM. Straus, Chambon et Saint- Yves Ménard. D'après MM. Vaillard et Antony, cette purification ne serait complète qu'au bout de trois à quatre mois.
Les microbes que l'on rencontre dans le vaccin sont : le Bacillus subtilis, le bacille de la pomme de terre, un bacille fluorescent putride (Vaillard et Antony), le Baclerium termo, le Proteus vulgaris(Pîeiîîer)y un saccharomyces (Pfeiffer), un microcoque orangé (Pfeiffer), un microcoque porcelaine (Vaillard et Antony), qui est de beaucoup le plus fréquent, et souvent, 18 fois sur 25, le seul que l'on rencontre dans la lymphe fraîche de génisse. Parmi les agents de la suppuration, il faut citer les Staphylococcus cereus albus, très fréquent, aureus, albus, on n'y rencontre pas (Pfeiffer) le Sireptococcus pyogenes. Parmi les microbes du vaccin il convient encore de donner une mention particulière à un coccus décrit par Maljean (4) comme étant capable de produire les lésions classiques de la vaccine et de donner l'immunité.
Malgré tant de travaux, l'agent pathogène de la vaccine est mal
(1) Buttersack, Deutsch. med. Wochenschr., n° 51, 1893.
(2) R. S. M. de Hayem, t. XLII, p. 465, oct. 1893. (3j Siegel, Deutsch. med. Wochenschr., 1893. n° 2. (4) Maljean, Gaz. hebdom., juin 1893.
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déterminé ; comme il en est de même de l'agent pathogène de la variole, il en résulte que Ton discute encore sur les rapports de la variole et de la vaccine, les uns (partisans de la théorie uniciste), ne voyant dans la vaccine qu'une variole atténuée par son passage chez les animaux, les autres (partisans de la théorie dualiste) soutenant que ces deux maladies sont différentes (1). Il convientd'ajouter que ces deux théories sont, à priori, aussi rationnelles l'une que l'autre, car si d'une part, nous connaissons, depuis les recherches de Pasteur, de nombreux virus atténués, nous savons aussi, d'autre part, que les produits solubles d'un microbe peuvent donner l'immunité contre un autre microbe.
La théorie uniciste fut la première émise et longtemps la seule émise. « Jenner, nous apprend Baron (2), ne voyait dans la vaccine qu'une variole plus douce que toute autre, et dans sa vertu préservatrice qu'une conséquence de cette loi qu'on n'a généralement la variole qu'une fois. » Appuyée sur l'observation d'épizooties coïncidant avec des épidémies de variole, ce qui n'avait rien que de très naturel, à une époque où la variole faisait encore d'énormes ravages dans l'espèce humaine, et sur la prétendue possibilité d'inoculer à la vache la variole humaine, et d'obtenir ainsi la vaccine, cette opinion a été pendant longtemps classique. En Angleterre et en Allemagne surtout, elle est encore admise, alors qu'en France, à la suite de la discussion de l'Académie de médecine (1862-1865), et des travaux de la Commission lyonnaise et de Chauveau (1865), la théorie dualiste l'a généralement emporté.
Sur le terrain clinique comme au point de vue théorique, les raisons ne manquent pas à l'appui de chaque opinion; la variole, disent les dualistes, est souvent épidémique ou endémique, la vaccine jamais (Bousquet) ; la variole se propage par contagion et inoculation, la vaccine par inoculation seulement (Bousquet) ; mais ces différences s'expliquent fort bien, au dire des unicistes, par la différence d'activité des virus. La variole a une éruption généralisée, la vaccine une éruption localisée seulement. C'est vrai pour la variole par contagion, répondent les unicistes, mais la variole inoculée se réduit quelquefois à un simple accident local papuleux ou pustuleux au point d'insertion du virus, l'éruption secondaire y manque assez souvent, d'autre part, il existe des faits très rares mais indiscutables de vaccine généralisée éruptive, et l'atténuation du virus vaccinal explique que ces faits soient, plus
(1)11 nous est impossible de faire, dans ce travail, un exposé complet de l'historique de cette question, on le trouvera fort bien exposé dans la thèse de M. Dupuy, et dans une revue générale de MM. Pourquier et Ducamp (Sem. méd., 1893, p. 478^. Voir aussi une revue de P. -A. Lop sur la variolo-vaccine (Gaz. des hôp., 1894. n° 12) et la thèse du même auteur, Paris, 1893-94.
(2) John Baron, The life of Edward Jenner, Londres, 1838. Cité par DuruY, Étude historique, expérimentale et critique sur l'identité de la variole et de la vaccine (Th. de Paris. 1894).
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rares dans la vaccine que dans la variole; au reste il n'y a aucune uXncë au point de vue clinique et anatomique entre la pustule de h vàecnne et celle de la variole, et la fièvre vaccinale quoique moins forleque la fièvre secondaire de la vaccine peut fort b.en ni être compte Cette objection n'a pas la valeur que lui attribuent les un, cisTis 1 suffit de se rapporter à la courbe que nous avons donnée plus b'aut! pour voir que la fièvre vaccinale a un tout autre type que 1* fièvre secondaire de la variole. .
Teù ont les raisons invoquées de part et d'autre ma.s .1 reste ■ conte la théorie uniciste ce fait que la vaccine est inconnue a mat épulémique. D'autre part, M. Chauveau(l) a bien nus en lumière Lue jama dans les millions de vaccinations pratiquées depuis Wner on n'a vu la vaccine récupérer sa virulence, et devenir la variole jamais on n'a assisté à ces retours ataviques, caractenstiques du virus atténué, dont les exemples sont assez fréquents avec les vacdns artificiels les mieux préparés, tels que le vaccin charbonneux Te M Pasteur. En outre, la variole inoculée aux chevaux e aux vaches détermine chez eux une affection bien moins grave que le horse-pox ou Tw-pox dus au virus prétendu atténué (Rodet) Ajoutons que la periocTe d'incubation consécutive à l'inoculation est a même pour le vn^ùs faible et pour le virus fort, puisque c'est au troisième jour nJapparaît l'éruption locale après l'inoculation vanolique; que la résistance des deux virus aux causes de destruction, en particulier à dessiccation et au vieillissement, est sensiblement la même, alors nue les v ms allénués sont d'ordinaire beaucoup plus fragiles ; enfin q^e les deux affections peuvent évoluer simultanément sur le même
ISSffiïïïï^L la question parla clinique devaitdéeider à recourir à l'expérimentation. Le travail le plus important a cet égard est celui de la Commission nommée en 1865 parla Société des science, m Ses de Lyon, travail dont les résultais furent communiques à •Ac demie de médecine par M. Chauveau(3) : ses conclusions iuren 1 la vaccine et la variole, cull.xables toutes deux sur le bœuf et le cheval y donnent des éruptions différentes d'aspect et restant si bien d ff eiites de nature, que la variole peut, après plusieurs .gênera .on, être reportée sur l'homme avec toute sa gravite En même temps la
^a Omission tyonnaise avait -«p"*™""^ ^ ^X^^^^^^^^ Par »• C^eau, t. XXX, p. 802, 1865.
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lation de la variole à la vache et sa transformation en vaccine, un variolo-vaccin qui fut utilisé par eux pour la vaccination humaine. En 1840, à Brighton, Badcock prétendit avoir également réussi la même expérience, et sa « Badcock's lymph » eut une extrême faveur en Angleterre. La Commission lyonnaise crut pouvoir nier l'existence de la variolo-vaccine.
Dans ces dernières années, la bataille a recommencé sur le terrain de l'expérimentation; tandis que MM. Voigt (Hambourg, 1881), Warlomont (Bruxelles), Fischer(Carlsruhe, 1886), Eternod et Haccius (Genève, 1890), King (Indes, 1890), Freyer (Stettin, 1892) soutiennent l'identité de nature et d'origine des deux maladies, et utilisent en pratique de la variolo-vaccine obtenue par eux, Pourquier et Ducamp (Montpellier, 1893) hésitent à tirer une conclusion de leurs expériences, mais Berthet (1884), Chauveau (1891-1893), Juhel-Rénoy et Dupuy (1894) restent partisans convaincus de la dualité des virus.
Les expérimentateurs qui soutiennent la théorie uniciste prétendent que l'inoculation de la variole à la vache donne, tantôt des papules vite disparues et sans grande signification, et tantôt des pustules qui ne seraient autre que de la variolo-vaccine. Ces dernières seules seraient indéfiniment transmissibles au lieu de s'éteindre rapidement à la quatrième génération au plus tard (Chauveau). Pour bien réussir ces expériences, il faudrait recueillir la lymphe variolique au moment où l'éruption se fait (Voigt, Fischer), inoculer non seulement la partie liquide, mais aussi la substance tout entière de la pustule raclée à fond (Fischer), faire les inoculations sur de larges surfaces, en employant soit les petites incisions et les scarifications (Voigt, Fischer), soit la dénudation du derme au papier de verre (Eternod et Haccius). La pustule de variolo-vaccine devient de plus en plus nette après plusieurs passages, et l'expérience réussit mieux avec des veaux ou avec des vaches ayant récemment vêlé. Il faut ajouter que le variolo-vaccin de MM. Eternod et Haccius, inoculé par piqûre par M. Chauveau, s'est comporté chez deux vaches comme de la variole; et que d'autre part, si on se reporte aux faits, on voit que les pustules de variolo-vaccin, dans les expériences réussies, sont apparues dès la première inoculation, et non pas dans les générations ultérieures ; enfin que les cas de réussite sont rares. Ainsi Voigt (1) lui-même disait que sur dix tentatives de se procurer de la variolo-vaccine, il n'a eu de succès que dans un cas. Enfin, ainsi que le disent MM. Pourquier et Ducamp, beaucoup des expériences des unicistes prêtent à la critique et en particulier, on trouve toujours « beaucoup d'asepsie avant et pendant l'inoculation, rien après », de sorte que l'objection d'une contamination ultérieure des piqûres par le vaccin pourrait être soulevée dans la plupart des cas, les expériences des unicistes
(1) Lettre écrite à M. Dupuy en juillet 1893. DuruY, Thèse citée, p. 45.
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ayant presque toujours été faites dans des instituts vaccinaux. On voit par ce qui précède, que l'expérimentation n'a pas encore démontré la vérité de l'hypothèse si séduisante de l'unicité de la variole et de la vaccine, et que la théorie dualiste semble jusqu'à présent l'emporter. On sait que pour certains auteurs, la varicelle ne serait qu'une forme atténuée de la variole. M. Talamon (1) a soulevé de nouveau la question dans ces derniers temps. Il suppose que la varicelle ne serait que la vaccine atténuée et comme cet auteur est uniciste, il tend à admettre que « varicelle, vaccine, varioloïde, variole, seraient les formes différentes d'une même maladie, les effets différents d'un même virus ou d'un même microorganisme modifié, atténué ou exalté par des passages successifs de l'homme à l'animal et de l'animal à l'homme ». Cette question est évidemment liée au problème des rapports de la varicelle et de la variole.
IV. VACCINATION. — REVACCINATION. — S'il reste encore quelques points obscurs dans la physiologie pathologique et l'étiologie de la vaccine, un point capital est hors de toute contestation, c'est l'utilité de la vaccination et sa valeur pour la prophylaxie de la variole. Les antivaccinateurs, sauf dans quelques coins de l'Angleterre et de la Belgique, se font de plus en plus rares, et les bienfaits de la vaccine sont aujourd'hui reconnus de tous. Pour juger de leur importance, il suffira de se rappeler, qu'avant Jenner, la variole était inscrite pour un dixième sur les tables de léthalité générale, et qu'en outre, elle défigurait un grand nombre d'individus, et peuplait les asiles d'aveugles. Voici du reste quelques chiffres qui parlent suffisamment; ils sont extraits d'un tableau présenté par Lotz (de Baie) en 1889 à la Commission sanitaire fédérale de Suisse :
De 1777 à 1806, avant la vaccination, à Trieste, la variole a tué 14036 individus par million d'habitants ; de 1838 à 1850, après l'introduction de la vaccination, elle en a tué 182 par million d'habitants ; à Berlin, elle fait de 1781 à 1805, 3422 victimes, de 1810 à 1850, après l'importation de la vaccination, elle ne fait plus mourir que 176 indK vidus par million d'habitants.
Lorsque l'on songe que cette bienfaisante immunité peut être acquise à la suite d'une légère indisposition de quelques jours, on comprend l'enthousiasme avec lequel les médecins ont accueilli la découverte de Jenner, d'autant mieux que les accidents consécutifs à l'inoculation vaccinale sont d'une rareté excessive, et presque toujours évitables, si l'on prend la précaution de n'utiliser que du bon vaccin, et de l'ensemencer selon les règles de l'asepsie actuelle.
Indications et contre-indications de la vaccination. — L'âge, le sexe, la saison, la constitution, sont indifférents, puisque la
(1) Talamon, Vaccine et varicelle (Méd. mod., 1894, p. 83).
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réceptivité vaccinale est presque universelle ; en temps d'épidémie vanohque, il faut vacciner et revacciner tout le monde, tout retard volontaire doit être alors considéré comme un délit, disait Husson, c'est du moins une faute que le médecin aurait à se reprocher.
Lorsqu'on n'est pas menacé par une épidémie, on attend généralement dans la pratique de la ville, jusqu'à la cinquième ou la sixième semaine, pour pratiquer cette petite opération, parce que la peau a perdu alors l'apparence et la structure spéciales au nouveau-né, et que, du reste, les statistiques démontrent que la variole est rare avant six mois. Pourtant, l'exemple des maternités prouve qu'on peut le faire beaucoup plus tôt. Chez les enfants bien portants, la vaccination est toujours bien supportée. Chez les enfants malades, il peut en être autrement. De là les quelques contre-indications à la vaccination. D'une façon générale, les affections apyrétiques n'ont aucune influence sur la vaccine, mais elles nécessitent dans certains cas l'emploi de précautions spéciales, les maladies de peau par exemple, qui prédisposent aux éruptions surnuméraires, et dans lesquelles on doit pour cette raison, se mettre à l'abri des auto-inoculations, à l'aide d'un pansement occlusif approprié. Pourtant, dans les affections cachectisantes chroniques, l'évolution de la vaccine se fait généralement d'une façon plus lente! et avec une réaction moins vive que chez les sujets robustes. Quelques médicaments jouiraient de la même action : le mercure, le nitrate de potasse, les purgatifs répétés à l'intérieur, les préparations mercurielles, camphrées, soufrées, en applications locales.
Des maladies aiguës fébriles, les unes, comme la méningite (Rilliet et Barthez), n'ont aucune action sur l'évolution de la vaccine; d'autres, en particulier les infections pleuro-pulmonaires et les diarrhées infantiles, ont une influence tantôt nulle, tantôt accélératrice, tantôt retardatrice, sur la marche des pustules vaccinales ; d'autres enfin, la rougeole, la scarlatine (Trousseau), survenant dans le cours de la vaccine l'arrêtent toujours dans sa marche qui ne reprend qu'après la disparition de l'exanthème. La fièvre typhoïde agit le plus souvent comme les maladies éruptives.
Il semble actuellement bien démontré que la vaccine, inoculée pendant Y incubation de la variole, rend celle-ci plus bénigne, ou même peut la faire avorter, mais lorsque les enfants en incubation de variole sout déjà affaiblis par une affection antérieure, la vaccine, troisième maladie ajoutée à deux autres, n'a plus d'influence favorable, et n'est plus •qu'une complication, à laquelle l'âge et la faiblesse des enfants peuvent donner une certaine gravité (Rilliet et Barthez, Legendre). Lorsque l'inoculation vaccinale est pratiquée pendant les prodromes ou lors de Yapparition de la variole, tantôt, mais rarement, la variole est abrégée et adoucie, ce qui explique la proposition faite par Eichorn de traiter la variole par la vaccination; tantôt la vaccine avorte; tantôt les deux éruptions évoluent simultanément sans influence
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réciproque ; quelquefois enfin la variole devient hémorragique.
Si donc la vaccine a une valeur prophylactique considérable visà-vis de la variole, elle n'a d'action curative ni sur elle, ni sur aucune des autres affections contre lesquelles elle a été préconisée. Toutefois, il faut se rappeler que l'évolution des pustules vaccinales sur les nœvi amène consécutivement une oblitération des vaisseaux, et une guérison que la cicatrice maintient. Aussi, quand un enfant présente des tumeurs vasculaires, convient-il de les choisir pour y pratiquer les inoculations vaccinales en nombre proportionné au volume de la tumeur.
Dans certains cas, la vaccine, surtout la vaccine généralisée, a paru avoir une influence favorable sur l'évolution de dermatoses, l'eczéma chronique en particulier. Dans un cas de Jeanselme, elle a déterminé une rétrocession remarquable chez une malade atteinte de mycosis fongoïde depuis une dizaine d'années.
La conclusion pratique de ce chapitre est donc de ne vacciner que les sujets en état de santé quand on n'a pas la main forcée par une épidémie de variole.
Manuel opératoire. — 77 faut prendre pour faire une vaccination toutes les précautions que réclame V asepsie moderne ; c'est là un point sur lequel il n'est pas inutile d'insister. On commencera donc par la préparation de la région, où doit se faire l'inoculation, c'est, pour les garçons, la région deltoïdienne. Quand on vaccine les filles à ce niveau, il vaut mieux faire les inoculations sur une ligne horizontale, les cicatrices étant, ainsi plus faciles à dissimuler. Aujourd'hui, on vaccine généralement les filles, soit à la face externe de la cuisse, soit au mollet. Où qu'elles soient placées, les inoculations doivent être faites à distance de 2 à 3 centimètres l'une de l'autre afin d'éviter la confluence des pustules. L'inoculation doit toujours se faire dans l'épaisseur de la peau, ne pas dépasser le derme et ne pas faire saigner ; elle peut se faire soit par des piqûres, soit par des scarifications superficielles longues de 2 à 3 millimètres.
Pour les revaccinations de l'adulte, on donne souvent la préférence à ce dernier mode opératoire. Les incisions soit parallèles soit en croix doivent être évitées. Elles exposent plus aux infections secondaires.
Une seule pustule vaccinale suffit pour donner l'immunité variolique, mais Gregory et Marson ont démontré que la mortalité par la variole était, chez les vaccinés porteurs d'une seule cicatrice, douze fois plus grande que chez ceux porteurs de cinq cicatrices ou plus. Aussi fait-on généralement trois inoculations à chaque bras.
Les instruments qui servent à la vaccination sont soit des lancettes, soit des aiguilles à vacciner, soit des plumes métalliques, dites vaccinostyles, recommandées dans ces derniers temps, en particulier par M. le inédecin-major Mareschal Tous sont bons pourvu qu'ils soient
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désinfectés a vant chaque opération. Parmi les instruments spéciaux inventés pour la vaccination, et qui ne sont guère utilisés, il faut citer l'inoculateur par scarification de M. Monteils, le scarificateur vaccinal de M. Umé, le vaccinateur-tréphine de M. Warlomont, le vaccinateur de M. Bourgeois, l'inoculateur à aiguille de M. Machiavelli.
Une fois la région et les instruments préparés, il ne reste plus qu'à s'assurer de la pureté de la semence. Celle-ci provient d'un autre sujet dans la vaccination jennerienne ou vaccination humaine, elle provient dans la vaccination animale du cow-pox artificiel, que celui-ci ait pour point de départ le cow-pox naturel, une rétro-vaccination ou enfin la variolo-vaccine (Hambourg, Lancy) ou prétendue variolo-vaccine.
Le vaccin humain s'utilise, soit directement de bras à 6ras,soità l'état de conserves. Il faut toujours que le médecin soit sûr de l'état de santé de son vaccinifère, il doit connaître ses antécédents de famille et ne pas le choisir âgé de moins de trois mois au minimum, parce qu'après cette époque les accidents de syphilis héréditaire sont rares; la loi allemande est plus exigeante et demande six mois. On ne doit utiliser que la lymphe de vésicules bien développées, à contenu clair, et au septième jour au plus tard; c'est le même liquide que l'on doit recueillir pour la conservation. La lymphe vaccinale se conserve à l'état liquide dans des tubes capillaires hermétiquement fermés à leurs extrémités; maintenue dans ces conditions à l'abri de l'air et de la lumière, dans un endroit frais, la lymphe peut garder sa virulence pendant six mois pendant la saison froide; mais parfois elle la perd plus rapidement. Pour la conserver plus longtemps virulente, E. Mùller (1) a montré qu'il suffisait de l'étendre de deux à trois fois son volume d'une solution à parties égales d'eau et de glycérine neutre absolument pure. Dans des conditions favorables on a pu garder du vaccin actif pendant deux ans. On ne doit se servir que de vaccin en tubes limpide, sans odeur, ne contenant qu'un peu de fibrine coagulée en suspension, et pas de cristaux ou de mycélium. Lorsque la lymphe est filante, visqueuse, la fibrine désagrégée, il faut énoncer absolument à son emploi.
On conserve aussi quelquefois le vaccin desséché entre des plaques de verre, ou sur des pointes d'ivoire, mais ces procédés tendent à tomber en désuétude aujourd'hui.
Pour se mettre à l'abri de la syphilis vaccinale, les médecins recourent de préférence, à l'heure actuelle, au vaccin animal. Ce mode de transmission de la vaccine utilisé à Naples, par Negri, dès 1840, fut proposé en 1864 à Lyon par Viennois, adopté et recommandé vers la même époque à Paris par Lanoix et Chambon (novembre. 1864) ; il a eu
(1)E. Muller, Berl. klin. Wochensr.hr.. iSfi6. n» 13.
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outre l'avantage de fournir des quantités considérables de vaccin d'une pureté toujours facile à contrôler. Quant à sa puissance immunisante, elle est au moins égale à celle du vaccin jennerien, ainsi que l'ont démontré les statistiques de Chambon, de Warlomont, de Layet, d'Hervieux, etc. On l'obtient dans les instituts vaccinogènes par la culture continue de génisse à génisse, quelquefois par l'inoculation périodique de vaccin de conserve. On choisit de préférence comme vaccinifères de jeunes bovidés de quatre à six mois ; « à cet âge ces animaux sont robustes, faciles à manier, très réceptifs et très rarement atteints de tuberculose » (Antony) (1). On peut pratiquer la vaccination animale, soit immédiatement de pis à bras, ce qui serait le procédé de choix d'après Chambon et Layet, soit à l'aide de conserves qui permettent à tous les praticiens de profiter des bienfaits de la vaccination animale. La lymphe vaccinale s'obtient en exprimant entre les mors d'une pince à forcipressure, de forme appropriée, les sucs des pustules du veau. C'est au cinquième ou au sixième jour, dans nos climats, qui se fait la récolte. Dans les pays chauds, elle doit se faire plus tôt, le quatrième ou au plus tard, dans la matinée du cinquième jour (Calmette, centre vaccinogène de Saigon). La lymphe animale est beaucoup plus plastique que le vaccin humain; elle se coagule presque immédiatement, aussi est-elle employée, de préférence, défibrinée. Fraîche, elle jouit d'une virulence considérable, mais elle expose plus aux accidents inflammatoires que les autres préparations; conservée, elle perd sa virulence plus rapidement que celles-ci, et n'est plus guère utilisée. La pulpe vaccinale s'obtient par le raclage de la pustule ; on mélange souvent (Valde-Grâce) à ces produits de raclage les caillots provenant de la coagulation de la lymphe qui sont forts actifs. Pour garder la pulpe on l'additionne de glycérine. La pulpe glycérinée employée pendant le premier mois de sa préparation garde toute son activité ; plus tard son activité diminue progressivement, mais on ne sait pas encore exactement à quelle date elle perd sa virulence, lesunsdéclarantqu'après trois mois elle est presque inerte, les autres, comme le Dr Coiffîer, accusant 73 p. 100 de succès dans des revaccinations faites avec une pulpe de sept mois (2). Les pulpes glycérinées anciennes, ont, en tous cas, l'avantage de ne plus contenir de microbes étrangers. La pulpe glycérinée est la préparation de choix dans la vaccination courante. Parmi les autres conserves vaccinales, il faut signaler particulière-ment la pulpe desséchée. Cette poudre vaccinale est utilisée dans l'armée pour les approvisionnements sanitaires des ambulances et des places fortes. Elle garde sa virulence de deux à trois ans (3). La poudre
(1) F. Antony, Recherches sur la valeur relative des différentes préparations vaccinales [Arch. de méd. et de pharm. milit., t. XXII, décembre, 1893). ('i) Statistique médicale de l'armée française pour l'année 1889, p. 132 (3) Voir Congrès de Lyon, 186».
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vaccinale de Reissner, à Darmstadt, est très appréciée en Allemagne» Le vaccin animal peut encore se conserver à l'état sec sur plaques, lancettes, pointes d'ivoire (Warlomont), procédés aujourd'hui délaissés. On peut le mélanger avec de la vaseline (Perron, Layet), de la dextrine, (Schmith et Wolffberg), de la glycérine salicylée (Pissin), thymolée, additionnée de sulfate de soude (Skenk). Ces vaccins ne valent pas la pulpe glycérinée habituelle.
Valeur de rimniunité vaccinale. — Revaccinations. — L'immunité consécutive à la vaccine n'a pas une durée indéfinie, non plus que celle consécutive à la variole, et les cas de variole chez les vaccinés, observés dès 1805 en Angleterre, ont été, de tous temps, exploités par les antivaccinateurs. Ces observations prouvent seulement la nécessité de la revaccination. L'efficacité de celle-ci est d'ailleurs affirmée par de nombreux exemples (1). L'épidémie de variole de 1887 à Sheffield, citée par le professeur Le Fort, a montré que la revaccination protège presque autant qu'une variole antérieure; « si une population était tout entière revaccinée, dit M. le professeur Brouardel, on pourrait la considérer comme à l'abri d'une épidémie de variole. Il y aurait peut-être quelques cas de varioloïde, mais pas d'épidémie. Il est d'intérêt national, en temps de paix, et surtout en temps de guerre, que la vaccination et la revaccination mettent tous les Français à l'abri de la variole » ; mais la loi qui les rendra obligatoires est encore à venir malgré les résultats obtenus dans les pays où cette obligation existe : pour ne citer qu'un exemple, en Allemagne, en 1890, 33 286 personnes seulement ont été soustraites à la vaccination: 9704 à la revaccination. Les décès par variole ont été au nombre de 197 en 1886, 168 en 1887, 112 en 1888, 200 en 1889 et 58 en 1890. Berlin n'a eu que trois décès dans cette dernière année. En 1891, la variole n'a fait périr que 40 personnes dans tout l'empire. Le chiffre des décès varioliques est cinquante-six fois plus élevé en France, soixante fois plus en Autriche, quatre-vingt-dix-sept fois plus en Italie (2).
L'utilité de la re vaccination étant incontestable, reste à déterminer l'époque à laquelle il convient de la pratiquer. Or, dans l'armée, les revaccinations suivies de succès s'élèvent de 50 à 60 p. 100, c'est-à-dire qu'à vingt ou vingt-deux ans la moitié de la population a perdu l'immunité ; dans les écoles, de huit à treize ans, la proportion des succès varie de 15 à 25 p. 100 (3). Hervieux admet que l'immunité conférée parla vaccine commence à décliner après sept à huit ans, chez l'adulte, mais il reconnaît, avec de nombreux observateurs, que sa déchéance est plus rapide chez les jennes sujets, peut-être à cause delarénova-
(1) Brouardel, La vaccination obligatoire et la prophylaxie de la variole (Acacia de méd., mars 1801).
(2) Ces chiffres nous ont été fournis par M. le professeur Arnould.
(3) Saint-Yves Menard, De la vaccine, de la vaccination (Méd. mud.t 1891).